I. FAUNE MARINE DU TONGRIEN
La mer qui couvrait le nord-ouest de la Suisse pendant l’époque tongrienne formait le bras le plus méridional du golfe alsacien. Celui-ci
* Lartet (Rullet. do la Soc. géol. de France, XVI, 1859) et le prof. Suess (Sitzungsberichte der Akademie der Wissenschaflen zu Wien, 1893) comptent trois faunes miocènes de Mammifères: 1° celle des Anthracothériens ; 2° celle du Mastodon angustidens et M. tapiroides; 3° celle du M. longirostris. Cette dernière parait nous manquer. Mais en attribuant à la 3e faune le Dinothérium giganteum, l'Hipparion gracile et le Rhinocéros incisivus, Suess a oublié qu'ils se recontrent chez nous, et même que le Rhinocéros existait déjà pendant le second étage ; ces animaux ne peuvent donc pas servir à caractériser sa troisième faune.
FAUNE MARINE
était lui-mêine en communication avec l’Océan qui s’étendait sur le nord de l’Allemagne, la Belgique et le nord de la France. Nous devons donc nous attendre à voir la faune de nos localités en harmonie avec celle de cet océan, et c’est, en effet ce qui a lieu. Jusqu’à présent on a recueilli chez nous quelques Polypiers, quelques Polythalamiens, 62 espèces de Mollusques * et plusieurs Vertébrés. On retrouve ailleurs parmi les Mollusques : 47 espèces dans le tongrien, 31 dans Paquitanien, 3 dans le grès coquillier, et 8 dans les formations éocènes les plus récentes. La plupart des espèces sont identiques à celles du tongrien, surtout à celles des étages inférieurs du bassin de Mayence et des grès de Fontainebleau ; beaucoup de ces espèces se rencontrent aussi dans Paquitanien de France; mais fort peu sont communes à notre mer miocène moyenne. — Notre faune n’en a de même qu’un petit nombre en commun avec la mer éocène.
Toutes les espèces de Mollusques sont différentes de celles qui vivent actuellement ; en revanche, tous les genres se retrouvent dans nos mers. Les Céphalopodes, si nombreux précédemment, manquent ici, et les Brachiopodes n’ont que deux espèces : Terebratula opercularis Sow. et Terebratulina polydichotoma May. Parmi les Univalves, les Cérithies ont joué le rôle le plus important, car elles fournissent 9 espèces, au nombre desquelles: C. Bablayei Desh., C. Lamarki Br., C. lima Br., C. plicatum Lam., C. dentatum Desf. ; les Pleurotoma nous donnent quatre espèces, entre autres: PI. belgica Goldf. et PI. Parkinsoni Desh. ; les Natices trois: N. Nysti Orh., N. crassatina Lam. et N. Ilantonicnsis Sow., auxquelles viennent encore s’ajouter quelques espèces de Patelles, de Mélanies, M. semidecussata Lam., de Trochus et de Murex.
Les Huîtres appartiennent aux Bivalves les plus communs ; on en rencontre des gisements immenses où l’on reconnaît trois espèces : Ostrea
• Les Mollusques de notre mer tertiaire ont été examinés et décrits avec beaucoup de soin par M. Karl Mayer. Je dois à ce savant consciencieux un tableau des Mollusques tertiaires portant les espèces découvertes jusqu'ici dans les différents étages marins de notre mollasse. C'est sur cette liste que sont basés les chiffres cidessus.
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
callifera Lam., 0. cyathula Lam. et 0. longirostris Lam. La grande O. callifera s’était établie en bancs considérables à Stetten (dans les environs de Bâle) sur l’oolithe du Jura qui y formait le fond de la mer tongrienne. Nous rencontrons des bancs analogues près de Develier et sur un des flancs du Mettenberg, dans le Delsberg, tandis que près de Neucul c’est l’O. cyathula qui domine. Banni tous les autres Bivalves, nous distinguons les Lucina: L. Heberti Desh., L. squamosa Lam., L. undulata Lam., L. tenuistriata Heb. ; les Pectunculus: P. obovatus Lam., P. angusticostatus Lam.; les Cardium: C. Itaulini Desb., C. tenuesulcatum Nyst. ; les Cyrènes: C. semistriata Desh.; les Cvthôres : C. incrassata Sow., C. splendida Mer.; les Tellines, les Pholadomies et les Lithodomies qui fournissent les espèces les plus communes. On doit peut-être rapporter à des Vers de longs fils annelés et cylindriques trouvés sur les schistes de Troistorrents (fig. 325).
Nous trouvons comme restes d’animaux supérieurs de nombreuses dents de grands Squales et les os d’une Sirène. Le Carcharodon megalodon Ag. est un Squale dont les dents à bords crénelés ont C pouces de longueur ; on a calculé d'après cela que la longueur totale de l’animal devait être de 85 pieds, c’est-à-dire le double des Squales de nos mère. — Ce géant était répandu autrefois dans toutes les eaux marines, et nous le retrouvons encore dans notre grès coquillier. On y observe aussi la présence d’une espèce plus petite, le Lamna cuspidata Ag., dont les dents étroites et à deux tranchants sont munies de deux longues racines.
L’Halithcrium Schinzii Kaup appartient au groupe des Vaches marines, animaux essentiellement herbivores et qui paraissent foi-mer la transition entre les Sirènes et les Pachydermes. Notre espèce ressemble beaucoup aux Manati qui fréquentent actuellement les côtes d’Amérique (de la Floride au Brésil) et d’Afrique (Sénégal); ils se tiennent de préférence près de l’embouchure des fleuves. Les dents et les os de notre espèce ne sont pas rares, et près de Râderedorf on en a découvert un squelette presque complet (il n’y manque que la tête).
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