ORIGINES 1LLYRIENNES ET POLONAISES
les assaillants da nord et de l'ouest. « Bientôt se voyant pressés à la fois entre les Germains et les Turcs , dit Constantin Porphyrogenète, les Bielo-Serbes des bords de la Vistule, dont le pays s'appelait Boïki, vinrent aussi demander asile à l'empereur Héraclius. Ce prince les accueillit et leur assigna des quartiers en Thessalié et en Macédoine , aux environs de Serbitsa. » Voilà tout ce que nous apprend l'historien de Byzance sur l'arrivée de ces Serbes blancs, qui devaient un jour devenir la peuplade la plus importante de toute F f Kyrie. En quoi et jusqu'à quel point différaient-ils de leurs prédécesseurs, les émigrants croates? c'est là un problème que jusqu'à présent personne n'a pu résoudre.
Chafaijik admet, comme un fait de convention, et sans chercher à s'en rendre compte, la différence primitive des deux peuples. J'avoue qu'après examen je n'ai pu trouver de preuve convaincante de cette différence. Les Croates et les Serbes venaient de la même contrée, la Pologne : seulement les uns étaient descendus de la montagne* les autres arrivaient de la plaine. Ce seul fait ne suffirait-il pas pour expliquer la diversité d'idiome, ou plutôt de prononciation des mêmes mots, qui s'est maintenue jusqu'à ce jour entre la Croatie et la Serbie? Zonaras, Jean Skylitzes rt Kedrenos coufondent ensemble les deux contrées '.
4 Serbonun gens quos etiam Chrovatos vocant... Gêna Chrovatorum quôt nonnulli Serbie* vocant. (S tri lier. lom. $.)
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Constantin Porpbyrogenète lui-même, en plusieurs endroits de ses écrits, emploie les expressions serbe et croate comme synonymes. Enfin l'anonyme indigène de Dioclée dans sa chronique , mêle continuellement l'histoire des deux peuples, et nous les montre comme relevant d'un seul et même gouvernement.
A l'exemple des Croates, les Serbes forent d'abord employés contre les Avares par la cour byzantine, qui les chargea d'expulser ces nomades des rives de la Save , de la Drina et de la Bosna. Bientôt la victoire les ayant mis en possession de ces riches contrées, les tribus serbes se partagèrent les terres conquises et en formèrent les sept jupanies de Serbie, Bosnie, Neretva, Zakhulmie, Dioclée, Konavlie et Travunie, contrées dont chacune avait son administration à part. Un archijupane reliait par son autorité tous ces cantons entre eux , et recevait pour tous l'ordre de r empereur grec.
Ainsi les Serbes, comme les Croates, furent durant près de deux siècles vassaux de Constantinople. Mais F amour de l'indépendance les engagea enfin à appeler chez eux les Francs comme auxiliaires contre la Grèce. Entrés à titre d'alliés en Ulyrie , les Francs ne tardèrent pas à s'y conduire en maîtres absolus. Charlemagne vint pousser jusqu'au Danube les conquêtes de ses prédécesseurs ; et les deux grands princes ( velikijupani) des Serbes et des Croates, dont l'un résidait à Dioclée en Dalmatie, et l'autre à Sisek snr la Drave, n'eurent plus que le simple titre de comtes, sous le
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commandement des margraves, plus tard ducs de Frionl. Enfin l'un de ces ducs, Kadolakb, ayant commis parmi les Croates de la Save des cruautés intolérables, et ce peuple ayant demandé vainement justice contre Kadolakh à la diète germanique de l'année 8 1 8, il s'ensuivit nne insurrection générale des opprimés sons la conduite du Jupane de Sisek Lïudevit. Cet habile guerrier vainquit les Germains dans trois campagnes successives , et il ne succomba que sous une quatrième expédition, où toutes les forces réunies de r Allemagne l'attaquèrent. Lïudevit avait malheureusement dans rillyrie même un ennemi acharné, le grand jupane Borna , qu'Éginbard appelle dux DaU matiœ et Liburniœ, qui s'était ligué avec les Allemands , et qui combattit avec eux contre les Croates delà Save, jusqu'à ce que leur infortuné chef, obligé de fuir dans les montagnes, eût été enfin massacré par ses propres hôtes.
Après la mort de Lïudevit, les Allemands n'éprouvèrent plus aucune résistance ; et toutes les jupanies, tant serbes que croates, se soumirent. « Mais la cruauté des vainqueurs, dit Constantin Porphyrogenète, était si grande, qu'on les voyait arracher les enfants du sein de leurs mères , les couper en pièces , et en jeter les membres à leurs chiens. » Aussi Lïudevit ne tardatril pas à avoir un digne successeur. En 825, le jupane Porin leva de nouveau l'étendard de l'insurrection slave contre l'Allemagne. Après une guerre de sept années, où les insurgés parvinrent à tuer dans une
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bataille le chef même de leurs tyrans, le doc Koailinus, les Croates et les Serbes restèrent maîtres de leur pays. Us s'étaient débarrassés à la fois des Grées et des Allemands ; et la période d'indépendance et de nationalité commença.
Nous connaissons maintenant dç quelle manière les Croates et les Serbes de la Vistale parvinrent à fonder uu état nouveau aux bords de l'Adriatique. Ainsi comme les Ulyriens d'avant Jésus-Christ paraissent avoir rempli de leurs colonies les stepes de Pologne; de même la Pologne , du troisième au septième siècle de notre ère, renvoyait à son tour à l'Illyrie latinisée des armées de colon* slaves. Le nord accomplissait sa tâche, qui fut toujours de retremper par sa dure énergie et son génie stationuaire les nationalités mobiles et progressives du midi.
tis ttwfti* oc stovftire* toîtsiitéirès comme Lis
PLUS ASfCIBUS ILLYRIBHS.
Oof aetère général de la nationalité mgo-atar«.
J'arrive à la troisième et dernière classe de tribus, dont se compose la, nationalité illyrienné, aux tribus occidentales, qui ont conservé en Allemagua jusqu'à oe jour l'antique dénomination de Vendes La plus profonde obscurité ligne sur l'origine de cette troisième branche slave de l'Illyrie. Aucun chroniqueur «' a signalé, comme pour les Croates et les Serbes, l'é-
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poque où ces Tendes ém ^rèrent du nord et franchirent le Danube. Cependant l'arrivée d'un peuple fort de plusieurs millions dans les Alpes qui séparent l'Italie de l'Allemagne, a dû être un événement assez grave. Si aucun historien de F ère chrétienne ne l'a mentionné, ne serait-ce pas parce que cette tnigration avait déjà eu lieu avant Jésus-Christ? Ce qdi semble confirmer notre hypothèse, c'est que dans sa langue, on plutôt dans les débris de langue qu'il a conservés, malgré le germanisme qui le presse et le refotile en vain depuis mille ans, ce peuple s'appelle encore d'un des noms les plus primitifs chez tous les Slaves, du nom de Slovènes.
La partie vende ou Slovène de l'IIlyrie, alternativement nommée par les Romains Notiquè, Pannouie, Carftie, puis Carantanie, est ce qui constitue aujourdTboi les trois duchés autrichiens de Styrie, de Carinthie et de Carniole. Ces noms primitifs de Cafriiole et de Carinthie paraissent toutefois d'origine plutôt celtique que slave. Des émigrants de la Gaule, appelés Garni et Carnuti , s'étaient emparés de ces contrées plusieurs siècles avant Jésos-Christ. Puis subjugués à leur tour par les Romains, leur capitale Carnuntuin, était devenue la principale station militaire, et comme la tète de pont des Césars contre la Germanie. En celte, carn signifie rocher; de là le nom de Carni et Carnuti, les montagnards. En slavon , ces mêmes peuples devenus Slaves s'appellent Khorutani ou Goràtani, qui lignifie également montagnards. 11 parait donc très
ISS U UOfcfct SUVB.
vraisemblable que les Slovènes actuels de Carriole et de Cariuthie sont le fruit d'une fusion des Gaulois et des Vendes, accomplie dès avant l'ère chrétienne.
Voilà pourquoi les slavistes du sud regardent les Carintbiens ou Gorutani comme le peuple le plus anciennement constitué dans tout la monde slave. Quelques-uns vont jusqu'à voir en eux l* imitables Proto- Slaves , et les premiers ancêtres de tous les Vendes, même de ceux de la Vistule. Cette opinion a été soutenue avec beaucoup de science par un critique polonais, Surovietski (Sledx. pocz. narod. slow.). Ceux qui s'obstineut à ne pas voir dans ces Vendes des Grandes Alpes, le dernier reste m utile des Vendes d'avant Jésus-Christ, sont obligés d'avoir recours aux hypothèses les plus invraisemblables pour expliquer r arrivée de ce peuple dans les montagnes qu'il occupa.
Ainsi voulant à tout prix faire descendre les Vendes carintbiens, comme les Croates et les Serbes, des Karpatbes du nord, Cbafarjik, dans son embarras, oublie un moment toutes ses démonstrations sur la tum-f/avicité des Sarmates , et nous montre les Slovènes des Alpes comme issus des 300,000 Sarmates domîui ou Arcaragantes, chassés par leurs esclaves, et accueillis en 334 dans la Pannonie par le grand Constantin. Puis ailleurs, frappé des grandes analogies qui rattachent l'idiome slovène au croate et au serbe, le savant bohème cherche à montrer qu'une partie des Serbes et des Croates du Danube, chassés de la plaine par les hordes de cavaliers avares, durent se réfugier dans ks
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montagnes de l'ouest, où ils devinrent les pères des Carmthiens actuels. Le contact primitif de ce peuple avec les Croates sur plusieurs points , est réellement un fait historique. Ainsi entre les villes de Knittenfeld et de Leoben en Styrie, il y a aux bords de la Mur, une longue vallée que de vieux diplômes nomment paguê cravati. En Stjrie, un affluent de la Drave porte le même nom que la principale rivière de la Galicie, le nom de Sane, nom également porté par un torrent de la Bosnie : ce qui fait supposer à Chafarjik que les riverains de ces deux rivières ont dû venir les uns et les autres de la Galicie polonaise. — Pour démontrer ce fait, il faudrait d'autres preuves que de simples analogies de noms de lieux, analogies qu'on voit se reproduire à chaque pas sur toute l'étendue du monde slave.
Concluons donc que le problème de l'origine des Carinthiens est insoluble par les moyens ordinaires de l'histoire. Les monuments de la langue pourraient seuls jeter de la clarté sur ce mystère. Or, comparé aux dialectes serbe et croate, l'idiome vende montre avec eux de telles affinités, qu'on ne peut guère regarder ces trois idiomes que comme trois variétés d'une seule et même langue, de la langue illyrienne. Les plus anciens documents écrits des Vendes carinthiens, connus jusqu'à ce jour, sont des fragments du dixième siècle , trouvés dans la bibliothèque de Frisingue, et publiés par Kopitar. Or ces fragments nous montrent déjà l'idiome vende différant d'une manière ii. *
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considérable des dialectes slaves du nord. 11 se en outre h l'état de langue écrite, bien des tièdes avili le croate. >e pourrait-on donc pas regarder cet idiome antique comme la base même sur laquelle les Croate et les Serbes, émigrés de la Pologne, ont modelé plos tard leur langage , de manière à en faire sortir peu à peu la langue illyrienne moderne?
Chafarjik lui-môme , dans son impartialité, ne peut dissimuler son étonnement de voir tout-à-coup en 595, près d un demi siècle avant l'apparition des Croates, les Slovènes déjà maîtres des Alpes carinthiennes, et en état de faire la guerre au duc teuton de ce pays, Thassilo. Dès Tannée 600 , Paul diacre appelait cttjà la Carintbie Sclatorum patria. Nous nous en tiendrons à ce dernier témoignage.
Les Slovènes du septième siècle avaient l'humeur très belliqueuse. Continuellement on les Toit en guerre avec les Avares, avec les Bavarois, avec les Francs de Lombardie. Quelques auteurs vont jusqu'à leur donner une flotte, et leur attribuent cette expédition maritime de l'an 662 , où les Slaves, après avoir ravagé les côtes de la Pouille , vainquirent et tuèrent le dae de Bénévent dans une bataille '. Le Frioul, ainsi appelé de sa capitale Forum Julii, aujourd'hui Cividak, parcouru en tout sens par les bandes carinthieMes, ne tarda pas à se remplir de Slaves. La Bavière cUsméme à plusieurs reprises en fut inondée. Les émi-
I fo& Mtrotori, Annal, /fa/. IV, Aaemtni tt Ptil Nacra,
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grants tendes occupèrent une partie du Tyrol, le Pongau, le Pintschguu, les vallées du Hagengthirg et de Tlnn. Il est Trai que ces colonies de pasteurs payaient tribttt au Allemands, puisqu'on Toit la domination bavaroise s'étendre jusqu'à la ville de Medaria et au district de Tsellia, qu'on croit être le Cilly actuel dans la Styrie. Cependant quoique soumises aux seigneurs teutons, ces colonies sloTèoes n'en parlaient pas moins kar langue, comme le prouvent les noms de villages et de montagnes de ces provinces au moyen-Age. Aujourd'hui ce peuple, après nne compression de plus de quinte siècles entre l'Italie et l'Allemagne, ne nous ipparatt plus que comme une vénérable ruine : mais cette ruine semble encore défier les siècles. Il y a dans li caractère de ces montagnards quelque chose d'obstiaé qui résiste aux influences du dehors ; un culte des traditions et des aïeux, qui leur assure encore un long rouir.
Examiné dans l'ensemble de sa vie historique, le pnple slovèné se trouvé de bonne heure isolé, et separé violemment par la conquête allemande d'avec In deux autres branches de la nationalité ilhrienne. Et pourtant son antériorité est un fait si bien établi, tft'aui Slovènes seuls demeure otlicullciuc-iit attachée Tmtique dénomination d'Ilîy riens : titre que la chan- «Unie autrichienne refusa constamment aux Croates cl aux Serbes, comme pour faire croire à une différa* radicale entre ce6 trois variétés d'une seule et nation. Mais tout proteste éuergiquement eu
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IMyrie contre cet esprit de morcellement. Les écrivain le pins hostiles à riByrie ne peuvent réussir à prouver que dès r origine eDe n'eut pas an gouvernement utilitaire. Ceux qui prétendent élever entre ces trois penples une Muraille chinoise, oublient que le royaume de Croatie Ininènc renferme de temps immémorial dans son enceinte de nombreuses tribus de langue serbe. Sans nul doute, Serbes et Croates étaient mêlés à r origine comme ils le sont aujourd'hui ; et leurs jupanies tontes confédérées ensemble se gouvernaient en coausnn. La division n a été chei les Slaves que le fruit de r esclavage. Au temps de leur liberté priaritive, les Œjriens conservaient même un lien fédéral avec leurs frères, les Croates du nord bohème et polonais. Ce fut cet esprit d'union qui donna naissance au premier empire pansiave, connu dans l'histoire sous le nom de Gronde- Moravie ; empire où s'enclavèrent à la fois rillyrie, la Bohème, une grande partie de la Pologne et même de la Bossie.
En général, rien ne séparait dans les temps aneîem le nord slave d'avec le midi slave. Les Polonais et ks Illyriens portaient le même nom de Vendes et s'envoyaient les uns aux autres des colonies qui étaient tonjours fraternellement accueillies. — * On connaît maintenant les migrations des Croates de la Galicie et de la petite Pologne vers r Adriatique. Cbafarjik nom montre dans rillyrie du moyen-àge les noms de basacoup de districts polonais. Il va jusqu'à y retroafsr dçs noms de tribus rnthéniennes f comme celle des
ougucis iLLTunnms rr polonaises. 419
Doolèbesde Nestor, qui, selon lai, bâtirent Dudloipa, eastel près de Mosboarg en Styrie , mentionné sous F année 855 par l'anonyme de Salzbonrg. Une foule de petits princes et de petites républiques se partageaient dan le monde slave ; mais leur puissance était trop lubie pour élever entre eux des frontières.
Je Tiens d'exposer aussi clairement que possible la naissance des trois peuples serbe , croate et Slovène , dont se compose la nationalité actuelle des Illyriens. Obligé de reconnaître tout d'abord que le mot d'I livrée est un mot étranger aux langues slaves, j'ai dû reconnaître en même temps tout ce qu'il y a jusqu'à présent de mal défini dans Vidée que ce mot représente. Si Ton voulait préciser les limites naturelles de ee que les indigènes appellent la Grande-Illyrïe, on verrait ses frontières incertaines se resserrer ou se dilater, selon les siècles, selon le degré de puissance de ses habitants. On ne peut donc nier que cette expression d'Illyrie ne soit des plus vagues, car il n'y a pas que des Slaves dans ce pays : les Moldo-Valaques, les Albanais , les Magbyars eux-mêmes , faisaient au moyen-àge, et pourront faire encore partie de la confédération illyrienne ou plutôt danubienne, véritable camp de nations. Seulement parmi tous ces peuples, la prédominance du nombre , celle des mœurs et des institutions ont constamment appartenu aux Slaves , malgré tous les efforts des Maghyars qui, à leur insu, portent le système slave dans leur diète , dans leurs diétines et jusque dans leur vie domestique. Voilà
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pourquoi ms erovws à l'avenir dt la nationalité flljiknw Malgré son défaut de centralisation, malgré et set partaient* divers, elle n'en est pas année d'un esprit d'imité étonnant. On peut que Fillvrâme non-seolement littéraire, mais encore politique, demeurera un fait d'autant plus énergique, qu'il se développe avec plus de lenteur, et d'une manière plus conforme aui tendances naturelles de la race slave, dont il est en ee moment la plus pore al la plus vivante expression.