DEUX PÉRIODES GLACIAIRES
des glaciers entraînèrent et répandirent sur les charbons feuilletés. Les eaux descendant du côté droit de la montagne, là même où s’arrêtait le glacier qui fermait la vallée, ces eaux, il ne faut pas le perdre de vue, devaient former en outre quelques petits étangs, tandis qu’à d’autres places elles s’écoulèrent le long des glaciers et prirent une part active à la dispersion des masses erratiques. Mais lorsque plus tard le glacier devenant plus considérable, recouvrit ce diluvium stratifié, et que, plus tard encore, il se retira, il laissa à cet endroit les blocs dont nous avons parlé. C’est aux mêmes causes qu’il faut attribuer la dispersion des cailloux roulés et stratifiés de Sihlfeld près de Zurich, ceux des vallées basses du bassin du lac de Constance et du sud des lacs de Lugano et de Côme. Ces matériaux transportés par-dessus les lacs sur les ponts de glace furent entraînés par les ruisseaux qui s’échappaient des glaciers. La formation de nagelfluh du Schienerberg, de l’Uetliberg et de l’Au, dont nous avons parlé (p. 333), date probablement de cette époque ; et comme on en voit jusque sur l’Uetliberg, il faut que le glacier se soit étendu sur la crête de l’Albis.
Les charbons feuilletés de Dürnten et d’Utznach reposant au-dessous du dilivium stratifié, lui sont par conséquent antérieurs. On doit croire, d’après les plantes qu’ils renferment, que le climat était semblable au nôtre. En tous cas, il n’était pas plus chaud, comme le prouve la présence du Pin de montagne ; en effet, cet arbre, dans un petit nombre de localités (au Manek, par exemple), descend jusqu’à la zone où règne la température de la région des collines. Ce climat a pu cependant être un peu plus froid, car les espèces de plantes fossiles découvertes jusqu’ici prospèrent aussi dans la région montagneuse à une température de 6° à 7° C. et jusque sous les latitudes septentrionales de température analogue. La plupart de ces végétaux s’avancent jusqu’à la limite des arbres ; mais la présence des Chênes, des Ifs et de gros troncs de Pins avec de larges couches annuelles, nous indique que ces arbres n’ont pas vécu sous un climat alpestre ou arctique. Les faits que nous avons recueillis nous autorisent à admettre une température de 6° à 9° C. Cette température a dû se main-
L’ÉPOQUE GLACIAIRE
tenir pendant quelques milliers d’années pour permettre l’établissement de l’épais gisement de tourbe dont se composent les charbons feuilletés. Puis, le climat se refroidissant peu à peu, les glaciers s’avancèrent des Alpes et transformèrent l’aspect du pays. Après cette phase, il se produisit une élévation de température ; les glaciers fondirent lentement, puis se renfermèrent dans leurs limites actuelles, à la suite de beaucoup d’oscillations. La transition du climat chaud de l’époque miocène d’abord en climat tempéré de l’époque des charbons feuilletés, puis en climat froid de l’époque glaciaire, se fit probablement d’une manière insensible et au milieu de beaucoup d’alternatives. Il est évident qu’il n’y eut pas de transition régulière, puisque la formation des charbons feuilletés fut séparée des précédentes par une période froide. Nous avons vu plus haut que la manière dont se présente la dispersion des blocs dans le bassin du Rhône implique deux périodes glaciaires. On a cru que la seconde période était représentée par l’état du glacier lorsqu’en fondant il se retira jusqu’au bassin du lac Léman. Mais le professeur Morlot * a démontré qu’à une certaine époque le glacier devait non-seulement s’être retiré du bassin du lac de Genève, mais qu’il était remonté dans la vallée supérieure du Valais (de 3 et 4000 pieds), que de là il était descendu de nouveau, mais que pendant cette dernière phase, il s’étendit seulement sur le bassin du lac.
Nous admettons en conséquence deux périodes glaciaires séparées par une époque durant laquelle les glaciers avaient disparu des plaines de la Suisse. Pendant la seconde période glaciaire, les ruisseaux qui descendaient des collines le long du lac Léman mêlèrent les matériaux qu’ils emportaient à ceux des moraines latérales ; c’est ainsi que se sont produits les dépôts qui forment sur les bords du lac une ligne de terrasses.
• Note sur la subdivision du terrain quaternaire en Suisse, par A. Morlot. Biblioth. univers. 1853. D'après Scipion Gras, on doit distinguer aussi deux gisements glaciaires dans le bassin inférieur du Rhône, c Sur la période quaternaire dans la vallée du Rhône et sa division en cinq époques distinctes. » Bullct. de la Soc. géolog. de France, XIX, Nov., Déc.