CONFIGURATION DU PAYS
La Forêt-Noire s’avançait en Suisse depuis Bâle à Klingnau par une large bande triasique que nous connaissons déjà, et qui formait ainsi le côté sud de ce continent limité, à l’est, par la Wuttach; nous l’avons déjà désigné sous le nom de pays d’Odin. Il comprenait une grande partie du Wurtemberg et de Bade, et s’avançait aussi sur la France orientale jusqu’à la Moselle. En Alsace, ce territoire avait déjà été précédemment entamé par un bras de mer. Il resta probablement réuni au continent jusqu’à l’époque du jura moyen, comprenant alors une partie importante de l’Europe centrale, et formant un cap sud*.
D’autre part, la chaîne des montagnes cristallines composant le noyau alpin était une terre ferme, puisque les dépôts jurassiques leur manquent (quelques lagunes s’avançaient sans doute çà et là dans cette terre ferme). La mer jurassique, qui couvrait une grande partie de la France et baignait les frontières qui séparent ce pays de la Suisse, s’étendait sur cette dernière en s’élargissant de manière à former un vaste bassin dans l’espace compris entre le pays d’Odin et Plie du groupe alpin. Elle communiquait avec la mer orientale qui recouvrait une partie de la Bavière et le sud ainsi que l’est de la Souabe.
• Le bassin compris entre la Forêt-Noire et le pays d’Odin était occupé par la mer, pendant le lias et le jura brun, et formait une anse considérable du golfe alsacien. M. le prof. Fraas (voy. Deflner et Fraas über die Langenbrûcker Versenkung. Württemb, Jalirb. ) admet cependant que la mer s’étendait depuis là jusqu’en Souabe, de sorte que le continent de la Forêt-Noire aurait été séparé du continent situé plus au nord; car on rencontre à Langenbrücken, dans le grand-duché de Bade, une formation marine qui renferme comme celle de la Souabe tous les gisements depuis le bonebed jusqu'au jura brun supérieur (couches à Murchisonia) ; Fraas en conclut qu’il y eut une communication immédiate des mers, quoique les formations marines manquent sur un large espace, depuis la Souabe à Keutliugen en Wurtemberg ; l’absence de ces formations obligerait à supposer qu’elles ont toutes été emportées par les eaux. Il me semble cependant beaucoup plus simple d'admettre que le dépôt de Langenbrucken s’est formé dans une baie du golfe alsacien. Le lias et Je jura inférieur ont une grande analogie dans tout le pays d’Odin, comme le prouve la comparaison du lias inférieur à Langenbrucken avec celui de Schambelcn ; par conséquent, U ne faudrait pas s’étonner qu’il en fût de même pour la mer de Souabe. Mais si le golfe alsacien fut en communication avec la mer de Souabe, cela ne put avoir lieu que pendant le jura brun, car à l’époque du jura blanc le continent de la Forêt-Noire était réuni à celui de la forêt d’Odin.
LA MER Jl’KASSIQL’E.
Le bras de mer qui les unissait peut être considéré connue un détroit. En effet, d’une part le pays d’Odin devait aux localités situées entre Bâle et Lauffenbourg d'étre la partie la plus méridionale du continent dont nous venons de parler; tandis que d’autre part, et en face, l’Ile alpine (du Wetterhorn à la Reuss) s’avançait notablement vers le nord. II est à remarquer que c’est ici justement que le jura brun du canton d’Argovie acquiert son plus grand développement et n’est pas recouvert par le jura blanc. Pour expliquer ces faits, il faut admettre que le jura brun était déjà à sec lorsque se forma le jura blanc, ce qui dut encore plus resserrer le détroit.
Pendant la formation oolithique, le bras de mer était barré, du moins de notre côté; peut-être aussi sa partie méridionale était-elle ensablée; mais on ne peut le dire avec certitude, car tout le pays est recouvert par une formation plus récente (la mollasse). Telle a été sans doute la cause déterminante de la formation oolithique qu’on voit en cet endroit.
L’oolithe ne renferme que quelques pétrifications en bon état; mais en revanche une immense quantité de fragments de corps organisés et même quelques couches sont formées de débris roulés et d’animaux marins brisés. 11 y avait donc là une côte contre laquelle battait une mer trèsagitée, ce qui n’a rien d’étonnant, car c’était le point de jonction de deux grandes mers. Si nous ajoutons encore le sable que les eaux prirent à la terre ferme pour le précipiter dans la mer et autour duquel le calcaire se déposa, nous aurons ainsi tous les éléments nécessaires à l’explication de cette remarquable formation.
11 est vrai qu’il ne faut pas perdre de vue que c’est dans les pays précités que l’oolithe se trouve le plus développé, et que dans le jura blanc, il apparaît seulement par place et sous forme de nids, ainsi dans le corallien de Porrentruy et en Souabe ; de nos jours on en constate la présence dans les îles madréporiques.
Si maintenant nous admettons qu’à une époque donnée ce bras de mer, ensablé et comblé, a séparé notre mer jurassique occidentale de l’orientale, nous pourrons nous expliquer pourquoi la nature organique du jura