DE TRANSCRIPTION DES MOTS
Ruuei, Polonais , Bohèmes es lugo-Slaves
en Français.
Chargé de l'enseignement spécial des langues slaves en France, l'auteur s'est cru par là même autorisé à introduire, pour la transcription des mots slaves en français, une orthographe nouvelle. 11 existe en effet, sous ce rapport, dans nos ouvrages les plus savants, non moins que dans nos journaux quotidiens, une déplorable confusion. On peut trouver le même mot slave écrit parmi nous de dix manières différentes, à la polonaise, à la russe, à l'anglaise, à l'allemande, à l'italienne, même à la turque. La nécessité d'introduire dans notre littérature un système de transcription et d'orthographe des mots slaves qui soit le même pour les quatre idiomes slavons , ne sera, j'espère , contestée par personne.
Dirait-on peut-être qu'il faut écrire chaque mot slave comme l'écrit le peuple même à la langue duquel ce mot appartient ? Mais chacune de ces langues a en commun avec ses voisines plus de la moitié de ses mots ; or , chacun de ces quatre idiomes écrivant souvent le même mot de quatre manières différentes, quoiqu'il ait partout le même son, il n'y aurait plus moyen d'arriver à faire prononcer en France le même mot d'une manière uniforme. Voudrait-on adopter un des quatre alphabets slaves au détri-
ment des trois autres? Alors quel sera l'alphabet préféré?
Je suppose qu'on s'accordât en France à préférer le polonais ; dans ce cas les trois peuples dont le système se trouverait exclu ne protesteraient-ils pas? Croit-on, par exemple , que les Russes , dans les livres si nombreux qu'ils écrivent en français au sein même de leur empire, consentiraient à écrire leurs propres noms à la polonaise? Ce moyen ne remédierait donc pas au mal. En outre, l'adoption en français d'un alphabet slave quelconque serait pour le lecteur la source d'embarras continuels. Pour leur faire exprimer les sons propres à leur langue , les Slaves ont chargé forcément les lettres latines de virgules, de cédilles, à* esprits de tout genre. Si l'on voulait, et dans l'hypothèse que nous combattons il le faudrait , garder ces signes de convention qui en français n'ont aucun sens, on devrait d'abord bouleverser et renouveler toutes nos imprimeries. Puis dans chaque collège il y aurait besoin d'un professeur chargé d'apprendre aux enfants le sens de ces signes nouveaux , c'est-à-dire l'orthographe et la prononciation slaves. Avant que nous en venions là, il faudra que les Slaves nous aient conquis.
Quelques écrivains ont déjà essayé de mettre la main à la réforme que l'on entreprend ici. Les uns, comme H. Eichhoff , se sont occupés d'une transcription exacte de l'alphabet russe, et ont négligé ceux de Bohême et de Pologne. Les autres se sont mis à écrire chaque mot absolument comme il se prononce. Mais il en résulte souvent qu'après avoir traduit le son slave en lettres françaises, on ne peut plus ensuite le faire repasser sans altération du français en slave pur. Cette orthographe est donc inexacte. La méthode que nous venons proposer à Ions les écrivains qui ont à reproduire des mots slaves en
français, se recommande, il nous semble, par son exactitude rigoureuse. Renonçant quelquefois à exprimer toute la portée phonétique d'une lettre , on s'attache à en conserver absolument intacte la valeur grammaticale; de manière que, même après sa transcription , on peut la faire repasser du français en slave, sans qu'elle ait rien perdu de sa nature primitive.
Toutes les difficultés des quatre alphabets slaves se trouvent donc simplifiées par les quinze lignes du tableau suivant, où , pour plus de clarté, nous plaçons les lettres mêmes des divers alphabets slaves à la suite des signes français qui sont destinés à les reproduire avec une exactitude rigoureuse :