SOULÈVEMENTS
a lieu, les niasses se gonflent pour former des montagnes qui sortent des profondeurs et font sauter la croûte qui les recouvre. La cause des soulèvements se trouverait dans les modifications lentes et graduelles des masses qui, en augmentant ainsi leur volume, produiraient les montagnes. On ne peut nier que de semblables phénomènes n’aient eu lieu dans la nature et n’aient concouru à la formation de nos montagnes; seulement ce mode ne suffit pas pour expliquer toute une série de faits tels que la nature sphérique du globe, l’accroissement de la chaleur à l’intérieur, les éruptions volcaniques et la température plus élevée et plus uniformément répartie des premiers âges de la terre, etc.
Tandis que les causes des soulèvements ont encore beaucoup de côtés obscurs, les modifications qu’ils ont amenées dans la configuration du sol se révèlent à nous par d’innombrables exemples. La variété de forme des vallées et des montagnes est si considérable qu’il est difficile de se rendre compte de leur formation. Lorsqu’une pression est exercée de bas en haut sur une couche horizontale, celle-ci plie en arc autant du moins que le permettra l’élasticité de l’objet qui y est soumis. L’effet de cette pression s’accusera sur le sol par une ligne ondulée, c’est-à-dire par des parties bombées alternant avec des dépressions à pentes plus ou moins douces, telles qu’en peut donner l’idée un morceau de papier ou de drap soumis à une pression semblable. Si cette pression s’exerce sur plusieurs couches superposées, et que ces couches se prêtent au relèvement sans rupture, il y aura une voussure entière (fig. 361 A). Mais il est très-fréquent aussi que les couches supérieures se rompent à un ou plusieurs endroits, par suite de la violence de la pression, c’est alors une voussure ouverte. Il s’est formé ainsi une vallée par rupture (fig. 361 D) dont les parois latérales se relèvent en erêts (fig. 361 C) ; mais la correspondance des couches, quoique rompues, restera nettement accusée. Plus tard, cette vallée par rupture pourra être élargie, ce qui arrive souvent, soit par des érosions, soit par des dislocations. Cet élargissement de la rupture des couches supérieures mettra à jour les couches inférieures non rompues de la même voussure (fig. 362 I). Lorsque la voussure s’élève en
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
dôme (comme au Weissenstein et au Blauenberg), elle est entourée d’une vallée, à peu près comme une place forte est entourée d’un fossé et d’un parapet. Nous avons ainsi des chaînes de montagnes de divers ordres.
Profils de coupes do montagnes. — Fig. 361 A. Voussure entière ; B. Vallon; C, C. Créta; D. Voussure ouverte ; vallée par rupture ; I. Hoches primitives; II. Houilles ; III. Trias ; IV. Jura ; V. Craie; VI. Tertiaire. — Fig. 362. Voussure dénudée ; I. Trias (voussure); II. Lias (combe liasique) ; III. Jura brun (crèt) ; IV. Jura blanc inférieur (combe oxfordienne) ; V. Jura blanc supérieur; chaîne de troisième ordre. — Fig. 363. Chaîne A un seul rang. — Fig. 364. Chaîne & deux crèts. — Fig. 365. Chaîne A bords redressés.
Celles qui sont voûtées en dômes (voussure entière) ont été appelées par Thurmann : Chaînes de premier ordre ; celles qui sont formées par les crêts d’une rupture simple de la voûte : Chaînes de second ordre et de troisième ou de quatrième ordre selon que la voussure mise à nu est entourée de deux ou plusieurs formations * (fig. 362). Dans tous les cas, nous avons sur les deux côtés de la montagne soulevée une série régu-
* Thurmann subdivisait le Jura en 160 chaînes, dont : 30 de premier ordre (ex. : Salève, Dole) ; HO de second ordre (Chasseron, Blauenberg) ; 40 de troisième ordre (Geissfluh, Làgern) ; et 12 de quatrième ordre (Passwang, Gei-ssfluh). Il compte 100 vallons et 19 cluses. — Voy. son résumé des lois orographiques générales du système des monts Jura dans les Mém. de la Soc. helv. des sc. nat, 1863.