‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 39 sur 244 · FAUNE DES SALINES · texte numérisé non relu

FAUNE DES SALINES

Fig. 25. Fig. 26b. Fig. 26 a.

Fig. 25. Ceratites nodosus. — Fi* 26. Nautilus bidorsatus ; a, vue do côté ;

b. de face.

sentant de la famille des Ammonitides actuellement éteinte. Les Ammonites et les Nautiles appartiennent au groupe des Céphalopodes, qui occupent le premier rang dans la classe des Mollusques, et se font remarquer par la construction cloisonnée de leurs coquilles.

L’animal demeure dans la chambre antérieure et n’est en rapport avec les compartiments qui sont vides que par une ouverture très-étroite pratiquée dans les cloisons. Cette ouverture est occupée par un tube ou sy phon musculaire revêtu d’une substance calcaire ; ce tube se prolonge jusque dans la première chambre, à laquelle il est soudé. Chez les Ammonites, les cloisons sont toujours traversées par le syphon, au côté dorsal de l’animal, et les bords de ces cloisons dessinent, au point de suture avec la coquille, de nombreux festons et. zigzags appelés lobes; tandis que chez les Nautiles, les cloisons sont perforées tantôt du côté dorsal, tantôt du côté ventral, et leurs bords sont ou droits, ou faiblement infléchis. Les Nautiles ne vivent plus maintenant que dans les mers de l’Inde; ils ont une coquille nacrée d’un éclat remarquable. On les rencontre dans les houillères longtemps avant les Ammonites proprement dites, et chez eux comme chez les espèces de notre trias, dans lequel commence en Suisse la famille des Ammonitides, les parois des cloisons ne sont pas encore aussi compliquées que chez les Ammo-

FOKMATION DU SEL EN SUISSE

nite.s proprement dites; elles forment seulement une succession de lobes arrondis.

Ces nombreux Mollusques servaient de nourriture aux Poissons et aux Amphibies dont les remarquables espèces peuplaient la mer.

Ia*s Amphibies se révèlent à nous sous deux formes spéciales fort étranges, et telles qu'il n'en est apparu qu'aux premiers jours de la faune terrestre. On les a nommés Ichthvosaures et Notliosaures. Ils avaient quatre pattes natatoires , destinées par conséquent à une vie aquatique.

Le Nothosaurus mirabilis, dont les restes ont été retrouvés à Schwaderloch, avait un cou allongé et serpent iforme, une tête petite et déliée; la bouche était armée d'une rangée de fortes dents, dont deux grosses canines et cinq incisives. L’Ichthyosaure au contraire avait le cou ramassé, terminé par un museau presqu'en forme de bec, au-dessus duquel s'ouvraient des yeux énormes, entourés d'un remarquable anneau corné. Sa grosse mâchoire, garnie de nombreuses dents semblables à celles du Crocodile, lui permettait de saisir et d'engloutir sa proie; l'organisation de ses yeux lui facilitait la chasse dans les profondeurs obscures des eaux. I’ar son apparence extérieure et ses pieds en forme de nageoires, il rappelle le Dauphin, et sa tête se rapproche de celle du Gavial ( Ithamphostoma). M. K. Mdsch a trouvé à Lauffenbourg, à Etzgen et à Schwaderloch des morceaux de peau, des dents et des os de l'Idithyosaurus atavus Qucnst.

Tous ces animaux caractérisent l'époque triasique ou formation saline, qui suit immédiatement l’époque houillère. On peut l’appeler à juste titre époque du sel, parce que la majeure partie des dépôts de sel de l’Europe date de ce temps-là : mais il ne faut pas perdre de vue que la mer a formé des salines dans des temps plus récents, et que maintenant encore ce phénomène se produit ; c’est pourquoi la plupart des géologues ont préféré donner à cette époque le nom de trias, qui signifie qu'elle se subdivise en trois sections principales. Le trias se compose non-seulement de muschelkalk, mais aussi de grès et de marne.

FLORK DU KEUPKR.

Au-dessous des couches de muschelkalk (qui ont parfois jusqu’à 6 et 700 pieds de profondeur) on trouve un grès qui va du brun à l’ocre, et qui a reçu le nom de Grès bigarré. Il se rencontre sur le versant nord du Jura, à Rheinfelden, Seckingen et Waldshut, et fournit une excellente pierre à bâtir. La cathédrale de llâle et plusieurs établissements publics de cette ville ont été construits avec cette roche, extraite des carrières d’Augst et de liheiufelden.

A Waldshut, ce grès renferme du quartz, et fournit des pierres meulières très-estimées que l’on exporte au loin. Au-dessus du muschelkalk qui affleure dans plusieurs localités du Jura, où le grès bigarré n’apparalt pas, se trouvent des marnes tendres et dures, et le plus souvent des grès verts, qui occupent l’étage supérieur du trias et ont reçu le nom de Keuper *.

Dans le canton de Râle ces marnes irisées ont Une épaisseur d’environ 4<X) pieds. A Hàmiken il y a une grande carrière qui fournit une pierre de construction dure et fort estimée; elle renferme çà et là des traces de végétaux qui nous donnent quelques indications sur la flore de cette époque.

Les empreintes de plantes sont mieux conservées dans le keuper marneux que dans le grès à gros grains; par exemple à Asp, près de Prattelen, à Moderhalde, au-dessous des pointes de Prattelen, et à Neuenwelt (commune de Monchenstein), à une demi-heure seulement de St. -Jacques, localité immortalisée par l’héroïsme de nos pères et le sang qu’ils y ont versé.

Les marnes irisées les plus riches en plantes se rencontrent près du Rütihard (à Neuenwelt). C’est là qu’affleure la marne irisée qui forme le lit de la Rirse. On distingue par place de minces filons de houille d'un brun noir et abondants en restes végétaux; les feuilles sont si bien conservées qu’elles ont gardé leur souplesse et peuvent être détachées

* A Coburg on appelle keuper ou kœper une étoffe bigarrée ou un tissu carrelé; il est probable qu'on a appliqué le même nom aux pierres bigarrées qui appartiennent au trias, et L. île lluch a donné celte dénomination locale û toute la formation.

FORMATION DU SEL EN SUISSE

de la pierre ; sous le microscope on reconnaît leur tissu cellulaire et même les pores respiratoires. La bonne conservation de ces plantes nous permet de nous faire une idée exacte de la flore de cette époque ; nous en passerons quelques-unes en revue.

Les manies irisées du canton de Bille m’ont fourni jusqu’à présent 25 espèces de plantes, toutes terrestres; d’où l'on peut conclure qu’à cette époque ces localités étaient terre ferme, tandis que pendant la formation du muschelkalk le pays se trouvait au-dessous du niveau de la mer. Il se produisit probablement un relèvement progressif à la suite duquel la mer se dessécha, laissant après elle les dépôts salins.

On ne peut dire au juste quelle étendue avait le pays; cependant on sait positivement que la terre fenne occupait tout le territoire de la Forêt-Noire jusqu’aux environs de Baden-Baden, ainsi que la partie montagneuse des Vosges. Dans ces localités nous avons des montagnes (le granit primitif et de quartz micacé , et dans plusieurs endroits, également, des vestiges de la flore houillère et de celle du grès bigarré, comme dans les Vosges et dans la Forêt-Noire.

Le grès bigarré, le muschelkalk, et plus tard le keuper, se groupèrent autour du granit qui forme le cœur de ce pays ; il est donc évident que les manies irisées de la Birse étaient un prolongement de cet ancien continent. J’ai aussi reçu de Fasswang (Soleure) et de Stafelegg (Argovie) des plantes de la flore keupérieune, qui, par conséquent, a dû s’étendre jusque-là. Eu se dirigeant vers le nord on retrouve cette même flore, ainsi que dans une grande partie du Wurtemberg et de la Bavière, et dans plusieurs localités des environs de Stuttgart, Bamberg et Bavreuth. Les espèces de ces gisements sont les mêmes jjue celles (le Bâle, et nous prouvent que tout ce continent possédait la même flore. Sur les 25 espèces dont elle se compose, 16 se rencontrent dans le keuper d’autres localités, et 11 ont été observées dans le Wurtemberg.

Tandis que la flore de la formation permienne a beaucoup d’analogie avec la flore houillère, la flore keupérienne s’en écarte complètement. Non-seulement les espèces sont différentes, mais les formes mêmes des

FLORE DU KEUPER.

végétaux qui avaient joué un si grand rôle à l’époque houillère, sont totalement modifiées. C’est en vain que nous chercherions des Lepidodendron, des Asterophylles ou des Sigillaires ; la disparition des derniers explique peut-être pourquoi on ne, trouve nulle part dans la marne des gisements houillère aussi considérables qu’à l’époque précédente. Ici, ce sont encore, il est vrai, des végétaux acotylédones qui occupent la première place (Cryptogames vasculaires) ; ils forment plus des deux tiers du nombre total des espèces, et plusieurs genres, tels que les Neuropteris, les Sphenopteris et les Pecopteris ont conservé leur forme; mais tandis que les Lycopodiacées ont perdu de leur importance, les Equisétacées (Prêles) se répandent en formes nombreuses et de haute taille ; les Cycadées et avec elles les Phanérogames gymnospermes apparaissent avec des espèces remarquables et spéciales.

Entrons dans cette forêt et étudions les plantes que nous y rencontrons.

La planche ci-contre cherche à reproduire, telle qu’elle se présente à notre esprit, la végétation de cet âge reculé. C’est ainsi, ou à peu près, que nous pouvons nous représenter la campagne des environs de Bâle à l’époque du keuper.

Sur le premier plan, le Clathropteris étale ses feuilles palmées à côté du Pecopteris (P. Meriani) au feuillage pennifide. Les Aetophylles à tiges grêles, et dont les gros épis se pressent les uns contre les autres, dressent ainsi que les Schizoneura verticillés leurs têtes hors de l’eau.

Plus loin, les puissantes Prêles poussent leurs gigantesques colonnes dont la base repose dans une eau peu profonde.

Le rocher de droite donne asile à un jeune Pterophylle (P. Jægeri) entouré du feuillage finement découpé du Pecopteris augusta ; plus haut on aperçoit le Danæopsis marantacea, puis au-dessus viennent les Pterophylles, qui sont dominés eux-mêmes par un immense Danæopsis au feuillage élégant. L’arrière-plan est occupé par les Voltzies à feuilles aciculaires, qui encadrent de loin les montagnes de la Forêt-Noire.

Si nous examinons de plus près la flore keupéricnne, nous rencontrons

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FORMATION DIT BEL EN SUISSE

comme espèces les plus communes et les plus importantes: l’Equisetum arenaceum (Jæg. spec.) et les Pterophylles qui sont très-répandus danB le grès dur de Ilamiken, ainsi que dans les charbons glaiseux du Rüti-

Fig. 27.

Equisetum arenaceum Jæg. sp. du canton de B*le.

FLORE DE KEUPER.

hard, de Passwang et des gisements allemands. La fig. 27 nous donne une idée exacte d’un morceau de Prèle gigantesque. Le tronc, cylindrique de cet arbre avait de 3 à 5 pouces de diamètre et une hauteur d'une vingtaine de pieds. On en a trouvé des morceaux de 12 pieds de longueur. On peut se la représenter comme une Prêle colossale. Ainsi que ses parentes les petites Prêles actuelles, celle que représente la fig. 27, était articulée et pourvue, à chaque articulation, d’une gaine étroitement soirée contre le tronc, et parcourue de nombreux sillons terminés par des dents (quelquefois jusqu’à 100); la fig. 27 f, reproduit un morceau de gaine de grandeur naturelle chez laquelle les dents s’effilent en pointes ; en e nous avons un morceau de la tige inférieure dont les dentelures sont plus larges et plus courtes; les extrémités arrondies indiquent que les pointes sont tombées. Les tiges sont tronquées aux deux extrémités et complètement obtuses (fig. 27 d, les deux bouts du tronc sont Vj grandeur naturelle, fig. h, la base); les entre-nœuds de la base de la tige sont courts, tandis qu’au milieu du tronc ils présentent un grand développement ('/, pied). Les articulations inférieures donnent naissance à des rejetons (fig. 27 g, un rejeton de gr. nat.) redressés, devant entourer plus tard la tige principale privée de rameaux supérieurs. L’est ainsi qu’on peut se représenter ces tiges minces, cylindriques* et finement striées accompagnant la tige principale.

On peut juger, par un spécimen des fruits de ce végétal, découvert à Rütihard, qu’ils étaient identiques, mais plus gros que ceux des Prêles de nos jours. Le cône possède une quantité d’écailles pentagones ou hexagones qui ont sans doute renfermé de nombreux spores. A sa base, le tronc plongeait vraisemblablement dans la vase et portait au loin ses rhizomes, auxquels étaient fixés des tubercules de la grosseur d’un œuf. Chez les Prêles actuelles, nous voyons des tubercules semblables qui

* Dans l'espèce du keuper les tiges sont cylindriques tandis que chez l'Equisetum colurnnare Br., qui a été quelquefois confondue avec la précédente, elles sont renllées aux articulations ; mais , pour la grosseur, la forme et la distribution générale, elles sont parfaitement semblables et on hésite à en faire deux espèces.

FORMATION DU SEL EN SUISSE

servent à la conservation de leur nourriture. Fréquemment la gaine extérieure supportant les dentelures est tombée, et nous ne retrouvons que la partie inférieure de la tige, beaucoup plus finement et fortement striée.

Outre cette grande Prèle, on voit dans les marnes de R:\le une espèce

plus petite (Equisetum Münsteri Stb. g.) dont les gaines sont fortement dentelées, et les fruits petits et globuleux. Le genre Schizoneura appartient à la même famille ; chez le Schizoneura Meriani lir. sp. (fig. 28) espèce keupérienne, nous voyons à chaque nœud un verticille donnant naissance à des feuilles filiformes Fig. ïs.

et raides, que Ilrongniart a prises à tort pour des rameaux, et qui lui ont fait classer ces plantes dans les Equisetum.

Il est probable que ces végétaux crûrent en des endroits marécageux, en partie aussi dans l'eau, de même que nos Equisétacées, et qu’elles y étaient accompagnées des Aethopbylles (Aethophyllum speciosum, Sch.), voisins du Typha actuel. Les feuilles et les fruits de cette espèce se rencontrent dans les grès bigarrés soit d'Alsace, soit de Regoledo sur le lac de Corne; dans le canton de Ilàlc (Rütihard) on en a découvert seulement des feuilles, mais l'absence de fruits en rend la détermination encore douteuse. Les Pterophylles dominaient dans les forêts keupériennes. La flore européenne actuelle ne possède aucun arbre qui leur ressemble ; mais leur analogue se rencontre dans le sud de l’Afrique. Ce sont des espèces de Zamies et de Dions appartenant à la famille des Cycadées, et qu'on peut regarder comme leurs fort proches parents. Le tronc de ces arbres, couvert d’écailles nombreuses, est sphérique à la base ; puis il s’élance en fût de colonne dont le sommet est orné d’une

Schizoneura Meriani Rr. 8p.

Moderhalde près l’rattelen.

FLORE DU KEUPER.

couronne de grandes feuilles fermées. Ils ressemblent aux Palmiers pour le port, mais s’en distinguent par des feuilles raides et coriaces, et par un tout autre mode de fructification ; quoique très-différents, pour l’apparence, de nos conifères, ils ont cependant de commun avec eux une semence libre, c’est-à-dire non enfermée dans un fruit. Ils appartiennent, ainsi que ces derniers, à la sous-classe des Gymnospermes.

Chez les Zamies les fleurs et plus tard les fruits sont insérés sur des cônes semblables à ceux des Pins. Les Pterophylles du keuper ont le même feuillage raide et pennatifide que les Zamies actuels de l’Afrique, dont les pinnes aplaties sont parcourues par de nombreuses nervures longitudinales; seulement ces pinnes sont attachées latéralement dans toute leur largeur au pétiole commun, qui est canaliculé.

Les fleurs mâles forment aussi un épi compacte (PI. III, fig. 5 de Mon-

chenstein, canton de Bâle), et les fruits un cône composé de bractées

hexagonales (I’I. III, fig. 4 d’Hamiken). Il y a 4 espèces de ces Pterophylles dans le keuper du canton de Bâle. La plus commune est le Pterophyllum longifolium Br. (PI. III, fig. 6, j/j de grandeur naturelle) dont les feuilles de 3 à 4 pouces de largeur ont une longueur de 1 à 2 pieds. Les folioles sont rétrécis à leur base et un peu distants les uns des autres ; tandis que chez le Pterophyllum Jægeri Br., ils ont une largeur uniforme et sont plus serrés. Cette espèce, qui est aussi commune chez nous que dans les grès marneux de Stuttgart, a des folioles mesurant jusqu’à 2'/j pouces de longueur (PI. III, fig. 2, ’/j gr. nat.). Une autre espèce trèsvoisine de la précédente est le Pterophyllum brevipenne Kurr. (PI. III, fig. 1, ‘/j gr. nat.) chez lequel les folioles sont beaucoup plus courts. Les folioles du Pterophyllum Meriani Br. (PI. III, fig. 3) se distinguent par la forme gracieuse de leurs petites pinnes.

Près de ces Cycadées, qui ornaient nos forêts keupériennes, croissaient deux Conifères à feuilles aciculaires, un Voltzia et un Widdringtonites (W. Keuperianus Hr.); on n’a trouvé en Suisse que quelques bractées de cônes du Voltzia (fig. 29). Par contre, les grès bigarrés d’Alsace ont fourni de nombreux rameaux avec leurs feuilles, des chatons et des cônes

FORMATION DU S KL EN SUISSE

d’une espèce très-voisine, le V. heterophylla. M. le professeur Schimpcr, de Strasbourg, nous a livré des dessins donnant une idée complète de cet

Fig. 30. I’ig 31

Fig. 30.

Fig. 20. Bractée de cônes de Voltzia Cohurgcnsis ; n. de Frattrlen ; b. dn Külihard. — Fig. 30. Voltzia heterophylla, Scli, (d’après Schimpcr); a. nimeau; b. cliaton mftle, lj3 gr. nat. ; c. cône; d. bractée de cône, gr. nat. — Fig. 31. Widdringtonites keuperianus Tir. du Rutihard; b. un morceau de rameau grossi.

arbre si commun dans tous les pays triasiques, pendant la période dont nous nous occupons, l’our le port, et pour la découpure des bractées de ses cônes, il ressemble au Cryptomeria du Japon qui a été introduit dans nos plantations, et qui est un des plus beaux et des plus grauds Conifères de ce pays. Les branches du Voltzia étaient, comme chez ce dernier, abondamment garnies de feuilles (fig. 30 a); mais ses chatons n\âles et ses cônes étaient beaucoup plus gros (fig. 30).

Nous ne connaissons que très-imparfaitement le Widdringtonites, car nous n’en avons reçu jusqu’ici que quelques rameaux (fig. 31 a, b). Ils sont garnis de petits folioles squammiformes, alternants et terminés en pointe. Cette espèce devait ressembler au Sevibaum (Juniperus Sabina).

KLÜliE DU REUTER.

A l’ombre des forêts croissaient des Fougères qui, à l’époque keupérienne, formaient encore les familles les plus riches et rappelaient, sous les mêmes genres, mais par d’autres espèces, leurs congénères de la flore houillère. Nous rencontrons le Neuropteris Riitimeyeri (PI. II, fig. 6) aux nervures prononcées, et 4 espèces de Pecopteris. L’espèce la plus commune est le Pecopteris Meriani Br., dont on retrouve à Prattelen les feuilles en partie munies de leurs fruits (PI. II, fig. 3). Ces feuilles étaient bipennées, les folioles allongés (PI. II, fig. 2) à base unie ou séparée (PI. II, fig. 3), et munis d’un système de nervures très-compliqué. Les sores sont rangés sur deux lignes à chaque foliole, et chacun consiste en quatre capsules relativement grosses (elles sont grossies, PI. II, fig. 3). Ce mode de fructification classe cette espèce dans le groupe des Gleicheniacées. Le Pecopteris augusta Hr. (PI. II, fig. 8) lui est semblable ; il est formé de folioles longs et étroits plus ou moins profondément découpés et finement nervés. Le Pecopteris triasica d’Hamiken (PI. II, fig. 7) a des lobes plus grands et plus fortement entaillés ; il est très-probable que chez cette espèce le rachis donnait naissance à de nombreuses pinnules comme chez son congénère anglais le Pecopteris Whitbiensis Br. Le Pecopteris gracilis Hr. (PI. II, fig. 1) devait au contraire avoir un feuillage très-fin et gracieux ; il rappelle les formes des Gleicheniacées tropicaux.

Ces genres sont accompagnés de Fougères arborescentes. Les Tæniopteris ont deux représentants dans le canton de Bâle ainsi que dans le keuper allemand ; ce sont la DanæopsLs marantacea Stb. et la Tæniopteris Haidingeri Ett.

La première a des feuilles de quelques pieds de long, dont les folioles ont 2 pouces de large et '/a pied de long ; elles sont parcourues par un système de nervures latérales très-ramifiées. Le long de ces nervures les fruits sont disposés sur deux lignes, mais en si grand nombre, et si bien serrés les uns contre les autres, qu’ils occupent toute la face inférieure de la feuille (PI. U , fig. 5 , échantillon provenant du Rütihard, gr.

FORMATION DU SEL EN SUISSE

Tandis que chez les Danæopsis et les Tæniopteris une couronne de feuilles longues, raides et poupées occupait le sommet du tronc, le Camptopteris quercifolia Stbg. sp. étalait ses feuilles profondément palmées et munies de nervures réticulées. Dans la tlore actuelle nous ne retrouvons d'analogues à cette espèce que chez les Fougères des latitudes tropicales. comme aussi on ne peut guère comparer le Danæopsis marantacca qu’avec les Danaiacées du Brésil. Ces dernières se rencontrent sur les côtes; elles ont un tronc droit, orné d'une couronne de feuilles pennatifides dont les folioles se couvrent de fruits.

Deux genres particuliers au keuper, et qui doivent avoir eu une grande analogie avec les Fougères, mais dont la place n’est pas encore bien déterminée, sont les Clathrophyllum et Sclerophjilina. Le Clathrophyllum Merinni Hr. (du Rütihard), a des feuilles palmées comme les Camptopteris et les Chciropteris, mais avec des folioles très-étroits, et à bords entiers parcourus par de nombreuses et fines nervures longitudinales (PI. II, fig. 10); celles-ci sont reliées par d’autres nervures transversales (1*1. II, fig. 10 b) imitant un tin canevas. Le Sclerophyllina furcata Hr. (PI. II, fig. 9) est au contraire muni de feuilles raides, étroites, fourchues et parcourues par deux stries.

Ces caractères de la végétation, tels que nous venons de les décrire à l’occasion du cantou de Bille, sont communs à tous les pays keupériens. Nous retrouvons les mêmes espèces en Wurtemberg et dans le nord de la Bavière. En Amérique, à Richmond, en Virginie et dans la Caroline du Nord nous rencontrons les mêmes genres et aussi quelques-unes des mêmes espèces. Les continents de cette époque primitive possédaient donc une flore commune.

Telle était l’apparence de la flore enfouie dans les grès, et la marne keupérienne du canton de IMle ; il est fort probable que la même flore vivait à l’époque où se produisirent au fond de la mer et sur les côtes basses les dépôts de sel et de muschelkalk.

Le muschelkalk, de même que les dépôts de sel, ne renferme pas, il est vrai, de plantes terrestres, parce que tous deux ont été formés par

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