‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 3 sur 39 · Fontes rerum hohemicarum^ t. IV (Prague, 1884), p · texte numérisé non relu

Fontes rerum hohemicarum^ t. IV (Prague, 1884), p

En cette année, dit-il, la veille de la fête de saint Rufus, martyr, le roi de Bohême avec le roi de France et son fils Charles, élu roi des Romains, et un grand grand nombre de princes, ducs, magnats, comtes, barons et soldats des diverses parties du monde, partirent pour faire la guerre au roi d'Angleterre.

Ce prince fuit devant eux. François de Prague sait comment les Anglais échappèrent à la poursuite de leurs adversaires en traversant un gué. Il ignore d'ailleurs le nom de la Blanque Taque et tous les noms géographiques de notre pays. Il fait jouer à son souverain le roi de Bohême, un rôle prépondérant dans la bataille.

Le roi de France — je résume — ayant appris que les Anglais avaient passé le gué, voulait rentrer dans ses domaines : mais le roi de Bohême voulut poursuivre l'ennemi. Le roi d'Angleterre s'établit dans des lieux sûrs, entre des bois et des vallées — j'ai visité le champ de bataille de Crécy; sous une forme assez vague, cette description est en somme exacte. -- Le roi de France refuse d'engager l'action tant que les Anglais occuperont cette position. Le roi de Bohême insiste, le combat s'engage; le roi Jean et son fils le roi des Romains combattent virilement. Mais un grand nombre de guerriers ayant été tués à coups de flèches, la plus grande partie des Français tourna le dos et donna à beaucoup d'autres un prétexte de fuir. Les nobles de Bohême voyant la vie de leur roi en danger, l'exhortèrent à se retirer avec eux du combat. Il répondit qu'il ne voulait pas faire ce dommage à sa gloire, et leur ordonna de le conduire là où avait lieu le choc le plus violent, où le combat était le plus acharné, le cliquetis des armes le plus bruyant,

ce il quoi l'un des nobles du royaume de Bohême répondit : «< Nous vous mènerons dans un endroit d'où nous ne reviendrons plus, ni vous non plus. »

Le mot est beau dans sa fierté mélancolique.

II fait pendant à celui de Froissart : « Et si bien le servirent, et si avant se boutirent sus les Engles que tous y demourèrent.... »

Les nobles ayant obéi, continue François de Prague, le roi de Bohême, hélas! tomba avec beaucoup de princes, barons et guerriers des diverses parties du monde et fut tué. Son fils, le glorieux Charles, échappa à grand'peine avec quelques chevaliers. Or, comme l'attestent les gens dignes de foi, il était dans le combat en avant de son père et n'échappa point au péril pai^ la fuite ou par quelque autre cause ; mais ce fut la grâce de Dieu qui le protégea et le préserva dans sa clémence. Ensuite le roi d'Angleterre, avec ses nobles, pleura affectueusement le roi de Bohême et les autres princes qui avaient succombé dans la lutte et leur fit donner une sépulture honorable.

De son vivant, Jean de Luxembourg n'était guère populaire en Bohême; il résidait peu dans le royaume et cherchait surtout à en tirer de gros revenus. Sa mort héroïque semble avoir réconcilié son peuple avec lui. A l'exemple de Neplach, François de Prague célèbre sa mémoire par une épitaphe poétique en vers enthousiastes.

... Strenuus et justus, rnitis, audax atque robustus, Astutus, sapiens, semper largissime regnans.

Et bene regnavit ac terre pacem procuravit.

LES BOHËMIENS A CRECY. 7

L'éloge est un peu exagéré; s'il y eut au monde un souverain pacifique, ce ne fut pas assurément Jean de Luxembourg. Neplach le caractérisait en termes plus justes quand il disait qu'il était toujours ad bellaparatus. En tout cas, ce n'est pas à nous Français qu'il conviendrait de lui reprocher son goût pour les aventures.

Le chroniqueur Benes de Weitmil* fut, lui aussi, un contemporain de Jean de Luxembourg. On sait peu de chose sur sa vie. Il fut chanoine de Prague et dut rencontrer dans la capitale de la Bohème quelques-uns de ceux qui avaient assisté à la bataille. Tous n'avaient certainement pas péri et le prince héritier Charles, heureusement échappé au danger, avait dû en rallier un certain nombre.

Benes de Weitmil raponte comment le roi de France, se voyant envahi par les Anglais, envoya des lettres à Luxembourg où se trouvaient le roi Jean et son fils Charles, élu roi des Romains, pour les inviter à venir à son secours avec toutes les troupes qu'ils pourraient réunir. Le roi de Bohême rassembla une grande armée et arriva avec son fils au secours du roi de France. Le roi

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