‹ Le monde slaveChapitre 34 sur 67 · II. III! \Mi: MOhl'.liNK KN si;itniK. I · texte numérisé non relu

II. III! \Mi: MOhl'.liNK KN si;itniK. I

|ior(<^ (il' la prison, srrail-cc déjà le Ijoiirrcau.' Non. c'est je ix'm'i^ (le .li\an t|iii a lui-iuAmo sollicité le cluUiment (le SKii lils cl ijiii viciil lui dire un dernier adien. La scène es! l)cllc el draniati(ine. Nous la reproduisons en retranchant ((uelqucs longueurs, ainsi (jue nous avons l'ait dans nos citations précédentes.

JIVAN.

(l'est toi. iiKni pi'^i'c!... cl ni.i iiicre. cl nies frères, (ii'i sonl-ils?

NdVkd.

No iii";i|iproclic pas, ne nie touche pas! 'la main est la main d'un démon. Kllc a accompli l'acte dlin démon. Tu oses m"appeler ton père? Tu oses me demander où sont ta mère et tes frères? Tu n'as plus de mère, tu n'as pins de frères. (S'iu(jlotanl.) Ta mère, en apprenant ta condamnalion, est morte de douleur.... Tremble! En paraissant devant Dieu, il faudi'a que tu paraisses devant elle.... Infidèle à la croi.x sainte, tu as vendu ton àme à une mécréante. Si je ne t'avais arrêté, tu t'enfuyais avec elle sans songer à ceux que tu as laissés exposés à la vengeance des Turcs. Tu ne rougissais pas d'acheter lun bonheur au prix de lu télé de tes vieux parents!

JIV.>..\.

Non, ce n'est pas la vérité : cent fois j'ai pu fuir avec elle, et même sans fuir, j'auvais pu la posséder. Ah! tu ne sais pas encore.... Je ne t'ai pas révélé....

Ne crois pas me tromper: ne te défends point iiard'inipudcnls mensonges! Pour détourner tout danger de nous el de toi, je t'ai marié avec la plus noble tille du pays. Le cd'ur d'une bêle féroce l'eût adorée... Et toi, qu'en as tii fail? Dis-moi, qu'as-lu fait d'elle?

JIVAN.

Mais écoule-moi, par pilié.

Tais-toi. Penscs-lu n'avoir nié qu'elle? Avec elle, lu as

160 LE MONDK SLAVE.

tué la mère. Tu as excité une vengeance terrible entre deux familles jusqu'ici heureuses! Et moi, triste vieillard, je resterai seul à pleurer sur la tombe des miens tués par toi.

JIVAN.

Olî! arrête, arrête, au nom de Dieu!

NOVKO.

Non, je ne me tairai pas. Je suis venu t'apporler la malédiction de ta mère, la malédiction de tes frères, de ta famille et la mienne. Je te maudis vivant et mort, je te maudirai jusqu'à mon dernier jour. Puisse ton àme avoir dans l'éternité la paix que tu as donnée à ma vieillesse !

(// veut se retirer.)

JiYAN, Vevlamnl de .ses bras.

Ne t'en va pas,.,, il faut que tu m'entendes,... il faut que tu saches....

NOVKO.

Laisse-moi..,.

JIVAN.

Non, il faut que tu m'entendes; il faut que tu saches....

NOVKO.

Jamais!

JIVAN.

Si j'avais commis tous les crimes dont tu m'accuses el. plus encore, Dieu même entendrait ma prière. Tu es plus implacable que Dieu.

NOVKO.

Que veux-tu donc? je t'écoute^ parle, mais vite et en peu de mots; car je ne puis attendre longtemps.

JiVAN.

Attends un peu. Mon esprit, mon cœur, tout chez moi est troublé. Laisse-moi me recueillir un instant; mais tu ne me croiras pas.

NOVKO.

Tes mensonges sont plus clairs que le jour. Tu vas me dire que tu ne l'as pas tuée. Qui donc l'a tuée, elle qui n'avait fait de mal à personne? Tu ne Tas pas tuée! Tu oses

Lt: DUA.Mi: MOItKUNi: ES SElUJli;. IGl

1110 dire cela, à moi, qui l'ui trouvé ce poignard dans les in.iins, les vêlements souillés du sang de la victime!

JIVA.N.

Hélas! tout m"accuso; mais je ne suis pas coupable.

NOVKO.

Mais alors quel est le coupable? Tu ii"as rien dit. tu ne t"es pas justifié devant le ti-ibunal! Ûh ! vil imposteur!

JIVA.N.

Mon père, riiomme ne mciil pas devant la mort : sous peu je dois comparailic devant la justice de Dieu. Devant celte justice éternelle, je jure que je suis innocent du meurtre de ma femme.

1]| il explique comment, en entrant dans sa chambre, il a trouvé Loubilsa expirante; comment il a ramassé lo poignard, comment le sang de la mallicurcuse victime a rejailli sur lui.

.NOVKO.

Mais pourquoi ne fes-lu pas justifié devant le kadi; pourquoi, par ton silence, as-tu attiré le châtiment sur la lé le?

JIVAN.

J ai simplement nié le crime, pour ne pas déshonorer ton nom et celui de ma famille; mais je n'ai pas songé à me défendre. Je veu.Y en finir avec une destinée désormais intolérable. On m'a condamné à mort, et je ne le regrette pas ; seulement je ne veux pas le laisser convaincu d'un crime que je ji'ai pas commis.

NOVK(J.

Je ne sais quel esprit de vérité respire en ton langage et pénètre mon cœur. Réfléchis bien. Certainement tu ne veux pas me tromper. Tu m'as dit tout à l'heure que tu allais paraître devant Dieu. Tu ne gagnerais rien à ce mensonge en ce monde, ci il pèserait sur ton àme eu l'aiitre.

JIVAN.

Crois-moi, ô mon père! par Dieu, crois-moi ! je ne prends que Dieu à témoin.

NOVKO.

Oui, je le crois; oui, ce serait pécher de m'y refuser plus

longtemps.

(Sanglotant.)

0 malheureux enfant! malheureux enfant!

JIVAN. se jetant à son cou. Enfin, mon père ! enfin !

NOVKO.

Malheureux enfant! malheureux pèrel Ainsi tu dois mourir quoique innocent. Mourir si jeune, si beau, si fort! Par mon salut, tu ne mourras pas. Je puis te délivrer, le sais-tu? Je puis maintenant armer cent bras, mille bras pour ta défense. Tu ne sais pas de quelle force je dispose en secret. Attends-moi; avant l'aurore je reviendrai.

JIVAN.

Où vas-tu? Que veux-tu dire? De quelles forces, de quels bras veux-tu parler?

NOVKO.

Je sais ce que je dis ; laisse-moi.

JIVAN.

Prends garde, mon père; à quoi bon t'exposer en vain?

NOVKO.

Ne t'inquiète pas de moi, ma tête blanche et nue doit reposer bientôt dans le tombeau. Mais toi, tu viens d'entrer dans la vie. tu peux être utile à Ion pays, pour toi il est juste que je sacrifie ma vie.

Le fils supplie en vain le père de renoncer à ses desseins; mais le temps passe, le geôlier vient arracher Novko aux embrassements de son fils, et le vieillard quitte la prison en bénissant celui qu'il était venu maudire.

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