I.A MER .II KASSIQI E
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qui en fait partie est appelé jura noir à cause de la couleur foncée de ses marnes provenant de la grande quantité de substances organiques qu’elles renferment; les propriétés ferrugineuses du jura brun indiquent que l’eau de la mer. à cette époque, devait tenir beaucoup de fer en solution; et les matières organiques que renferment les couches révèlent qu’elles sont l’œuvre d’opérations lentes et continues.
Dans le jura blanc de Porrentruy on peut distinguer 27 couches superposées dont chacune est caractérisée par des pétrifications spéciales ; ainsi l’on rencontre les Nérinécs (fig. 70) et les Ptérocères (fig. 78) dans des couches bien déterminées et qui sont séparées les unes des autres par des dépôts où ces débris manquent, mais qui renfennent par contre une grande abondance de Bivalves. Il est donc évident que pendant l'époque jurassique supérieure, et dans cette localité, les conditions d’existence de ces animaux ont été souvent modifiées, et que, comme conséquence, d’autres faunes survenues avec le temps ont été remplacées elles-mêmes lorsque d’autres conditions se sont présentées.
Thurmann admet 20 faunes successives pour le jura blanc de Porrentruy. Les mêmes modifications se produisent actuellement, soit dans nos mers, soit sur nos continents, mais avec une' telle lenteur qu’elles exigent une série incalculable de siècles pour produire les mêmes résultats.
D’après les types d’animaux renfermés dans les différentes couches jurassiques, on a classé le jura par étages qui sont consignés dans le tableau qui précède
Nous avons fait observer plus haut (p. 155) la grande différence qu’il y a entre les roches calcaires des Alpes et celles du nord-ouest du Jura. Dans les premières, les pétrifications sont très-rares, et il est difficile de classer les puissants massifs qui les renferment; cependant les deux grandes divisions du jura blanc et du brun s’y reconnaissent.
Le jura brun se compose en majeure partie d’un calcaire compacte avec des granules d’oxyde de fer qui par la désagrégation des roches colorent la terre en rouge, et donnent aux pierres une couleur rouge ou brun-rouge. On peut suivre cette formation le long des Alpes depuis
ÉTAGES DU JURA
Gonzen, dans le canton de Saint-Gall, à travers les cantons de Glaris, d’Uri, d’Untcrwald, jusqu'à la chaîne du Stockliorn, et dans les environs de Louëche, quoiqu’elle n’affleure pas partout. Dans quelques localités, le fer domine tellement que les pierres donnent un excellent minerai. Celui de Gonzen appartient à cette formation; il était exploité autrefois à Oberleglialp, dans le Klüntlml, au-dessus de Golzem, sur la Windgelle, dans les vallées du Gentel et de Lauterbrunnen. Les fossiles de ces minerais établissent que ceux-ci appartiennent bien au jura brun.
Les parois calcaires qui dominent de 500 pieds le lac alpestre et romantique d'Oberlegli (canton de Glaris) renferment de nombreux animaux marins dans un banc d’oolitlie ferrugineux. Nous avons reçu de cette localité 6 Ammonites : A. Martinsii (fig. G7), A. l’arkinsoni (fig. 69), A. Morrisi Oppel (fig. G8), A. Backeriæ? A. hecticus et A. rcctelobatus Hauer; l’Ancyloceras annulatus Dsh. ; la Pleurotomaria armata Orb., l’Ostrea pectiniformis Quenst., et le Belemnites. giganteus, tous animaux caractéristiques du jura brun. La chaîne du Stockliorn a donné plus d’espèces encore (voy. Studer : Géologie de la Suisse, II, p. 44).
Une comparaison détaillée nous permet de reconnaître, dans les Alpes, les différents étages du jura brun. A Bommerstein, près de Mois, le professeur Escher de la Linth et Môsch ont trouvé l’Ammonites opalinus et l’Estheria opalina; et dans une couche un peu supérieure et tout à fait semblable à l’argile à Opalinus du canton d’Argovie, la Gyrochorte ccmosa et l’Equisetum veronense Z. V Les roches de Fares, de Valeyre, près de Montreux et de Roche, entre Villeneuve et Yvorne, dans le canton de Vaud, se rattachent par leur nombreux Zoophycos aux couches à Murchisonia et les dépôts d’ Ammonites d’Oberleglialp au bathonien*. Plu-
* M. J. Bach manu a démontré qu’on y trouve les couches d’Humphriesiamis comme celles à Ammonites Parkinsoni (llauptrogenstein). Aux premières, il rapporte le calcaire gris à petits grains qui forme la paroi perpendiculaire du First au sud du lac d’Oberhlegi et les roches au-dessous de la paroi perpendiculaire du Glâr* nisch. Au First il trouva: Rhynchonella spinosa Schlotth., Pecten puinilus Goldf. et Avicula tcgulata Goldf. ; au Glâmischhalden, au-dessus de Ruti, on rencontre F Am-
LA MEK JURASSIQUE
sieurs couches inférieures et supérieures du jura brun sont représentées dans la chaîne du Stockhom. Les pétrifications sont encore plus rares dans le calcaire supérieur des Hautes-Alpes que dans les couches correspondant au jura brun, quoique cet étage soit représenté par des chaînes de montagnes très-considérables et qni s’étendent depuis le lac de Wallenstadt jusqu’à la partie supérieure du lac de Uenève (Bas-Valais), comprenant ainsi une zone très-étendue. Quelques-unes de nos plus hautes montagnes sont formées de ce calcaire, ainsi : le Mürtschen, le Gliirnisch, le Todi, le Glarideu, le Scheerhorn, le Windgelle, le Titlis, le Wetterhorn, etc. Cependant, dans les cantons de Saint-Gall, de Claris, de Berne et de Vaud, on a trouvé quelques fossiles identiques à ceux du jura blanc. Près de Wallenstadt, M. Escher a rencontré un banc de Corail avec des Astrées, des Nérinées et des Diceras semblables à celles du jura blanc. Sur la Guppenalp, immédiatement au-dessus du jura brun, sous le calcaire alpin, il y a un banc de calcaire dans lequel M. Bachmann a trouvé plusieurs Ammonites : A. biplex, A. Henrici, A. tortisulcatus Orb. et A. flexuosus M. ; une Pentacrinite : P. subteres Müll. ; la Ithyuehonella lacunosa, var. arolica, caractéristiques des couches de Birmenstorf. M. A. Escher de la Linth a découvert sur le sommet du Schilt l’ Ammonites arolicus Opp., l' Aptychus lamellosus Park., les Beleninites hastatus et B. Sauvanasi et le Nulliporites hechingensis,qui caractérisent les couches de Birmenstorf. Sur les bords du lac des Quatre- Cantons, dans le calcaire oxfordien, entre Sissikon et la Tellsplatte, on peut voir un banc d’Hultres qui renferme de nombreuses pétrifications: entre autres les Ostrea hastellata Quenst., 0. gregaria Sow., Gryphæa
roonites Humphriesionus. L’oolithe ferrugineux est beaucoup plus riche en pétrifications. Bachmann compte dans le lac d’Oberblegi et au Stafel de Guppenalp 45 espèces, parmi lesquelles : Rhynclionella pl ica tel la Sow, R. spinosa Schl., Terebratula Wurtembergica Opp., T. Mandolslohi Opp., Myoconcha crassa Sow., Lima pectiuifonnis Schl., Pleurotomaria conoidea Dsh., Ammonites garantianus Orb., A. subfurcatus, A. Parkinsoni Sow., A Wagnefi Opp., A. arbustigerus Orb., A. Martinsi Orb , A. Deslongchampsi Opp., A. Morrisi Opp., A. Yrair Opp., A. Waterhousei Morr., A. aspidoides Opp., A. subradiatus Orb., Nautilus clausus Orb., Belemnites canal iculatus Schl.
ÉTAGES I)U JURA
alligata Quenst., plusieurs Térébratules et quelques restés d’une Sépia (Eleutheroteuthis Helvetiæ Gieb. *).
Dans la chaîne des montagnes calcaires qui commence dans les environs de Weissenbourg et s’étend jusqu’à la Tour de Mayen et d’A'i, devant Yvornc, il y a plusieurs localités (ainsi prés du pont de Wimmis, au Pfadlluh, sur la crête du Wildenmann et sur la route des Ormonts. d’ Aigle au Sépey) où l’on rencontre des pétrifications qui ont une complète analogie avec celles du jura blanc supérieur. Il n’y a donc aucun doute que ces montagnes calcaires n’aient été formées pendant l’époque jurassique supérieure, mais la rareté des pétrifications ne permet guère de s’orienter et de déterminer les différents étages du jura blanc.
Il en est tout autrement pour le Jura proprement dit. La richesse des animaux qui nous ont été conservés dans ses roches nous permet de re- ■ connaître facilement le développement des différentes couches : le tableau qui précède en rend un compte fort exact ; il a été dressé d’après les recherches de nos géologues jurassiens**, MM. P. Merian, A. Gresslv, E. Môsch, E. Desor, Thurmann, A. Millier et Lang. Je ne puis faire ici qu'un rapide examen de ces différentes couches, et je renvoie aux auteurs ci-dessus nommés les personnes qui désireraient avoir des rensei-
* Voy. Prof. Gicbcl am VierwaldsUcttersee, Zeitsclir. fiir die gesaminten Naturwisscnschaften, 1869, S. 289.
** P. Merian, Beitra’ge zur Geognosie. Basel, <821.
A. Gressly, Observations géologiques sur le jura soleurois. Neuc Denkschriften der Schweizenschen naturforschenden Gesellschaft, II, 1838. IV, 18i0. V, 18-il.
Casimir Mosch, das Flœtzgebirge im Kanton Aargau. Denkschriften, XV, 1857. Verhandlungcn der Schweizerischen naturforschenden Gesellschaft von 1862, p. 150. Ncujahrshlatt der Ziircher naturforschenden Gesellschaft fur 1807.
E. Desor und A. Gressly, Études géologiques sur le jura neuchâtelois. Neuchâtel, 1859.
J. Thurmann, Lethæa bruntrutana ou études paléontologiqucs et stratigraphiques sur le jura bernois. Denkschriften, XVIII, 1861. XIX, 1862. XX, 1862.
Beitræge zur Géologie der Schweiz, herausgegcbcn von der geologischen Komission. Erste Lieferung : Der Kanton Basel, von Dr. A. Muller, 1863.
Fr. Lang, Geologische Skizze der Umgebung von Solothum. Schulprogramm pro 1863. Jè me suis surtout laissé guider par les remarquables travaux de M. Mosch à qui je suis également redevable do plusieurs communications verbales.
LA MEK JURASSIQUE
gneraents plus complets sur l'ensemble et sur la composition organique des diverses couches de notre Jura.
Nous avons reconnu trois grands étages dans le jura ; chacun se compose à son tour de plusieurs sous-étages ou étages intermédiaires qui se distinguent les uns des autres par les débris organiques qu’ils renferment et par les propriétés particulières de leurs roches.
En commençant par le jura brun, la couche la plus basse que nous rencontrions est Y Argile à Opalinus qui a reçu son nom d’une Ammonite (A. opalinus Quenst.j dont les coquilles, principalement dans le jura de la Souabc, ont été retrouvées intactes et revêtues encore de leur nacre. Cette espèce, qui du reste se distingue à peine de l’A. Murchisoniæ, se rencontre avec l’A. torulosus et l’Estheria opalina Quenst. dans les grands gisements marneux de Scbambclen supérieur dont la marne foncée appartient exclusivement à ce sous-étage. On a également observé cette argile dans le canton.de Bâle, à Soleure, à Neuchâtel* et au llauenstein où elle a une épaisseur de 00 mètres. Elle se délite très-facilement, ce qui donne lieu parfois à des accidents par la chute de pans de rocher. Elle est partout très-pauvre en pétrifications, tandis que le sous-étage qui suit renferme au contraire une grande quantité d'animaux parmi lesquels abonde l’A. Murchisoniæ Sow. (fig. 05). On y rencontre pareillement des Peignes, entre autres le Pecten personatus Goldf. ; il gît par milliers dans un calcaire arnénacé brun qui, se délitant aisément, fournit un excellent engrais. 11 renferme aussi des rognons d’argile dont la grosseur varie de la noix au poing.
L'OolUhc ou llogcndein constitue le jura brun moyen; il renferme des corpuscules sans nombre en forme de boulettes ou de lentilles ; on les a comparés à des œufs de Poisson, ce qui a valu ce nom à la roche. L’Ooli-
* Mais elle n'apparait qu’à une place, au pied du Montpcireux. Cependant Desor et Gressly, dans une coupe idéale établie pour la construction du chemin de fer du Jura industriel (Voy. coupe géologique des tunnels des Loges et du Mont-Sagne), ont fait figurer dans l'intérieur de la montagne l’argile à Opalinus et le lias. Leurs hypothèses ont été pleinement confirmées par la construction du tunnel, et il ne reste maintenant aucun doute que le jura brun et le noir existent réellement dans ces localités.
ÉTAGES DU JUKA.
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the se divise eu trois sous-étages; l'inférieur et le supérieur contiennent beaucoup de fer qui leur communique une couleur foncée et souvent brun-rouge. Ce sont ces oolithes ferrugineux qui, dans plusieurs localités, ont été exploités pour leur minerai ; ainsi près des bains de Bubeudorf (o. inférieur) et près de Sulz (o. supérieur) ; ce dernier donne les fers de Laufenburg.
Entre ces couches d’oolithe brun et ferrugineux, on en trouve une d’oolithe blanc, ou jaune-blanc qui fonde la plus grande partie des dépôts jurassiques bruns des cantons d’Argovie et de Bâle, et se reconnaît de loin à sa couleur et à sa disposition. Elle commence à l’ouest de Mandach, passe à Wasserfluh et va jusqu’à Staffelegg où le gisement est très-important. D’après le docteur Millier, il atteint environ 150 mètres dans le canton de Bâle. Là il prend tin, tandis qu’on peut le suivre au loin du côté de l’ouest. Ses parois calcaires d'un blanc jaune sont couvertes de végétation, et les eaux qui se précipitent par dessus en gaies cascades donnent aux vallées oolithiques du canton de Bâle un charme particulier. Les hauteurs oolithiques voisines du canton d’Argovie, déchiquetées, à sommets en forme de dents et de quilles prêtent au paysage un aspect tout spécial.
L’oolithe supérieur 11e renferme que peu de pétrifications, taudis que l’oolithe ferrugineux inférieur en présente au contraire en abondance et fort bien conservées ; nous remarquons dans le nombre le Belemmites giganteus, l’ Ammonites Humphriesianus Quenst., plusieurs Peignes et Térébratules : Pecteu disciformis, Terebratula Meriani, T. perovalis, qui sont communs. Parmi les plantes marines, on distingue les grandes espaces de Zoophycos (fig. 92) qui jouent un rôle important ; on les rencontre aussi dans les couches à Murchisonia.
L’âge relatif de notre oolithe supérieur, malgré la rareté de ses pétrifications, peut cependant être déterminé ; quelques espèces nous sont parvenues en bon état, ainsi l’Ammonites Parkinsoni (fig. 09), Ostrea acuminata (fig. 81), Clypeus sinuatus (PI. IX, fig. 2), Cidaris Schmidlini Des.
LA MEK JL’UABKIQUE.
Les premiers étages du jura brun supérieur sont composés de marnes bleues ou bleu-gris à Discoïdes; ils n'ont, qu’une faible épaisseur (de 24 à 30 pieds), mais possèdent un grand nombre de pétrifications. Une quantité d’Oursins bien conservés, entre autres l’Holectypus depressus (PI. IX, fig. 5), de nombreux Mollusques, parmi lesquels beaucoup d’ Ammonites, l’A. I’arkinsoni (fig. 09), A. discus (fig. G4), Ostrea Marshii et acuminata (fig. 81). Ces Mollusques se rencontrent déjà dans le jura brun moyen.
Après les marnes à Discoïdes viennent des calcaires arénacés d’un brun-jaune qui fournissent un très-bon engrais, mais qui en de certains endroits donnent une bonne pierre à bâtir (ainsi à Frick etàHauenstein). Cette pierre est estimée pour les cadres de portes et de fenêtres. Ces calcaires renferment à profusion une Ammonite globuleuse, A. macrocephalus Schl., qui acquiert quelquefois la grosseur d’un petit melon. Cette couche a reçu son nom de cette Ammonite ; elle est visible dans tout le jura et a presque la même épaisseur que la couche précédente. Les marnes à A. omatus sont aussi généralement répandues ; elles consistent en couches peu épaisses d’argile d’un rouge-brun ou en cailloux argileux jaunes. Ces derniers renferment souvent des restes d’animaux marins pétrifiés parmi lesquels se distingue la belle Ammonites ornatus (fig. 71) qui est très-répandue ; on y rencontre aussi l’ Ammonites Jason (fig. 70) et l’A. Parkinsoni, que nous avons déjà observées et à côté desquelles on trouve d’autres espèces en grand nombre. Le Beleranites semihastatus, qui glt là par millions, a dû certainement jouer un rôle important dans la faune de cette époque. M. Môsch a trouvé dans la coquille d’une Ammonite les restes d’un Crustacé, ce qui permet de croire, par analogie avec les mœurs du Bernard l’Ermite, que ce Pagure s’était emparé de cette coquille et en avait fait sa demeure.
Le jura blanc se divise à son tour en trois sous-étages qui se subdivisent eux-mêmes en couches nombreuses dont le classement a été établi en grande partie par M. Mosch.
Le jura blanc inférieur commence par les couches de Binncnstorf, qui
ÉTAGES DU JURA
consistent en gisements calcaires de peu d’épaisseur et d’un gris cendré. Dans les vignes de Birmenstorf et d’Auenstein, de Hausen et de Schinznach, sur les hauteurs de Hornussen, de Bôtzen, d’Elfingen, et dans d’autres localités on trouve, surtout au printemps, beaucoup de pétrifications bien conservées, qui se sont détachées de la pierre pendant l’hiver. La Rhynchonella lacunosa var. arolica Opp. (fig. 87) , striée de sillons longitudinaux et profonds, l’Ammonite à côtes fourchues (A. biplex, fig. 06), le Cidaris coronata (PI. IX, fig. 4), accompagnés de nombreuses Eponges et d’animaux marins, réjouissent le naturaliste qui aime à retrouver les hôtes de nos mers primitives. On rencontre aussi dans la couche supérieure d’Effingen le Nulliporites hechingensis qui compose la masse des rochers.
On peut suivre les couches de Birmenstorf dans les cantons de Bâle et de Soleure (à Buchsiberg et à Oberbuchsiten) ; elles affleurent encore ailleurs, par exemple au Randen.
La seconde couche du jura blanc inférieur est appelée Conclus lŒf finfjen (de M. Miisch) ; elle consiste en une argile calcaire gris-bleu, molle et très-fendillée, alternant avec des masses dures et renfermant aussi des cailloux désagrégés. On peut les suivre de Schlossberg au-dessus de Bade, jusque dans les environs de Schinznach. A Eftingcn elles atteignent une hauteur de 300 pieds. Elles donnent un excellent ciment qu’on exploite à Aarau, Küttigen et Mülligen.
La Terebratula impressa (fig. 88), qui est très-abondante dans cette argile, a donné, en Souabe, sonjnom à ce sous-étage ; on l’appelle Jmpresscnthon.
Dans le jura blanc moyen on distingue trois couches.
Les Couches de Geissberg (de Mosch) ont une épaisseur de 100 pieds; elles sont d’un calcaire jaunâtre qui fournit une excellente pierre à bâtir, exploitée dans plusieurs localités. Les plus belles couches de cette roche se voient sur les parois perpendiculaires du Geissberg; on y trouve de nombreuses et belles pétrifications, que l’on rencontre également dans plusieurs carrières d’Argovie (Wildegg, Aarau, Gosgen et Olten). On
LA MEK JURASSIQUE
peut citer parmi les plus belles espèces : les Pholadomia paucicosta (fig. 84), Ph. cor Ag., Ph. cingulata Ag., etc., l’Ostrea caprina, le Mytilus amplus, la Pema mytiloides et la Pinna lanceolata.
Plus loin, à l’ouest d’Olten, la roche se change en marne gris-bleu, mais à l’est elle ne dépasse pas Kaiserstuhl.
Les roches des couches suivantes , < Couches de Chaillcs > ont dans l’ouest un caractère tout différent que dans l’est de la Suisse.
A Porrentruy et à Soleure ainsi que dans l’ouest du canton de Bâle jusque dans les environs de Liestal, ces couches consistent en une marne calcaire grise, et souvent remplie d’un sable réelle ; elles alternent vers le haut avec des couches de rognons calcaires siliceux, ronds et gros comme la tête; dans le Jura français, on les appelle: < Chaillcs. > Cette formation a une épaisseur d’une centaine de pieds dans l’ouest de la Suisse ; cependant elle disparaît complètement aux frontières ouest des cantons de Bâle et d’Argovie.
Une ligne tirée de Bâle à Obergosgen détermine la limite où ces gisements caillouteux sont remplacés par un calcaire oolithique bigarré que M. Mbsch a appelé Couches à Crenularis.
A l’est, les couches à Chaillcs ne dépassent pas le canton d’Argovie, et déjà au Geissberg et au Ryfluh elles sont réduites à l’épaisseur de 3 à 4 pieds.
La différence qui existe dans la composition de ces couches de l’est à l'ouest de la Suisse n’est pas la seule, car les pétrifications qu’elles renferment diffèrent aussi entre elles. Cependant elles ont en commun environ deux douzaines d’espèces, parmi lesquelles je citerai en premier lieu nicinicidaris crenularis Ag. (PI. IX, fig. 6), Oursin pourvu de grands radioles.
La partie est est très-riche en fossiles qui lui sont particuliers ; il en est de même de la partie ouest. Cette dernière est caractérisée par ses Coraux (Astræa et Lithodendrou), et ses Oursins qui sont dominants, tandis qu’à l’est ce sont des Éponges et des Bivalves ; les Oursins n’y sont pas rares non plus, mais ils sont représentés par d’autres espèces.
ÉTAGES DU JURA
Les couches appelées par M. Mosch Uaprimontana, paraissent constituer un dépôt spécial. Elles forment un banc calcaire de 26 à 30 pieds d’épaisseur, composé d’argile feuilletée et entremêlée de couches à Crenularis qui, sur le Ryfluh, près de Braunegg, à Baden (Schadeniuühle) et ailleurs, fournissent une pierre de construction estimée. Elles renferment un grand nombre de radioles pointus, qui appartiennent à un Oursin, le lthabdocidaris caprimontana Des.
Les couches les plus importantes du jura blanc moyen sont celles du calcaire corallien dont nous avons déjà parlé. Ici encore, comme pour les couches à Crenularis, nous trouvons une différence entre l’est et l’ouest de la Suisse. D’après M. Mosch, les calcaires blancs argoviens de Wiirenlingen, au Ryfluh et au Geissberg, disposés en ban«s de 8 à 10 pieds d’épaisseur, appartiennent à ces couches.
A l’ouest de Bàle le corallien a 100 mètres, à Porrentruy 65, tandis que dans le canton de Neuchâtel il n’a que 4 mètres ; son épaisseur varie donc beaucoup.
Le jura blanc supérieur de Porrentruy se divise, d’après Thurmann, en trois couches, qui ont pris leur nom des animaux spéciaux qui y sont renfermés. Ce savant a démontré les transformations lentes que la faune a subies à cette époque.
Il a nommé les couches inférieures Astarticn, à cause d’une Astarté <fig. 83); les secondes Strombien , à cause d’une espèce de Ptérocère (Strombus), et la troisième Virgulicn, par la présence très-fréquente de l’Exogyra virgula (fig. 82).
L'astartien a une épaisseur moyenne de 78 mètres. Ce sont des bancs calcaires réguliers, plus gris que blancs, et entremêlés de couches de manie.
Le strombien est formé de bancs calcaires jaunes, alternant avec des touches de marnes. Ces bancs ont une épaisseur moyenne de 51 mètres.
Le virgulicn, dont l’épaisseur est à peu près la même, consiste, à Porrentruy, en bancs calcaires marneux, blanchâtres et jaunâtres; c’est lui qui forme la couche supérieure du jura.
196 LA MER JURASSIQUE
Ces trois sous-étages du jura blanc supérieur s’étendent aussi sur la chaîne du Jura dans les cantons de Soleure, Neuchâtel et Vaud. Leurs parois rocheuses, jaunes ou blanches, privées de végétation, leurs pentes désertes et stériles donnent au paysage un aspect tout spécial.
Le jiu\n blanc supérieur a beaucoup moins d’importance dans la Suisse orientale. Le virgulien y est fort peu développé; mais par contre l'astartien y est fortement représenté; il correspondrait, d’après M. Mosch, à la partie supérieure de l’astartien de l’ouest et n’offre qu’une couche de 8 à 12 pouces d’épaisseur; elle est grise et renferme des rognons verdâtres. On y rencontre des Térébratules (T. insignis), le Gryphæa alligata, un Oursin, le Cidaris suevica, et un Aptychus caractéristique : A. lamellosus.
A l’astartien inférieur appartiennent probablement les LcUisehichtm et Badeiierschicldcn de M. Müsch, qui ont beaucoup d’analogie avec les étages inférieurs du jura blanc, mais s’écartent à plusieurs égards des formations du même âge de la Suisse occidentale.
Les Letzischichten se font reconnaître, au Botzberg, par îles plateaux calcaires d’un grain très-tin; ils ressemblent beaucoup aux pierres lithographiques de Solenhofen. En d’autres localités, ces couches sont remplies de Pentacrinites, P. subteres, ainsi à 1 laden et à llraunegg.
Nous rencontrons les Badenerschichten sur le talus est du tunnel de Bailcn, près d’Endingen, de ltieden, dans le Siggenthal, au Liigerberg, au-dessus de Wettingen, et près de Regensberg, où elles ont une épaisseur de 45 pieds. C’est un calcaire gins très-argileux ; il se délite facilement et donne à la roche une apparence corrodée.
Les Wdt wgerschicJUen doivent être rapportées au strombien. Elles forment des bancs de calcaire blanc, renfermant des rognons de pierres à fusil ; il n’est pas rare de les voir coupées par des crevasses et des entonnoirs. Elles renferment des Oursins à grands radioles que nous avons reproduits en demi-grandeur nat. PI. IX, fig. 1; c’est le Rhabdocidaris nobilis Miinst. Une seconde espèce (l’Oursin du Liigern, le Rh. princeps est encore plus grosse; le test a jusqu’à 5 pouces de diamètre.
ÉTAGES DU JURA. 197
11 est curieux de voir apparaître dans les Badenerschichten, à côté îles espèces qui leur sont propres, des espèces appartenant aux couches inférieures du jura blanc, comme la véritable Rhynchonella lacunosa Schlott. sp. et le Cidaris coronata, que nous avons rencontrés en abondance au Lâgern; les Eponges, Scyphia obliqua (fig. G2), et Cnemidium Goldfussi (fig. G3), sont très-répandues ; ce sont les mêmes espèces que nous avons vues dans les couches de Birmenstorf.
La transition des dépôts de la période jurassique à ceux de la période crétacée est représentée par une formation particulière provenant d'eau saumâtre et d’eau douce. Elle a été découverte, ces dernières années, dans notre jura, et présente une grande analogie par ses restes organiques avec une formation anglaise nommée Purbcck. Cette formation clôt la série des dépôts jurassiques; elle nous indique qu’à cette époque le relèvement du pays, qui avait déjà commencé pendant le jura blanc, avait porté la Suisse occidentale (du moins pour la zone jurassienne) au-dessus du niveau de la mer. C’est ainsi que l’on peut expliquer la présence de sédiments d’eau douce.
Le purbeck a son plus grand développement à Villcrs-le-Lac (Doubs); il semble s’être étendu sur tout le canton de Neuchâtel, et on l’a aussi observé dans les localités françaises des environs (N’antua). Il consiste en une marne calcaire de peu d’épaisseur, placée en couches concordantes entre l’étage supérieur du jura et l’étage inférieur de la craie (valangien). Ces dépôts ont été signalés pour la première fois dans nos contrées par M. A. Jaccard, et c’est M. P. de Loriol * qui a décrit les animaux qu’on y a trouvés jusqu’ici. Sur les 2G espèces observées, 23 appartiennent aux Mollusques et aux genres : Auricula, Carychium, l’hysa, Planorbis, Paludina, Bithynia, Valvata, Cerithium, Turitella, Neritina, Corbula, Cyrena, Cardium, Lithodomus et Gervilia, 2 aux Polythalamiens ■(Nonionina) et 1 aux Cypris. Ce sont toutes de très-petites espèces, peu
* Voy. Étude géologique et paléontologique de la formation d'eau douce infra-crétacée du jura et en particulier de Yillers le Lac par P. de Loriol et A. Jaccard, tome XVIII des Mém. de la Société de Physique et d’Histoire naturelle de Genève.
LA MER JURASSIQUE
remarquables; mais quelques-unes du moins se présentent en grand nombre. La fig. 97 B. nous en donne les formes principales.
Fig. 97 B.
n Auricula Jaccardi Lor. : b. Carichium Brotianum Lor. ; c. Pianorbis Loryi Coq. ; il. Paludina Sautieriana I.or ; e. Bithinia Chopardiana Lor. . f. Valvata helicoides Forb. ; g. Neritina valdiensis Rœtn. ; b. Corbula indexa Item.: i. Cardium purbeckense Lor. — I.cs figures ombrées sont grossies, les mitres do grandeur naturelle.
Le genre Auricula se rencontre toujours sur les bords de la mer, et annonce par conséquent le voisinage d’une côte marine; on peut en dire autant des genres Corbula, Cardium, Cerithium et Turitella qui vivent dans l’eau saumâtre et à l’embouchure des rivières. Par contre, on ne trouve maintenant les espèces des genres Pianorbis, Carvchium, Physa, Paludina, Bithinia, Valvata et Cyrena que dans les eaux douces dont ils démontrent la présence pendant le purbeck.
A ces petits animaux, il faut ajouter une plante, le Chara Jaccardi dont les fruits se retrouvent en quantité considérable à Villers-le-Lac, Fig. 97 c. ainsi qu’à la Gorge du Jorat, près d'Oroins. Le genre Chara avait déjà été observé dans le trias de Russie. Chez nous, il apparaît pour la première fois dans le purbeck. et joue un rôle im- Chara Jaccardi iir. porqant depuis lors jusqu’à maintenant. C’est une plante articulée à rameaux verticillés portant des fruits ovales ou sphériques dont le tégument se compose de 5 fils roulés en spirale qui lui donnent une élégante apparence striée. Notre espèce (Chara Jaccardi) a des fruits fort petits d’un ovale court et obtus aux extré-
ÉTAGES 1)U JURA
mités; ils se composent de 6 champs enroulés en spires aplaties et terminés par nn tour plus rapide. Ce Chara est aussi très-commun dans le purbeck anglais qui a de commun avec le nôtre 7 espèces de Mollusques, savoir : le Cypris purbeckcnsis Forb., Physa wealdiana Coq., P. Bristovi Forb., Paludina elongata Sow., Valvata helicoides Forb., Corbula Forbesiana Lor., et Cardium purbeckense Lor. En Angleterre, le purbeck est beaucoup plus développé que chez nous ; on y a trouvé de nombreux Insectes et quelques petits Mammifères.
Cette récapitulation des étages et des sous-étages de notre jura démontre que pendant l’époque de formation de ces montagnes, les dépôts, les flores et les faunes de cette mer ont été souvent modifiés.
La délimitation de l’area des espèces par époques et par localités nous offre encore un vaste champ d’études intéressantes.
Nous voyons que plusieurs espèces n’apparaissent que dans des couches déterminées et n’ont eu qu'une durée assez courte; tandis que d'autres ont persisté à travers toutes les couches et même à travers plusieurs étages principaux, ainsi l’Ostrea acuminata et l’ Ammonites Parkinsoni, que nous avons vues dans le jura brun moyen, se retrouvent encore dans le supérieur. Les Nerinea bruntrutana (fig. 70) et Pteroceraoceani(fig. 78} persistent depuis le corallien jusqu’au strombicn et au virgulien; les Rhynchonella lacunosa (fig. 87) et Cidaris coronata (PI. IX, fig. 4) apparaissent par masses dans le jura blanc inférieur et le supérieur. 11 en est de même des plantes; les Nullipores ne sont nullement circonscrits aux couches de Birmenstorf, car on les trouve aussi dans le jura blanc supérieur.
Quoique, dans tout le domaine jurassique, les étages principaux et la plupart des couches puissent être suivis facilement, il y a, comme nous l’avons remarqué, une différence sensible dans le caractère minéralogique de ces couches et dans la faune orientale et dans l’occidentale de la Suisse.
Nous avons vu que l’oolithe des cantons de Bâle et d’Argovie présente une grande épaisseur, qu’en continuant à l’ouest, ce gisement perd de son importance et qu’à l’est, près de Mandach, il disparaît.
LA MER JURASSIQUE
Les caractères dominants du jura brun sont accentués en Argovie et dans le territoire bâlois; tandis que, dans la Suisse occidentale, c’est le jura blanc qui donne son cachet au pays.
Il est à remarquer que le lias et le jura brun de toute la Suisse et des départements français limitrophes ont par leurs fossiles jusque dans les plus petites modifications une identité complète avec les mêmes formations de la Souabe ; pour le jura blanc au contraire cette identité s’arrête aux cantons de Schaft'house et d’Argovie, et cesse dès que l’on se dirige vers l’ouest.
Le jura blanc prend dans les cantons de Berne, de Neuchâtel et de Vaud, ainsi qu’en France, un caractère tellement différent, qu’il est difficile de coordonner les couches contemporaines. A mon sens, l’explication de ce fait se trouve dans la configuration du pays à cette époque.
Nous avons étudié précédemment le territoire de la Forêt-Noire et des Alpes centrales ; nous devons chercher maintenant à déterminer leur forme pendant la période jurassique. La carte suivante-(fig. 97) nous y aidera.
Fig. 97.
Europe centrale A l'époque jurassique. (Les continents sont en blanc, les parties ombrées représentent la mer.)