‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 219 sur 244 · TERRAINS DE TRANSITION · texte numérisé non relu

TERRAINS DE TRANSITION

du cambrien ; dans le silurien, ils revêtent une grande quantité de formes ; les mêmes espèces à peu près se rencontraient dans l'extrême Nord et sous les latitudes méridionales, dans le nord de l’Amérique et en Europe aussi bien qu’en Chine. Les Trilobites, qui sont les premiers animaux articulés connus et qui appartiennent aux Crustacés, ont déjà disparu dans le calcaire carbonifère, tandis que les Brachiopodes ont persisté jusqu’à nos jours. Un genre, le Lingula,dont une espèce vit dans les sables des côtes des Tropiques, se trouvait même déjà dans les mers de l’époque cambrienne: il nous révèle ainsi, que quelques types d’animaux ont traversé tous les âges de notre globe. Cependant la plupart des Brachiopodes de la période de transition sont complètement étrangers au monde actuel. — Avec les Brachiopodes apparaissent les Céphalopodes, qui sont les Mollusques les plus abondants des mers primitives. Leurs coquilles, qui sont droites ou enroulées, ont des cloisons intérieures analogues à celles des Nautiles. Cette classe présentait, déjà à l’époque silurienne, une grande richesse d’espèces. Les Coraux apparaissent aussi à la même époque. Ils prenaient déjà, dans ces temps reculés, une part active à la formation de la croûte solide de notre globe; ils construisaient leurs bancs où de nombreuses Etoiles de mer, un Oursin d’une organisation fort simple et des Eponges venaient se fixer. Les Poissons apparaissent pour la première fois dans les couches supérieures du silurien ; dans le dévonien supérieur, ils présentent déjà un nombre assez considérable d’espèces. — Toutes leurs formes s’écartent beaucoup des formes actuelles, et appartiennent en partie à des familles caractéristiques de la période de transition , ainsi, les Céphalaspides ; leurs énormes écailles osseuses couvraient comme d’un casque et d’une cuirasse leur tête et leur corps pour les protéger. Ils ont un aspect si étrange qu’on les a pris tantôt pour des Tortues, tantôt pour des Limules et même pour des Coléoptères aquatiques géants.

Les terrains de transition n'ont fourni jusqu’ici aucun reste d'animaux terrestres ; la flore terrestre, au contraire, s’annonce déjà dans la formation dévonienne. Cependant les espèces sont peu nombreuses et ont de

COUP d’œil rétrospectif.

l’analogie avec celles de la flore carbonifère. Les Monocotylédones et les Dicotylédones manquent complètement, et les Gymnospermes y sont si faiblement représentées et s’éloignent tellement de toutes les espèces vivantes, que leur place dans le système est encore douteuse. La plupart de ces plantes appartiennent aux Cryptogames vasculaires; comme dans la formation houillère, ce sont les Fougères , les Lvcopodes et les Prêles qui formaient la végétation des lies de cette mer primitive. Les Fougères donnent des espèces appartenant aux genres Sphenopteris, Cyclopteris et Odontopteris. Fai-mi les Lvcopodes on trouve des Lepidodendron. Les Prêles offrent un certain nombre de types particuliers dont Unger a fait des genres, et même des familles spéciales; mais, comme cette détermination n’est basée que sur quelques restes de tiges, on ne peut se former une idée bien nette de leur port.

Quoique les gisements de la période de transition manquent à notre pays, ou que du moins ils n’aient pas encore été signalés avec certitude *, nous devons cependant les faire entrer en ligne de compte si nous voulons donner un aperçu général des périodes principales de notre écorce terrestre.

Le tableau ci-contre les présente dans leur ordre.

Si les dépôts des roches que nous avons reconnues s’étaient produits tranquillement et sans dérangement, nous les trouverions dans la succession que nous avons indiquée. Mais nulle part on ne rencontre ces différents étages se succédant régulièrement et sans interruption. En réalité, quelques-uns seulement ont conservé leur position première parce que des révolutions considérables ont .à plusieurs reprises tellement bouleversé et modifié les stratifications primitives, qu’il a fallu aux géologues de longues années de travail pour reconnaître la succession naturelle des diverses formations. Les révolutions et les phénomènes qui les

* Le professeur Studer pense (Géologie der Schweiz, I, p. 346) que les schistes gris qui entourent le massif central du Vorarlberg et traversent les Grisons jusqu’à Orties doivent appartenir à la période de transition, car en Styrie on a trouvé dans des roches analogues des animaux siluriens et dévoniens.

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