‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 24 sur 39 · Tomek, t. HI, p · texte numérisé non relu

Tomek, t. HI, p

Philibert y célébra la messe, en latin bien entendu, bénit Teau, donna à plusieurs fidèles le sacrement de confirmation.

Le 18 mai 1437, Tempereur Sigismond confirma les privilèges du monastère slave (Tomek, IV, p. 141). Au XV' siècle, on n'a pas la série exacte des abbés, mais on sait que le monastère existe toujours, que la communauté se recrute parmi les Utraquistes '. A quelle époque la liturgie slave a-^telle disparu ? On Tignore. Grâce à son occupation par les Utraquistes, le monas* tère échappa en somme aux ravages des guerres hussites.

Même après avoir renoncé aux pratiques religieuses pour lesquelles il avait été institué il garda le nom de monastère slave. 11 le garde encore aujourd'hui et il appartient toujours à Tordre des Bénédictins. Il est occupé depuis 1888 par les Bénédictins dits de Bèuron qui avaient dû quitter TAUemagne à la suite du Kulturkampf.

Comment notre manuscrit est-il sorti de Prague pour venir échouer à Reims? Il ne semble pas

1. Tomek, t. IV, p. !4i. M. Tomek donne, p. 351, la liste (les abbés utraquistes de 1436 à 1525. D*après les noms, ce sont tous des Tchèques.

qu'il ait été enlevé par violence : M. Tomek, dans son admirable Histoire de Prague, n'a relevé aucun acte de pillage commis contre la communauté. Sans doute un manuscrit peut toujours être dérobé en tant qu'objet isolé. Une ingénieuse hypothèse déjà présentée par M. Palacky mérite d'être prise en sérieuse considération. En 1452 nous voyons les Utraquiçtes entrer en relations avec l'Église de Constantinople. Cette Église leur adresse une lettre pour les inviter à conclure avec eux un pacte d'union,. « non pas l'union proposée au Concile de Florence, mais celle qui repose sur les vraies règles de la foi* p. Cette lettre est signée par trois prélats : Macaire de Nicomédie, Ignace de Trnovo, Joseph Akacias de Philippopoli. Trnovo et Philippopoli sont deux villes de Bulgarie et les deux titulaires de ces diocèses connaissaient certainement l'existence de la liturgie slave. Les administrateurs du Consistoire utraquiste de Prague répondirent le 29 septembre 1452 par une lettre adressée à l'empereur Constantin Paléologue, au patriarche Gennadios et à toute l'Église grecque. Peut-être à propos de ces négociations eurent-ils Tidée

l. Je résume cette correspondance d'après Palacky, Histoire de Bohême (édilion tchèque, t. IV, 1'" part., liv. XIV).

d'envoyer en présent à Constantinople un manuscrit dont la première partie (la partie cyrillique) rappelait les liens étroits qui unissent TÉglise sKivonne à Téfrlise g^rerque, dont l'autre pouvait réclamer le patronage de saint Jérôme. Ceci bien entendu n'est qu'une hypothèse. D'ailleurs rien ne voyage aussi aisément que les manuscrits : un manuscrit tchèque de la chronique de Dalemil est à la bibliothèque de Cambridge, d'anciens manuscrits bulgares se sont égarés les uns en Angleterre, les autres en Belgique. Mon regretté ami M. Graux avait découvert un manuscrit slavon dans une bibliothèque de Grenade.

Si le manuscrit est parvenu à Constantinople de la manière que nous indiquons, il a pu au xvie siècle tomber aux mains de Constantin Palœocappa, le copiste et fournisseur attitré du cardinal de Lorraine. Si Palœocappa n'a pas trouvé le manuscrit à Constantinople, il a pu le découvrir dans quelque autre de ses voyages. Rien ne prouve d'ailleurs que ce soit lui qui l'ait fourni au cardinal de Lorraine. En 1539 et 1S41 on constate la présence de Constantin Palaeocappa au mont Athos. Il dut évidemment séjournera cette occasion dans l'ancienne capitale du monde byzantin*.

i. Omont. Catalogue des mss grecs, copiés à Paris au

Nous savons parfaitement la date de la partie glagolitique et le lieu où elle a été écrite. Pour la partie cyrillique, dont le manuscrit est incomplet, nous sommes réduit aux conjectures. Ecartons d'abord la légende qui Tattribue à saint Procope. On peut soupçonner comment elle s'est formée. Le manuscrit complet portait peut-être à la fin le nom du copiste, quelque formule analogue à celle que nous lisons à la fin de la chronique russe, dite chronique laurentine.

Le marchand se réjouit ayant fini son négoce, le voyageur étant rentré dans son pays; ainsi se réjouit le copiste des manuscrits étant arrivé à la fin des livres, ainsi moi pauvre, indigne et grand pécheur esclave de Dieu, Laurent moine *.

Procope est un nom très commun dans l'église orientale. Si le copiste portait ce nom et Tavait mis à la fin du manuscrit, on comprend aisément la confusion qui a pu s'établir dans l'esprit des Tchèques du kiy*" siècle fort ignorants naturellement en paléographie cyrillique.

D'où vient cette partie cyrillique? De quelle époque date-t-elle? Différentes hypothèses ont

XVI* siècle par Constantin Palœocappa (Annuaire de PAssociation pour l'encouragement des Etudes grecques, 1886, p. 241-219).

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