LIAS MOYEN ET SUPÉRIEUR
terre. Dans ce spécimen, non-seulement les organes durs se sont conservés, mais aussi les crochets qui armaient les bras. Ces crochets se trouvent en lignes régulières à la place que devait occujier la tête. Ce type remarquable s’annonce dans le trias par quelques restes ; c’est dans le calcaire à Gryphées seulement qu’on rencontre des individus qui peuvent être déterminés.
Après ce banc calcaire qui apparaît aussi au Stafleiegg dans le Frickthal, près de Laufenbourg, ainsi que dans plusieurs localités des cantons de Bâle et de Soleure, vient immédiatement, à Schambelen, un calcaire sablonneux jaune et une marne arénacée gris-clair. Au-dessus, le sol est en grande partie couvert de végétation ; mais 125 pieds plus haut cette marne se montre de nouveau et forme des mamières au-dessus de la route, près de Miillingen. Dans cet endroit, la marne jouit des mêmes propriétés que dans les gisements inférieurs; elle est très-employée comme engrais agricole ; nous y avons cherché en vain des Insectes et des plantes terrestres. Elle n’appartient plus au lias, mais bien au plus ancien jura brun (argile à Opalinus) dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
Les roches qui se trouvent entre les marnières supérieures et inférieures forment les couches supérieures du lias ; on les a désignées sous le nom de lias supérieur ou Toarcie ».
Ce sont des formations exclusivement marines et qui donnent à Schambelen l’ Ammonites communia, Estheria Bronnii, Chondrites bollensis elongatus K. et quelques Polythalaraiens.
Dans d’autres localités des cantons d'Argovie, de Bâle et de Soleure on a beaucoup mieux observé ce lias supérieur, ainsi que les couches qui précèdent. M. C. Mosch a compté environ 70 espèces d'animaux marins dans le lias moyen de l’Argovie (au Kirchacker d’Ittenthal, au Rebberg au nord de Frick, au Zeinlematt et près de Gipfj. Ces marnes fournissent également un excellent engrais pour les prairies. Par places, elles sont molles et fortement colorées; ailleurs elles sont dures et se présentent sous forme de feuillets calcaires qui, lorsqu’on les brise, répandent
LE LIAS EN SUISSE
une odeur de bitume et d’ammoniaque. Elles s’effeuillent facilement, mais résistent plus longtemps que la marne molle ; dans les gorges et les endroits abruptes elles forment des couches en saillie comme des escaliers.
Ces marnes sont riches en pétrifications parmi lesquelles nous avons remarqué de nombreuses Ammonites, Bélemnites, Huîtres et Esthéries. A côté de ces animaux, M. Miisch a découvert en Argovie des Poissons : Lepidotus gigas, et Leptolepis llronnii, des os du grand Ichthvosaure, I. platyodon Convb. Par places, les roches du lias supérieur (ainsi entre (iansingen et liurnn et dans les schistes posidoniens de Betznau) sont remplies des restes d’une Algue marine, Chondrites bollensis (PI. V. fig. 20) qui se détachent comme des buissons de couleur claire sur la pierre noire*. A côté d’elles on rencontre encore à Betznau une plante bizarre, le Fucoides Mœschii Hr. (PI. IV, fig. 23 b, '/, gr. nat.); il a une longue tige épaisse, ovale à l’extrémité supérieure et se terminant à l’autre bout par un corps en forme de rognon qui probablement renfermait une bulle d’air; il a une grande analogie avec le Fucus nodosus L. dont la tige est pourvue de distance en distance de grandes bulles remplies d’air. Dans quelques exemplaires fossiles, la tige (ou mieux le corps de l’Algue) se continue au delà de ce renflement (PI. IV, fig. 23).
Nous avons vu dans notre Ch. I" que nos Alpes actuelles formaient une lie composée de masses cristallisées et de schistes anthraeiteux. La chaîne du Stockholm, ainsi que les localités situées entre Aigle et Bex
♦ On rencontre ici soit la forme à branches plus serrées et un peu plus rétrécies à la hase (Chondrites bollensis c:espitosus Kurr), soit le Cl», bollensis elongatus Kun\ dont les rameaux allongés sont plus distants les uns des autres. J’ai reçu du Randen de beaux exemplaires du premier (RI. IV, fig. 20> ; le second provient de Lechthal et de Bernhardsthal dans le Vorarlberg; il m'en a été envoyé également du col de Madeleine et du col des Encombres en Savoie, ainsi que du calcaire rouge à Ammonites de l’Alpe Baldovana près de Mendrisio. 11 est donc très-abondant dans le lins supérieur. Les Ch. filifonnis Fisch et Ch. divaricatus sont différents du Ch. bollensis, quoique Kurr les ait confondus. Le premier a des branches filiformes, raides, de 3/10*“ de ligne de largeur, très-écartées ; le second a des branches plus serrées et très-délicates ; elles sont aussi plus étalées, insérées à angle moins aigu, et presque toutes de même longueur.