‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 199 sur 244 · COI · texte numérisé non relu

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quels des troncs de G pieds de hauteur sur 3 de large avaient la position perpendiculaire ;

3° 3 pieds de gravier avec de petits cailloux roulés ;

4° Sable tin.

La position perpendiculaire des troncs indique les bords du dépôt ; dans les autres parties du gisement ils ont une position horizontale.

Quant aux plantes dont les charbons feuilletés ont révélé la présence, elles se rencontrent en partie dans les couches de charbon et en partie dans les filons d’argile intermédiaires. Elles sont en général mal conservées et leur détermination est difficile ; on peut cependant reconnaître 24 espèces, parmi lesquelles 8 arbres et un arbrisseau; les arbres sont :

1° Le Sapin commun (Pinus abies L.). Nous avons de beaux cônes de cet arbre trouvés à Dümten, Wetzikon, Utznach et Morschweil; la plupart sont plus petits que ceux des arbres actuels ; on en trouve cependant des morceaux d’environ 120 millimètres de longueur qui ne le cèdent point à ceux de nos Sapins actuels. Les petits cônes n’étaient probablement pas mûrs; ils n’ont par conséquent que de petites semences. Les écailles des cônes mûrs, ainsi que les deux nucules renfermées sous chaque écaille (fig. 333) ont la même forme et la même dimension que celles des arbres vivants. L’écaille est parcourue par de fines stries longitudinales; elle est acuminée en avant, et la pointe est tantôt échancrée (fig. 333 b), tantôt arrondie (fig. 333 a). Les écailles sont généralement plus arrondies que dans les cônes de nos Sapins et se rapprochent ainsi de celles des Sapins du nord de la Russie. Quand les cônes sont frais et humides, les écailles sont serrées les unes contre les autres; mais lorsqu’ils sont secs, elles s’écartent et se hérissent; elles deviennent alors raides et se cassent facilement. Outre les cônes, on trouve à Diimten des troncs dont le bois dans sa texture microscopique est identique à celui du Sapin commun. Il est donc à peu près certain que le Sapin des charbons feuilletés appartient à la même espèce que notre Sapin ordinaire.

602 CHARBONS FEUILLETÉS D’UTZNACH ET DE DURNTEN.

2“ Les Pins (Pinus sylvestris L. et Pinus inontana Mil!.). — Les troncs de Pins forment à Diirnten et à Utznach une partie importante des charbons. Ils ont dû s’enfoncer dans le marais, car ils se trouvent dans toutes les positions.

Fig. 330. Fig. 332. Fig. 331.

Fi?. 343. Fig. 311. Fie. 317. Fig. 318.

Fi*;. 330. Bois «le Pin d'Utztiach: coupe transversale gros*. 360 fois. — Fit». 331. Bois de Pin d'Utcnach gross. 100 fois. — Fig. 332. Pinus Abies L., cône dont les écailles ont été rongées par un Écureuil ; d’Ctznach. — Fig. 333. Pinus Abies L.; a. écaille vue du côté interne, avec semences, de Morschweil ; b. «.caille, moitié supérieure, d 'Utznach. — Fig. 334 il 338. Pinus montana Mill. — Fig. 334. Écaille vue du côté interne, avec semences, «le Môrschweil. — Fig. 335. Écaille côté externe, de Morschweil. — Fig. 336. Vue de profil. — Fig. 337. Cône entier, de Morschweil. — Fig. 338. Aiguilles d* Utznach. — Fig. 339.

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Pinus sylvestris L., oône de Murschweil. — Fig. 310. Écaille du côté interne, avec leinenees, de Udnohtfeil. — Fig. 341. Écailles, côté externe. — Fig. 312. Taxus baccata L. Petite* noix, gros*. 2 foi*, de Dnmten. — Fig. 313. Corylus avellana L. ovata, de Dürnten. — Fig. 344. Corylus avellana L., de Morsclnveil. — Fig. 345. Menyanthes trifoliata L., de Dürnten, gros*. 3 fois ; a. semence, vue de profil; b. sec* tion de la dite. — Fia. 846. Scirpus lacustris L., fruit de Dürnten, gross. 3 fois. — Fig. 347. Vaccinium vitis idæa L.? gros*. 4 fois. — Fig. 348. Holopleura Victoria Casp., de Dürnten, gross. 6 fois; a. profil; b coupe longitudinale; c. orifice après l’ablation de l’opercule. — Fig. 340. Quercus Robur L., cupule de Môrschwcil.

A l’état frais et humide, le bois est mou et peut facilement se couper au couteau; mais séché à l’air il devient dur comme de l’os et cassant*. Les troncs ont fréquemment conservé leur écorce gercée ; les branches sont placées de diverses manières sans qu’on puisse en suivre les derniers rameaux. Ce bois a été examiné au microscope par mon ami le professeur Unger. de Vienne, qui a trouvé qu’il est identique à celui du Pin. La fig. 331 représente un tronc, coupé parallèlement à son écorce. La face de cette coupe longitudinale montre les rayons médullaires coupés transversalement. Parmi ces rayons, il y en a qui sont simples et n’ont qu’une seule rangée de cellules; d’autres sont composés de plusieurs rangées de cellules telles que chez les Pins actuels. L* coupe fait voir les anneaux de croissance annuels qui ont une épaisseur considérable.

La coupe transversale (fig. 330) nous montre les cellules serrées fortement les unes contre les autres. Il n’est pas possible de distinguer si ce bois appartient au Pin commun ou au Pin de montagne ; les charbons feuilletés nous ont heureusement conservé de nombreux rameaux avec leurs feuilles et leurs cônes qui révèlent la présence des deux espèces**.

* Il a fréquemment une couleur brun-foncé et est prb par les ouvriers de l'exploitation pour du bois de noyer.

** Le Pin commun (P. sylvestris L.) est un arbre élevé; lorsqu’il est vieux, il a la forme d’un parasol et son écorce est rouge; ses aiguilles sont saupoudrées de bleu à la face supérieure, qui est aplatie, etappointies en avant. Les chatons femelles sont pédoncules et repliés ; les cônes murs sont pendants, ovoï-coniques et longs de 50 millimètres. Les ailettes de la nucule sont ordinairement trois fois aussi longue» que celle-ci. Le Pin de montagne (P. mon tan a Mill.) est un arbre quelquefois droit, plus ou moins

604 CHARBONS FEUILLETÉS D'CTZK&CH ET l»E DURNTEN.

Nous trouvons dans les charbons feuilletés deux espèces de cônes de Tin : l’une dont les écailles mamelonnées ont des facettes planes (fig. 339); l’aile de leurs nucules dépasse deux fois et demie celles-ci ; elle est en outre rétrécie en avant (caractères du Pinus sylvcstris L.). Chez l’autre, les facettes de l’écaille sont bombées ou même relevées en crochet au sommet; l’aile de leurs nucules n’est que deux fois à peine aussi longue que la nucule elle-même (caractères du Pinus montana Mill., fig. 337). Comme les écailles des cônes du Pin de montagne n’otrrent jamais de facettes planes, les premiers appartiennent au Pin commun. En général, les cônes sont plus petits et moins pointus au sommet, ce qui provient en grande partie de leur état jeune ; la non-maturité des nucules confirme cette supposition. Les nucules représentées dans la fig. 340 n’avaient évidemment pas leur complet développement ; elles étaient insérées sur un cône ovalaire de 38 mill. de longueur. La plupart des cônes du Pin de montagne qui me sont parvenus n’étaient pas complètement mûrs non plus, car les semences n’étaient pas entièrement développées. Les écail-

élevé, avec «ne tète en forme de pyramide conique ; quelquefois couché, tordu, avec des branches arquées qui se redressent. I. 'écorce est d’un gris foncé, les aiguilles d’un vert pur sont moins pointues que celles du précédent. Les chatons femelles commencent par être verticaux, puis ils s'inclinent un peu, plus tard, mais ne sont jamais recourbés. Les cônes sont presque sessiles; les écailles ont une facette fréquemment relevée au sommet en crochet. L'ombilic est entouré d'un anneau noirâtre, l-es ailettes sont environ deux fois plus longues que la nucule. D'après la forme du tronc et des cônes, on en distingue plusieurs races, savoir : A. le Pinus montana uncinata dont le tronc droit est assez élevé ; ses cônes ne sont pas symétriques et la plupart de leurs crochets sont fortement développés. — B. Le Pinus montana uliginosa formant un petit arbre noueux; ses cônes d’un brun brillant ont des crochets très-saillants dirigés eu bas. — C. Pinus montana liumilis, buissonneux, à branches rabattues, avec des cônes non symétriques ovoïdes ou ovoï-coniques ; les facettes en sont bombées et le crochet peu développé. I). Pinus montana pumilio a le même port que le précédent, mais il a des cônes sessiles, presque globuleux ou subovales dont les facettes bombées sont toutes de la môme grandeur et de la même forme. Le Pin de montagne est répandu sur tout notre pays montagneux, et monte sous les formes du P. montana liumilis et du P. montana pumilio (nain) jusqu’il 7000 pieds au-dessus de la mer. Il est rare dans la plaine, et n’y apparait que comme P. montana uncinata ; ainsi à l'L'etlibcrg où il descend jusqu'à Maneck. Le Pin ordinaire se voit partout dans la plaine et ne vit dans les hautes montagnes qu'en petits bouquets ou associé aux Sapins.

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les, représentées par les fig. 334, 333 et 336, appartiennent cependant à un cône parvenu à maturité. La fig. 335 reproduit le côté externe d’une de ces écailles avec le mamelon à faces convexes pourvu d’un ombilic central. La. fig. 334 donne le côté interne d’une écaille avec ses deux nucules dont les ailes ne sont pas deux fois aussi longues qu’elles et sont tronquées à l’extrémité qui est arrondie. Ce cône a une longueur de 40 millimètres ; il a une forme ovoïde et peu symétrique, parce que les mamelons sont faiblement développés d’un côté, et que de l’autre ils sont relevés en crochet. Chez quelques petits cônes les crochets sont plus saillants, repliés vers la base, et présentent un ombilic excentrique. Par leur forme d’un ovale ramassé et leurs écailles à facettes bombées, ces cônes se rapprochent de ceux du Pinus montana hurailis, et par leur crochet moins fortement développé ils s’éloignent du Pinus montana uncinata ainsi que du Pinus montana uliginosa. Comme la longueur du crochet est très-variable, et qu’il n’est pas possible de dire si ces Pins avaient la taille d’un arbre ou simplement celle d’un arbrisseau semblable au Pinus montana humilis, nous ne savons sous laquelle des nombreuses variétés du Pinus montana il faut classer ces débris. Nous devons nous contenter de savoir que ces cônes ont appartenu au Pin de montagne, et que par la forme des cônes c’est du Pinus montana humilis qu’ils se rapprochent le plus. Tous les rameaux pourvus de leurs feuilles que jusqu’ici j’ai reçus d’Utznach apppartiennent au Pin de montagne comme l'indiquent leurs feuilles, aciculaires, plus fortes et peu pointues à l’extrémité (fig. 338). Au contraire les troncs de Pins de la grosseur d’un homme, qui ont été recueillis à Utznach.à Dürnten et à Wetzikon, proviennent très-probablement du Pin sylvestre.

Ces recherches nous prouvent donc que déjà dans ces temps reculés la Suisse possédait les deux espèces de Pin qu’elle nous présente aujourd’hui. Si d’ailleurs elles ne ressemblent pas assez à nos espèces vivantes pour qu’on puisse les assimiler avec certitude à une des nombreuses formes sous lesquelles ces arbres sont connus maintenant, il n’en est pas moins vrai que nos deux espèces si voisines l'une de l’autre sont compri-

G06 UHAKBONS FEUILLETÉS D’UTZNACH ET DE DUHNTEN.

scs dans le même ensemble de formes qui leur sont assignées depuis d'innombrables siècles.

3° Pinus Larix L. — Morschweil et Utznach n’ont fourni que quelques cônes qui très-probablement ont appartenu à cet arbre. — Ils sont petits et ovoïdes ; ils ont des écailles striées sans renflement à l’extrémité, et arrondies comme celles du Pinus Larix. Ces cônes étant fortement comprimés, leurs écailles étant en partie détériorées et leurs semences n’étant pas visibles, on ne peut les déterminer avec certitude.

4° L’If (Taxus baccata L.). — J’en ai trouvé à Dümten. La nucule (fig. 342) est identique pour la forme et la structure à celles de l’If vivant; elle est seulement un peu plus petite. L’ombilic est rond, la testa très-fmemént ridée est acuminée au sommet.

5° Le Bouleau (Betula alba L.). — Les troncs à écorce blanche, d’une grosseur considérable, se rencontrent à côté de ceux des Pins, et ces deux arbres sont les plus communs des charbons feuilletés. — A l’état frais, on peut diviser l’écorce en minces feuillets; elle est garnie des mêmes lenticelles que l’écorce des Bouleaux actuels. Cette écorce blanche mauque aux petits rameaux minces qui sont colorés en brun. On n’a pas jusqu’ici trouvé de feuilles, de fruits et de semences; c’est pourquoi on ne peut avec certitude en déterminer l’espèce; mais la parfaite analogie du bois et de l’écorce avec ceux du Betula alba L. permet de les rapporter à cet arbre.

6“ Le Chêne (Qucrcus Robur L.). — On n’a trouvé jusqu’ici qu’un gland entouré de sa cupule à Morschweil; il nous a été communiqué par le professeur Deicke. Les pointes des bractéoles qui forment la cupule sont en partie conservées et ressemblent à celles de notre Chêne ; cependant la cupule est un peu plus grosse et un peu plus rétrécie à la partie supérieure. — On ne peut savoir si le fruit était sessileou pédicellé; il n’est donc pas possible de dire s’il appartenait au Quercus pedunculata ou au Q. sessiliflora, qui du reste ont été de nouveau réunis eu une seule espèce.

7° Erable faux Platane (Acer pseudoplatanus L.). — Les argiles carbonifères de Binzberg près de Dürnten ont fourni quelques restes, longs de

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3 pouces, des feuilles de cet arbre; leurs fortes nervures secondaires, externes se dirigent directement vers le haut, et leurs veinules, naissant presque à angle droit, rapimllent tout à fait les feuilles de l’arbre vivant.

En fait de buissons, on n’a découvert jusqu’ici qu'une espèce de Noisetier. — Les fruits sont, il est vrai, parcourus par des stries longitudinales plus profondes que chez nos noisettes ; mais c’est la conséquence naturelle d’un long séjour dans un endroit humide, car les noisettes extraites des habitations lacustres et des cavernes à ossements fossiles d’Angleterre offrent le même caractère, en sorte qu’on ne peut les prendre pour une espèce particulière.

Ce qui est très-digne d’attention, c’est que les noisettes des charbons feuilletés présentent les deux mêmes formes que les espèces vivantes *. — La noisette la plus commune de l’époque des charbons feuilletés est celle à fruit court (C. avellana ovata W. fig. 343); ,’elle est d’un ovale court, sa longueur dépasse peu sa largeur (15 rnill. de long sur 13 mill. de large). Nous les avons reçues de Diirnten et de Morschweil. Elles rappellent pour la forme et la grosseur celles des habitations lacustres de Hobenhausen, et celles de la même espèce de nos jours. — Quant à la seconde forme (C. avellana L., fig. 344), la noisette est d’un ovale allongé et beaucoup plus longue (24 millim.). Le grand axe est beaucoup plus long que le petit. Nous en avons reçu de M. le professeur Deicke quelques exemplaires provenant des argiles carbonifères de Morschweil; ces noisettes ne diffèrent nullement de celles des habitations lacustres non plus que de celles de la flore actuelle.

• Les fruits de l’une sont presque globuleux et à peine comprimés ; ceux de l’autre variété au contraire sont d’un ovale allongé et un peu comprimés. Chez la première, les jeunes rameaux, les pétioles et la base de la cupule sont abondamment garnis de poils glanduleux (c’est la C. glundulosa Shoullew, C. Avellana ovata W.). Chez la seconde, il n’y a que peu ou point de poils, et lu cupule est plus furie que le fruit. Cependant la variété à fruit court se rencontre aussi avec une cupule courte et garnie de poils peu glanduleux (Schambelen) ; donc ce caractère n'est pas constant. La forme à fruit court mûrit les siens plus tôt que l’autre; elle est connue chez nous sous le nom de Noisette d’Àoùt.

008 CHARBONS FEUILLETÉS D’UTZNACH ET DE DUHNTEN.

Parmi les plantes herbacées qu’on rencontre le plus souvent, on peut citer le Trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata L.), et le Roseau (Phragmites communis Tr.). Nous ne connaissons du Trèfle d’eau que des graines petites, brillantes, d’un brun jaune et en forme de lentilles (fig. 345); elles se présentent par places en quantité considérable dans les charbons de Dürnten, d’Utznach et de Môrschweil. On ne peut les distinguer des graines de l’espèce actuelle qu’on a découvertes aussi dans les habitations lacustres de Robenhauscn. Le Roseau est excessivement abondant à Utznach et à Dürnten dans les couches intermédiaires de couleur foncée < silber; > en certains endroits, ces couches sont parcourues par des rubans d’un noir brillant. Ils sont formés par des rhizomes articulés et par des feuilles à nombreuses nervures longitudinales. — Souvent les branchilles qui sortent des nœuds, et les fibrilles des racines sont encore conservées. Les Roseaux, à l’exclusion de toute autre plante, remplissent des couches entières. Ils comi>osaient donc à eux seuls la végétation là où la tourbe est recouverte par la couche argileuse.

Nous n’avons du Scirpus lacustris L. que des fruits (fig. 3415); ils ne sont pas rares dans les couches d’argile de Dürnten, et ressemblent parfaitement à ceux de l’espèce vivante qui est représentée à Robenhausen. J’ai rencontré aussi dans les argiles carbonifères de Dürnten quelques graines du Framboisier (Rubus idæus L.), du Polvgonum Hvdropiper L. et du Macre flottant (Trapa natans L.?). La détermination de ces deux dernières espèces n’est pas parfaitement certaine. Je n’ai trouvé du fruit du Trapa que des débris, avec quelques piquants qu’on peut cependant attribuer à cette plante.

A Utznach et à Dürnten, les fruits du Galium palustre L. ne sont pas rares; dispersés dans les couches carbonifères, ils ont la grosseur de grains de poudre, et leur surface est rugueuse.

A Dürnten, on n’a jusqu’à ce jour recueilli du Myrtille ponctué (Yaccinium vitisidæa L.) qu’une seule feuille coriace et bien conservée, mais la détermination en est encore douteuse.

Ces végétaux des charbons feuilletés et tous ceux qui se trouvent dans

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les couches carbonifères sont tous des plantes des tourbières; mais les autres espèces qui se rencontrent dans les bandes d’argile, savoir : les Ifs, les Noisetiers, les Framboisiers et les Macres, y ont été transportées du voisinage, par eau, et se sont enfouies dans le limon abandonné par les inondations.

La seule Phanérogame qu’on ne puisse rapporter à une espèce vivante est un Nénuphar, qui diffère essentiellement des nôtres par la forme de ses graines, seuls restes de cette plante; elle a été classée par C’aspary dans un genre spécial * (Holoplcura). Ces graines, qui ont 2 ‘/, à 3 millimètres de longueur, sont ovales, brunes et pourvues à une de leurs extrémités (fig. 348 a, c) d’un opercule rond qui porte un ombilic semilunaire et une petite verrue (fig. 348 d). La coque de la graine est trèsépaisse (fig. 348 b), et sa couche extérieure se compose de cellules à parois également très-épaisses. Ces graines ont la taille et la forme de celles de nos Nénuphars blancs, mais elles en diffèrent par leur opercule et par leur coque solide. Ce caractère les rapprocherait de la Victoria regia Lindl. chez laquelle cependant les parois des cellules sont beaucoup moins épaisses.

Les Cryptogames des charbons feuilletés sont représentés surtout par des Mousses **; par places, elles se présentent en masses compactes, et forment d’épais matelas.

La Mousse des marais (Sphagnum), qui joue actuellement un rôle si considérable dans les marécages, présente à Dümten une espèce: le Sph. cymbifolium. Les Hypnacées sont cependant plus abondantes et

* Le prof. Caspary, de Kônigsberg, a classé cette espèce d’après les semences trouvées dans les lignites de Dornheim et de Wôlfersheim dans le Wetterau. Je lui ai envoyé des exemplaires de Dürnten qu’il a reconnus pour être identiques à ces dernières. Non-seulement la forme extérieure est la même, mais encore la structure des cellules est semblable. Celles-ci, macérées, prennent une jolie couleur bleue si on les traite par l’iode et l'acide sulfurique ; ce qui prouve que, malgré un séjour de plusieurs milliers d'années en terre, la cellulose est bien conservée.

•• M. le prof. Schimper, de Strasbourg, l'homme le plus versé dans la connaissance des Mousses, a eu la complaisunce de les examiner et de les déterminer.

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fournissent à Diirnten 3 espèces. La plus commune est l’Hypnum lignitorum Schimp. ; elle tient le milieu entre l’Hypnum palustre et l’H. ochraceum qui se rencontrent dans les ruisseaux de montagne, et poussent sur le bois pourri et sur les pierres. Une seconde espèce aussi commune, l’H. priscum Schimp. est très-semblable à l’H. sarmentosum Wahlb. qui vit aussi bien en Laponie que sur les sommités les plus élevées des Sudettes. La troisième espèce rappelle les H. stramineum et trifarium qui se plaisent dans les marais tourbeux et le long des ruisseaux de montagne. Une espèce provenant de Môrschweil, le Thuidium autiquum Schimp. est tout à fait semblable à une Mousse vivante, le Th. delicatulum.

Les Cryptogames vasculaires n’ont fourni, à ma connaissance, que les tiges articulées et striées d’une espèce de Prèle (Equisetum limosum L. ?).

Si jusqu’ici le nombre des plantes trouvées dans les charbons feuilletés n’est pas grand, nous pouvons cependant nous représenter le monde végétal qui habitait les marais tourbeux de cette époque reculée, et je crois avoir démontré que la flore, représentée dans notre vue de Diimten, devait avoir eu cet aspect.

Passons maintenant au règne animal. Nous distinguons dans le paysage trois formes très-caractéristiques : les Eléphants, le Rhinocéros et le Bœuf primitif.

, A Diirnten, on a découvert deux très-belles molaires d’Éléphaut, qui gisaient au fond de la couche carbonifère, à côté de grands débris d’ossements de cet animal. La face supérieure des dernières molaires de la mâchoire (fig. 350) a un diamètre de G7 millimètres; elle est garnie de 12 protubérances transversale^, allongées, dont les bords émaillés sont ondulés et portent çà et là des tubercules plus ou moins prononcés. C’est la forme des dents de l’Elephas antiquus Falc. qui paraît être très-voisin de l’Éléphant africain, et qui avait probablement la même taille et la même forme. Chez le Mammouth (Elephas primigenius [Blumenb. , fig. 351), les protubérances transversales des molaires sont parallèles, plus rappro-

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Fig. 351.

Fig. 350. Elephas antiquus Falc. Dernière molaire de la mâchoire inférieure, de Düroten, */t grand, liât. — Fig. 351. Elephas primigenius Blumenb., molaire grand, nat., de la tranchée du chemin de fer â Luttingen prés d'Hauenstein sur le Khin.

chées les unes des autres, moins crénelées et n’ont pas d’angles saillants latéraux.

Les argiles des charbons feuilletés de Dürnten ont fourni un squelette presque complet de Rhinocéros ; mais par un accident malheureux il est presque complètement perdu. Il nous en est cependant parvenu quelques os et quelques dents qui font reconnaître le Rb. etruscus Falc. * Il dif-

* Hermann de Meyer la considéré comme le Rhinocéros Merkii. D’après lui (voy. Palæontograpliiea, IX, 1804, p. -42), il y a eu en Allemagne deux Rhinocéros diluviens: le Rh. Merkii chez qui les narines ne sont séparées par une cloison osseuse que dans la première partie de leur parcours, et dont les molaires ne sont pas entourées d'émail; et le Rh. tichorhimis Cuv. avec une cloison nasale complète et des molaires garnies d’une forte couche d’émail. Los espèces vivantes et tertiaires (ainsi que l’espèce pliocène, Rh. leptorhinus Cuv.) n’ont pas de cloison nasale osseuse et leurs inci-

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fère considérablement de toutes les espèces vivantes ; mais la grosseur des deux cornes dont sa tête était ornée, et la forme des dents semblent en faire le proche parent du Rhinocéros à deux cornes du Cap (Rh. bicomis L.).

Dans notre collection provenant de Diimten, nous avons des morceaux de mâchoires de l’Urochs avec des dents (Bos primigenius Boj.). — A Utznach, on a trouvé, il y a quelques années, un crâne complet de l’Urochs avec deux grandes cornes, mais malheureusement il a été perdu. D’après le professeur Rütimeyer, cet animal serait la souche de notre Bœuf et aurait assez bien conservé son type dans la race frisonne. Il est de '/, à */, plus grand qu’une très-grande Vache, les cornes sont fortement recourbées en arrière et en dehors ; puis elles se dirigent en avant, et se redressent de telle façon que les pointes, très-hautes, sont perpendiculaires au front; l’extrémité cependant est légèrement recourbée en arrière.

L’Eléphant et le Rhinocéros se sont éteints pendant l’époque diluvienne ; mais l’Urochs se rencontre encore dans les habitations lacustres (à Robenhausen et à Moosseedorf) , comme animal sauvage. Il vivait avec le grand Cerf (Cervus Elephas L.), dont à Diimten et à Utznach on a trouvé des dents qu’il est impossible de distinguer de celles de l’animal vivant.

L’Ours, dont on a retrouvé des dents et une partie de mâchoire dans

sives sont persistantes. Le Rb. tichorhinus a été trouvé gelé dans la terre de Sibérie ; il avait encore la peau et les poils ; ses dents et ses os ont été signalés sur beaucoup de points en Europe. Dans le bassin du Rhin, on les trouve dans le loss et dans les cavernes à ossements. Le Rh. Merkii a été recueilli près de Mauer, dans la vallée du Neckar, dans un gisement de sable et de gravier inférieur au loss et à Mosbach près Wiesbaden, il parait se trouver dans des gisements inférieurs à ceux qu’occupe le Rh. tichorhinus dans la Lahnthal voisine. D'après H. de Meyer, le Rh. Merkii serait donc apparu avant le Rh. tichorhinus ; il occupait la partie inférieure du diluvium et le second la partie supérieure, quoiqu'il ne soit pas prouvé qu’en de certains endroits les deux espèces n’aient pas vécu ensemble. D’après Lartet (Ann. des Sc. nat., 18(17, vu, 27), le Rh. Merkii II. de Meyer n’est cependant pas l’espèce de Jæger et Kaup, mais bien le Rh. etruscus Falc. ; nous lui laissons donc ce dernier nom.

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les charbons feuilletés d’Utznach, était considérablement plus gros que notre Ours des Alpes, et forme une espèce spéciale à l’époque diluvienne et qu’on rencontre fréquemment dans les cavernes. Il a reçu de là le nom d’Ours des cavernes (Ursus spelæus Blumenb.). Son front était beaucoup plus bombé que celui de notre Ours, ses dents étaient aussi plus grosses et il avait une barre entre les canines et les premières vraies molaires.

L’existence de l’Ecureuil dans ces parages nous est révélée par des cônes de Pins rongés de la même manière que ceux que nous voyons dans nos forêts et que ce petit animal a dépécés pour en retirer la graine (fig. 332)*.

En fait d’animaux inférieurs, on n’a signalé jusqu’ici que quelques espèces de Mollusques et d’insectes. — Les premiers se rencontrent par milliers dans l’argile. Si l’on excepte quelques fragments d’Anodontes, on n’y a reconnu que les trois espèces : Pisidium obliquum Lam., Valvata obtusa Drap, et une variété de la V. depressa Pfr. Ces espèces vivent encore maintenant chez nous, et les Valvates habitent les ruisseaux qui traversent les tourbières.

On recueille les Insectes soit dans le charbon, soit dans l’argile. Les premiers sont presque exclusivement des Donacia; ils se trouvent en telle quantité que leurs élytres se voient par centaines sur le charbon. Possédant encore leurs couleurs métalliques bleues et vertes, ils ressortent en taches brillantes et colorées sur le fond noir. Ordinairement on trouve les élytres, plus rarement le thorax, et les jambes sont presque toujours séparées du corps. Ces Insectes ont sans doute vécu sur les plantes aquatiques et marécageuses des marais tourbeux. A leur mort, ils tombaient dans l’eau, et les diverses parties de leur corps se disloquaient; les plus dures et surtout les élytres ont seuls été conservés ; allant au fond avec

* J’ai vu au British Muséum des cônes dans le même état ; ils provenaient du forest-bed des côtes de Norfolk (voy. Lyell, Antiquitv of man, p. 2 15). Lindley les a décrits par erreur comme une espèce spéciale (Pinus Woodwardi), Voy. Hutton and Lindley, Fossil flora of Britain, III, p. 226, B.

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d’autres substances organiques, elles furent enfouies dans la masse tourbeuse. Quand ces débris viennent d’être retirés de la terre, ils sont parfaitement conservés ; mais en se séchant, le charbon se contracte et les détruit, ou du moins il les plie et les courbe, de sorte qu’ils ne peuvent plus servir à la détermination. On peut distinguer à Dürnten et à Utznach deux espèces d’après la forme et la ciselure des élytres ; ces deux espèces sont identiques avec les Donacia discolor et D. sericea L., qui vivent dans nos marais et sur le bord de nos lacs. — L'espèce la plus commune est le Donacia discolor Gyll. qui déjà à cette époque possédait de brillantes

Fig. 352. Fig. 353. Fig. 354. * Fig. 355. Fig. 356.

Fig. 357. Fig. 359. Fig. 358.

Fig. 352. Donacia sericea L. gross. 4 foin, de Dümten. — Fig. 353 à 355. Donacia discolor Gyll. — Fig. 353. Êlvtro gross. 4 fois, de Dürnten. — Fig. 354. Môle d’CTtznach, gross. 4 fois. — Fig. 356. Hylobius rugosus ITr. gross. un peu plus de 3 fois, do Dürnten. — Fig. 357. Carabites (Harpalus ?) diluvianus Hr., de Dümten, grossi 4 fois; a. tête et portion du thorax; h. thorax; c. élytres. — Fig. 358. Pterostichus nigrita F. ap. gross. 3 fois, de Dürnten. — Fig. 359. Carabites cordicollis Hr. gross. 4 fois, de Dümten.

couleurs métalliques, vertes et bleues, et ressemblait à l’espèce vivante par les dessins de ses élytres, par leurs fines rides transversales et par la disposition de leurs lignes ponctuées (fig. 353) ; il avait le même thorax orné de points symétriquement arrangés et serrés (fig. 354). Chez le mâle (fig. 365), les cuisses des jambes de derrière étaient également

FAUNE

épaisses. Le Donaeia sericea L. (fig. 352), espèce voisine, est plus rare ; chez lui, les points alignés depuis l'extrémité de l’élytre ne sont pas si bien marqués, et se confondent avec ceux de la pointe.

Les larves de ces deux espèces et leur nourriture ne sont pas encore connues ; les Insectes parfaits vivent sur les plantes des marais et sont répandus dans toute l’Europe jusqu’en Laponie.

Les argiles carbonifères de Dürnten m’ont donné les élytres bien conservés d’un Ilhyncophore (Hylobius rugosus Ilr., fig. 35G), espèce perdue, mais proche parente de l’Hylobius Pineti Aut. * Dans les argiles claires, on rencontre çà et là des écailles d’un noir brillant qui sont les restes d’élytres et de thorax de petits Coléoptères. — Ils appartiennent en grande partie aux Carabicini. — Une espèce (fig. 358) ressemble beaucoup au Pterosticlms nigrita F. sp. qui est commun dans toute la Suisse jusque dans la région subalpine; deux autres espèces**, le Cara-

* filytres d'un noir de charbon, deux fois plus longs que larges; les points du réseau sont plus profonds et moins serrés que dans les lignes intermédiaires ; les espaces sont chagrinés et ridés. Les points des lignes sont très- profonds ; la première et la seconde ligne courent parallèlement d'avant en arrière; la troisième rencontre la huitième en arrière ; la quatrième rencontre la cinquième, et la sixième la septième. Ces deux paires s'arrêtent en dedans du champ formé par les lignes 3 et 8. Les espaces intermédiaires sont grossièrement pointillés et ridés transversalement. Les points sont plus profonds à la base de l’élytre qu’au milieu et à l’extrémité. Il se distingue de l’H. Pineti par une taille moindre et par des élytres de la même largeur, mais plus courts et dont la ciselure est différente. Chez PH. rugosus, les deux premières rangées n’ont que 13 points, tandis qu’il y en a 17 à 24 chez l'H. Pineti; les rangées ou plutôt les lignes ponctuées du milieu ont au contraire le même nombre de points dans les deux espèces. Les rides des entre-champs sont aussi plus prononcées que chez ce dernier.

** Le Carabites diluvianus se distingue par son thorax large, court et muni de forts angles à l’extrémité postérieure; il a une ligne médiane lisse, avec une empreinte à la base de chaque côté et en avant, une rangée transversale de points. Les raies des élytres sont ponctuées, les champs intermédiaires plats et lisses. Il a la grosseur de Pliarpalus satyrus Kn., et son thorax est semblable à celui de cette espèce dont il se distingue cependant par des lignes ponctuées. J’en ai trouvé à Dürnten des élytres, des thorax et une tête fort bien conservée? Il semble appartenir au genre llarpalus. Le Carabites cordicollis a un thorax eordiforme lisse avec des bords fortement repliés en arrière, une ligne médiane profonde et une forte empreinte à la base de chaque côté. Il appartient peut-être au genre Pterostichus (Argutor).

616 CHARBONS FEUILLETÉS D’UTZNACH ET DE DURNTEX.

bites diluvianus Hr. (fig. 357) et le Carabites eordicollis Hr. (fig. 359) ne peuvent être rapportés à aucune forme actuelle. Ces Coléoptères vivaient probablement au bord des ruisseaux, et ont péri sans doute par les inondations amenant du limon dans les marais tourbeux.

Une formation de charbons feuilletés, semblable à celles d’Utznach et de Diimten, se voit à Chambéry et à Sonnaz en Savoie. Sur un lit de sable fin d’une profondeur inconnue se trouve de l’argile grise avec une couche de charbon. Au-dessus viennent 8 mètres de pierres roulées qui, dans leur partie supérieure, sont liées entre elles par un ciment calcaire. Cette formation est recouverte elle-même de 30 mètres environ d’un dépôt de débris non stratifiés, avec des fragments striés (erratiques). Ces dépôts se présentent donc presque dans les mêmes conditions que ceux de Dürnten et d’Utznach. Dans les charbons feuilletés, nous rencontrons des cônes de Sapin et des Bouleaux ; dans l’argile, des feuilles de Saule (Salix cinerea L. et Salix repens L.) ainsi que les élytres des Donacia discolor Gy 11 V et D. Menyanthidis F. ; enfin de petits Carabides*. — On n’y a pas encore trouvé de Mammifères. D’après M. Pillet, c'est toujours dans des formations plus récentes qu’on rencontre le Mammouth et l’Ours des cavernes. Mon ami, M. Charles Gaudin, a découvert également des charbons feuilletés à Biarritz dans le sud-ouest de la France, ce qui est très-remarquable. Ils renferment les graines d’une Nymphœacée éteinte, l’IIolopleura Victoria Casp., du Trèfle d’eau, une noisette et les élytres colorés d’une Donacia.

En jetant un coup d’œil général sur les plantes et les animaux des charbons feuilletés, on constate aussitôt qu’ils diffèrent complètement de ceux de la mollasse. — Oeningen date du dernier âge 'de la mollasse, et n’a pas une seule espèce commune avec les charbons feuilletés dont le monde organique présente un tout autre caractère. Il y a donc un hiatus énorme entre la mollasse et cette dernière formation. Nous pouvons nous en rendre compte en comparant les deux paysages représentant Lau-

• Je suis redevable de la communication de ces faits à M. Pillet, de Chambéry.

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