LE ROLE DES EMPEREURS
L'histoire de la province, à partir du début de l’empire, est faite de menus épisodes ; aucun événement de guerre ne vint, avant le milieu du 11° siècle, troubler son existence paisible, monotone, en grisaille, qui donne l’impression d’une sorte de léthargie. L'évolution du monde grec, si rapide à certaines heures, semble, durant cette longue période, presque complètement arrêtée (4).
() Ci-dessus, p. 199, note 3. — (2) CLXXXIITI, p. 430.
(3: CL'XIT, p. 58 et suiv.
(43 Cf, Corrado BARBAGALLO, [! framonio di una civiltà, Firenze, [192#), Il, p. 183 et suiv.
Les attentions d’Auguste, ses initiatives diverses, même les plus bienveillantes, avaient eu sans doute une contre-partie fâcheuse, car, au lendemain de sa mort, en 15, une ambassade achéo-macédonienne vint à Rome solliciter un allègement des charges qui pesaient sur les provinciaux. Le Sénat laissa donc à l’empereur les deux gouvernements, le régime des légats étant le moins dispendieux, et Tibère prorogea les pouvoirs des administrateurs qui s'étaient signalés par une habile gestion ; des faux frais écrasants disparurent du même coup. Germanicus, son neveu, au cours d’un voyage, procéda en Grèce à une utile inspection; Tibère fit sentir sa sévérité, le cas échéant, aux agents du pouvoir central.
Claude, néanmoins, rendit à l’Achaïe et à la Macédoine des gouverneurs sénatoriaux ; lui aussi favorisa ses sujets hellènes, répara les exactions et les folies de Caligula, restitua aux villes les ouvrages d’art que ce dernier leur avait arrachés, libéra les jeunes gens que ce prince aliéné avait amenés de force à Rome pour célébrer son propre culte. Claude, tout imprégné des lettres, des sciences et de l’art grecs, éprouveit pour les Hellènes une sympathie particulière; une lettre de lui au Sénat (1) traduit en termes chaleureux ces sentiments ; ilalla, paraît-il, jusqu’à vouloir transporter à Rome les mystères d'Éleusis. Il eut encore égard aux situations financières embarrassées, et Byzance, grâce à lui, obtint une remise d'impôts pour cinq ans. On a remarqué, au surplus, que les empereurs de la gens Claudia ont tous montré leur bon vouloir aux populations de langue grecque (2); aussi les C/audi étaient-ils nombreux en Orient.
Par contre, le règne de Néron (3) trahit tout autre chose qu’une politique suivie et modérée. C’est en terre grecque sur tout que ce « mélange de fou, de jocrisse et d’acteur » sentait
(1) SuErT., Claud., 42.
(2) Eug. ALBERTINI, XXIV, XXIV (1904), p. 247-276. G) CXXVIIT, IL, p. 97 &« suiv.; CXXVI, p. 382-392.