DURÉE DE L’ÉPOQUE HOUILLÈRE
grandes révolutions qui ont changé l’aspect du pays, et elles sont devenues une portion importante des montagnes de notre Suisse. Dans plus d’un endroit, ces roches ont été intercalées entre des formations beaucoup plus récentes, de sorte que des géologues distingués se sont laissé égarer en leur donnant une origine qui n’est pas la leur*. Ces bouleversements eurent lieu à des époques relativement récentes, et quelque considérables que soient les gisements carbonifères de l’époque houillère, on ne peut pas constater chez eux des discordances suffisantes pour en déduire qu’il y eut de grandes révolutions pendant cette période.
Evidemment l’époque de la formation carbonifère fut tranquille, car les végétaux eurent besoin de calme pour absorber et s’assimiler une quantité aussi énorme de carbone, et pour se déposer par couches dans le sol.
Nous n’avons aucune manière certaine d’apprécier la durée de cette période de formation. D’après les calculs qu’on peut établir sur le développement annuel du bois, un acre de forêt produirait annuellement environ 10 quintaux de charbon, qui, répartis sur toute son étendue, ne donneraient qu’une couche fort mince. L’accroissement des tourbières est plus rapide; cependant les données sont si variables qu’il est fort difficile de formuler une estimation d’une certaine exactitude ; mais on ne s’écartera pas beaucoup de la vérité en calculant qu’il faut un siècle pour produire 1 pied de tourbe, ou par année 1,44 lignes pied de roi, ce qui donne par acre un poids de 15 quintaux, et dans la suite une couche de carbone de houille de 0,33 lignes. Pour un gisement houiller de 44 pieds de profondeur, comme il y en a en Angleterre, il faudrait une période de 20,000 années environ. Si nous calculons un accroissement double, c’est-à-dire, de 3 lignes par an, nous aurons 10,000 ans, et de 6 lignes, 5000 ans.
Ces chiffres sont basés sur l’accroissement actuel des végétaux; mais
* M. le professeur Favre a traité cette question à fond, et, espérons-le, l’a résolue. Voy. « Recherches géologiques dans les parties de la Savoie, du Piémont et de la Suisse voisines du Mont-Blanc, » III, p. 337 et suivantes.
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nous avons vu que l’époque où vécurent ceux tle la tourbe leur était probablement plus favorable que la nôtre, parce qu’ils étaient déjà représentés par de grandes essences qui ont rencontré des conditions plus propices, entre autres l’abondance de l'acide carbonique. Il est fort probable que le développement se fit plus rapidement que dans les tourbières actuelles ; et dans les calculs, il faut tenir compte de cette probabilité ; mais d'autre part, il ne faut pas perdre de vue que les couches de houille, quelque épaisses qu’elles soient, ne représentent qu’une faible partie des masses qui les ont composées. La durée nécessaire à la formation des dépôts des roches qui les entourent (grès, marne et chaux) est bien plus considérable. On évalue dans plusieurs endroits l’épaisseur de* ces dépôts à 3000 pieds; et dans nos Alpes nous avons des couches de rochers de l’époque de l’anthracite, qui ont une épaisseur de 6,000 et même de 7,000 pieds. 11 est évident que la formation d’une telle masse a dû prendre un nombre incalculable d’années.
L’époque carbonifère, ainsi nommée parce que c’est pendant sa durée que la plus grande partie de la houille s’est déposée en terre, a dû être, comme nous le voyons par ce qui précède, une période de plusieurs milliers d’années, et de tranquille développement. De grandes révolutions l'ont suivie en modifiant presque complètement, du moins par places, la surface de la terre. Cependant ces modifications ont porté moins sur la création organique que sur la nature inorganique. Quoique la flore de l’époque houillère ait été détruite en grande partie, celle dû Perm n’en a pas moins avec elle une réelle analogie ; et les nouvelles espèces qui parurent, offrirent les mêmes caractères que leurs devancières.
Notre pays ne possède pas de restes de cette époque ; mais il est trèsprobable que quelques-unes des grandes masses rocheuses de notre Suisse appartiennent à la formation permienne. Nous croyons en particulier que le Sernifit* date de cette époque. La couleur rouge de cette
• On n'v « trouvé jusqu'ici aucune pétrification, ce qui rend difficile l'évaluation de son âge. Autrefois le Sornf s’appelait Sernif et la vallée portait le nom de Sernifthal {comme on le voit dans un document de 1540) ; c’est ce qui m'a conduit à désigner
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roche lui a valu le nom de llothenackerstein. C’est un grès composé de quartz, de gneiss, de schiste argileux, de porphyre, etc., et qui constitue une' portion spéciale de nos Alpes entre la vallée de Semft, le lac de Wallenstadt et la vallée de Setz, et y forme quelques-unes des plus hautes montagnes; ainsi celle du Karpf (8613 pieds au-dessus de la mer) et le Hausstock (9715 p.). 11 se rencontre encore à Davos, ainsi que dans quelques localités de la Suisse occidentale.
Le Semifit est très-semblable à une roche rouge répandue en Saxe et en Thuringe, où on la nomme Rothliegeudes ou Todtliegendes.
‘ Dans ces endroits il a l’apparence d’un grès sombre, schisteux, renfermant du cuivre (Kupferschiefer), des dépôts marneux et du calcaire (Zeehstcin) ; tout cela forme un ensemble qu’on appelle formation permienne ou Dyas.
Le Sernifit contient des traces d’argent mélées au minerai de cuivre. C’est en 1680 qu’on entreprit d’exploiter ce minerai sur la Mürtschenalp <lans le canton de Claris. De 1854 à 1861 cette exploitation a été reprise assez activement. Mais, à cette dernière date les mines furent abandonnées de nouveau , car le rendement ne couvrait pas les frais d’une exploitation difficile, dans un endroit des Alpes aussi inhospitalier*.
sous le nom de Sernilit cette espèce de roche, qui a son plus grand développement dans cette vallée. Le nom italien Yerrucano (de Verruca, château en Toscane) qu‘on a employé pour désigner notre roche, s’applique à des roches carbonifères.
* Le minerai de cuivre se trouve à la partie supérieure du Sernilit, à côté du calcaire alpin, dans une gangue formée de quartz et de talc de couleur foncée ou grise, et de spath calcaire dolomitique. la? cuivre sulfuré est uni à de l’argent qui se rencontre aussi bien dans le calcaire que dans les roches grises; ici il est ordinairement d'un bleu éclatant qui va jusqu’au noir. D’après les données de l’exploitation, un quintal dominerai produit do 5*/j à 7*/* livres de cuivre et de 3/i à l3/4 loth d’argent (0k, 11710 à 0k.275ü). Le gisement principal du Tsehermannen est à 5400 pieds audessus de la mer et à 600 pieds au-dessus du fond de la vallée, à une profondeur d’environ ! pied. L'n second gisement (appelé Erzbett) se rencontre un peu plus loin à l’ouest ; au Hochmüttli et à la Sillier^pitze (environ 7000 pieds au-dessus de la mer) on a découvert du cuivre ; le minerai renferme 15 livres de cuivre et 2 loths (0k, 31250) d’argent par quintal. Dans d’autres localités de cotte contrée (ainsi à Murgthal et sur le liane est du Schild), le minerai de cuivre se trouve dans un quartz calcaire placé entre le Sernilit et le calcaire alpin. L’exploitation a été menée jusqu’en 1857
LE TERRAIN CARBONIFÈRE EN SUISSE
C’est dans la formation dont nous parlons que se rencontre la plus grande partie du cuivre exploité. Les mines de cuivre les plus importantes que l’on connaisse en Europe, sont dans la Russie orientale, en Saxe et en Thuringe; dans l’Amérique du Nord le cuivre se trouve principalement aux environs du lac Supérieur. A ce qu’il parait, le cuivre fut d’abord exploité dans l’ile de Chypre (de là son nom de métal de Chypre ou Kupros). Chez les Grecs il fut consacré à Vénus, déesse nationale de Chypre.
L’époque permienne fut évidemment très-favorable à la formation et au dépôt du cuivre, soit que des vapeurs sortant du sein de la terre avec ce métal en suspension en aient saturé les roches, soit que les sels de cuivre dissouts dans l’eau se soient peu à peu précipités et accumulés dans le cours des siècles. Cette dernière hypothèse n’explique cependant pas pourquoi le cuivre s’est déposé dans la terre précisément à cette époque-là.
La grande période houillère se termina par la formation permienne. C’est pendant cette époque que, dans le nord de l’Allemagne, de nombreuses et grandes masses de porphyre sortirent du sein de la terre et couvrirent de vastes étendues. Il se préparait un nouvel ordre de choses que nous étudierons dans le chapitre suivant.
par de nouveaux entrepreneurs; elle atteignait une hauteur de 100 pieds sur une épaisseur de 1 */, pied; la toise carrée donnait de 80 à 120 quintaux de minerai.
C’est le I)* Simon qui reprit l’exploitation et fonda en 1857 une société par actions au capital d'un million ; il donna pendant plusieurs années une direction remarquable, aux travaux sans que malheureusement les résultats vinssent couronner ses efforts. Après y avoir perdu beaucoup d'argent, et le I)r Simon étant mort, il fallut abandonner cette mine sur laquelle on avait fondé de grandes espérances.