II. FAUNE MARINE DU SECOND ET DU TROISIÈME ÉTAGE
Nous avons vu (page 348) que pendant l’aquitanien une lagune saumâtre avait subsisté le long des Alpes. On n’a retrouvé dans cette région qu’une dizaine d’espèces environ, mais elles suffisent pour confirmer l’existence de cette lagune. Près de Ralligen se trouvent deux Cyrena, C. convexa Br. et C. Thunensis May., deux Cardium : C. Ileerii May. et C. arcula May., la Dreissenia Basteroti Des., la Lutraria sanna Bast., une Nucula et deux espèces de Melanopsis. Cinq d’entre elles appartiennent, en Fi ance, à l’étage aquitanien, et leurs congénères actuels vivent pour la plupart dans l’eau saumâtre.
Une bande de mollasse marine faisant partie du troisième étage court le long des frontières de la Suisse ; nous pouvons la suivre depuis le canton de Bâle (de Waldenburg, Tenniken, Diegten, Kinterkinden et IUineburg), à travers le Frickthal et le Klettgau jusqu’au Randen etàWiechs, Epfenhofen, Thengen, Lindenbühl, et, d’après M. J. Scliill, jusqu’à Klausenhof (où elle se voit à 2700 pieds au-dessus de la mer); enfin au sud de la Souabe, elle s’étend jusqu’à Donaueschingen et Nordlingen. — D’après M. K. Mayer, la faune de ces dépôts marins (litière de celles de l’aquitanien et de l’helvétien ; mais elle est en complète harmonie avec celle des Falunes de la Touraine, dans la France centrale. — Il est donc probable que pendant la formation de notre mollasse grise un bras de mer s’étendait depuis cette dernière localité jusque chez nous et occupait nos frontières septentrionales. Ces gisements renferment surtout des Univalves; on peut citer les Turritelles : T. turris Bast. ; les Cerithia lignitarum, C. papaveraccum et mediterraneum ; les Murex turonensis, M. plicatus et erinaceus; les Columbella curta et miocena, la Nerita Plutonis ; les Bivalves ne manquent pas non plus, on y voit la Venus clathrata et l’Arca Okeni.
LA FAUNE MOLLA88IQUÈ.
ni. FAUNE MARINE DU QUATRIÈME ÉTAGE OU HELVÉTIEN.
Pendant la formation des trois étages inférieurs de notre mollasse, la mer n’occupa que les frontières de notre pays, ou seulement même quelques lagunes étroites; mais pendant l’helvétien, comme nous l'avons vu plus haut (page 340), elle occupa une plus vaste étendue. — Les dépôts qui se formèrent alors se présentent à nous sous deux formes que nous avons appris à connaître sous le nom de Grès coquillier et de mollasse subalpine. On se demande si leur formation eut lieu en même temps ou non. Autrefois on tenait le grès coquillier qui se rencontre le long du Jura, tantôt pour plus récent, tantôt pour plus ancien que la mollasse marine qui suit la chaîne des Alpes. Les rapports existant entre les gisements ne donnant aucune solution satisfaisante , les pétrifications seules peuvent trancher la question. M. K. Mayer a examiné depuis plusieurs années et avec beaucoup de soin les Mollusques de ces terrains. D’après un tableau qu’il a dressé, le grès coquillier donne 218 Mollusques marins, et la mollasse subalpine 360; les deux ensemble présentent 421 espèces. — Les espèces communes aux deux gisements sont au nombre de 141, en sorte que les ’/» environ des espèces du grès coquillier lui sont communes avec la mollasse subalpine; 77 espèces du grès coquillier manquent à la mollasse subalpine, parmi elles 18 seulement lui sont propres, car 53 se retrouvent ailleurs, soit dans l’helvétien, soit dans des formations plus jeunes, et 6 sont communes au second et au troisième étage. Les 53 espèces ci-dessus ayant été recueillies ailleurs dans des gisements contemporains, nous pouvons les ajouter aux espèces communes qui formeront ainsi presque les 9/,0. — Il n’y a jusqu’à ce jour que 24 espèces de l’helvétien qui n’aient pas été observées dans d’autres étages, soit en Suisse, soit ailleurs.
Cette communauté d’espèces, non moins que les rapports des deux faunes avec la faune actuelle, nous dit assez que le grès coquillier et la mollasse subalpine appartiennent aux formations d’une même époque. —
FAUNE MARINE
Sur les 218 espèces du grès coquillier, 76 vivent encore, c’est-à-dire 35 %, et sur les 360 de la mollasse subalpine, 125 appartiennent à la faune actuelle ; c’est la même proportion de 35 %. Le grès coquillier et la mollasse subalpine ont ensemble 421 espèces dont 147, c’est-à-dire 35% se retrouvent dans la faune actuelle. — Les deux faunes sont donc dans le même rapport avec la faune actuelle, non-seulcmcnt pour le nombre, mais aussi par la manière dont les espèces vivantes sont réparties; nous ferons observer cependant que la mollasse subalpine possède 152 espèces de plus que le grès coquillier.
Le tableau suivant résume ce qui précède :
Espèces vivaïtf.s.
Sur
le» côtes d'Angleterre.
En Europe avec la uier Méditerranée.
Mer Méditerranée seule.
Afrique
tropicale.
Asie
tropicale.
Amérique, i
Grès coquillier. .
1 Mollasse subalpine
Espèces en commun
Ce résumé nous montre que la plupart des espèces actuellement vivantes, soit du grès coquillier, soit de la mollasse subalpine, habitent la Méditerranée*, mais qu’elles sont mêlées à des formes tropicales, et que parmi ces dernières les formes africaines sont plus nombreuses que les asiatiques. Les deux faunes ont donc les mêmes rapports avec la faune vivante et doivent être rangées dans le même étage. Les différences qui existent entre elles proviennent moins de l’époque que des circonstances
* Presque toutes les espèces de la première rubrique vivent aussi dans la Méditerranée. A peu près */» des espèces est maintenant restreint exclusivement à cette filer. Neuf espèces de la seconde rubrique se trouvent aussi sous les tropiques africains, de sorte que notre faune mollassique possédait eu tout 21 formes tropico-africaines dont 9 habitent encore les côtes méridionales de l'Europe.
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
locales. Le grès coquillier nous a conservé la faune de côtes basses ; le pêle-mêle des coquilles, souvent brisées et roulées, qui gisent dans toutes les positions, les dents de Squales et les morceaux de bois qui s’y trouvent mêlés, indiquent un dépôt côtier; tandis qu’il n’est pas rare de rencontrer les Mollusques de la mollasse subalpine en grandes masses et quelquefois avec les valves réunies, ce qui nous indique que ces animaux ont probablement vécu sur un fond sablonneux et s’y sont enfoncés. Ceci pourrait expliquer pourquoi les espèces du grès coquillier et de la mollasse subalpine ne présentent pas le même mode d’association, et pourquoi les espèces communes aux deux formations sont les unes tantôt plus abondantes chez la première, et tantôt les autres chez la dernière.
Nous réunirons donc les animaux du grès coquillier et de la mollasse subalpine et nous les comparerons avec ceux des autres étages miocènes.
La mer miocène ne nous a jusqu’ici transmis aucun Mollusque de la mer crétacée, et nous n’en retrouvons dans notre helvétien que cinq, qui aient appartenu à l’éocène: Solecurtus coarctatus, Corbulomyia complanata, Pholadomyia arcuata, Tellina erassa et Area nivea. Ces formes ont donc subi de grandes transformations depuis les époques précédentes. — La mollasse marine de notre helvétien n’a que 15 espèces communes avec le tongrien; en revanche, elle en a 118 avec l’aquitanien et 303 avec le troisième étage ; elle en a presque autant (299) avec des étages plus jeunes (tortonien, placencien et astien de K. Mayer) et la faune actuelle.
La faune des Mollusques de la mer helvétienne est analogue pour les v, de ses espèces avec celles de la mer européenne du troisième étage de ia mollasse ; pour la même proportion environ, avec la faune des formations plus récentes du miocène supérieur et du pliocène, et pour '/, avec la faune actuelle. On peut observer les mêmes proportions dans d’autres localités de la mer qui recouvrait jadis l’Europe centrale*.
* Le prof. Hœrnes » décrit 476 Univalves du bassin de Vienne (500 y compris les Escargots d’eau douce et terrestres). Sur ce nombre il est certain que 09 espèces
MOLLUSQUES
Afin d’avoir une idée exacte du caractère de la faune de notre mer mollassiquc, nous devons étudier les espèces qui ont persisté (et dont nous avons déjà discuté l’area) au point de vue de leur distribution actuelle, tout en tenant compte des espèces éteintes; ces dernières nous prouvent que les formes méditerranéennes dominent parmi les Mollusques, et que les formes exclusivement septentrionales manquent ; mais, qu’en revanche, on trouve de nombreuses formes tropicales qui ne se rencontrent pas actuellement dans la Méditerranée. Notre faune marine miocène a donc, en général, un caractère plus méridional que la faune de la zone méditerranéenne actuelle. — Nous y rencontrons, soit des genres exclusivement tropicaux, tels que les longues Terebra turriformis, les Nautiles, les genres Oniscia, I'yrula, Ficula, Delphinula et Tugonia. soit d’autres genres qui haitent la Méditerranée ou qui n’y possèdent que quelques espèces ; dans ce nombre on compte les Conus bigarrés, les brillantes Cyprées, les genres Mitra, Cassis, Cancellaria, Pleurotoma, Turritella, Turbo et Tritonium, et dans les Bivalves, les Tellina, Psammobia, Cytherea et Chaîna.
Si nous récapitulons le nombre de formes de Mollusques recueillies jusqu’à présent dans notre pays, nous arrivons au chiffre de 431, dont 203 Univalves marins et 228 Bivalves marins. Les premiers se divisent
vivent encore, 27 sont douteuses. D'après ce calcul nous obtenons de 2! à 26 V* °/o d'espèces vivantes. Dans notre helvétien les espèces vivantes d’Univalves foarins entrent pour 25 */* % î pour 22,6 % dans le grès coquillier seul et pour 25.7 % dans collasse subalpine. Dans le bassin de Vienne comme chez nous la proportion des espèces vivantes est plus forte parmi les Bivalves que parmi les Univalves; c'est pourquoi dans le nombre total des Mollusques les chiffres qui indiquent le % 540,11 P*us élevés. Notre mollasse helvé tienne correspond aux couches marines moyennes et supérieures du bassin «le Vienne. Dans les plus inférieures (dites Hôrnerschichten) les espèces vivantes ne représentent que 12 à 15 °/0 des Univalves marins. Dans le bassin de Vienne au-dessus des couches marines suit une formation d’eau saumâtre qui est contemporaine de notre étage œningien. Elle sert de transition à une formation d'eau douce (le congérien ou Inzers«iorferscliichten) dans laquelle on a trouvé le Mastodon longirostris; tandis que dans les couches provenant d'eau saumâtre et marine on a recueilli les M. tapiroides et angustidens qui fréquentaient les côtes de la mer viennoise comme ceux de notre mer he Détienne. Notre mollasse possède 138 Univalves soit <58 °/o en commun avec le bassin de Vienne. Les Bivalves en ont certainement davantage.
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
en 15 familles. Les Céphalopodes qui, dans les. périodes précédentes, étaient si nombreux et si variés, ne nous fournissent plus qu’une seule espèce, le Nautilus Aturi, qui est fort rare, et n’a été trouvé qu’à Würenlos.
La famille des Conides, qui est remarquable par ses coquilles brillantes, et qui appartient en grande partie à la zone torride, est représentée dans notre faune miocène par 17 espèces. Les Conus betuloides et Aldrovandi sont proches parents du C. ligulinus L. indien : le C. antediluvianus Brug. l’est du C. Orbignyi des mers de la Chine, et le C. ventricosus Bronn, de formes tropicales et méditerranéennes.
Parmi les Cypræa nous rencontrons, à côté de la petite espèce européenne, Cypræa europæa, la C. pyruw Gmel., qui habite les côtes septentrionales de l’Afrique, le Sénégal et les Indes; une troisième, la C. sanguinolenta Gmel., n’a été trouvée jusqu’ici qu’en Sénégambie. Le genre Erato fournit une espèce très-commune, l’E. lævis qui vit aussi bien dans la Méditerranée que sur les côtes anglaises.
La famille des Columbellariées nous offre des formes exotiques, telles que le beau genre Voluta (Voluta bernensis May.), qui appartient à l’hémisphère sud; le grand genre Mitra, dont on ne connaît que trois espèces : M. scrobiculata, striatula et fusiformis, et quatre Columbelles.
Les Buccinides donnent de nombreuses espèces du genre Buccinum qui jouait à l’époque miocène le même rôle que maintenant, et se trouvait comme de nos jours répandu en abondance dans toutes les mers. Sur 16 espèces, 4 vivent encore dans la Méditerranée. — Trois espèces des genres tropicaux Terebra et Oniscia, et quatre du genre Cassis ont vécu dans notre mer inollassique. Une espèce de ce dernier, le C. saburon, était répandue dans une grande partie de la mer miocène et se rencontre maintenant dans la Méditerranée, la mer Bouge et au Sénégal. — Il est important de remarquer que plusieurs espèces qui se distinguent actuellement par un habitat très-étendu existaient déjà à l’époque tertiaire et sont donc très-anciennes.
Les Strombina sont dans le même cas ; notre mer inollassique ne nous
MOLLUSQUES
en a transmis qu’une seule espèce, le Chenopus pespelecani L. sp.; mais il est maintenant répandu depuis la Méditerranée jusqu'au Nord.
La riche famille des Canalifora, dont la coquille se termine en un bec allongé, nous fournit de nombreux Murex et Fusus. Ils sont rapaces et, comme la plupart de leurs parents, percent avec leur bec d’autres Mollusques pour se nourrir de leurs parties molles. Le Murex trunculus vit encore dans la Méditerranée et au Sénégal ; quatre autres espèces habitent la Méditerranée où l’on rencontre encore le Fusus rostratus 01., une des onze espèces de notre mollasse.
On connaît 80 espèces du genre Cancellaria dont une seulement appartient à la Méditerranée et à la Sénégambie, toutes les autres sont tropicales. Cette espèce, le C. cancellata, vivait dans notre mer avec 9 autres dont une, le C. piscatoria, habite l’Inde. Un des genres les plus considérables est le Pleurotoma, dont on connaît 369 espèces vivantes et 305 fossiles. Ce genre, qui commença avec le trias, fit depuis lors partie du monde maritime. Il est représenté aussi dans la Méditerranée et dans le Nord par plusieurs petites formes. Ce sont les derniers et pauvres débris d’un genre autrefois répandu en espèces nombreuses dans toutes les mers d’Europe; actuellement il est à peu près restreint aux zones torrides. Notre mer mollassique en possédait 22 espèces dont une seule, le PI. ramosa Bast., est encore vivante et se trouve en Sénégambie. La coquille de ce Mollusque est finement sculptée, comme du reste celle de plusieurs espèces de notre mollasse (PI. gradata et PI. granulato-cincta); c’est aussi le cas pour un genre voisin : Cerithium, dont la coquille turriforme est admirablement travaillée. Ce genre qui est très-considérable, commence dans le trias, acquiert tout son développement pendant l’éocène pour décliner ensuite ; mais 140 de ses espèces ont cependant persisté jusqu’à nous. Elles vivent à l’embouchure des fleuves et dans l’eau saumâtre où par places on les rencontre en quantités considérables; nous en avons déjà souvent fait mention. Huit espèces vivaient dans la mer mollassique, dont deux, C. mediterraneum et scabrum, se rencontrent encore dans la Méditerranée. La dernière habite encore les mers du
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
Nord. — Les I’yrula et les Ficula sont de plus petits genres de la infinie famille; ils représentent des formes tropicales qui avaient un grand développement dans la mer miocène; tels sont les Pyrula rustieola, Ficula clava et condita. — Deux Tritonies sont des types de la zone torride, tandis que deux flanelles appartiennent, l’une, la II. marginata Mart., à l’Afrique occidentale, l’autre, la R. scrobiculata ? à la Méditerranée.
La famille des Turbinacées possédait 6 genres dans notre mer mollassique. Nous avons déjà vu (page 167) des Turbo et des Trochus dans la mer jurassique, et nous en retrouvons dans la mollasse 7 espèces dont 6 appartiennent au genre Trochus, très-répandu dans toutes les mers, tandis que le genre Turbo est en grande partie restreint à la zone tropicale. Il en est de même pour les Turritelles dont 13 espèces demeuraient dans notre mer ; elles sont toutes éteintes ; plusieurs, telles que la T. turris et T. Archimedis, avaient de longues coquilles à nombreuses spires qui leur donnaient l’apparence d’une vis. Le genre Xenophora est remarquable par le grand nombre de coquillages étrangers que l'animal fixe lui-même aux spires de sa coquille, et qui lui donnent un aspect étrange et hérissé. Nous en avions deux espèces dont l’une, le X. turicensis May., est assez commune dans le grès coquillier; l’autre, X. Deshayesi Mich., se rencontre dans la mollasse subalpine. Les Monodonta ont une espèce méditerranéenne, le M. Aaronis Desh. ; les Adeorbis en ont une également, et le Solarium nous fournit deux formes perdues, les S. carocolv latum et simplex.
La famille des Scalaria tire son nom de sa coquille enroulée en longues spirales figurant souvent un tuyau avec une ouverture ronde. Le genre
Delphinula vivant dans les mers chaudes ne nous a laissé qu’une espèce
dans la mollasse : D. helvetica May. ; le genre Scalaria qui est répandu dans toutes les mers, nous en a transmis quatre.
Les Tubulibranchiata dont la coquille est disposée en tuyau comme celle des Tubicoles, possédaient deux animaux vivant encore de nos jours dans la Méditerranée : Vermetus arenarius Lain. et V. intortus Lam. ; les Siliquaires, famille très-voisine de la précédente, donnent la Siliqua-
MOLLUSQUES
ria anguina L., qui se rencontre act uellement aussi bien dans la Méditerranée que dans les mers des Indes.
Parmi les Plicacées nous trouvons le genre Natica que nous avons déjà observé dans le jura (page 167). Il a de tout temps habité la mer et son aire comprend aussi bien la mer Glaciale que les mers du Sud ; on en connaît 189 espèces vivant dans toutes les parties du monde. — Ce sont, des Rapaces qui se tiennent au fond de la mer, ils trouent les Ri valves pour s’en nourrir et s’enfouissent dans le sol. — Des neuf espèces retrouvées dans notre mollasse, quatre vivent encore; sur le nombre, les N. millepunctata L., N. helvicina, et Josephime Risso sont restreints à la Méditerranée.
Les Pyramidelles et les Sigaretus sont moins riches en espèces. Le S. haliotoideus L., vivant encore dans la Méditerranée, est très-rare dans notre mollasse, tandis que le S. clathratus Itec. commun autrefois dans nos parages est éteint aujourd’hui.
Les familles des Phvllidiacea et Calyptræacea se rencontrent de nos jours sur les bords de toutes nos mers où elles s’attachent aux rochers et aux pierres. Les Patelles appartiennent aux plus anciennes formations, et ont habité notre mer jurassique (page 167); le grès coquillier en renferme une espèce assez commune, la P. helvetica May. Les Fissurelles, qui leur ressemblent , donnent deux espèces dans la mollasse, les Capula de même, les Calyptræa quatre et les Crepidula une seulement, le Cr. unguiformis Lam. ; celui-ci se colle aux rochers et s’applique avec sa coquille mince à toutes les anfractuosités de la pierre. Cette espèce vit encore non-seulement dans le nord de l’Atlantique et dans la Méditerranée, mais aussi en Afrique, dans l’Inde, et même sur les côtes de la Nouvelle- Zélande ; cette immense area est en rapport avec son âge.
Les Dentaliacées ont une coquille spéciale presque droite, sorte de tuyau ouvert aux deux extrémités; le genre Dentalium commence déjà avec l’époque houillère, et a persisté jusqu’à nos jours. — La mollasse nous en a conservé cinq espèces, dont deux, le D. incrassatum Sow. et le D. entalis Gm. vivent dans les mers d’Europe, tandis que trois au-
534 LA FA CNE MÔLLASSIQCE.
très, D. fossile Gm., D. mutabile Dôd. et D. Michelottii Hôrn. étaient déjà éteints à l’époque pliocène.
Nous retrouvons chez les Bivalves les mêmes proportions que nous avons signalées plus haut pour les Univalves ; ces derniers cependant ont des aires encore plus grandes et ont vécu pendant des périodes plus considérables; ils ont par conséquent franchi l’époque tertiaire bien mieux que les Univalves, et nous sont parvenus en plus grand nombre; nous en retrouvons qui vivent sur les côtes norvégiennes, anglaises et méditerranéennes. Notre mollasse ne renferme aucun genre qui soit exclusivement fossile, et de même que tous les genres sans exception ont persisté jusqu’à maintenant, il en est plusieurs qui remontent aux époques les plus reculées.
La faune de nos Bivalves compte 30 familles appartenant à 2 ordres : les Brachiopodes et les Lamellibranches. Les premiers, qui dans les formations précédentes avaient joué un rôle important (pages 91 et 168), sont réduits à trois espèces de Térébratules dont deux, T. Buchii Mich? et T. miocenica Mich., ont été trouvées à la Chaux-de-Fonds.
Les Lamellibranches sont classés en Monomyaires et en Dimyaires d’après l’empreinte musculaire laissée par les ligaments qui réunissent les valves. Aux premiers appartiennent les familles des Ostrea (Huîtres), des Pecten, et des Mytilus dont les nombreuses espèces ont peuplé notre mer mollassique.
Les Huîtres nous donnent 12 espèces, parmi lesquelles nous reconnaissons notre Huître comestible : Ostrea edulis L. Les coquilles de cet animal qu’on a trouvées à Miinsingen et à Saint-Gall ne présentent aucune différence avec celles que l’on pêche actuellement. — Le groupe des Huîtres américaines existait également à cette époque ; l’Ostrea virginica Lam. qui vit de nos jours sur les côtes de la Floride, se rencontrait sur nos bancs d’ Huîtres ; elle était commune à Münsingen et dans le Siggenthal. L’Ostrea crassissima Lam. appartient à ce même groupe qui commença avec l’éocène ; c’est l’Hultre la plus commune de notre mollasse; elle se fait remarquer par ses longues coquilles qui pèsent plusieurs li-
MOLLUSQUES
vres; on en rencontre des bancs immenses à Hütlingen, au Belpberg et à Münsingen: à Hütlingen, il y a un gisement d’un mètre et demi d’épaisseur exclusivement composé de coquilles de ce Bivalve.
Les Pectinées sont comme les Huîtres des types d’animaux primitifs qui de tout temps ont habité la mer, et qui, dans un cercle de formes restreint, possèdent une richesse inépuisable d’espèces. — Dans notre mollasse nous rencontrons les Limes et les Peignes. Les premiers qui étaient communs dans nos mers anciennes (pages 54, 90, 169), sont prèsde s’éteindre, car quatre espèces seulement se trouvent encore dans notre mollasse, et deux seulement, la Lima inflata L. sp. et squamosa Lam., sont parvenues jusqu’à nous. Au contraire, les Peignes, qui ont commencé tout aussitôt, ont persisté jusqu’à notre époque, traversant plusieurs périodes, avec une grande richesse d’espèces. Notre mer mollassique en renfermait 14 espèces dont plusieurs étaient communes, telles que : Pecten burdigalensis Lam., P. Cvpris Orb., P. palmatus Lan»., P. pusio L. sp., P. scabrellus L. et P. solarium Lam. — Onze espèces sont éteintes, mais trois vivent encore dans les mers européennes.
Les Aviculines étaient beaucoup moins riches; on rencontre quelques
espèces perdues des genres Avicula, Perna et Pinna. Il en est de même des Mytilides, auxquelles appartiennent les Modioles à coquille délicate ; ces dernières nous donnent quatre espèces qui ont probablement vécu à de grandes profondeurs.
Le groupe des Dimyaires possède encore plus d’espèces que celui des Monomyaires ; on le divise en deux classes d’après la conformation du manteau, savoir :
1” Dimyaires intégropalléales, à coquilles où l’impression du manteau est entière ;
2° Dimyaires sinupalléales, à coquilles présentant un sinus ou une échancrure.
Les premiers avec 9 familles habitaient notre mer mollassique. Celle des Arcacées possède 4 espèces à coquille presque ronde, dont deux, Pectunculus insubricus et P. pilosus, sont fort communes, et neuf du
53(i LA FAUNE MOLLASSIQUE.
genre Area ont une coquille régulière en forme de nacelle. L'une d’elles, A. nivea, apparaît déjà dans l’éocène supérieur et se trouve encore dans la mer Rouge; deux autres espèces: A. lactea L. et barbata L., sont parvenues jusqu’à nous. Les Cardites qui se reconnaissent à leur coquille épaisse et sillonnée de côtes longitudinales, appartiennent aussi aux animaux qui ont vécu dans les premiers âges de notre planète. — Onze espèces habitaient encore notre mer mollassique : une d’entre elles, la Cardita caliculata L., se trouve encore en Europe et en Sénégambie, tandis qu’une autre espèce, la C. antiqua L. est restreinte à la Méditerranée, et que neuf espèces se sont éteintes avec l’époque miocène. — La famille des Lucinides nous donne les genres Diplodonta et Lucina (le premier avec 2 espèces vivantes, le second avec Ï2) ; celle des Nuculides fournit les genres Nucula et Leda avec 8 espèces ; celle des Chamacées, le genre tropical Chaîna avec deux formes perdues ; la famille des Cardiacées, les genres Cvprinus, Isocardia et Cardia ; ces derniers appartiennent aux Bivalves les plus communs des formations d'eau saumâtre. — Notre mollasse possède 18 espèces des plus remarquables par leurs coquilles enroulées et parcourues par de profonds sillons longitudinaux. Quelquesunes de ces formes sont spéciales et perdues, d’autres sont identiques aux types actuels, ainsi le Cardium edule L. de nos mers se rencontre dans les grès de Saint-Gall, de Lucerne et de Münsingen; quelques espèces méditerranéennes: C. oblongum Chem., hians et tuherculatum L. ? se trouvent dans la mollasse des cantons de Berne et de Saint-Gall. — Le Cardiuin des Indes a été recueilli à Belpberg, et une espèce sénégambienne, C. costatum L. ? a été observée près de Berne. — Le genre Cardium, qui commence avec les époques les plus reculées, était donc largement représenté dans notre mer mollassique, et renferme des espèces dont les aires actuelles sont très-éloignées les unes des autres. — Le beau genre Isocardia est beaucoup plus rare ; chez lui les crochets de la coquille sont enroulés en spirale; l’I. cor L., qui se trouve, bien que rarement, dans la Méditerranée et sur les côtes méridionales d’Angleterre, a été recueilli près de Rorschach.
MOLLUSQUES
Les Dimyaires sinupalléales sont représentés par de nombreuses familles dans notre mer miocène. — Les Vénus, dont les valves sont pourvues de grands crochets faisant saillie sur la lunule arrondie et concave, nous donnent 27 espèces. Elles ont sans doute vécu ainsi que leurs congénères actuels sur les côtes sablonneuses à bas-fonds, et s’enfouissaient dans le sol. Elles sont répandues actuellement sur toutes les côtes, mais c’est sous les tropiques que le nombre en est le plus considérable. Un trouvait autrefois chez nous plusieurs de ces espèces tropicales, telles que les Venus plicata Gm., V. multilamella Lam. et Dosinia Adansoni Phil. ; on peut y ajouter cinq autres espèces: Venus ovata Mont., V. casina L., V. verrucoça L., Cvtherea miniina Mont, et C. rudis Pol., qui habitent la Méditerranée et en général les côtes européennes. La Dosinia lincta Pult. qui a été trouvée au Belpberg, à la Weinbalde, au Itotbsee, au Niederhasli et près de Saint-Gall, vit encore sur les côtes anglaises, méditerranéennes et sénégambiennes; une autre espèce, le D. exoleta L., qu’on rencontre dans la mollasse du Rothsee et à Imi dans le canton de Berne, a la même area.
Les Psammobies nous fournissent deux grandes espèces perdues : Psammobia Labordii Bart. et P. uniradiata Broc. , qui ont de très-proches parents dans les mers tropicales. On rencontre une grande variété de Tellina sous les zones torrides, mais dans les pays du nord elles n’ont qu’un petit nombre de formes peu apparentes. Parmi les 12 espèces de notre mollasse, trois appartiennent à l’Afrique occidentale ; ce sont : Tellina senegalensis Hanl., T. lacunosa Chemn. et T. crassa Gm., la dernière se trouve aussi dans la Mer du Nord, et se rencontre avec 6 autres espèces dans la Méditerranée. Il est à remarquer que les espèces éocènes de cette famille sont analogues aux espèces tropicales et australiennes, tandis que les miocènes le sont pour la moitié à des espèces européennes.
Les Corbulacées nous fournissent un type de l’Afrique occidentale sous la forme du Tugonia anatina; on rencontre le genre Corbula déjà dans les gisements houillers ; trois espèces de ce genre vivaient encore dans la
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
mer mollassique ; et, sur ces trois, une, le C. carinata Duj., existe encore dans l’Asie tropicale; une autre, le C. revoluta Broc., dans la Méditerranée, et la troisième, C. gibba 01., sur presque toutes les côtes européennes.
La famille des Pholadomva avait déjà de nombreux représentants dans la mer jurassique (page 169); elles deviennent rares déjà à l’époque tertiaire ; et il n’existe plus maintenant qu’une espèce de l’Inde occidentale. Les deux de notre mollasse, la Pholadomya helvetica May. et Ph. arcuata Lam. de Saint-Gall et de Lucerne sont éteintes. Les Dimya sont en revanche représentées par trois espèces européennes (de Syndosmya) ; les Pandorides également ; les Mactrina sont répandues dans toutes les mers depuis les temps les plus anciens. — On en connaît 25 espèces de notre mollasse dont la plupart appartiennent aux genres Mactra et Lutraria; ce sont des Mollusques qui s’enfoncent dans le sol sablonneux de la mer. — Les espèces miocènes ont eu sans doute le même mode de vivre, et c’est probablement à elles qu’il faut rapporter les remarquables empreintes spiriformes qu’on a rencontrées dans plusieurs localités. — Ces empreintes ont la forme d’un bâton (de la grosseur du doigt) des deux côtés duquel partent des espèces de branches de la même grosseur et roulées en spirales ; c’était probablement la demeure de plusieurs individus qui auraient pratiqué dans le sol un trou perpendiculaire, puis plusieurs spirales latérales servant chacune de demeure à un animal. Ces tuyaux remplis de limon dans la suite formèrent ainsi ces remarquables pétrifications en forme d’hélice (fig. 326). A Martinsbruck, près de Saint- Gall, où ces pierres à vis sont particulièrement bien formées, le professeur Karl Mayer a trouvé dans l’une d’elles une Lutraria sanna qui a jeté quelque lumière sur ces curieux vestiges. — Près de Rorbas, d’après le Dr Biedermann, on rencontre de ces vis pétrifiées dans la couche supérieure de la mollasse d’eau douce inférieure, sur la limite de la mollasse marine qui leur a fourni les matériaux ; ces animaux ont donc pratiqué leurs trous dans le sol durci.
Les Glycémérides, les Couteaux, les Râpes, les Pholades et les Teredo
MOLLUSQUES
Fig. 326. Fig. 325. Fig. 327.
Fig. 325. GordiopsiB valdensis Hr., dos schistes de Troistorrents dans le JVftl d'Illiers. — , Fig. 326. Pierre à vis de Martinsbruck dans le canton de St.-Gall, i/i gr. nat. — Fig. 327.
Helminthoida molassica Hr. de Reiden.
qui appartiennent à la même division, construisent leurs demeures soit dans le sol sablonneux, soit dans le bois et les roches ; ils avaient les mêmes aptitudes dans ces époques reculées que maintenant. Notre mer mollassique a des représentants de toutes ces familles dont quelques espèces sont encore vivantes. Le Saxicava arctica L. pratiquait près de Saint-Gall les mêmes trous en forme de poire que son descendant actuel qui habite toutes les mers du Nord et vit également sur les côtes méditerranéennes. — Une grande Panopæa, la P. Menardi Desh., forme à Langenberg, près de Berne, des gisements entiers et se rencontre aussi à Eriz, à Lucerne et â Saint-Gall. — Sa présence indique des bas-fonds; elle s’enfouissait probablement dans le sable comme sa parente moderne. Nous trouvons dans les Râpes, la Pholas cylindrica Sow. et la Ph. rugosa Broch. qui sont communes dans la mollasse ; la dernière vivait dans des trous qu’elle creusait dans les rochers. — Les Teredo, si mal famés et qui de temps à autre jettent l’effroi au sein des villes maritimes par les dégâts qu’ils font dans les ouvrages en bois, habitaient aussi notre mer
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
mollassique; nous trouvons fréquemment des morceaux de bois percés de trous identiques à ceux que fait le Teredo norwegica Spgl. Cette espèce ayant été trouvée en Italie dans des couches récentes, il est à peu près hors de doute qu'elle a persisté depuis l’époque tertiaire jusqu’à nos jours, et qu’elle a toujours habité ces localités. L’hypothèse qui veut que ces animaux aient été amenés des Indes en Europe est donc sans fondement.
Les Clavagellides nous donnent quatre Clavagelles et Gastrochènes qui se creusent des retraites dans diverses substances. Les Solenina (Couteaux), qui ont reçu leur nom de leurs longues coquilles étroites et ouvertes aux deux extrémités, sont encore plus nombreux; il nous offrent plusieurs genres : Soleil, Psammosolen, Ensis et Polia dont les espèces vivent encore en grande partie en Europe, et se creusent dans le sable des grèves des trous qui ont jusqu’à ‘2 ou 3 pieds de profondeur. Les Lithophagcs perforaient les pierres ; une espèce, la Petricola lithophaga Retz, se trouve fréquemment dans l’intérieur des cailloux calcaires roulés. La présence de tous ces animaux atteste le voisinage de côtes marines, et les trous dont les rochers sont percés nous permettent de déterminer la hauteur des eaux sur ces anciens rivages, lors même que ces animaux ont entièrement disparu.
Les Mollusques forment la masse principale des pétrifications de notre mer mollassique. — Les l’olythalamiens qui ailleurs (ainsi dans le bassin de Vienne) se présentent en masses énormes dans les terrains contemporains de notre miocène marin, n’ont pas été découverts chez nous; on n’a trouvé que quelques rares Coraux isolés et ne formant pas de bancs; ce sont des Cellepora dessinant des incrustations sur les Mollusques et les pierres; tel est le C. pumicosa Lam. de Corban et le Millepora truncata Lam. à cellules rondes.
Les Oursins, qui étaient encore nombreux dans notre mer nummulitique, deviennent rares. — On n’en connaît qu’une demi-douzaine d’espèces maintenant éteintes, mais appartenant à des genres vivants. On en a découvert deux espèces à la Chaux-de-Fonds : Psammechinus mirabilis
CRUSTACÉS. REPTILKS. POISSONS. 541
Nie. sp. et Spatangus ocellatus Desf. ; deux aux Verrières dans le canton de Neuchâtel : Brissopsis Nicoleti Des. et Echinolampas scutifomiis Dum., une Scutella à Kilwangen et l’Echinocardium Deikei Des. à Saint-Gall. Des plaquettes de grès provenant de Rciden nous indiquent également la présence d’Etoiles de mer.
. L'absence presque complète de Crustacés est un fait à noter; on ne connaît que quelques Balanes qui sans doute étaient établies sur les rochers du bord. Il en existe une espèce qui est commune dans notre mollasse marine, et qui est identique au B. Tintinnabulum L. sp. ; on l’a recueillie dans les carrières du Stockeren au pied du Bantigerhubel, à Berne et à Saint-Gall; on en a trouvé de plus petites espèces à Belpberg, à Imi et à Lucerne. — Là où elles sont encore attachées au rocher, on peut déterminer les limites de la mer et la hauteur de son niveau, car ces animaux vivent toujours sur les côtes marines qu’arrosent les vagues brisées.
Il ne nous est parvenu que peu de restes des Vers de notre mer mollassique ; çà et là on trouve sur des coquilles de nombreux tests calcaires de Serpules ; par places on distingue aussi les galeries entrelacées des Némertines qui, comme dans le flysch, ont laissé des empreintes vermiformes ; il me parait du moins très-probable que c’est à ces animaux qu’est due la fig. 327 reproduisant une roche de grès coquillier trouvée à Ileiden dans le canton de Lucerne et qui m’a été communiquée par M. Bachmann.
La mer mollassique avait beaucoup moins d’animaux supérieurs que le continent. En fait de Reptiles, nous ne connaissons que quelques grandes dents de Crocodiles trouvées près de Corban ; quant aux Poissons, la faune en était fort pauvre ; jusqu’ici on n’a guère rencontré que quelques restes de la division des Condracanthi à squelette cartilagineux, savoir : des Annarrhichas, des Rajacei et des Squales; ces derniers ont dû être très-communs, car on rencontre leurs dents partout dans le grès coquil- # lier, et par endroits en quantité considérable. Elles sont lisses, brillantes, comprimées, pointues eu avant, un peu bombées en arrière et tranchantes des deux côtés, elles ont reçu, à cause de cette forme, le nom de < langues de pierre > ou < becs d'oiseaux; > on en distingue dans notre
LA FAUNE MOLLASSIQUE.
mollasse 14 espèces, dont les deux plus communes : Carcharodon megalodon et Lamna cuspidata dont nous avons déjà parlé ("page 524). On connaît encore 6 espèces appartenant à ces deux genres ; dans le nombre on distingue les Car. polygurus, C. Escheri, Lamna contortidens et L. dubia. Le grès coquillier a fourni de plus les dents des genres : Oxyrliina, Notidanus, Hemipristis et Galeocerdo avec plusieurs espèces : O. leptodon, O. hastalis, O. Desorii, Notidanus primigenius, Hemipristis serra, G. aduncus et G. minor. La famille des Chiimerides a été découverte au Bucheckberg sous la forme d’un Ischyodon helveticus Eg. ; celle des Myliobatides se présente sous deux formes recueillies dans le grès coquillier du canton d’Argovie : Zygobates Studeri Ag. et Aetobates arcuatus Ag. Ces Poissons cartilagineux de notre mer mollassique sont tous éteints ; mais ils appartenaient, sauf l’ Hemipristis, à des genres qui vivent encore sous des formes analogues dans les mers européennes et tropicales.
Le petit nombre de Poissons osseux que la mer mollassique nous a fournis jusqu’à ce jour, se divise en deux groupes : les Gymnodontes et les Labroidei ; on a trouvé un üiodon et un Labrus : L. Ibbetsoni Ag. ; le premier avait probablement l’épiderme parsemé d’épines, et le dernier devait être orné de couleurs bigarrées.
Trois espèces de Cétacés ont habité nos environs : la Vache marine, Halitherium Studeri Myr. dont on a retrouvé les os au Lindenbühl, au Randen et dans le grès coquillier du canton d’Argovie. Elle est si proche parente de l’espèce déjà signalée dans le tongrien (page 524) qu'elle est probablement la même. On a recueilli dans le grès coquillier d’Othmarsingen et de Zofingen, les longues mâchoires en forme de bec du Delphinus cannaliculatus Myr. ; cet animal avait été très-répandu. On en a signalé à Molière une seconde espèce, le D. acutidens Myr.
A côté des restes de ces animaux qui ont sans contredit vécu dans la mer, nous trouvons çà et là dans la mollasse marine des coquilles et des os d’animaux terrestres qui ont été amenés dans la mer par les cours d’eau, et qui sont ainsi réunis par hasard aux habitants marins. En parlant des Mollusques terrestres nous avons déjà vu que les Auricules
MAMMIFÈRES
avaient très-probablement vécu au bord de la mer, tandis que d’autres, par exemple des espèces d’eau douce et plusieurs Hélix, étaient arrivées de distances considérables. — En fait de Mammifères on a recueilli dans le grès coquillier les dents de deux Mastodontes, M. angustidens et M. tapiroides; et dans la mollasse marine, les restes non-seulement d’un Tapir et de deux Rhinocéros, Rh. incisivus et Rh. minutus, mais de l'Hyothcrium Meissneri, de l’Ilipparion gracile et de deux Cerfs, Cervus Scheuchzeri Myr. sp. et C. minor; ces restes attestent que ces animaux habitaient autrefois notre pays.