X. K ELEVEMENT ET AFFAISSEMENT DU PAYS
Faits sur lesquels se base la théorie de profonds changements de niveau du sol. — ■ Leurs causes. — Leurs forces. — Stratification de nos montagnes. — Formation des montagnes, des vallées et des lacs. — Leur influence sur la répartition des mers et de la terre ferme. — Phases de relèvement et d'aflaissement. — Durée des périodes géologiques.
Vidi ego, quod fuerat quond&m solidissima tell us,
Esse fretum : vidi fautas ex æquore terras ;
Et procul a pelage conclue jacuere marinai.
(Met. XV, 202.)
Ces vers d’Ovide, souvent reproduits , nous disent que déjà dans l’antiquité la présence de coquilles marines dans l’intérieur des pays fit deviner qu’une alternance de la terre ferme et de la mer avait eu lieu dans les mêmes localités. — Les nombreux restes marins trouvés dans notre Suisse nous prouvent combien ces inductions étaient justes, car
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
nous avons vu que les organismes marins se rencontrent non-seulement dans les plaines, mais encore sur les plus hautes Alpes. Il n’y a que deux manières d’expliquer leur présence dans ces parages : ou bien, à une certaine époque, la mer s’éleva jusqu'à ces hauteurs; ou bien les montagnes ont été soulevées et sont parvenues au niveau actuel. On admit, à l’origine, la première solution. On supposait l’existence d’une mer primitive ayant recouvert tout le pays jusqu’aux sommités les plus élevées. Pour qu’une pareille hypothèse fût admissible, il faudrait supposerque la terre avait alors un diamètre beaucoup plus considérable, ce qui est fort improbable ; de plus, on ne saurait où seraient allées ensuite les incroyables masses d’eau nécessaires à cette submersion. Il est beaucoup plus probable que le niveau de la mer n’a jamais été sensiblement plus éloigné du centre de la terre qu’aujourd’hui, et que, par conséquent, ce niveau représente une surface sphérique à laquelle peuvent être rapportés les dépressions et les exhaussements de la croûte terrestre. Ces phénomènes continuent de nos jours, et nous permettent, par conséquent, de penser qu’ils ont pu se produire alors. Nous rappelons ici qu’à propos du relèvement des côtes de Norwégc, nous avons dit (p. 049) que celles du Devonshire avaient aussi été exhaussées à une époque relativement récente ; car, à Torkav, on peut voir une zone paléontologique qui s’élève considérablement au-dessus du niveau de la mer et qui renferme des animaux vivant encore dans cette mer. Sur les côtes du Chili, il s’opère un relèvement beaucoup plus considérable ; car, à plusieurs centaines de pieds au-dessus de la mer, elles présentent des restes d’animaux marins de notre époque. Ces relèvements peuvent s’étendre à des continents entiers et sont appelés alors continentaux ; ou bien ils n’ont lieu que dans quelques localités ou dans quelques directions et reçoivent le nom de partiels. Sans aucun doute, les affaissements sont en relation directe avec les relèvements. Ces affaissements peuvent aussi avoir un caractère général. Souvent ils se sont étendus à des continents entiers qui furent envahis par la mer ; ils sont partiels lorsque certaines contrées seulement ont été submergées. Ces changements plus ou moins considérables dans le niveau
RELÈVEMENTS ET AFFAISSEMENTS
partiel de la terre ont été produits par des dislocations intérieures de la croûte terrestre. Du reste, la science n’a pas encore pu déterminer d’une manière définitive les causes des relèvements et des affaissements qui ont donné à la terre sa physionomie actuelle. Les hypothèses qu’on a avancées pour expliquer les grandes révolutions terrestres sont liées à des systèmes sur la formation et l’état primitif de la terre. La dispute qui dure depuis 2000 ans, sur la question de savoir le plus ou moins de part qu’ont prise l’eau et le feu à cette formation, n’est pas encore réglée.
L’état sphérique de notre planète, son aplatissement aux pôles et le renflement que présentent les localités équatoriales , nous obligent d’admettre qu’elle a traversé une période pendant laquelle elle était fluide ou molle ; on en a conclu qu’il fut un temps où elle était à l’état de liquide igné. On s’est arrêté d’autant plus volontiers à cette hypothèse, que la chaleur terrestre augmente à mesure qu’on se rapproche du centre. A 60 ou 80 pieds de profondeur, l’influence de la chaleur solaire cesse ; la même température y règne toute l’année et elle est égale à la température moyenne de la localité. Si l’on descend plus avant , la température augmente en moyenne d’un degré centigrade par 100 pieds. Les observations sur l’augmentation de la chaleur intérieure de la terre se sont arrêtées, il est vrai, à 2000 pieds de profondeur environ, en sorte que, pour évaluer la température de profondeurs plus considérables, ou est livré à de pures hypothèses ; cependant on connaît des sources dont la température égale celle de l’eau bouillante. D’autre part, les volcans rejettent des masses de lave ignée; il n’est donc pas permis de douter qu’une température extraordinairement élevée ne règne au foyer d’origine de ces masses incandescentes. Si au-dessous de 2000 pieds la chaleur augmente dans la même proportion que jusqu’à cette profondeur, nous aurions pour 9000 pieds la chaleur de l’eau bouillante ; pour 100000 pieds une chaleur de 1000 degrés qui fondrait beaucoup de pierres, et à 200000 pieds, elles seraient toutes liquéfiées.
Les partisans de la théorie du feu, les Plutonistes, pensent d’après cela que l’intérieur de la terre consiste en une masse de lave en fusion et
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
ils rattachent à ce phénomène l’origine des sources chaudes et les manifestations volcaniques. D’après ces données, on peut aisément supposer qu’autrefois toute la terre était dans un état de liquéfaction ignée, et que peu à peu, en se refroidissant dans l’espace, elle se couvrit d’une couche solide où les minéraux se durcirent dans un ordre déterminé et suivant le degré de température nécessaire à leur fusion.
Dès que l’abaissement de la température fut assez considérable pour que l’eau pût séjourner à la surface du globe et former la mer, alors commença la formation des roches stratifiées par le dépôt d’une masse de matériaux qui, allant au fond, s’y accumulèrent sous forme de bancs et d’assises. De temps à autre, il se fit des crevasses à l’écorce terrestre et les masses siliceuses en fusion brisant et môme renversant les dépôts stratifiés, se firent jour au travers et constituèrent les montagnes immenses qui occupent la Suisse centrale. Sous l’influence des masses qui sortirent ainsi, les roches environnantes furent modifiées à plusieurs égards et devinrent ce qu’on a appelé les roches métamorphiques. Peutêtre aussi celles qui étaient immergées, s’affaissant à de grandes profondeurs, subirent-elles quelques modifications par l’élévation de la température et sortirent-elles plus tard sous des formes diverses.
C’est ainsi, d’après la plupart des géologues de notre temps, que les montagnes se sont formées.
Les Neptunicns ont une autre théorie. Ils nient la liquéfaction ignée du noyau terrestre ; la haute température de l’intérieur de la terre serait , d’après eux, le résultat de combinaisons chimiques qui se poursuivent actuellement et qui ont à leur tour pour résultat la création de la chaleur. H y a dans les roches, prétendent-ils, de continuelles modifications, et la matière ne se repose jamais. A peine une combinaison est-elle achevée qu’elle se décompose pour se recomposer autrement. Les substances peuvent perdre de leur masse (ainsi par l’érosion); elles se crevassent alors, s’émiettent ou s’associent d’autres substances amenées par les eaux, ou bien encore elles prennent l’état cristallin, transformation par laquelle leur volume s’accroît considérablement. Lorsque ce phénomène
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