CONFIGURATION DU PAYS
blanc n’est pas la même à l’est qu’à l’ouest ; pourquoi notre jura est si semblable au jura français , pourquoi par contre notre jura oriental est si semblable au jura souabe, et pourquoi la ligne de démarcation passe directement par l’axe du bras de mer.
On comprendra plus facilement encore ce qui précède, si l’on admet que pendant la formation du jura blanc il a dû se produire dans la partie est de la mer jurassique un soulèvement progressif vers l’ouest. Les dernières couches marines du jura manquent en Allemagne; la craie manque également dans toute la Souabe, comme aussi et surtout dans une grande partie (le l’Allemagne du Sud ; elle manque encore dans le jura oriental, dans le canton de Schaffhouse, sur le Liigem et en Argovie; elle commence à paraître seulement à Bienne, et on peut en suivre les filons vers l’fmest dans les étages inférieurs ; car les supérieurs, ainsi que tout le terrain nummulitique et le flysch, qui jouent un si grand rôle dans les Alpes, manquent complètement dans le Jura. Nous voyons par là qu’il s'est produit pendant la période du jura blanc un soulèvement de l’est à l’ouest. Déjà à l’époque de la formation des schistes calcaires de Solenhofen et de Nusplingen (qui appartiennent au jura blanc supérieur), la mer Souabe était devenue plus petite, et dans les derniers temps jurassiques elle avait complètement disparu à l’est du pays d’Odin, qui par conséquent s’était accru d’autant.
Au début de la période crétacée, ce pays s’avançait déjà à l’ouest par le retrait constant de la mer occidentale; et, à l’époque crétacée supérieure, tout le Jura occidental émergea.
Quoiqu'il soit facile de reconnaître dans toute l’étendue du jura souabe et du suisse un soulèvement lent et progressif de l’est à l’ouest, il ne faut pas perdre de vue qu’ils furent soumis à des alternances de mouvements
inverses, les bancs de Coraux en sont une preuve. A Porrentruy, les
bancs de Coraux inférieurs sont recouverts d’environ 500 pieds de roches calcaires qui appartiennent au jura blanc supérieur (astartien, strombien et virgulien). A l’époque de la formation du calcaire corallien, les bancs étaient très-probablement à une profondeur de 100 à 200 pieds, car les
LA MER JURASSIQUE
Coralliaires ne peuvent vivre à de plus grandes profondeurs. Il faut donc qu’il y ait eu là un affaissement lent à la suite duquel ces animaux sont morts en se trouvant à une profondeur considérable, pendant que les bancs supérieurs continuaient à vivre et à bâtir leurs récifs jusqu’à ce que la masse de sable et de vase les eut arrêtés dans leur développement et les eut fait périr. C’e fut alors qu’arrivèrent les Astarte; plus tard, les Coralliaires réapparurent dans l’astartieu et le virgulien formant des bancs de calcaire blanc.
Nous observons les mêmes modifications dans les Alpes calcaires : là aussi il se fit, durant l’époque jurassique, des soulèvements progressifs: mais nous y remarquons pareillement de grands affaissements du sol qui eurent lieu à des époques intermédiaires.
Nous avons déjà attiré l’attention sur l’ile alpine qui pendant l’époque du jura blanc supérieur semblait s’étendre depuis Aigle jusqu’au lac de Thoune. Les schistes carbonifères sont recouverts de calcaires marins qui renferment quelques Coraux (Astrées et Anthophytes), des Oursins, des Huîtres, des Peignes, des Térébratules et des Mvtiles appartenant, aux formations jurassiques les plus récentes; ce qui nous prouve clairement que cette île avait de nouveau disparu sous les eaux durant l’époque jurassique, et qu’elle fut habitée par une population marine dans les lieux mêmes qu’occupaient auparavant de vastes forêts. Cette série d’évolutions, changeant alternativement la configuration de la terre ferme et de la mer, nous donne la clef des nombreuses transformations que subirent les faunes marines; en effet, il est clair qu’au milieu de ces modifications la direction des courants, la nature des baies, et par là même les conditions d’existence des plantes et des animaux ont d(l changer souvent et beaucoup.
Nous voyons par ce qui précède que les sédiments de notre mer jurassique ont pris une grande part à la constitution montagneuse de notre pays. Mais ces roches ne renferment que peu de richesses métallurgiques. On peut mentionner le fer qui se trouve, comme nous l’avons dit (p. 187), dans l’oolithe ferrugineux du jura brun en quantité suffisante pour