PLANTES UES ZONES CHAUDES
plutôt l’excessive sécheresse en été que la grande chaleur elle-même qui empêche ces plantes des climats tempérés de s’étendre plus au midi.
La réunion de types de plantes des tropiques et des zones tempérées dans notre flore miocène n’a donc rien d’étonnnnt, car nous rencontrons le même état de choses encore actuellement à Madère et aux lies Canaries où se trouvent beaucoup de formes méridionales et européennes ; elle nous indique de plus une analogie de climat avec celui de notre pays tertiaire. Les nombreuses formes de plantes des zones chaudes, qui formaient la grande masse de notre flore d’alors, en sont encore une meilleure démonstration. L'area des espèces homologues vivantes est un fait si propre à trancher la question que, quoique nous en ayons déjà parlé, nous devons en dire quelques mots encore.
On peut diviser ces végétaux en deux classes, savoir : ceux qui supportent les hivers des zones tempérées, et ceux qui ne les supportent pas, c’est-à-dire qui chez nous ne peuvent vivre en pleine terre. Il faut nommer dans la première catégorie les espèces suivantes, qui tiennent de près aux arbres miocènes les plus répandus : les Cyprès de marais, les Séquoia, les Glyptostrobus, les Ambriers, les Diospyros, les Tulipiers. Tous ces arbres sont originaires des zones chaudes ; mais ils prospèrent encore dans l’Europe moyenne, quoique la plupart n’amènent pas leurs fruits à maturité; cela prouve que l’Europe moyenne est l’extrême limite artificielle de leur area. Ils ne dépassent pas l’isotherme de 8° cent. On voit, par exemple, le Tulipier fleurir régulièrement près de Zurich, mais il est rare que les semences parviennent à s’y former. Il ne fleurit que rarement dans l’Allemagne septentrionale, et il périt dans le nord de la Prusse (Stcttin) quaqd les hivers sont rigoureux. Il ne supporte pas le climat des côtes de la Baltique (Dantzig) ni celui de Kew en Russie, où la température moyenne de Janvier est de — 6,2° C. — A Dublin, il vit encore dans de bonnes conditions et y fleurit sans cependant que jamais ses graines arrivent à maturité. — Dans le sud de l’Angleterre, il mûrit souvent, mais au nord d’Edimbourg il ne fleurit plus et reste petit. — On peut donc fixer encore comme limite septentrionale de cet arbre
CLIMAT DU PAYS MOLLASSIQUE
l’isotherme de 9° C. — Il acquiert son plus grand développement dans les marais du sud des Etats-Unis; les arbres gigantesques qui font l’ornement des jardins de Madère nous font voir que c'est un climat subtropical qui lui convient.
Dans la seconde catégorie nous citerons : les Camphriers, les Cannelliers, les Lauriers, les Sapindus, les Protéaeées, les Celaster et les Jujubiers. — Les plus importants sont les Camphriers et les Cannelliers, car leurs. homologues miocènes sont partout communs et nous donnent la meilleure indication sur la nature du climat. Ces deux espèces sont originaires du sud du Japon ; le Camphrier se trouve aussi en Chine. — Il acquiert des proportions remarquables dans les jardins de Madère ; il vit aussi en Sicile (Païenne), à Pise et à Florence, où cependant ses fruits ne mûrissent jamais. — A Padoue il faut qu’on le recouvre, pendant l’hiver, d’un toit de verre. Dans le jardin botanique de Montpellier, il gela jusqu’au pied durant l’hiver de 1853 à 1854, mais il repoussa. Le doux climat d’Isola-Bella sur le lac Majeur a permis d’y acclimater un Camphrier ; il y est cependant abrité des vents du nord par un mur élevé et peut en partie être recouvert en hiver. En 1856 les branches gelèrent par — 8° R., et on dut l’émonder jusqu’au tronc. Il repoussa cependant, et dans l’automne de 1864 je l’ai vu garni de feuilles. Il a la taille d’un grand Prunier. Non loin de là, à Pallanza, il y a aussi un Camphrier dans la partie abritée d’un jardin, mais il faut le couvrir de paille en hiver; malgré cela, les jeunes rameaux gèlent presque chaque hiver et il faut les tailler. — Il fleurit tous les ans, comme celui d’Isola-Bella, mais ne fructifie pas. Le Camphrier demande donc pour prospérer un climat plus chaud que celui du nord de l’Italie et de la Provence. Il lui faut pour cela une température moyenne de 18“ à 19“ C. et sa limite nord isotherme ne doit pas dépasser 15“ C. Il en est de même pour les Lauriers des Canaries et le Vinhatico ; les Lauriers européens ne supportent pas non plus nos hivers.
Un minutieux examen du caractère de la végétation dans les différents étages de notre mollasse nous montre qu’il se produisit, pendant cette pé-