DEUX PÉRIODES GLACIAIRES
Ces terrasses offrent ici et là quelques stratifications, mais elles renferment de nombreux blocs erratiques striés et anguleux rappelant ainsi les dépôts que nos glaciers actuels produisent quelquefois dans les lieux où des ruisseaux latéraux forment tantôt des flaques d’eau, tantôt de petits lacs qui peu à peu sont comblés par les moraines.
Le professeur Morlot trouva dans le ravin de la Dranse, prés de Thonon, une excellente preuve à l’appui de l’hypothèse de deux périodes glaciaires. On y rencontre, en effet, une couche de 12 pieds de débris de calcaire alpin strié, au-dessus de laquelle gisent 150 pieds de cailloux roulés et stratifiés (diluvium) recouverts eux-mêmes de blocs erratiques striés. Entre le premier gisement et le troisième, qui sont évidemment le produit des moraines, se trouvent des masses stratifiées qui prouvent par leur épaisseur que le glacier disparut pendant longtemps de ces localités. Dans la Suisse orientale, on ne connaissait que la formation erratique supérieure reposant sur les cailloux roulés et stratifiés. — Le professeur A Escher de la Linth reconnut à Utznach, dans une coupure maintenant comblée de la route de Gauen, le dépôt immédiat des charbons feuilletés sur la mollasse ; en sorte qu’à cet endroit du moins il n’y avait pas trace de dépôt erratique entre ces deux formations (voy. fig. 329). A Dürnten également, dans l’argile qui se trouve immédiatement sous les couches de charbon, on n’a jusqu’ici trouvé que des pierres de nagelfluh provenant des collines environnantes. — H semblerait donc que la théorie de deux époques glaciaires n’est pas applicable à la Suisse orientale. Cependant à Wetzikon, au-dessous des charbons feuilletés, on a trouvé des pierres alpines qui offrent tous les caractères du
transport par les glaciers (voy. p. 597). Il est vrai que ce gisement de
charbon est de peu d’étendue, mais il est disposé horizontalement, et laisse voir, comme à Dürnten, la succession de l’argile et du charbon. On ne peut par conséquent admettre que ces débris erratiques aient pénétré sous la couche de charbon par une dislocation du sol. A Môrschweil, on trouve, d’après les recherches du professeur Deicke (voy. p. 600), des pierres erratiques au-dessous et au-dessus du gisement de
L’ÉPOQUE GLACIAIRE
de charbon feuilleté. Dans une coupure pratiquée dans le voisinage de Saint-Gall, pour la construction d’une nouvelle route, le même observateur a reconnu du diluvium stratifié au-dessus et au-dessous duquel gisent des blocs erratiques. Dans le district du lac de Constance (grand-duché de Bade), la formation erratique se rencontre au-dessous de masses stratifiées ; en partie aussi immédiatement sur la mollasse.
Appuyés sur ces faits, nous établissons qu’à deux reprises différentes les glaciers ont envahi notre pays, et que la formation des charbons feuilletés doit être intercalée entre ces deux périodes ; cette formation couvrit de nouveau le bas pays de végétation, mais elle ne représente qu’un épisode de cette longue période glaciaire qui dura certainement plusieurs milliers d’années.
Cette hypothèse permet de comprendre la prodigieuse épaisseur et la dispersion du diluvium stratifié. Amené sur le dos des glaciers et réparti soit par les eaux qui s’en échappaient, soit par les rivières et les ruisseaux qui parcouraient le pays pendant l’intervalle des deux périodes, le diluvium se déposa dans les endroits bas. Le diluvium stratifié a dû par conséquent être déposé aux moments suivants : 1° après l’époque des charbons feuilletés qu’on peut appeler interglaciaire; 2“ pendant la grande oxtension des glaciers, diluvium glaciaire, et 3'’ après la seconde époque glaciaire, diluvium post-glaciaire.
Nous pouvons donc établir pour la période quaternaire ou diluvienne l’ordre chronologique présenté dans le tableau ci-contre.
Nous n’avons examiné jusqu’ici que les pierres de l’époque diluvienne; mais nous avons à demander aussi à la nature organique la confirmation de ce que nous avons avancé.
Si pendant une période déterminée du développement de notre planète notre pays fut réellement le théâtre de phénomènes semblables à ceux dont nous sommes actuellement témoins dans l’extrême Nord et dans nos Alpes, nous devons en retrouver des traces dans la flore et la faune de cette période éloignée.