AMMONITES
Toggenbourg). Dans ces localités et en France elle disparaît déjà dans le même étage, tandis qu’elle a survécu en Angleterre et en Allemagne.
Un des groupes les plus riches en espèces est celui des Angulicostati, chez lesquelles les côtes, qui sont vives, traversent sans interruption le dos rond ou aplati. L'A. Milletianus Orb. (fig. 121) est l’espèce la plus commune de ce groupe dans le Jura et dans les Alpes (Kistenpass, Sentis et canton de Schwytz) ; c’est en même temps une des espèces qui ont pénétré dans le sud de la France, en Allemagne et dans la mer Gallobritannique. Elle atteignait une taille considérable; on en a trouvé à la Perte-du-RhÔne des exemplaires qui mesuraient 17 pouces de diamètre. On la reconnaît surtout à son dos plat et à scs côtes qui alternent de longueur.
Les Ligatus a côtes anguleuses sont les proches parentes du groupe précédent; mais chez elles les côtes sont moins marquées en arrivant au dos, qui est rond, ou se changent en simples stries; souvent aussi elles manquent. Par place, on voit des sillons transversaux indiquant l’emplacement des anciens orifices buccaux. L’A. ligatus Orb. est très-caractéristique de notre néocomien alpin (Stockhorn et Chàtel-Saint-Denis) et s’avançait jusqu’au sud de la France et en Espagne ; l’A. Mayorianus, en revanche, est une des espèces les plus abondantes du gault et a persisté dans notre mer jusqu’au secwerkalk. Elle a été observée depuis les Alpes appenzelloises jusqu’aux Alpes vaudoises, ainsi qu’à Sainte-Croix et à la Perte-du-Rhône ; elle ne se trouve pas seulement dans le sud de la France et dans la mer Gallo-britannique , mais aussi dans les Carpathes, dans le Caucase et même dans le Vénézuela. La coquille comprimée de cette espèce est ornée de plusieurs côtes transversales qui deviennent beaucoup plus fines vers le centre de l’animal ; elle est de plus parcourue par cinq ou six sillons sinueux.
Les Scaphitcs ouvrent la série des Ammonitides déroulées ; chez elles, la coquille qui commence par être rapidement enroulée se déroule et devient droite ; à l’autre extrémité, elle s’enroule de nouveau de la même manière. Le Scaphites Hugardianus Orb. (fig. 125) a une coquille déli-
L’ÉI’OÇUE CRÉTACÉE.
Fig. 121 Ancyloceras Mattheronianus Orb. — Fig. 125. Scaphltes Hugardlanus Orb. — Fig. 125. Baculites Gaudini l'ict. — Fig. 127. Ptychoceras Puzosianus Orb. — Fig. 128. Hamites rotundus Sow.
cate, striée de nombreuses côtes transversales, chaque extrémité vient à la rencontre de l’autre et elles se rejoignent presque. Il habitait le Fiihnem, le Sentis, le Ilaut-Sihlthal, les Alpes occidentales, la Perte-dü- Ithône, et on le rencontre aussi en France avec les deux espèces : S. Yvani Puz. et S. æqualis Sow.
Le genre Ancyloceras est très-voisin du précédent, seulement les tours de spire sont complètement desserrés; l’extrémité buccale est repliée en crochet et n’est pas enroulée. Ce genre, qui compte 35 espèces, est un des beaux types de la faune néocomienne de la chaîne du Stockhorn et de Châtcl-Saint-Denis, dans le canton de Fribourg. La plus grande partie des espèces manque dans l’est de la Suisse, dans le Jura, ainsi que dans le bassin parisien ; mais on les retrouve dans le sud de la France. Une douzaine est spéciale à Châtel-Saint-Denis et aux Alpes bernoises. Les unes, Ancyloceras Meriani Oost., et A. Escheri Oost. sont seule-
AMMUVITIDES.
meut ornées de fines stries transversales, d’autres sont pourvues de côtes accentuées : A. Brunneri Oost. et’A. Heerii Oost. qui sont souvent aussi garnies de verrues. Chez plusieurs espèces le dos est orné d’épines longues et fortes, ainsi : A. Honorati Oost-, A. Mattheronianus Orb. (fig. 124) et A. Morloti Oost. L’extrémité la plus ténue est toujours gracieusement enroulée et fort souvent terminée par une fine pointe. La longueur est considérable et atteint parfois 1 '/» pied (A. gigas Orb.). L’espèce la plus répandue est l’A. Duvalii Art. qui vivait sur les deux côtes de notre mer crétacée, ainsi qu'eu Angleterre, en Allemagne, dans le sud de la France, en Espagne, en Algérie; on l’a même rencontrée au Chili. Dans un groui>e que l’ictet a séparé et désigné sous le nom d 'Atiisoceras, l’extrémité recourbée en spirale ne se présente plus sur le même plan. L’A. Saussureanus Pict. appartient à ce groupe et se trouve près de Saxonet et à la Perte-du-Uhône ; c’est un des plus grands animaux de cette famille, car il atteint une longueur de 0",G0.
Les Ammonites arquées ou Toxoceras ressemblent à une corne courbée obliquement; les deux extrémités ne sont pas enroulées et ont l’apparence d’une corne de Ijouc. Leur patrie était la mer Méditerranée, d’où elles arrivaient jusque chez nous. Le Toxoceras Lardyi Pict. trouvé à la l’erte-du-Rhône a une grande analogie avec une espèce de l’Altmann, dans le canton d’Appenzell.
Chez les Ammonites à crochet, Hamites, la coquille se recourbe à chaque extrémité en fer à cheval dont les bras sont plus ou moins parallèles avec le corps, qui est plus long, tandis que chez les Hamulines une des extrémités seule est recourbée. Ces dernières espèces sont rares et circonscrites seulement au néocomien, tandis que les premières sont très-communes dans le gault du Jura et des Alpes. La belle Hamites rotundus Sow. (fig. P28) était répandue dans toute la mer crétacée, ainsi que les : H. attenuatus Sow., IL flexuosus Sow. et H. Charpentieri Pict. Il est intéressant d’observer que, comme pour le Nautile, notre mer crétacée avait proportionnellement beaucoup d’espèces de ce genre en commun avec le bassin parisien.
l’époque crétacée.
Tandis que chez les Ammonites à crochet la partie recourbée ne touche pas le corps principal, chez les Ptychoeeras elle touche le tronc et. même y est quelquefois engagée au moyen d’une rainure. Le Pt. tiaultinus Pict. est commun au gault du Jura et à celui des Alpes; tandis que le Pt. Puzosianus Orb. (fig. 127), et quatre autres espèces appartiennent au néocomien des pays alpins; ce genre, ainsi que celui des Ancyloceras, caractérise la zone alpine; la plupart de ses espèces se retrouvent dans la Méditerranée.
Chez les Baculitcs,-le type ammonitique est transformé; leur coquille est devenue droite ou n’est que légèrement recourbée, les spirales ou la courbure en fer à cheval leur manque. Ils appartiennent exclusivement à la mer crétacée, commençant avec le néocomien et s’éteignant dans les étages supérieurs de la craie.
La fig. 126 représente un morceau du Baculites Gaudini Pict. dont la coquille se termine par une pointe aiguë. Cette espèce se rencontre dans plusieurs localités de nos Alpes (au Sentis, dans la Taminathal, à la Kasereualp, près de Cheville et en Valais), ainsi que dans le Jura (Sainte- Croix et Perte-du-Rhûne), en Savoie et en Angleterre. Le B. baculoides Mant. sp. avait la même area, tandis que les autres espèces étaient beaucoup plus circonscrites.
Les Turrilites ont l’apparence d’Escargots, car leur coquille est enroulée en forme de vis, mais le vide intérieur est divisé en chambres par des cloisons analogues à celles des Ammonites. Les Turrilites représentent la dernière modification du type ammonitique. A l’exception de quelques espèces qui constituent un genre à part, ce groupe commence dans le gault et s’éteint à la fin de la période crétacée ; il n’eut par conséquent qu’une existence assez courte. Il comprenait cependant de nombreuses espèces, 50 environ, dont 1S fréquentaient notre mer. Leurs coquilles sont comme chez beaucoup d’ Ammonites ornées de verrues et de côtes; ces dernières sont longitudinales ou transversales, et il n’est pas rare de les voir ornées de bosselures élégantes. L’espèce la plus commune est la T. Bergeri Br. (fig. 129), qui a été observée dans beaucoup
TUlilULlTES.
Fia.
Fig. 129. Turrilites Bergerl Br. — Fig. 130. De KisicupasB. — Fig. 131. Turri- Ube8 Puzosianus Orb. de Neualpkamm.
de localités de nos Alpes (au Sentis, au sommet du Kistenpass, fig. 180,
à la Silbern, au Pragel, sur la Rossmatt, à la Vcttiseralp, au col de Cheville et dans le Valais), du Jura, dans les roches crétacées (gault et seewerkalk), ainsi qu'en Savoie et dans les bassins de Paris et d’Angleterre. Le T. costatus Orb. était tout aussi répandu; Escher de la Linth l’a trouvé au Sentis. La plupart des autres espèces étaient communés à notre faune et à celle de la Méditerranée seulement ; ainsi le T. Puzosianus Orb., dont la tig. 131 reproduit un morceau, provient du Neualpkamm, dans le Toggenbourg. La coquille, chez cette espèce, est pourvue de fortes côtes transversales, tandis que chez le T. Bergen les côtes sont moins accentuées, mais chacune est ornée de 4 petits cabochons placés de manière à fonner 4 rangées pour chaque tour de torsion. Le T. Puzosianus a bien aussi des verrues, mais elles sont petites et rangées au bord de chaque tour de torsion.
Si nous observons les autres Mollusques marins, nous reconnaîtrons à
L’ÉPOQUE CRÉTACÉE
peu près les mêmes genres que nous avons déjà vus dans la mer jurassique, plus quelques types nouveaux. Le genre Pterorera nous fournit quelques belles espèces dont le labre porte plusieurs digitations, ainsi chez le I’. Rachatiana Orb. qui a été recueilli à la Perte-du-RhÔne. Le P. pelagi Br. a été trouvé dans Purgonien des Alpes et dans la zone jurassienne. Un genre voisin : Rostellaria, apparaît avec la craie, mais persiste jusqu'à nos jours. Les lobes du labre ailé sont moins prononcés; on en connaît plusieurs espèces : R. Orbygniana Pict. et Robiualdiana Pict., provenant de la zone jurassienne.
Les Nérinées sont plus rares que dans la mer jurassique, mais elles présentent des formes aussi grandes et aussi remarquables ; leur coquille longue et conique a des spires fortement accentuées. A côté de nombreuses espèces du genre Natica (N. rotundata Sow., Clementina Orb., Rauliniana Pict., etc.), apparaît le genre voisin Narica, dont la coquille est globuleuse et tordue en spirale ; quelques rares espèces de ce genre vivent encore dans les mers tropicales. Le N. genevensis Pict. provient du gault de la Perte-du-Rhône. D’autres genres : Troclms, Turbo et Cerithium que nous avons déjà vus précédemment (page 167), étaient représentés par de nombreuses espèces dans notre mer crétacée, et indiquent par leur présence le voisinage d’une côte.
Parmi la multitude des Mollusques bivalves qui hantaient notre mer crétacée, nous devons nous borner à présenter les formes les plus importantes. Nous retrouvons là en grande partie les mêmes genres que nous avons observés dans la mer jurassique (p. 168 et suiv.), ainsi les Térébratules, As ta rte, Cardita, Diceras, Lyriodon, Inoceramus, Pecten, Lima, Exogyra, Gryphæa, Ostrea, etc. Beaucoup d’espèces s’écartent des formes de l’époque précédente, tellement même qu’elles forment des groupes spéciaux à l’époque crétacée ; ainsi la plupart des Huîtres de cette période ont des valves qui, sillonnées de plis étroits et profonds, s’emboîtent sur les bords. L’Ostrea macroptera Orb. (tig. 132) est un beau type des Huîtres à crête de coq de l’époque crétacée. Elle a à peu près 3 pouces de long, des valves recourbées en arc, fortement plissées