LE LIAS ALPIN
rieurc du Livinenthal jusqu’au Nufenen ; soit enfin par les roches calcaires du sud et du centre des Grisons ; ces roches sont enfermées maintenant par les masses des schistes et des granits grisons et n’apparaissent plus que comme des Ilots, mais, sans aucun doute, elles étaient autrefois réunies. La rareté extrême des pétrifications ne permet pas de décider si ces sédiments ont été déposés pendant l’époque liasique, ou de suite après.
Cependant, près de Santa-Maria (au Luckmanier) et à Samadcn, en Engadine. le calcaire renferme de nombreuses Bélemnites qui paraissent avoir appartenu au lias. Le professeur Théobald a découvert au Piz Padella, au nord de St-Moritz dans la Haute-Engadinc, des Algues marines dont l’espèce la plus fréquente est tout à fait semblable à une espèce liasique. C’est un Chondre filiforme (PI. IV, fig. 22 du Piz Padella) qui était très-répandu à cette époque et qu’ Escher de la Linth a ramassé aussi dans le lias du Vorarlberg. Une autre espèce exceptionnellement gracieuse, fine comme un cheveu et pourvue de rameaux très-raides, le Chondrites l’adellæ Hr. (PI. IV, fig. 21), n’a encore été trouvée qu’à Padella.
Dans le Priittigau, le lias apparaît au fond de la vallée au-dessus de Ganey, comme l’atteste l’Ammonite fiasique trouvée par Théobald.
Le lias de P Engadine et du Vorarlberg a le même caractère que celui de la Bavière et de l’Autriche, tandis que celui des Alpes occidentales et du Jura a plus de rapport avec le lias de la Souabc et de la France. Celui-ci se compose de calcaire noir et de schistes, pendant que celui-là est formé d'un mélange de calcaires rouges et gris. La Suisse orientale parait donc avoir servi de séparation entre les mers basiques de l’Europe sud-orientale et celles de l’Europe occidentale, sans que nous puissions nous rendre exactement compte de sa configuration à cette époque. La différence qui existe entre ces deux lias provient peut-être de la nature du sol qui a fourni les sédiments.
Les formations triasiques de l’Europe orientale seraient en grande partie l’œuvre d’une mer profonde, tandis que celles de l’Europe occidentale proviendraient, soit de lacs d’eau douce, soit de bas-fonds ma-
LE LIAS EN SUISSE
rins ou d’eau saumâtre. Les premières en général se composent d’un calcaire dur, les dernières d’une marne molle et de masses de grès qui, pendant l’époque liasique, ont fourni les éléments des nouveaux dépôts marins et en ont déterminé, soit la couleur foncée, soit la nature marneuse.
Nous avons vu que les marnes liasiques servent d’engrais pour l’agriculture; dans de nombreuses localités, elles sont exploitées et exportées au loin. Cet emploi de la manie est fort ancien, et nous lisons dans Pline que < dans le pays de Galles et en Bretagne on engraissait les champs pour 80 ans avec cette graisse de la terre. > Le lias donne au sol une grande fertilité; c’est à lui qu’il faut attribuer la luxuriante végétation dont sont couvertes les collines et les vallées qui descendent du Jura dans les cantons d’Argovie et de Soleure. Même dans les localités désertes où règne la dolomie, on aperçoit quelques riches prairies qui proviennent de couches liasiques recouvrant par endroits cette formation.
Les marnes liasiques renferment de l’huile minérale fournie selon toute apparence par la graisse des animaux qui y sont enfouis, et qui s’est combinée avec des substances minérales.
Ces matières grasses sont si abondantes en Souabe, dans les couches supérieures du lias, que près de Reutlingen elles sont exploitées en grand et fournissent une excellente huile d’éclairage.
D’après les calculs de Quenstcdt, un mille carré de schistes bitumineux , au pied des Alpes souabes, renferme au moins 200 millions de quintaux d’huile de schiste, et il remarque très-justement à ce sujet que la nature fait de grandes choses avec des moyens petits en apparence.