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SiO LE MONDE SLAVE.

été émises par Icsslavistcs compétents. Biliarsky supposait (1847) qu'elle avait dû être écrite en Valachie d'après un manuscrit de la Russie méridionale qui lui-même avait eu pour base un texte moyen bulgare. P. -A. Lavrovsky inclinait à croire qu'elle avait pour base un texte serbe. Kopitar, dans ses Prolégomènes, déclare que la partie cyrillique n'est pas antérieure au xiv* siècle (sana critica id nonnisi pro scripto seculi xiv admittit). L'auteur de la préface française qui précède les Prolégomènes de Kopitar n'avait pas même pris la peine de les lire et déclare hardiment que notre manuscrit est plus ancien que l'Evangile d'Ostromir écrit en 1056 et 1057!

En 1887 un professeur de Saint-Pétersbourg, M. Soholevsky, a étudié avec soin la partie cyrillique et publié le résultat de ses recherches dans le journal philologique russe de Varsovie (n" 3, p. 14.'M50). M. Pastrnek adhère aux conclusions de M. Sobolevsky. Au point de vue paléographique, M. Sobolevsky relève dans .le manuscrit l'emploi fréquent de la couleur jaune; celte couleur se remarque dans les manuscrits des Slaves méridionaux, des Russes et des Grecs du xf au x\f siècle. Même observation pour cer-

iains emplois de la couleur bleue qui remplace parfois le cinabre.

L'écriture est une onciale dont le type ne se rencontre pas au delà du xii^ siècle. Certaines lettres ont un aspect plus ancien. M. Sobolevsky entre ici dans des considérations purement techniques sur lesquelles je n'insiste pas. L'emploi des couleurs, la forme et l'emploi des lettres montrent que Tévangile cyrillique appartient au XII® ou xf siècle; il offre toutes les particularités que Ton retrouve dans les manuscrits russes de cette époque. 11 y a donc lieu de conclure que le manuscrit, tout au moins par ses origines, appartient à la Russie. Il n'offre d'ailleurs, au point de vue de la langue et de la correction du texte, qu'un intérêt très secondaire *. Le copiste est fort négligent. Il se permet de nombreuses distractions. II n'a pas de règles fixes en orthographe. Il laisse des blancs dans l'intérieur des mots. Il répète deux fois le même pronom, il passe des lettres de façon à rendre parfois le

1. Dobrovsky {Slavin, p. 70), qui n'avait pas vu notre ms considéré comme perdu à l'époque où il écrivait (1808), supposait bien à tort qu'il avait été apporté en France, vers 1250 par la princesse serbe Hélène. Il le croyait écrit en grec et en slavon (/rf., p. 275 et suiv.). La dissertation qu'il consacre à l'Evangéliairc est remplie d'hypothèses erronées et n'a aujourd'hui qu'un intérêt historique

texte inintelligible. Il écrit Babylon pour Zabulon. Ce manuscrit cyrillique n'aurait qu'une valeur secondaire sans les grands souvenirs auxquels il se rattache. La partie glagolitique est surtout intéressante comme monument de la litui^ie slave catholique dans la Bohême soumise bien malgré elle à la liturgie latine.

Nous ne savons pas en somme comment le manuscrit parvint aux mains du cardinal de Lorraine *. Nous ne savons pas mieux dans quelles circonstances il en fit don au trésor de la cathédrale. La première mention de ce don figure dans l'inventaire du trésor de la cathédrale dressé en 1669, d'après d'anciens inventaires. Cet inventaire, suivant son intitulé, est « fait et renouvelé et extrait sur les anciens inventaires ».

Le passage concernant notre Evangéliaire est ainsi conçu :

Item un livre dans lequel sont escrits les évangiles en langue grecque et ciriacque 2, selon d'autres en escla-

1. Il a pu, c'est rhypolhèse la plus vraisemblable, le recevoir de Pala'ocappa, il a pu aussi l'acquérir durant un voyage en Italie, lors d'un séjour de neuf mois qu'il fit à Rome en 1512.

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