FAUNE DES ILES JURASSIQUES
d’Araignées à longues pattes. Les Lépidoptères font pour la première fois leur apparition à Solenhofen par un Nocturne, le Bombyx antiqua Iledtb. Dans cette localité les Libellules sont les Insectes les plus abondants, et leur présence nous signale l’eau douce dans laquelle vivent exclusivement leurs larves ; il en est de même des Nèpes et des Hydrocores ou Punaises d’eau. Les pierres lithographiques se sont probablement formées dans quelque baie tranquille et dans le voisinage d’un vaste continent, car il a fallu, pour déposer ces sédiments, le concours de lacs et de ruisseaux. Ce continent renfermait une faune entomologique assez riche; les Ptérodactyles rencontraient eux-mêmes les conditions les plus favorables à leur développement ; on en connaît une douzaine d’espèces.
C’est encore de cette localité que provient le plus ancien Oiseau du monde primitif, l’Archæopteris macrurus Owen *.
Les Mammifères avaient déjà fait leur apparition. Les premières traces commencent dans le trias de Richmond en Virginie et sur la limite du keuper (Bonebed) de Wurtemberg et d’Angleterre, où de petites dents de Mammifères ont été découvertes. On en connaît déjà 18 espèces du jura anglais (4 de Stonesficld et 14 du purbeck moyen). Ce sont tous de petits animaux appartenant en grande partie à la classe des Marsupiaux.
Les îles jurassiques étaient animées d’une vie toute particulière, et je ne connais actuellement aucune partie de la terre qui offre un aspect semblable. Les îles de l’Océan Pacifique peuvent seules nous donner une idée exacte de ce que devait être cet ancien monde. En Europe, de nom-
Mouches, trois Fourmis et trois Papillons. Plusieurs de ces espèces se rapprochent beaucoup de celles de Solenhofen.
* Il avait la grandeur d'une poule et se distingue de tous les Oiseaux vivants par ses 20 vertèbres caudales. Chaque vertèbre porte quelques plumes qui, dans toutes leurs parties sont semblables à celles des Oiseaux actuels. Cette remarquable forme de queue a fait considérer cet Oiseau comme un intermédiaire entre les Oiseaux et les Amphibies, jusqu’à ce qu’Owen démontrât qu’il n’avait rien de commun avec cette dernière classe. A l’état embryonnaire la queue de tous les Oiseaux présente plusieurs vertèbres qui ne se développent pas ; ce développement avait au contraire continué chez J
cet Oiseau primitif.
LA MER JURASSIQUE
breuses lies ou groupes d’iles donnaient alors asile comme nos lies tropicales à toute une faune d’innombrables animaux marins; les côtes étaient ornées de Cycadées aux magnifiques feuilles pinnées, de puissants Araucaria et d’Arthrotaxites à l’ombre desquels des Crocodiles fortement cuirassés épiaient leur proie; comme de nos jours, il y avait sur le rivage de nombreuses Tortues qui venaient déposer leurs œufs dans le sable; les rochers sous-marins étaient couverts alors comme aujourd’hui de magnifiques forêts de Corail, où travaillaient des millions et des millions de petits organismes; et dans la sombre épaisseur de ces buissons de pierre se cachaient d’innombrables Mollusques aux riches couleurs. Les Eponges marines, les Oursins et les Etoiles de mer ne manquaient pas non plus et formaient, par endroits, comme maintenant dans les zones chaudes et tropicales, des jardins sous-marins qu’ils émaillaient de fleurs de couleurs variées, jaunes, bleues et rouges. Et de toute cette vie exubérante, de toute cette végétation qui avait pris un si riche développement, il y a d’incalculables périodes de siècles, il ne serait rien resté ! De ces millions de formes étonnantes qui se complaisaient dans leur existence et constituaient un ensemble harmonique, tout serait-il perdu et tombé dans le néant ? Certainement non ! les débris de ces êtres organisés ont été enfouis dans le sol et ont laissé dans l’intérieur des roches, avec leurs empreintes, leur merveilleuse histoire ; elle n’est donc pas perdue pour l’homme.
Nos roches jurassiques, qui forment au nord de la Suisse une chaîne de montagnes si riches en beautés pittoresques, ont contribué aussi pour leur part à la formation des plus belles montagnes calcaires de nos Alpes ; elles ont été les témoins de la vie de cet âge primitif et en sont un produit, en sorte que notre pays doit à cette époque une bonne partie de son sol, de ses montagnes et de ses roches.
On peut estimer l’épaisseur des sédiments jurassiques à 2500 pieds. Les couches du jura blanc de Porrentruy mesurent d’après Thurmann 817 pieds suisses; d’après Lang, elles auraient la même épaisseur dans le canton de Soleure ; il faut ajouter encore 000 pieds, tant {tour
» ÉTAGES DU JURA
le jura blanc inférieur que pour le jura brun ; l’ensemble donnerait donc 1700 pieds environ (avec le lias, près de 2000 pieds).
Pour le jura neuchâtelois, Desor et Gressly calculent 2490 pieds, dont 1700 pour le jura blanc inférieur et 1370 pour les couches supérieures de la même formation. Dans le canton d’Argovie, le jura blanc aurait, suivant Mosch, une épaisseur de 630 pieds environ, et le brun de 790 pieds. L’époque jurassique a fait dans nos Alpes des dépôts plus considérables encore.
Il est évident que la formation de sédiments aussi importants a dû prendre un temps énorme, non-seulement à cause de leur épaisseur, mais par leur nature même et par les plantes et les animaux qu’ils renferment. Si nous observons de plus près nos lies jurassiques, nous reconnaîtrons qu’elles se composent d’un grand nombre de couches. Là nous voyons des roches calcaires dures qui fournissent d’excellents matériaux de construction; ici, au contraire, des bancs de marne arénacéc qui se délitent facilement ; ailleurs nous rencontrons des roches de carbonate pur, et d’autres contenant beaucoup d’argile, tandis qu’en d’autres lieux elles présentent un grain grossier et lenticulaire. Il est évident que ces diverses espèces de roches ont dû être déposées dans des circonstances différentes, et que la nature et l'abondance des matériaux dont elles se composent ont été souvent modifiées ; la couleur même de la pierre est trèsvariable. Généralement les couches inférieures qui suivent immédiatement le lias ont une couleur sombre, souvent brune; tandis que les conches supérieures des Alpes sont d’une teinte bleu-noir, et que le jura septentrional est blanc ou jaune-blanc. On a donc partagé, comme nous l’avons vu, le jura en deux grandes divisions, le brun et le blanc. Cette différence de couleur se reproduit dans les champs et dans les vignes dont le sol est formé des détritus des montagnes ; dans ce cas, on peut fort souvent suivre au loin les roches appartenant à l’un ou à l’autre jura.
La plupart des géologues font rentrer le lias dans la période jurassique, et distinguent ainsi dans ce terrain trois grandes divisions; le lias
LA MEK JURASSIQUE