‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 2 sur 39 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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Parmi les épisodes de la guerre' de Cent ans, l'un des plus célèbres est la mort héroïque du roi Jean de Bohême à la bataille de Crécy. Ce prince est peut-être le seul souverain étranger qui, au cours de notre longue histoire, ait volontairement donné sa vie pour la France.

Abandonné naguère dans des épreuves douloureuses par les peuples en lesquels il avait le plus le droit d'espérer, notre pays doit une reconnaissance toute particulière à ce monarque

1. Ce travail a été lu dans la séance publique annuelle des Cinq Académies du vendredi 25 octobre 1901.

aventureux qui, dans un accès de généreuse folie, vint offrir à nos pères une vie dont il ne leur devait pas compte. Si je reviens sur ce glorieux épisode, ce n'est point pour répéter ce que les historiens ont dit avant moi d'après des textes que tout le monde peut consulter, mais pour ajouter quelques nouveaux détails, d'après des documents bohémiens peu connus ou même absolument ignorés jusqu'ici en France.

Lorsque le roi Jean accourut au secours de son allié Philippe VI, il était, au dire de Villani, accompagné d'environ 500 chevaliers*. Parmi eux figuraient un certain nombre de Bohémiens, Tchèques ou Allemands. Tous ne tombèrent pas sur le champ de bataille de Crécy ; un certain nombre durent retourner dans leur pays et l'écho de leurs récits put arriver à l'oreille des chroniqueurs et du poète dont j'invoque ici le témoignage.

Les historiens bohémiens qui nous entretiennent de la dernière expédition et de la fin tragique du roi Jean, sont des contemporains immédiats, Neplach, François de Prague et Benes de

1. Cette troupe devait être en effet assez considérable; car elle suffit, le 2 août, à repousser les Anglais qui voulurent franchir la Somme à Pont-Remy.

LES BOHÉMIENS A CRÉGY. Z

Veitmil. Il faut y ajouter un rimeur anonyme qui nous a laissé un morceau fort important sur la bataille de Crécy. Les Tchèques, notons-le en passant, ont naturalisé dans leur langue le nom latin de ce iourg trop célèbre : Crisciacus. Ils l'appellent, d'une forme un peu dure à nos oreilles, Kresèak (Krechtchak).

Le premier historien bohémien dont j'invoquerai le témoignage est le moine Neplach, un Tchèque évidemment. Il appartenait au célèbre monastère bénédictin d'Opatovice, sur l'Elbe à l'est de la Bohème. Il avait étudié à l'Universite de Bologne; il devint abbé de son couvent. Il paraît avoir rédigé sa chronique de 1346 à 1365, c'est-à-dire à une époque très voisine du tragique événement qui nous occupe. Il ne lui consacre qu'une mention fort brève ^* :

Année 1346. Jean, roi de Bohême, avec beaucoup de nobles du royaume, à savoir le fils du sire Pierre de Rosnberk (Rosenberg) et le fils du seigneur Henri de Lichtenburk et beaucoup d'autres alla au secours du roi de France contre les Anglais et il fut tué avec les nobles dont les noms suivent....

1. Fontes rerum bohemicarum, t. 111 (Prague, 1882), p. 482. Cette belle publication, éditée aux frais de la fondation Palacky, est malheureusement inconnue en France. Les introductions critiques sont en langue tchèque. La chronique de Neplach a été publiée par les soins de M. Josef Emler.

Ici le manuscrit, dit de Lobkowitz, a laissé deux lignes et demie en blanc. Évidemment Fauteur avait Tintention de combler cette lacune avec des renseignements qui lui faisaient défaut au moment où il écrivait. Il n'en a pas eu l'occasion et loyalement, il a mieux aimé laisser un vide dans son manuscrit, que d'inventer des noms imaginaires. Pour célébrer dignement la mort d'un si grand prince, il écrit son épitaphe en vers léonins :

Anni diim domini transissent mille trccenti Et quadrageno tum sexto numéro pleno In Ruffi feslo mors accidit régi honesto.

Régi modesto condoleas corde molesto.

Licet orbatuSy immo tota luce privatus.

Vir talis natus, semper ad belta paratus,

François de Prague est, lui aussi, un contemporain du roi Jean*. Vers 1334, il était directeur de l'Ecole du Vysehrad près de Prague; il avait vécu en Italie ; il fut pénitencier de l'archevêque de Prague; il commença à écrire en 1341. 11 devait être à Prague lorsque survinrent les premières nouvelles de la bataille où le roi avait péri. Il consacre un chapitre entier à sa mort tragique : De obitu régis Bohemiœ :

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