Galeries commerciales dans le genre de nos passages
santé de mon voyageur. Je le mettais tout à l'heure en garde contre les dangers que peut lui faire courir la mauvaise hygiène des Russes ; dans les excursions lointaines qu'il se méfie des conditions climatériques de leur pays. On ne songe chez nous qu'à ses hivers; ses étés ne sont guère moins redoutables. Sous certaines latitudes le soleil ne quitte presque point l'horizon : les journées sans nuit sont particulièrement fatigantes ; aux ardeurs du soleil qui brûle le visage se joignent la poussière qui ronge la gorge et les poumons et parfois les miasmes paludéens. Il faut savoir être prudent.
L'un des moyens les plus agréables de voyager en Russie c'est de descendre son grand fleuve, le Volga, sur les bateaux confortables qui le desservent depuis Tver jusqu'à Astrakhan. Que d'étapes intéressantes : laroslavi, le berceau du théâtre russe ; Kostroma, avec son vieux kremlin ; Nijny-Novgorod, avec cette foire unique en Europe, si gaie à voir quand le Volga et l'Oka uïiissent sous l'opulente cité leurs ondes argentées chargées de lourds bateaux, si triste quand les eaux basses laissent voir les fonds vaseux des grands fleuves alanguis.
De Kostroma ou de Nijny, le voyageur curieux
des souvenirs anciens, aura l*idée d'aller rechercher les vieux foyers historiques de la Russie : Souzdal et Rostov. A Kazan il aura la bonne fortune de voir de près les Tartares dans leur ancienne capitale. De là il pourra, si le cœur lui en dit, rayonner chez les Bachkirs, les Ostiaks et les Tcherémisses. Ces études de Thumanité sous ces diverses formes sont à mon avis le véritable objet d*un voyage intelligent. Pour moi, je ne me suis jamais mis en route sans me rappeler le précepte du poète anglais :
The proper study of man is mankind *.
Si de Kazan le touriste veut descendre le beau fleuve jusqu'à Astrakhan, si là il se laisse emporter sur la Caspienne jusqu'aux prestigieuses régions du Caucase, je n'ai pas de sérieuses objections à lui faire. Mais s'il est venu pour étudier vraiment la Russie, je l'engagerai à rentrer en occident par la voie Orel-Kharkov. Là il atteindra la frontière du monde petit-russien qui lui offrira, s'il sait regarder et entendre, tout un monde de jouissances et d'impressions nouvelles. Qu'il ouvre les oreilles toutes grandes