COMPARAISON AVEC LA FLORE ET LA FAUNE MIOCÈNES
sanne et Dürnten. Là une nature subtropicale avec des arbres complètement étrangers à notre pays; ici au contraire une reproduction de notre végétation actuelle. Une transformation complète a donc eu lieu dans la nature organique, et les charbons feuilletés annoncent déjà l’ordre de choses présent. Quoiqu’ils renferment encore quelques types perdus, ils se rapprochent beaucoup plus de notre époque que de l’époque miocène, et ils sont les avant-coureurs d’une création nouvelle qui est comme l’aurore de la nôtre. La nature organique n’a pas seule changé, mais le sol même a subi une transformation et a pris en général la physionomie que nous lui connaissons. Les rapports do stratification des charbons feuilletés nous donnent d’importantes indications. Nous avons vu plus haut (p. 331) que la mollasse s’était relevée le long des Alpes, tandis que dans le bassin suisse elle conservait sa position horizontale. A Utznach, les grès, obéissant à ce relèvement, ont une position perpendiculaire (voy. fig- 329, page 598), comme on peut le voir à la vieille Burgruine. — Sur cette mollasse redressée reposent horizontalement les dépôts de charbons feuilletés et des couches de cailloux roulés. Dans une coupure faite pour la construction de la route de Gauen, on pouvait voir les couches horizontales de charbon reposant immédiatement sur la tête des couches perpendiculaires de la mollasse. — Il est donc évident que le redressement de la mollasse a eu lieu avant le dépôt des charbons. Ce redressement de la mollasse que l’on peut suivre tout du long de la chaîne des Alpes, est en connexion étroite avec la transformation du relief de l’ensemble de nos montagnes. Nous discuterons ces phénomènes avec plus de détails dans un des chapitres suivants. Ce changement dans le relief de notre pays, de même que les modifications apportées à la nature organique, eut lieu justement entre l’époque œningienne (la mollasse la plus récente) et la formation des charbons feuilletés. Nous sommes fondés à croire que pendant l’époque des charbons feuilletés, nos montagnes avaient, du moins dans leurs caractères essentiels, l’aspect qu’elles ont de nos jours.
Nous n’avons en Suisse aucune formation renfermant des restes orga-
618 , CHARBONS FEUILLETÉS D'UTZNACH ET DE DURNTEN.
niques de l’époque qui s’est écoulée entre les dépôts d’Oeningen et les charbons feuilletés. Il paraîtrait donc que ces derniers suivirent immédiatement la mollasse supérieure et qu’il ne se passa qu’un temps trèscourt pour la transformation de la nature organique et de l’inorganique. — Afin d’asseoir notre jugement sur ce point, nous étudierons ailleurs les mêmes formations. — Les meilleurs renseignements que nous puissions recueillir nous viennent d’Angleterre et d'Italie. — En Angleterre, sur les côtes du comté de Norfolk, l’action des vagues en a rongé les bords sur une grande étendue. Là, dans l’espace de 40 milles (de Cramer à Kessingland), on distingue les restes d’une ancienne forêt. On voit encore les souches droites de nombreux arbres dont les racines pénètrent l’argile dans toutes les directions. Ils sont recouverts d’une couche de glaise qui renferme par places de minces filons de lignite. Entre les souches des arbres et ces lignites, on trouve des cônes du Sapin, du Pin commun et du Pin de montagne*, des semences d’If, des fruits du Ceratophyllum demersum, des graines du Trèfle d’eau, du Nénuphar blanc et du jaune, des glands, et les noisettes courtes du Corylus avellana ovata W.
On a recueilli avec ces plantes non-seulement des dents de l’Elephas antiquus Falc., mais aussi celles de El. meridionalis, puis les restes du Rhinocéros etruscus Falc., de l’Hippopotamus major, de Bœufs, de Chevaux, de Cerfs, de Cochons, du Sorex moschatus Pall. et du Castor. Les Bivalves et les Univalves concordent avec nos espèces vivantes ; on y rencontre le Pisidium obliquum Lk. sp. comme à Dürnten. Les Donacia n’y manquent pas non plus; ils nous indiquent avec le Trèfle d’eau et les Nénuphars, l’origine marécageuse du terrain. Cette forêt enfouie (forest bed) des côtes de Norfolk date probablement de la même époque que la formation de nos charbons feuilletés.
Les Sapins et les Pins de montagne ont disparu de la flore anglaise ; mais ils font partie de la flore européenne comme tous les végétaux re-
• Grâce à MM. Lyell et Falconer, j’ai pu étudier à Londres les restes de ces plantes.