CRAG
trouvés dans cette localité. Ils sont aussi accompagnés, de même qu’à Dürnten, de quelques animaux éteints qui donnent à la faune un cachet étranger.
Sur les côtes de Norfolk, on peut observer immédiatement au-dessous de cette forêt ensevelie, un dépôt marin qui par places renferme de nombreux débris de faune marine. On l’a désigné sous le nom de Normcli- Cnuj. Quatre-vingt-cinq pour cent des animaux marins qu’il renferme sont encore vivants (69 sur 81), et parmi eux il n’y en a aucun des'contrées méridionales, 12 ne vivent maintenant que dans des contrées septentrionales. Si l’on va de haut en bas, ou trouve au-dessous du norwich-crag (en Angleterre) un autre dépôt marin, le Crag rouge (Bcdcrag), puis au-dessous de ce dernier un troisième appelé Crag corallien (CoraRinc-crag). Dans le nombre des Mollusques que renferme le premier, les espèces vivantes représentent 57 % ; il y en a 8 du Nord et 16 du Midi. — Parmi les Mollusques du crag corallien, les espèces vivantes représentent 51 %i dont 27 sont méridionales, 26 méditerranéennes, 1 de l’Inde occidentale et 2 seulement appartiennent au Nord. Nous voyons par là que la température de la mer s’abaissait peu à peu, et que les formes méridionales disparaissaient toujours plus pour faire place à des formes septentrionales.
On ne trouve en Angleterre aucune formation à laquelle on puisse comparer exactement notre mollasse supérieure; c’est pourquoi nous ne pouvons déterminer nulle part, d’après l’examen du rapport de stratification, les relations qui existent entre ces crag et notre mollasse. Nous avons cependant vu plus haut (page 527) que les coquilles marines de l’étage helvétien sont représentées par 35 "/„ d’espèces vivantes, et de plus que dans l’étage supérieur de notre mollasse il n’y avait aucun reste d’Eléphant proprement dit, mais bien deux Mastodontes, qui manquent complètement au crag. — Ce dernier nous donne une autre espèce de Mastodonte, M. arvemensis, et avec lui de vrais Eléphants et des Hippopotames. — Le crag anglais est donc plus récent que nos étages d’Oeningen et comblent l’hiatus entre cette formation et nos charbons
620 CHARBONS FEUILLETÉS D’UTZNACH ET DE DURNTEX.
feuilletés. On a appelé l’époque pendant laquelle ces dépôts se sont formés : époque Pliocène, et on la considère comme la troisième grande division de la période tertiaire. — Les forêts enfouies du Norfolk et nos charbons feuilletés (que nous pouvons désigner sous le nom de < Formation d' Utznaeh >) nous annoncent une nouvelle période qu’on a appelée Quaternaire ou Diluvienne, et qui diffère de la formation pliocène par l’identité de sa flore et de sa faune marine avec celles de l’époque actuelle.
Ceci nous prouve qu’une longue période s’est écoulée entre la formation œningienne et celle d’Utznach ; nous ne devons donc pas être surpris de rencontrer dans cette dernière une flore toute différente. Il serait d’yi grand intérêt de savoir ce qui s’est passé pendant cette époque intermédiaire et comment la transition s’est opérée. Malheureusement nous n’avons encore que peu de renseignements sur la flore pliocène; il est donc impossible pour le moment de résoudre cet important problème. La flore fossile italienne jette cependant un peu de jour sur la question. La flore miocène supérieure de la haute Italie et de l’Italie moyenne offre les mêmes caractères que celle de notre mollasse supérieure. Nous la rencontrons dans les carrières de gyps de Stradella et de Guarene en Piémont, dans les argiles bleues cuites de la vallée supérieure de PArno en Toscane et près de Sinigaglia. — Cette flore nous fournit les mêmes espèces d’Ambriers, de Chênes verts, de Camphriers et de Laurinées, de Taxodium, de Glyptostrobus, de Planères, de Platanes, de Charmes, de Sapindus et de Noyers que notre flore suisse nous a appris à connaître.
En Toscane, dans la vallée de l’Amo, on voit au-dessus de la mollasse supérieure un sable ferrugineux d’un brun jaune, qui a reçu le nom de Sansino, et qui appartient au pliocène. On y retrouve le même Mastodonte (M. arvemensis) que dans le crag de Norwich et en même temps un Éléphant (E. meridionalis), un Hippopotame (H. major) et un Rhinocéros (Rh. etruscus Falc.), qui ont habité aussi la forêt de Norfolk. — On a reconnu dans ce sansino jusqu’à ce jour 5 espèces de plantes. Trois