PRODUITS DU JURA
qu’il Taille la peine de l’exploiter. Le gisement le plus important est celui de Gonzen ; il se trouve sur le versant méridional de la montagne et possède une épaisseur de 4 à 20 pieds; il est entouré d’un calcaire noirbleuâtre. Le minerai se compose d’un peroxyde de fer compacte, et dans la partie supérieure, sur une épaisseur de 4 à 5 pieds, on rencontre du psilomélane; on y observe aussi du fer magnétique, du carbonate de manganèse, du sulfate de baryte, du spath-fluor et du fer sulfuré ; ce dernier rend l’extraction du fer très-difficile. Le minerai est transporté de la montagne dans la vallée et fondu à Pions ; c’est une des plus anciennes exploitations de fer de la Suisse, il est même probable qu’elle remonte à l’époque celto-romaine. Elle était probablement en activité au XI* siècle, car Henri III donna à l’abbé Birchtilo de Pfàffers le couvent et ses dépendances avec les mines d’or et d’argent. Dans les documents de 1315, 1385 et 1306, la propriété des mines de fer de Gonzen est reconnue aux comtes de Werdenl>erg ; en 1483, elles échurent aux sept cantons helvétiques qui les donnèrent en fief. La production du minerai avait fini par diminuer beaucoup, lorsqu'on 1824 ces mines devinrent la propriété de MM. Ncher, de Schaffhouse, qui remontèrent l'affaire. Mais ils ne purent supporter la concurrence des fers anglais et belges, de sorte que depuis quelques années l’exploitation a été abandonnée. Elle rendait dans les derniers temps de 16,000 à 20,000 quintaux de minerai environ par an ; on en obtenait de bons fers de forge et un excellent acier fondu qui, d’après J. -J. Scheuchzer, étaient très-estimés depuis 150 ans.
Un second produit de l’époque jurassique est la houille ; mais elle s’y trouve en si faible quantité et en couches si minces, qu’elle a une valeur insignifiante comme exploitation. Les charbons jurassiques, comme nous l’avons vu (p. 179), se rencontrent au sud-est de la Suisse et sont exploités dans le canton de Berne sur les deux côtés de Klus, sur la pente nord du Holzerfluh, ainsi que sur la rive gauche du lac de Genève, au pied des Cornettes, dans la vallée d’ Abondance et au-dessus do Vouvry. D’après Studer, le charbon est noir, luisant, disposé en petits feuillets et riche en bitume; il forme de petits gisements de 6 à 18 pouces, ou des
LA MEK JURASSIQUE
nids dans une marne schisteuse, et dans un calcaire arénacé qui a 20 à 30 mètres d’épaisseur; ce calcaire repose immédiatement sur les masses supérieures du jura blanc inférieur.
Le jura blanc supérieur fournit en outre une excellente pierre à bâtir ; les calcaires de Soleure sont renommés et exportés au loin ; de nombreuses carrières sont aussi en activité dans les cantons de Neuchâtel, de Berne et d’Argovie; la plupart de celles du canton d’Argovie (Aarau, Gdsgen, Biberstein, Wildegg, Lauffohr et Bemigen), sont ouvertes dans les couches du Geissberg. Les plateaux à grain fin des letzischichten du jura blanc supérieur, au Bützberg, sont exploitées par M. Moscli connue pierre lithographique.
Le jura blanc supérieur se compose de roches très-dures, qui se délitent difficilement; le sol, par conséquent, en est en général sec et improductif; ses plaines élevées et les flancs de ses montagnes ont une apparence triste et nue, tandis que le jura brun et plus encore le lias, étant parcourus par de nombreuses veines de marne qui se délitent facilement, donnent un terrain très-fertile.
En revanche, on préfère beaucoup, pour la construction des tunnels, le jura blanc au brun ou au noir, ainsi qu’on l’a vu dans les grands tunnels des chemins du Jura et dans celui du Hauenstein; les premiers sont taillés dans le jura blanc et ne reposent sur le lias que par quelques points, tandis que le dernier est percé dans une grande masse de pierres tendres, d'argile à Opalinus et de lias qui ont non-seulement offert de grandes difficultés pour la construction, mais dont l’entretien entraîne beaucoup de frais.