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do l'empereur d'Autriche la reconnaissauce de ses droits historiques; reconnaissance constatée par le couronnement du roi de Hongrie. La Croatie devait être représentée à cette cérémonie et apposer sa signature sur le diplôme du couronnement. On tlomanda à la Diète dWgram de ratifier par son vote la perte ou lamoindrissement de certains droits inscrits dans les transactions antérieures. La Diète refusa. Elle l'ut dissoute : c'est un procédé commode que l'empereur absolu d'Autriche a légué. i)araît-il, au roi constitutionnel de Hongrie. Non seulement la Diète fut dissoute, mais, ainsi qu'on Ta dit plus haut, le i)lus rminent de ses orateurs fut momentanément exilé. Vnc nouvelle Diète fut convoquée. et suivit l'exemple de la jjrécédente. Il fallait prendre des mesures i)our éviter le retour d'incidents , aussi désagréables; un locum tcnens hanalis, le baron ' Rauch, fut installé à Agram avec le titre d'altcr ajo et pleins pouvoirs pour mener à bonne fin les desseins de M. de Beust et Andrassy. On ne mit pas la Croatie en état de siège; on se contenta de destituer les fonctionnaires entachés de patriotisme, de supprimer les journaux indépendants (aujourd'hui encore le principal organe croate, le Pozor, est obligé de paraître à Vienne), d'interdire toute manifestation nationale, d'expulser sans autre forme de i)rocès un journaliste étranger qui se permettait d'envoyer des correspondances véridiques. \ Pendant que le locum tenens remplissait si bien ses I fonctions, les Magyares, en vertu de je ne sais quels I droits chimériques, mettaient la main sur l'une des 1 villes les plus imi)ortantes du littoral croate, le port de i Rieka (Fiume). Prenez la mer, leur disait Kossuth en 48. Ils l'ont prise, en effet. Cependant, il leur fallait une sanction quelconque. Une nouvelle Diète a donc été
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convoquée rôcemnicnt à Agrain. Mais cette fois on a pris des mesures pour qu'elle fût bien composée. Un rescrit impérial est venu brusquement modifier le cens électoral du royaume triunitaire et par suite le nombre des électeurs : acte illégal s'il en l'ut, la Diète ayant seule le droit de changer les conditions primordiales de son existence. Au moment des élections, la corruption et le terrorisme étaient à l'ordre du jour. Ordre aux employés de voter pour le candidat du Gouvernement, à bulletin ouvert, sous peine de destitution; défense de s'abstenir sous la même peine. Cette mesure, jointe à bien d'autres auxquelles l'imagination du lecteur peut aisément suppléer, a amené le résultat désiré. La majorité s'est trouvée composée suivant les vœux du ministère hongrois : seize districts électoraux ont seuls i)u envoyer des députés indépendants. Dès la première séance de la Diète, ils ont posé à leurs collègues la question préjudicielle de la validité des élections. La majorité, comme on le devine, s'est trouvée légalement élue et a voté l'ordre du jour. Les seize opposants ont alors quitté la salle en déposant sur le bureau une protestation que l'histoire recueillera, et qui leur a valu, de la i)art de leurs compatriotes et même des Serbes de la Principauté, les plus chaleureuses félicitations. Une fois épuré, le rump parliament d'Agram a voté tout ce qu'on a voulu lui faire voter. Les choses en sont là aujourd'hui. Les Magyai-es triomphent : mais leur illusion sera-t-elle de longue durée? Le récent insuccès de l'emprunt hongrois émis avec tant de fracas, et dont le tiers seulement a été couvert, devrait être pour eux une leçon. I^u reste, hàtons-nous de le reconnaître, il est des hommes d'État hongrois qui ne itartagent point les erreurs de MM. Deak
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it Aiulrassy. Kossulli, le gciirral Tiirr ot d'aiilrt^s. proclament que les Magyares ne sauraient subsister qu'eu rendant justice à toutes les nationalités. L'avenir leur dounei'a raison.
Quel est pour le moment le résultat de la politique germano-magyare à l'égard des Croates? Ce ne i)eut être assurément île les rattacher au royaume de Saintlit ienne; mais bien de les rapprocher de joui' en jour de leurs frères jougo-slaves. Les sympathies entre Serbes et Croates vont grandissant. On sait comment l'oppression lie Venise el la tyrannie des Bourl)ons de Naples ont lait la fortune du l'i(Mnout. Oui sait si la Serbie ne sera pas a|)pelée à jouei- le n'Ac du I'k'muomI eu raxciudes Slaves de Turriuie et même de Hongrie? Il est positif que depuis queUjues années l'idée jougo-slave a pris un corps, grûce surtout au maladroit égoïsme des Magyares. .lusqu'ici le mouvement est encore purement moral et littéraire; mais il jjcut devenir politique dans certaines circonstances. Il y a là un phénomène de gravitation, tellement clair, tellement naturel, que je me crois dispensé de re\'i)li(pier |)lus longuement. Il n'a rien d'ailleurs (jui nous puisse inipuéter. Un Ktat jougo-slave établi sur les bords de l'Adriatique ne serait pas bien compromettant pour la [)ai\' européenne. En dehors des Serbes de Turquie, les Croates cherchent et trouvent encore des synq^atliies chez les Slaves d"Au- I riche : ils ne croient même pas devoir refuser celles (jue leur oi'fre en Hussie le parti dit slavophile. Le slavisnie. qu'il ne faut pas confondre avec le panslavisme,
est une conséquence naturelle delà situation des Slaves dans l'empire d'AutricIie et Tcmpire Ottoman. Opprimés par les minorités allemande, magyare, italienne ou turque, il n'est pas étonnant cju'ils cherchent dans une action commune le salut de leur existence et retournent à leur profit l'exergue bien connu des monnaies autrichiennes : Viribus nnitis. Trop faibles, pris à part, pour résister à leurs adversaires, ils espèrent trouver dans leur union (en dehors de la Russie, bien entendu) une force qui, sérieusement organisée, peut devenir irrésistible. Cette organisation, ils tentèrent de se la donner en 18 i8 au congrès slave de Prague, trop tôt dispersé par les canons de Windischgratz. Ils la poursuivent encore aujourd'hui, sans prétendre toutefois absorber dans une chiméricj[ue unité leurs individualités nationales et historiques. La fondation d'une grande Allemagne, qui ne dissimule pas son ambition et réclame la Moldaiu et le Danube comme fleuves germaniques, donne aux Slaves des craintes légitimes pour l'avenir. D'autre part, le rôle protecteur que la Russie a pris en faveur des chrétiens d'Orient leur inspire une confiance que l'on aurait tort de blâmer avant de s'en être rendu compte. Ils ne veulent point de la Russie comme dominatrice, mais ils ne croient pas devoir la rejeter comme alliée, si jamais son alliance leur devenait nécessaire. Ils ne la voient pas du même œil que nous i. Le spectre du panslavisme moscovite, le souvenir des Cosaques, le douloureux spectacle de la Pologne égorgée dominent toutes nos idées sur la Russie : nous frémissons à la seule pensée de quatre-vingts millions de Slaves montant
1. Ces lignes reflèlent exactement l'étal de roiiinion publique en 1SG8. Voir l'Introduction.
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Mnis les (''tendai'ds du tsar à lassout de la rivilisalion 1 iirojK'eiine . L'iie théorie fataliste, (jui a frftuvé en I laiice dilliisires représentants, va jiis(iii"à refuser aux Moscovites le droit de cité en lùirope pour les reléguer (lins le monde touranien. d'où ils n'auraient jamais dû -Milir. Cette llu-orie n'est ni comprise ni goûtée par les >laves. Ils n'ignorent pas les misères de la Russie, mais ils les atlrihueid moins à son peu|)le (|n"à son gouvernement : ils croient les Russes hommes, c'est-à-dire, perfectibles; ils savent ce qu'ils ont souftert sous leurs dominateurs actuels; mais ils croient que la domination russe (qui n'est pour eux que le dernier des pis aller) serait peut-être moins dure que celle des Germains, des Turcs ou des Magyares. .\e leur alléguez pas l'exemple (le la Pologne. Ils vous répondraient que la haine de la Pologne et de la Russie ne date pas d'hier, que, si les Russes sont aujourd'hui à Varsovie, les Polonais ont été jadis à Moscou : ils déplorent une lutte fratricide, ils espèrent en voir un jour la fin; mais, à leurs yeux, les Russes ne sont pas plus coiq)ables que ne l'étaient les Autrichiens à Venise ou en Galicie, les Anglais en Irlande, et les Français au Mexicpie.
Ils croient que la politique de Wielo()olski était la seule vraie, et que les Polonais ont ru grand tort de l'abandonner.
« 11 se peut (pie vous ayez raison, disais-je à mes hcMes slaves; mais je dois vous avouer que vos synq)athics |)ourla Russie-sympathies dont nonsexagéronsd'ailleurs la portée, vous nuisent beaucoup chez nous, et vous c(Hnpromettent gravement dans l'opinion de l'Occident '.
1. Ceci est de l'histoire. Il stiffiL ik- consulter la collection de la Bévue des Deux Mondes ou ilu Journal des Débals.
— C'est possible, me répondait-on : rOccident nous juge sans nous connaître, et ne veut pas nous étudier. S"il avait fait quelque chose pour nous, il aurait peut-être le droit de nous imposer des haines et des affections; mais il ai)plaudit, par ignorance sans doute, à la politique qui nous écrase en Autriche; il soutient les Turcs contre nos frères serbes et bulgares. Que lui devonsnous? L'exemple de la Pologne, tant de fois leurrée par des promesses menteuses et des sympathies stériles, a pu nous apprendre ce que valent les unes et les autres. A supposer que. dans un jour de désespoir, nous venions à appeler le Moscovite à notre secours, qui donc oserait nous en faire un reproche? La Prusse et l'Autriche n'ont-elles pas jadis signé la Sainte-Alliance avec la Russie? François-Joseph n'a-t-il pas appelé Nicolas contre la Hongrie révoltée? Pourquoi sacrifierions-nous nos intérêts véritables à des préjugés que nous ne partageons i)as? Des écrivains polonais égarés par une haine légitime, mais aveugle comme toutes les passions violentes, essaient d'expliquer nos sentiments russophiles par je ne sais quel fanatisme absurde ou quelle fatalité de race. Ils nous accusent de les avoir trahis : malheureusement, nous pouvons, aussi, retourner contre eux cette accusation. Quand M. de Beust est arrivé au pouvoir, nous espérions reconstituer l'empire sur la base rationnelle du fédéralisme. Les Tchèques de Prague invitèrent la diète de Lemberg à ne point envoyer de députés au Reichsrath : les Polonais ne les écoutèrent point, ils allèi'cnt à^ ienne; leurrés par quelques concessions que leur a faites M. de Beust, ils lui ont vendu leurs droits i)Our un plat de lentilles, et ont abandonné la cause des Slaves et du fédéralisme; par cette alliance avec les Allemands, ils se sont rendus
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nioraltMiiont compliros des iiiiquit»''s dont la Bohème et la Croatie ont élé le tliràtre depnis nn an. Ce n'est pas tont : les oHifiers de réiniLrralion. Laniriewicz en tète, vont se mettre an service de la Porte. Contre qui? Contre les Russes? Non i)as: mais contre les Bulgares, contre les Serbes, c'est-à-tlire. contre leurs frères slaves, contre des peuples qui, comme la Pologne, réclament la vie et lindépendance! C'est une chose étrange que laveugle (Milhousiasme de certains Polonais pour la nouvelle .Autriche; il leur a l'ail oublier et le partage de la Pologne et les massacres de la Galicie en 1846, et lanne.Kion brutale de Cracovie, et l'odieuse conduite du (ii)uvernement autrichien lors de la dernière insurrection. Certes, le cabinet de Vienne n'avait à son service ni Kalmouks. ni Sibérie; mais l'état de siège proclamé en Galicie, la suppression des journaux, la mise en jugement de dix mille jeunes gens, femmes et enfants condamnes à la prison ou à l'amende, pour cause de patriotisme, témoignent assez des sentiments que l'Aut riche portait naguère aux Polonais. Ils avaient cependant trouvé chez les Slaves, notamment chez les Tchè- (pies, d'ardentes sympathies dont ils auraient pu être plus reconnaissants. Pour ne citer qu'un exenq)Ie. la (iazctlenatioiifile de Prague, à ([ui son zèle pour la Pologne avait valu plus d'une condamnation, est devenue russophile après s'être convaincue qu'il n'y avait plus à compter sur les Polonais. »
Telles sont les explications que des hommes gi-aves, des i)ul)licistes ('-minenls niOiit d(»iiiiées à Airrani et ailleurs, sur ce prétendu panslavisme d(Md l'iùn-ope est menacée. Quelques-uns d'entre eux rt>venaient de ce fameux voyage de Moscou qui a tant t'mii l'iùuope l'an (lei'uier. J'en avais suivi les diverses étapes dans
les journaux slaves; jai pu vérifier leurs assertions par celles de témoins oculaires, et je nie suis convaincu qu'on avait singulièrement chez nous exagéré l'importance de cette expédition'. iViiisi, on croit généralement que l'exposition etlinographiquc de Moscou a été improvisée par les hommes d'État russes au lendemain du désastre de Sadowa, dans le but évident d'attirer en Russie tous les Slaves et d'affaiblir encore lempire déjà si profondément ébranlé. Mais le projet d'exposition avait été émis, dès l'automne de 1864, par la Société d'histoire naturelle de Moscou, et comme, dans un État aussi vaste que la Russie, il fallait le temps de rechercher et de rassembler les matériaux, on décida qu'elle aurait lieu au printemps de Tannée 1867. Un comité d'organisation fut nommé. Il proposa de convier les savants slaves à envoyer à Moscou des mannequins, des costumes, des crânes, des photographies et autres accessoires de la science ethnographic|ue; enfin, une souscription fut ouverte pour offrir à un certain nombre de Slaves l'hospitalité pendant l'exposition. Que certains Russes, en autorisant cette souscription, aient eu quelque pensée politique, c'est ce qu'il serait absurde de nier. Mais les Slaves invités par le comité de Moscou, historiens, archéologues, journalistes, n'ont pas cru, i)our cela, devoir refuser l'hospitalité qu'on leur offrait. Quatre-vingts personnes, dont soixante-trois sujets autrichiens, se rendirent à Moscou. Elles n'avaient reçu de leurs compatriotes aucun mandat, et si leurs actes ou leurs paroles ont pu blesser chez nous des convictions respectables ou des préjugés invétérés , on aurait tort d'en rendre les peuples responsables. Une
î. Écrit en 1868.
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fois enlacés dans les lilets de lliospitalité russe, enguirlandés comme le lut jadis M. de Custine à Saiiil-Pétersbouriî, la courtoisie la plus élénieidaire leur faisait un devoir de se laisser choyer et lèler par un peuple contre lequel ils n'ont point d"antipatliie naturelle. On leur a reproché d'avoir accepté les banquets (jue leur olTraientà Varsovie et à \'ilna les autorités russes. Mais, ainsi ({ue nous le disions tout à l'heure, ils n'envisagent point des mêmes yeux que nous la question polonaise. Là où nous voyons d'un côté barbarie et violence, lie l'autre héroïsme, martyre, ils voient, eux, le résultat déplorable dune longue série de torts réciproques : la question ruthène, que nous résolvons au prolit de !a Pologne en vertu de l'histoire, ils la résolvent, eux. au prolit de la Russie en vertu de l'ethnographie et du principe des nationalités. Ajoutez à cela qu'ils ont ou croient avoir contre les Polonais des griel's que nous avons rappelés tout à l'heure. D'ailleui's (pielques-uns ti'entre eux espèrent encore une conciliation; ils sont même prêts à s'y employer. Pour ne citer qu'un exemple, deux des plus illustn's voyageurs, les chefs politiques du peuple bohème, M.M. PalacUy et Hieger. étaient venus à Paris avant de se rendre à .Moscou; ils avaient eu des conférences amicales avec quelques-uns des membres de l'émigration, notamment avec le regretté général Zanioïski, et ils avaient promis de plaider la cause polonaise, non pas auprès du gouvi-rnement russe, mais auprès de la nation elle-même. Ils tinrent parole. Au dernier l)aii([uet de Moscou, M. Rieger, dans un discours éloquent, réclama, dans l'intérêt même de la Russie, la reconnaissance des droits de la Pologne dans ses limites nationales. Son discours n'a malheureusement pas satisfait tous les Polonais : il en Cbt qu'il
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a vivement lilessés, et qui y ont vu moins un service qu'une insulte. Mais il en est aussi qui lui en gardent une sincère reconnaissance, et qui ne tlrsespèrent pas de voir la Pologne abandonner sa politique actuelle en Autriche et en Orient, pour rentrer dans le concert politique des peuples slaves, ses alliés naturels. L'avenir nous apprendra ce qu'il faut penser de ces espérances. « Bien des choses rénaîtront, dit le poète, qui sont déjà tombées; d'autres tomberont qui sont maintenant en honneur. »
Somme toute, les manifestations des voyageurs de Moscou, prises dans leui- ensemble, n'avaient rien de plus grave ou de plus dangereux que les manifestations pangermanistes des Allemands de Vienne ou de Gratz. Ils affirment hautement, en toute occasion, la solidarité des intérêts germaniques : ils chantent dans leurs casinos l'hyume prussien, sans qu'on ait jamais songé à les poursuivre. Les voyageurs de Moscou ont été moins heureux; pour ne pas sortir de la Croatie, deux avocats d'Agram, M^L Subolic et Polit, tous deux publicistes distingués, ont été privés de leur charge à leur retour. Quelques mois [dus tard, M. Subotic était élu à la Diète d'Agram, malgré les efforts et les intrigues de Tadministration.
A côté du slavisme politique qui, ainsi qu'on vient de le démontrer, est moins une arme offensive dans le i)résent. qu'une garantie pour l'avenir, contre l'ambition germanique, la Croatie cherche dans le développement de sa littérature le maintien et le développement de
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sa natioiialiU''. L)e|iuis (jue la coiisure n'existe plus, riiistoire. la i)oésie, la philologie luùine, olIVeiit aux nations slaves un terrain peu accessible à la persécution, cl qu'elles déirichent avec une fiévreuse activité. 11 va cinquante ans ([ue la Bohème constata la première, (Tune lat^on scientili(iue, les relations intimes (pii existent entre les divers membres de la lamille slave, cl donl on n'avait eu, jusque-là, qu'une notion purement instinctive. Le panslavisme s'est tout dabord manife té ilans des i,'ranimaires : il s'est étentlu depuis à la li.,éialuie pi-oprement dite et, en agrandissant son public, il lui a ouvert de nouveaux horizons. La renaissance littéraire, dont l*ragne fid le théâtre, eut à Agram un contrecoup pr(^sque immédiat : c'était la capitale où se concentrait ra(ti\ité intellectuelle et moi-ale du royaume triuuilaire : cette activité devint d'autant plus iidense (pie les Magyares manifestaient plus hautement lintentinii de r('-toulïer. Au xvi^' siècle. Haguse aval! ji-oduit une remarijuable école de poètes; la littérature slave avait tlécliné en Dalmatie sous la dondnation vénitienne : elle n'avait pu lleurir dans la Slavonie longtemps soumise au joug musulman; il manquait aux Jougo-Slaves une langue littéraire unique, chaciue province, chaciue canton unique, avait son dialecl(\ \'ers 18:30, un écrivain irAgram, le docteur Louis (iaj((iaïi. eut l'idée de substituer à cette confusion l'unité d'orthogi-apho et d'idiome. Il comparait poétiquement l'Ulyrie (c'est le nom qu'on donnait alors au pays jougo-slave) à une lyre donl les cordes diverses. l'Istrie, laCarinthie, la (Croatie, la Dalmatie, la Slavonie, la Serbie, etc., ne demandaieid qu'à être accordées pour produire des sons harmonieux. So;itenu par d'éminents collaborateurs, il réussit dans celte tâche difficile. En 183i. parut le premier numiio
(run journal intitulé IciFluUIc croule, avec un supplément littéraire : l'Aurore croate, slavonne et dalmate. En quelques mois, ces deux journaux, grâce au talent de leur rédacteur, s'imposaient au public. Gaï leur donnait le titre plus significatif de Feuille et Aurore illyrienne.
Cette dénomination fut acceptée, et l'illyrisme fut à l'ordre du jour, à Agram. à Laybacli. à Raguse, à Zara, etc. 11 se produisit alors à Agram quelque chose d'analogue à notre explosion romanticiue de 1830. Une légion de jeunes poètes ajjparut, et tous firent à l'envi résonner cette lyre que Gaï avait si bien accordée. Dès 18i0, se fondait une société littéraire (Matiça); elle se mit immédiatement à publier les œuvres les plus remarquables de l'ancienne littérature ragusaine. En 18*3, le gouvernement de M. Metternich. effrayé par ce mouvement, défendait d'employer à l'avenir le mot illyrien. Néanmoins il autorisait, en 184.'i, la création d'une chaire de langue et de littérature croates. Survint la révolution de 48 et la réaction. Une nouvelle période fut inaugurée par la fondation de la Société d'histoire et d'archéologie jougo-slave (18o0). xV la fougue poétique des premières années succéda une ère plus calme, plus critique, mais non moins féconde. Le terme jougo-slave, expression purement géographicpie, fut accepté par le gouvernement; l'autorité littéraire d'Agram se fit reconnaître même à Belgrade, où l'on constatait de jour en jour l'identité primordiale des deux peuples serbe et croate, séparés seulement par la religion et l'alphabet. Nous regrettons de ne pouvoir citer en ce moment les importants travaux qu'a vu naître cette période, et dont quelques-uns resteront. Après la guerre de 1859. l'absolutisme reçut en Autriche un rude échec : la Croatie obtint alors sa part des nouvelles liljertés constitutionnelles.
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La laiiirnc croalo devint la laniriie oflicii'll»' il<' la iliole : une troupe nationale prit enlin possession du llieàlre jusque-là orcupé par des acteurs allemands : des journaux se fondèrent : des liliraii-ies sV-laldireut à OsieU. à Karlovae (Karlstad). Hieka, etc.
A la fin de isco. l'c-vèqui' di- Diakovo. Mgr Strossniaver. olIVait au irouveruenieni une soninic de 50 000 llorins iplus de cent mille IVancs) pour la fondation d'une Académie et d'une Université jougo-slaves. Ces d.Hix instituts devaient ètrele couronnement légitime des proirrès accomplis depuis trente années. A l'appel de léminent prélat, le pays tout entier s'émut : des souscriptions s'organisèrent de tous côtés; elles s'élevèrent rapidement à la somme de quatre cent mille francs. Kn lsii-2. le i)lan de l'Académie était soumis à la Diète, qui raccucillait avec transport: mais t si la nation comprenait i)arfailement ce qui lui était lion, il ne fut i)as aussi facile au gouvernenienl de comprendre que ce fjui était bon pour elle Tétait aussi pour lui t. Ainsi scxprime dans son rapport le secrétaire actuel de l'Aca-' demie. M. Danicic, d'après qui je retrace les phases diverses de cette lente élaboration. Au mois ûe juillet 18G1, la Diète, après avoir rédigé les statuts de TAcadémie, les envoya à ^'ienne : au bout de vingt et un mois. Tempereur daigna ap|)rouver en principe l.Vcadéniie; mais les statuts ne reçurent sa sanction (pie le 4 mars 1806. D'après ces statuts, la Diète devait dresser une liste de seize membres, qui formeraient le premier noyau de l'Académie. L'enqjereur n'en accepta que quatorze, sur lesquels deux donnèrent leur démission: nouvelles formalités, nouvelles négociations entre l'Académie à peine née, la Diète et le Souverain. Elles durèrent jusqu'au mois d'avril 18ft7. où l'empereur désigna enlin.
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(-•omnic protecteur de rAcadémie, Mgr Strossmaycr, comme président le savant historien Raczki. Ainsi, il n'avait pas fallu moins de sept ans pour donner à trenledeux citoyens le droit de discuter ensemble des queslioiis de science et de littérature. C'est juste le temps (pia mis l'Autriche à perdre les batailles de Solférino et de Sadowa et à élaborer trois Constitutions!
On comprend avec quelle impatience la ville d'Agram attendait l'inauguration d'une institution aussi éminemment nationale, sortie pour ainsi dire des entrailles mêmes de la patrie, due tout entière aux sacrifices de ses enfants. Le gouvernement central, non content d'en avoir, autant qu'il était en lui. retardé rétablissement, interdisait encore toute réjouissance pul)lique. La tête du 31 juillet 1867 n"en fut pas moins célébrée dans tous les cœurs et dans toutes les intelligences. La Croatie ou plutôt la Jougo-SIavie tout entière était représentée dans la modeste salle de l'Académie. Tout entière elle applaudissait aux paroles de son évéque enfin revenu, après une longue absence, d'un exil immérité. Cet évèque subversif et révolutionnaire avait pi'is pour sujet de son discours les rapports de la science et de la religion : il me semblait entendre en Técoutant comme un brillant résumé du Gùlic du Chri^tinimmc. Les noms des Pascal, des Bossuet, des Chateaubriand, souvent cités par l'orateur, flattaient mon amour propre national, et témoignaient de l'inlluence qu'exerce le génie de la France même chez les peuples qu'il ne connaît point. Après le protecteur de lAcadémie, le président prit la parole. J'ai son discours sous les yeux. On me permettra d'en reproduire quelques fragments :
« Ouand. en 1793, le Parlement anglais souleva la qu(^slion de supprimer la traite des noirs, des homnu^s
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(l"Élat se rcnconlivrciil qui (Milri'|ti'ictMil de jnstilicr '■(•sclavai:rc par rinlV'riorih'' où les nègres étaient alois. Pitt leur réponilit que cet argutnent aurait bien aussi pu. (lix-liuit siècles auparavant, s'opposer aux anciens Hi'elons. « Nous avons été jadis, dit-il. inconnus aux « autres pen|)les. sauvages et lirutanx dans nos uKenrs. « Avec 11' cours des siècles, nous soninies tievenus lloris- « sants par le commerce, élevés par l'intelligence, riclies « (le tous les l)iens de la civilisation. Si les principes < qu'on invoque contre les nègres étaient vrais, nous e aurions été à tout jamais privés de ces biens. Nous « serions restés dans cette infériorité morale où dor- « maient nos ancêtres, suivant le témoignage de l'his- * toire. » i Vous comprenez, messieurs, pourquoi je rappelle ici les paroles du grand liomme diktat. Vous savez qu'à ciMé de Fesclavage physique, il y a l'esclavage moral: vous savez aussi que ces arguments invorpiés jadis par les lils de la libre Angleterre pour justifier l'esclavage physique des nègres africains, nos voisins de droite et de gauche (les Allemands et les Italiens) les invoquent aujourd'hui pour démontrer que notre peuple doit rester éternellement l'esclave moral de leur civilisation, de leurs sciences et de leurs arts. Ils ne lui refusent pas le don de l'intelligence, mais ils lui refusent la force de s'élever à une civilisation propre, de fonder une littérature et un art indépendant. Nous pourrions, nous aussi, leur répondre par l'argument de Pitt, en leur montrant l'état d'infériorité et d'abaissement de leui's ancêtres, au temps des civilisations grecque et romaine; mais nous n'avons pas besoin de cet argument, nous qui. éclairés par le christianisme et par l'histoire de la civilisation, ne croyons à l'esclavage physique ou moral, ni des individus ni des nations, nous qui croyons
au progrès de riiumanifé tout entière sans en excepter aucun de ses membres, qui savons que la science est l'apanage du monde entier et l'héritage de tous les peuples.
« Le peuple slave, entré plus tard que les races germanique et romane sur le théâtre de l'histoire , est aussi entré plus tard qu"(nix dans le champ de l'activité intellectuelle. Placé par la Providence entre l'Orient et l'Occident, il a, pendant des siècles, couvert de sa poitrine la civilisation occidentale. Aujourd'hui, il est prêt à greffer, sur sa souche jeune et forte, la civilisation germanique et romane, à l'arroser de sa sueur, à la cultiver de sa main, à lui faire produire des fruits pour la gloire et le bien de l'humanité.
c Nous ne nous cachons pas, qu'après être nés à une vie nouvelle, comme chante le poète de la solidarité slave S « nous avons trouvé un grand désert, que le « sort n'a pas encore fécondé » ; nous ne nous cachons pas que les peuples romans et germaniques « marchent « dans une voie déjà frayée, et que nous les suivons d'un « pas lent et tardif». Mais, d'un autre côté, nous sommes un peuple jeune : « nous savons ce que les autres ont « fait, et les autres ignorent ce que nous devons être « dans les annales de l'humanité ». D'ailleurs, nous ne voulons pas une victoire « qui tombe du ciel, sans sueur « et sans travail ».
« Ce que j'ai dit des Slaves en général, s'applique surtout aux Jougo-Slaves. Martyrs du christianisme, défenseurs de la civilisation dans une lutte sans fin contre les musulmans, à peine nous a-t-il été donné de
1. Kollai', dans son poème en langue tchèque, Slavy Dcera (La fille de Slava). (Voir Busses et Slaves, \" volume.)