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FLOUE DU GRÈS BIGARRÉ

l’eau de mer, mais les couches du grès bigarré nous révèlent une flore analogue à celle du keuper ; d’où nous pouvons conclure que les côtes baignées par la mer possédaient une végétation semblable à celle de l’époque keupérienne.

En Suisse on n’a trouvé dans le grès bigarré qu’une espèce de plante, près de Iîheinfelden, l’Kquisetum Musgeotii Brgn. sp.

L’Alsace est plus riche, surtout dans les environs de Sulz. Nous avons •déjà parlé des Voltzies, qui y sont abondants; c’était aussi la patrie des Prêles gigantesques, des Aethophylles et du Schizoneura. On rencontrait en leur compagnie plusieurs Fougères spéciales à la localité; ainsi l’Anomopteris arborescente et à grosses feuilles , quelques espèces de Cycadées : Zamites vogesiacus Sch. et Nilssonia Hogardi Sch. et quelques Conifères (Albertia) qui rappellent les Kauri et les Dammara. Ces derniers et les Voltzies semblent avoir dominé dans la forêt ; il nous en est parvenu 4 espèces: Albertia latifolia Sch., A. speciosa Sch., A elliptica Sch., et A. Braunii Scli. Us se rapprochent beaucoup du genre Dammara et ont de même que lui des feuilles larges et pourvues de fines nervures longitudinales. Ces feuilles couvrent en grand nombre de longs rameaux. Les cônes allongés sont formés de bractées coriaces, portant chacune une semence ailée. Ces arbres étaient probablement de belle venue ainsi que le Dammara, dont une espèce, le D. orientalis Larab. habite les îles de la Sonde, et une autre, le D. australis Salisb. sp. se rencontre dans le nord de la Nouvelle-Zélande (entre 34'/, et 37 */2 latitude sud). Ce dernier est le Kauri-pin, le roi des forêts de la Nouvelle-Zélande. Son bois et sa résine sont un des principaux objets d’exportation de cette colonie. D’après le Dr Hochstetter, le tronc jusqu’au-dessous de la couronne forme une majestueuse colonne dont l’harmonie n’est troublée ni par des branches latérales ni par des plantes parasites.

L’œil peut suivre dans toute leur pureté les lignes droites du tronc depuis la base jusqu’au sommet, où les branches puissantes s’entrelacent pour former une vaste coupole, par les interstices de laquelle la lumière scintille comme autant d’étoiles d’or dans la demi-obscurité de la forêt.

FORMATION DU SEL EN SUISSE

Les couronnes du Kauri-pin (continue le D' Hochstetter dans sa description des forêts de Kauri) s’élèvent et s’étendent bien au-dessus des autres arbres et forment ainsi une ombre épaisse sur les versants des montagnes et dans les vallées, ombre çà et là éclairée par le feuillage des Fougères, qui déploient leur végétation luxuriante dès qu’un filet » d’eau s’échappe du sol de la forêt.

Les forêts d’Albertia, dont les restes sont enfouis dans les grès de Sulz en Alsace, durent avoir le même aspect. Les arbres feuillus, ainsi que tous les Phanérogames d’un ordre supérieur, manquent dans le grès bigarré comme dans le keuper; et les forêts eurent certainement pendant toute la période triasique le même cachet d’uniformité que pendant la période houillère.

Il y avait à la vérité une faune terrestre, mais peu riche ; dans les marnes keupériennes du Rütihard nous avons cherché en vain des Insectes; par contre, dans les argiles schisteuses de Vadutz nous avons trouvé 2 espèces de Coléoptères, le Buprestites Pterophylli et le Curculionites prodromus Hr. Près de Richen, dans le grès bigarré, on a trouvé de grandes empreintes d’écailles provenant d’un gigantesque Labyrintodon, et le squelette d’un petit Saurien voisin des Salamandres. A Kheinfelden on a découvert une espèce de Crocodile, le Sclerosaurus armatus Myr. et des écailles céphaliques du grand Mastodonsaurus. J’ai vu de gros os provenant du keuper de Schambelcn et qui ont dû appartenir à des animaux de la même classe; mais l’état de conservation de ces animaux ne permet pas de décider s’ils étaient aquatiques ou terrestres. On a retrouvé de nombreux Sauriens dans le keuper du Wurtemberg ; le plus commun est le Belodon Plieningeri Myr. , ressemblant beaucoup au Gavial de, l’Amérique tropicale; c’est la même mâchoire longue, étroite et armée de grandes dents. Gressly a mis au jour à Liestal de grands os creux qui ont sans doute appartenu à une espèce de Teratosaurus, mais d’une taille beaucoup plus forte; le professeur Rutimeyer avait proposé pour cet animal, qui devait avoir une taille colossale, le nom de Gresslyosaurus ingens.

AREA DU TRIAS.

Le keuper du canton de Bâle, de Passwang et de Stafelegg a été déposé par l’eau douce, à ce que prouvent les empreintes de plantes qu’on y rencontre; plus au Sud s’étendait la mer, ainsi que nous le constatons à Schambelen dans le canton d’Argovie. Là nous trouvons dans une dolomie schisteuse d’un gris jaunâtre, les dents d’un Poisson marin, le Ceratodus Kaupii Ag. et une foule de carapaces d’un petit Crustacé: Estheria minuta Alb. sp. (PI. III, tig. 11) qu’on avait pris autrefois pour un Mollusque, et à qui l’on avait donné le nom de Posidonomya. Ces petits Crustacés ont une carapace formée de deux valves qui renferment étroitement l’animal, et ne laissent sortir que les pattes minces et délicates ; mais jusqu’à présent on n’a pu observer ces membres que sur un seul exemplaire. On rencontre encore dans la faune actuelle 22 espèces d’Estberia qui, de même que les proches parentes des Limnadies, habitent les eaux douces et saumâtres. Les couches supérieures du lias et les argiles à Opalina de Schambelen fournissent d’énormes quantités d’Estheria, accompagnés d’animaux marins (E. Bronnii et E. opalina). Il est donc probable que l’E. minuta vivait aussi dans les bas fonds de la mer et dans les eaux saumâtres. Avec elle, Schambelen donne beaucoup de coquilles de la Lucina Itomani Alb. dont souvent les deux valves sont réunies. La présence de ces Mollusques nous révèle le voisinage de côtes et l’existence d’eaux saumâtres.

Au-dessus de ces gisements d’Estheria et de Lucina, nous trouvons une mince couche rocheuse où sont entassées des masses de Bactryllium canaliculatum Hr. (PI. III, fig. 9, grossi 10 fois). Cet organisme encore énigmatique a la forme d'un petit bâton; son corps est sillonné d’une ou deux stries longitudinales, et sa place semble devoir être parmi les Diatomacées. Ces corpuscules ont une longueur de 1 à 2s/„ lignes et une largeur de '/« à '/, ligne, tandis que les Diatomacées actuelles sont d’une taille microscopique. Intérieurement ils sont creux (PI. III, fig. 9), mais ils ont une tunique épaisse et d’une seule pièce finement striée à l’extérieur.

La mer triasique a probablement envahi tout le plat pays de la Suisse

FORMATION' DU SEL EN SUISSE

occupé maintenant par la mollasse, mais ses dépôts n’ont été signalés, dans la Suisse centrale, qu’à la chaîne du Stoekhom. On rencontre des bancs de calcaire et de grès bigarré au Langeneekgrat (Ringgraben, Bàrschwand et Allmend de Blumistein) ainsi qu’au Spietzfluh sur les bords du lac deThun; ils renferment de nombreuses pétrifications* et forment la limite du trias. On les a désignés sous le nom de gisements RJutiens (couches à Contorta, Kosscnerschicht, St.-Cassian supérieur ou Bonebcd alpin).

Les dépôts de la mer triasique prennent plus d’importance à la frontière sud-ouest de la Suisse, et dans les localités de la Savoie qui nous avoisinent. Un filon de gypse et de chaux carbonatée va de Bex à Morillon, en Savoie, et à Villeneuve; plus loin, de Meillerie, au bord du lac de Genève, et sur les bords de la Dranse au-dessus de Tlionon, nous rencontrons les gisements rhétiens qui, dans la direction sud, peuvent être suivis jusqu’à l’Arve; nous acquérons la preuve de la présence de la mer triasique en Savoie par l’existence de plusieurs couches de cette époque qui parcourent ce pays.

A l’est de la Suisse, une large bande de roches triasiques part du Tyrol et du Vorarlberg, de Yadutz et de Triesen, et aboutit au Rhin, sans toucher à notre territoire; elle s’étend au nord et à l’est sur les montagnes frontières du Prattigau (ainsi à 913G pieds au-dessus de la mer: Scesaplana). De là, les roches triasiques s’étendent sur le pays de Davos jusqu’à Oberhalbstein, sur l’Albula jusqu’en Engadine, où elles recommencent à Ponte pour continuer jusqu’à Sulsana et de là, à l’est, par le Camogaskerthal et le Livigno , et en général sur tout le pays, jusqu’à Scarlthal et Münsterthal. Les montagnes calcaires qui occupent le côté droit de la vallée de l’Engadine depuis Ponte jusqu’à Remus, appartiennent à cette formation ainsi que l’a démontré A. Escher de la Linth. A Vadutz ainsi qu’à Weissenbach et à Thannberg, dans le Lecli-

* Voy. C. von Fischer-Ooster: die rhætische Stufe der Urngegend von Thun. Horner Mitthcilungen 1809. M. Fischer y compte 6 espèces de Poissons, 1 de Crustacés, 2 de Serpules, 93 de Mollusques et 10 de Rayonnés.

AREA DU TRIAS.

thaï, Escher a découvert les feuilles du Pterophyllum Jægeri Br., et dans la dernière de ces localités, la Prèle géante (Equisetum arenaceum).

Cette région n’était donc pas immergée pendant l’époque keupérienne, tandis que la mer recouvrait le reste des Alpes où se déposait la formation triasique, ainsi que le prouvent les Bactryllies , les Algues et les coquilles marines qu’elles renferment . Ces débris appartiennent soit au muschelkalk soit au keuper ; et, suivant la nature de la roche et de leur composition organique, permettent de reconnaître plusieurs étages de dépôts. Ce muschelkalk a l’apparence d’un calcaire dur et noir; il est surtout abondant au Col de Virgloria et a pris le nom de couche de Virgloria. Il se débite en tablettes minces, et acquiert un beau poli ; on s’en sert dans l’industrie pour dessus de tables, etc. La disposition schistée de ce calcaire se retrouve dans le Vorarlberg et dans les Grisons jusqu’à Münsterthal ; çà et là, on y rencontre des pétrifications de Lis de mer, et de plusieurs Mollusques tels que la Terebratula vulgaris et l’Avicula socialis, qui le font reconnaître pour du muschelkalk. Après lui viennent, au col de Virgloria, des argiles schisteuses, molles et noires que l’on désigne sous le nom de Schistes de Partnach , parce qu’elles se rencontrent en grande quantité à Partnach-Klamm près de Partenkirchen en Bavière.

Elles renferment en abondance le charmant Bactryllium Schmidii Hr. (PI. III, fig. 8), qui a été enfoui dans maints endroits des Grisons et du Vorarlberg, et qui forme des couches entières au Col de Virgloria ; on y trouve encore un beau Mollusque à coquille aplatie, l’IIalobia Lommelii et le Chondrites prodromus Hr. (PI. III, fig. 10), qu’Escher a découvert sur le côté ouest de la vallée d’Alvier, au sud de Burseberg (Vorarlberg). Dans la môme roche que le Bactryllium Schmidii, on rencontre ce type de plante qui est parvenu jusqu’à nous en traversant toutes les formations géologiques dans des formes très-semblables. C’est une plante marine dont le feuillage délicat s’étale en branches à bords parallèles. Dans l’espèce triasique les branches sont bifurquées deux fois; elles ont

FORMATION DU SEE EN SUISSE

la même longueur, et leur extrémité est obtuse. Les rameaux un peu recourbés forment une espèce de fourchette.

Ces schistes de Fartnach, de Vorarlberg et des (Irisons orientaux sont recouverts d’un calcaire poreux, noir ou gris-clair qui atteint quelquefois 500 à 600 pieds de profondeur, et qui est désigné sous le nom de calcaire d’Arlberg ou iTIlidlstatt. Après lui viennent les grès qui renferment les plantes énumérées plus haut, et par place aussi de nombreux coquillages marins : Cardita crenata, Corbula llosthomi, etc. Ces grès ont beaucoup d’analogie avec ceux de Raibl en Carinthie, auxquels on les a assimilés. La plus grande masse des roches triasiques de nos Alpes orientales consiste en Dolomie , sorte de calcaire d'un gris tantôt clair, tantôt foncé, et composé de chaux carbonatée et de magnésie. Elle ne renferme aucune pétrification. On ne peut déterminer son âge géologique que par la place qu’elle occupe, et qu’on a cru devoir fixer entre les schistes de Raibl et. ceux à Contorta. Ces derniers jouent un grand rôle dans le Vorarlberg et les Grisons orientaux, et sont caractérisés par de petits Bactryllium striolatum llr. (PI. III, fig. 7, grossi 10 fois), le B. dcplanatuin, et par de nombreux coquillages: Avicula contorta, Plicatula intusstriata, Cardium austrjacum, etc.

Ces schistes sont à leur tour recouverts d’une dolomie de couleur claire, le DachsteinhaUc. Il prend une grande importance dans les Alpes de Salzbourg et du Vorarlberg, et renferme en abondance le Megalodus triqueter dont la coupe transversale présente, dans la pierre, de grandes fissures en forme de coeur. Il n'est pas rare non plus de trouver au Ilhatikon des branches de Corail.

Merian, Escher, Giimbel et moi comprenons dans le keuper ces gisements depuis le partnacher jusqu'au dachsteinkalk, à cause, des pétrifications qu’ils renferment , tandis que les géologues autrichiens les classent dans les étages supérieurs du lias. Les Bactryllium, ainsi que les Mollusques ci-dessus, sont très-répandus dans les Alpes italiennes, et prouvent que la mer triasique s’étendait à l’est jusqu’au lac de Lugano. La chaîne de montagnes qui va de Porlezza à Lugano, et qui descend

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