ORIGINES POLONAISES
BBS VBlfDBS DB M VISTULE ET DB LEDB ORIGINE SLÀTI AVANT LES TEMPS HISTORIQUES.
Des quatre grands peuples slaves , celui sur lequel F occident a le plus disserté et le plus écrit, est incontestablement le peuple polonais ; et cependant c'est celui de tous dont le berceau demeure jusqu'à présent enveloppé des plus épaisses ténèbres. La cause de ces ténèbres vient surtout de ce qu'on s'est obstiné à traiter'les antiquités polonaises en dehors de celles des autres slaves dont elles ne peuvent se séparer. Notre ignorance sur ce point tient en outre à ce que les savants occidentaux ont suivi avec trop de confiance les auteurs polonais eux-mêmes, les seuls de tout le monde slave qui, dans leur amour pour la France, eussent adopté jusqu'à ces derniers temps, l'usage d'écrire leurs ouvrages principaux en français. Or ces auteurs se sont laissés le plus souvent égarer dans leurs recherches par un esprit exclusif et des préjugés de naissance, soit nobiliaires, soit démocratiques. Ces préjugés portaient les uns, tel que le célèbre Potocki,
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à accueillir comme ancêtres les conquérants sarmates, glorieux et poissants cavaliers, de préférence aux obscurs laboureurs Tendes : les autres, comme Jean Ldevd, se sont jetés dans une opposition systématique contre les premiers, au point de Touloir faire regarder la classe aristocratique comme une caste à part, étrangère par ses origines même à la nation. Tâchons d'é- Titer à la fois ces deux extrêmes aussi contraires Fun que r autre i la vérité.
Je me demande d'abord quel fut le nom primitif de la Pologne. Les géographes de F antiquité me montrent vers Fan 280 avant J.-C. un Grec de Sicile, Timaios, dont les écrits aujourd'hui perdus, servaient de guide k Pline, décrivant le nord de l'Europe. Or suivant le Timée, il y avait dans le nord de nombreuses îles sans nom, parmi lesquelles F une, faisant le commerce de r écume de mer, et située le long de la côte de Scythie, s'appelait hawsftA. fl II est vrai que ce mot de Vannoma a causé aux érudits beaucoup d'embarras , k tel point qu'Hardouin dans son édition de Pline de 1685, a cru pouvoir changer ce mot en celui deBannonia, d'après lequel cette île semblerait se confondre avec celle de Rana ou liûgen. Mais tous les manuscrits, et les plus ancienneséditions, portent le mot de Vannoma. L'embarras causé par ce mot doit cesser, quand on trouve que le nom de Vaoes est celui par lequel tous les Scandinaves
1 Insulae complures sine nominibus, eo silo tradontur. Ex quibu* tnte Scvihiam, qax appellatur Bannoma, untni abesse diei curtu, io qoam veru tetupore fluctibus electram ejiciatar, Timaeos prodidit.
OSIGINKS ILLTRHNNBS IT POLONAISES. 1S7
désignaient les Veudes. Jusqu'à ce jour les LitvauiensJ les Lettes et les Finnois maritimes, appellent encore leurs voisins, Slaves, Venelaines ou Yeneies. Ainsi les habitants des côtes de la Pologne dès avant J.-G. s'appelaient Vendes. Ils partaient de Vannoma ou de Bana (file Venède), et allaient porter leurs provisions d'ambre et d'écume de mer à leurs frères de l'Adriatique, chez qui les Grecs et les Romains venaient acheter ces précieuses denrées dans des ports inconnus, à. la place desquels s'élèvent aujourd'hui Venise et Trieste. Le grand navigateur Pythéas, également dté par Pline, nous montre la même lie sous le nom de Basilia, ou de Baltia d'après Xenophon, faisant le même commerce dans la Baltique. Seulement les Guttones avaient confisqué leurs débouchés commerciaux an Venèdes dn nord, qui ne pouvaient plus communiquer avec l'Europe que par l'intermédiaire des Geraahis.
Ainsi au berceau de la nationalité polonaise, comme de tout antre peuple slave, nous trouvons des Vendes. Comment s'étaient-ils étendus le long de la Baltique? D'où venaient-ils? J'entends repondre : d'Asie! Sans doute ; mais par quel chemin étaient-ils venus d'Asie? Je ne puis croire, comme Chafarjik, qu'ils fussent venus par la stepe. Ils avaient dû suivre les chaînes de montagnes de l'Arménie et de la Thrace jusqu'aux Karpathes ; et de là descendant peu à peu le cours des fleuves septentrionaux, ils en avaient enfin atteint les embouchures, et avaient donné leur nom à la mer dans
il. L° expression mivimt
b mer des Vendes, date dt
>t Jésus-Christ. Mais il 7 a nos
xompagne toujours celle-ci
c'est celle de wowteym* as»
> ou autraent f. K«pr*nr<
Ici l'esprit de tjrfijac a évidennnrat égaré presque ks slavistcs dm nord. Préoccupés de f idée de venir de la sirpe la race entière des Vendes, ils m aani refusés à croire que les Karpathes panent éta appelées Montagnes veuèdes. Chafrijik, par exemple, préfcre «apposer que PtoleaMe applique le mot *ph à de faibles enainrs de collines, et à tons les plateau don descendent des fleuves. Dans son éloignesneat pour tout ce qui tend i donner aux Slaves do aûdi sac date pins ancienne qu'aux Slaves du nord 9 Cbafarjik va jusqu'à supposer que TEridan des poètes gjecs,
i Oa lit dans Plolonée : \itcwci wxfxrwvKÉ^ràr^vipêP.. ùw woourxy mjù èxmpysrs Kxpri*y:i... oxo it Juvftav r$ *V *wl"
rates* cptxv ysxfuxtf xjû xurciç r:tç speeiv, xv y Staç apurai. Le Périple de Martien dHéraclée dit également : ri èv rf Edpfcry ZMpfutriM, wtptoji&rxi àrè fil* mperav r& re ZapfjuLTixç àxtâr py xarè riv 'iy/udy xékzo-j kjl\ fiépet tt}$ àyyàvTou y^«, àrè M èvaroXàv ry re %1t6/lû xal rj hvxj A/ftyy KXÏrtù^éfti riji Haut rtJoç tJfivwç ftéxP1 TC^ TxvàiScç Tcrxficî»y èxî v$v âryvoem ?>jv, àrà êè iufffitèv rw re Oùivro-j>.z Tcroftâ xcù rij r*ffi*m pi* rij fuyàhf furà rà ZtLpfianxà Bpq-
0WGIN1S ILLYMMlftS R POLONAISES. 4M
généralement considéré comme ayant été le fleuve du P6 en Italie, fat réellement un fleuve de la Sarmatfe, qui allait se jeter dans les mers du Nord. D'où Férudit Bohème conclut qu'Eschyle et Euripide confondaient dans leur ignorance les Venèdes de la Baltique avec ceux de l'Adriatique.
Je ne crois pas qu'on puisse aller jusqu'à de telles •apportions. Il est beaucoup plus simple d'admettre qu'il y avait simultanément, alors comme aujourd'hui, des Vendes sur les deux mers. Ceci admis, pourquoi les premiers Vendes des bords de l'Eridan en Italie, avant leur absorption par la conquête gauloise, n auraient-ils pas en avec leurs frères de la Baltique des relations suivies pour le commerce de l'ambre? Et pourquoi ce produit apporté du pays de Vannoma en Dtlmatie et sur le Pô , n'y aurait-il pas été considéré par les navigateurs grecs comme une des richesses de ces rivages?
II faut bien avouer pourtant que l'ignorance des anciens sur tout le nord de l' Europe avait réellement qnelque chose qui étonne. Ils regardaient le nord comme un composé chaotique d'îles à moitié désertes, •emées au milieu d'un océan inaccessible qui se déchargeait d'un côté dans la mer Noire, de l'autre dans la mer des Indes. Conformément à ces idées, beaucoup de savants grecs et romains ne voyaient sans doute dans les Vendes que de purs Indiens. De là les expressions Indica œquora et ivtixoç xoXxo; dans Mêla et ■amen d'Héraclée, pour désigner le golfe où se perd
lié u
la Vistnle. De là aussi le nom & Indiens donné à ces naufragés de la Baltique, que le roi des Bataves arrêta sur ses cèles cinquante-huit ans ayant Jésus-Christ, et qu'an rapport de Cornâius Repos, U envoya comme esdaies à Mrtrilus Celer, proconsul des Gaules,
On Tient dénumérer les témoignages que nous offre r antiquité touchant la préaencedes Vendes comme autochtones sur les côtes de Pologne. Mais ici se présente une grave difficulté : ces Tendes de la Baltique, menT tionnés par Pline, Ptolémée, Martien, la table de Pentinger, étaient-ils Slaves comme les Vendes des Karpathes ? ou bien appartenaient-ils k une autre race d'hommes? Les érudits allemands ont prétendu que ces Vendes du nord étaient des Teutons : et ils appuient leur hypothèse sur tant de faits spécieux, que le grand slaviste Dobrovski lui-même, vers la fin de sa vie, s'est converti à leur opinion. En niant ainsi l'identité des Vendes d avant Jésus-Christ et des Vendes du septième siècle de notre ère, de ceux de Pline et de ceux de Jornandès, Dobrovski ne s'apercevait pas qu'il détruisait en quelque sorte d'un trait de plume toute l'histoire primitive des Slaves en Europe. Devenus plus hardis par cette concession , les savants d Allemagne virent successivement dans les Venèdes des Celtes , des Teutons , des Litvaniene, des Finnois même ; ils furent tout , excepté Slaves : et quant à cette dernière race, on ne craiguit pas de la présenter comme une branche cadette des Mongols, venue pour la première fois en Europe à la fin du cinquième siècle*
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Lt arase principale de l'erreur de Dobrovski avait été on passage de Tacite, où cet historien dit qn'tf ne sait s'il doit ranger les Venèdes et les Fenni parmi les Germains on les Sarmates, mais qu'il penche à les regarder comme des tribus germaniques. Cependant ee même Tacite, qu'on n'ose accuser d'inexactitude par rapport am Venèdes, se montre au sujet des Fenni d'une ignorance profonde, puisqu'il est prouvé que les Finnois n'ont jamais eu rien de commun avec la race germanique. Évidemment Tacite ne pouvait avoir sur les contrées situées par-delà la Germanie, que les connaissances les plus vagues et les plus fautives.
Ceux qui supposent si gratuitement que les Venèdes furent des Teutons , ne savent nous dire ni de quels lieux ni à quelle époque ils sont venus, ni quand les Slaves ont pris leur place. Entre Ptolémée qui, cent soixante-quinze ans avant Jésus-Christ, présente clairement les Venèdes comme une race étrangère à la Germanie, et l'historien Jornandès qui, au sixième siècle de notre ère , décrit la même race comme une ennemie mortelle des Teutons, et lui donne pour territoire les mêmes contrées que Ptolémée; entre ces deux graves écrivains, il y a eu une série non interrompue de géographes et d'historiens : et pas un n'a fait la moindre mention de Venèdes germains , expulsés de leurs foyers par un autre peuple. En outre, croit-on qu'un événement aussi important que celui de l'arrivée en Europe de toute une race, nombreuse comme celle des Slaves, aurait pu être passé sous si-
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lence, tandis que les migrations de petites peuplades, comme les Bourguignons, les Lombards, les Hernies, se trouvent mentionnées dans le pins grand détail par les historiens.
Il est donc très vraisemblable que dès 1 origine le nom de Vendes désigna des peuplades slaves. L* identité de ces deux noms de Vende et de Slave est , du moins à partir de la fin du cinquième siècle, on fut hors .de toute contestation. Six écrivains principaux ont concouru à démontrer cette thèse jusqu'à l'évidence : ce sout au sixième siècle Procope, Agatbias, Menandre, Jornandès et l'évéque Jean de Viclar$ et à l'entrée du septième siècle l'empereur Maurice. Tous ces auteurs qui vivaient, les uns à Rjxance, les antres en Italie, écrivaient d'après des traditions sûres; et plusieurs d'entre eux , comme Maurice et Procope, avaient même eu des rapports directs et personnels avec les Slaves. Jornandès , au commencement de son histoire des Gotlis, traçant la statistique générale des diverses nations du nord , donne aux contrées slaves les délimitations suivantes. « Au-delà du Danube sou* « vre la Dacie , en forme de bassin défendu de tous « côtés par des montagnes à pic. Puis sur le versant «* septentrional de ces montagnes, et en descendant la « Vtstule , s'étend sur un espace immense la nom* « breuse nation des Venèdes. Quoiqu'elle porte des « noms divers suivant les lieux , elle est cependant « connue en général sons le nom de Slaves ou d'An tes. « Les Slaves habitent depuis la cité de Notiedunui
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« et le lare de Musianus jusqu'au Dniestre d'un «dté, « et de l'autre jusqu'à la Vistule. »
Les chroniqueurs qui suivirent Jornandès tinrent tons an sujet des Vendes un langage analogue. Le moine italien Jonas au septième siècle dit du saint nissionaire Columban, qu'il voulait aller chez les Véneries autrement appelés Slaves (ci in mentem mit ut Veneticorura qui et Sclavi dicebantur terminos adiret). Au huitième siècle, saint Boniface, archevêque de Mayence, nomme aussi, .les Slaves de l'Elbe des Venè* des. Fredégaire vers l'an 850 écrit également : Samo in Sclavos cognoinento Vinidos perrexit. À la fin du neuvième siècle le roi d'Angleterre, Albert, ne connaît encore les Slaves de la Vistule que sous le nom de Venèdes. Ce prince, dans les remarques géographiques qu'il a ajoutées à sa traduction d'Orose, mentionne le bassin de l'Elbe qu'il appelle Vinedaland, qu'habitent les Yyl tes (ou Veletes) et les Apdredes (ou Obotrites) ; et au sud on rencontre, dit-il, les Itohémes, les Maroares (Horaves), et au-delà du Danube le» Carendres (ou Carinthiens) étendus jusqu'aux montagnes qu'on appelle Alpes. Puis le roi Albert remontant dans le nord, mentionne près des Moravêi les Dalemintsi, les Suseli, les Horithi (montagnards silésiens) et les Surpes ou Sorbes, qui avoisinent les Sveones (Suédois) et les Sermendes ou Sarmates,
Dans ces mêmes annotations du royal écrivain, se trouve inséré le rapport d'un voyageur allemand nommé Wulfstan, sur le veonod-land. D'après lui la Vis-
444 u no*w slav*
grand pavs , et les Yenèdes s'étendent Ytmbtm&mrt de ce leuve, i travers k Meeàlenbourç et h Poméranie, jusqu'à la Vagria, partie orientale do Hoktân actuel, qoe les Danois «a mêmes nouèrent longtemps Wan-land f .
Panni les pins anciens fragments de poésie angk* saxonne, U en est au do huitième siècle qui énumè» tons les peuples du nmide et qui est intitulé k ckmti eu voyageur (publié par Conjbearcs, illustrations §f mmgUhsaxon poetT?. Lond., 1826). On y lit: « J ai été chez ks Soères et les Gètes... J'ai visité les Vinuks, ks habitants de k Varnie... et ks Vinèdes. » Le mot de Venède dans cette chanson remplace constamment celui de Slave. Les historiens Scandinaves tiennent le même langage. Snorro Sturkson, par exemple, appdk ks Busses Tendes orientaux; et il nomme le due de Poméranie, Boriskv, roi du Wind-knd. Les diplômes des rois allemands du huitième au onzième siècle s'accordent k nommer ks Slaves Vinides, Vinades ou Gunèdes. En 1 24 1 Alberic désignait encore kl Bohèmes comme des Vendes. La même dénomination est constamment appliquée par ks chroniqueurs teutons aux Slaves de Flllyrie.
Voici, ce me semble, une asses grande réunion de preuves pour établir, contre les érudits allemands, que les Vendes de k Baltique étaient Slaves. Quant i l'histoire de ces Slaves durant les premiers siècles de
* Voir les textes de Wolfetan et du roi Albert dans Lanfebeck, Scriptorêi fier, dénie, tome U. on dans la traduction allemande de Deblmaai.
OMOIHIS ILLYBUNNES ET POLONAISES. U5
tre ère, elle est, nous l'avouons, profondément ininné. On sait seulement qu'ils végétaient les uns nmte serfs, les autres comme vassaux des Sarma-
• Toutefois il paraît certain que ces nomades asiaoes ne parvinrent point à dénationaliser les Vendes Pologne, comme les conquérants celtes avaient «si à le faire en Illyrie. Les Sarmates sans doute yant pas l'organisation régulière des Gaulois, ne iraient pas peser avec autant de force sur leurs DCD8. Cependant la situation d'une race de laboui», répandue dans des stepes sans défense, au mi- 1 de peuplades vagabondes, livrées exclusivement soin des troupeaux ou à la guerre, cette situation i était celle des Vendes septentrionaux, fut suffi* te pour les empêcher durant toute l'antiquité de mer aucnn royaume puissant. Harcelés sans cesse k leurs voisins nomades, ils étaient obligés, pour ister aux invasions qui les pressaient de toutes <ts, de morceler leurs forces, sous une foule de pe-
i princes dont chacun avait son armée. Habitués à abattre isolément, ils finissaient par être tous vain-
• et subjugés les uns après les autres. Voilà ce qui w explique pourquoi les pays slaves du nord ne ent conuus durant tant de siècles que sous le nom ingerde Sarmatie.
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Noos Tenons de voir qu'aussi longtemps qu'il* s'appelèrent Vendes on Serbes, les autochtones slavel de la Pologne vécurent à peo près sans histoire. Mail à rapproche de Tère historique, les Vendes on Serta prennent tout à coup dans le nord comme dans k midi un nom nouveau, le nom de Croates. Descends des mêmes sommets karpatbiques sur la Vistule et sur le Danube, les belliqueux montagnards croates paraissent s'être distingués d'abord par le surnom de blancs (bi>/r d'avec les Slaves opprimés au milm desquels ils venaient s'établir en hommes libres. Ea effet les chroniques byzantines ne donnent le nom de piXc-xfKïarst qu'aux tribus émancipées de la Vistule. Les Serbes de la Russie, encore soumis aux bordes sarmates s'appellent simplement Serbes ou menu Serbes noirs, c'est-à-dire esclaves ; à peu prèseomm* la Moscovie actuelle fut d'abord nommée Russie noire.
Ainsi le nom de Croate n'était point un nom par* ticulier de peuple, mais une désignation générale. Il s'appliqua aux Bohèmes et aux Russes du midi, tout comme aux llly riens et aux Polonais. Mais ce furent principalement l'Ulyrie et la Pologne qui portèrent
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haut la renommée du nom croate. Aussi le terme commun dont se servent les auteurs grecs pour désigner Tune et l'autre contrée est-il celui de iivyaXi * mnrm XpuCxrixy la Croatie grande ou blancbe. Cette vaste région, d'après Constantin porpbyrogenète, était située derrière la Erauce orientale ou la Saxe et la BvytCapeia (Bavière), à trente journées de la mer Noire. Elle se trouvait ainsi exposée de trois côtés & l'invasion des Francs ou Allemands, des Turcs on Maghyars et des Petcheneghes. Ses seuls alliés, continue l'auteur grec, étaient les Serbes blancs ou B*fci, (Bohèmes?), peuple païen établi sur un fleuve nommé AirÇuor on bttrrxa. Cointfie on le voit, le vague extrême de ces indications rend bien difficile de déterminer avec précision les limites de la Grande -Croatie. Il est seulement probable qu'elle renfermait dans son sein Cracovie, une partie de la Moravie et de la Bohême, la Galicie avec la partie russe des Karpathes, la Carinthie et les bords illyriens du Danube. De là j'arrive à cette conclusion importante, qu'il est impossible d'assigner des limites et une existence distincte aox trois plus anciens peuples slaves, illyrien, bohème et polonais. La nature a rendu leurs destinées tellement inséparables, que tous les historiens sont obligés de confondre à l'origine leur triple nationalité en une seule.
Cette assimilation n'est pas seulement un fait commandé par la critique moderne. Les plus anciens Chroniqueurs polonais , ceux même chez qui l'esprit
lit U MflM SLAVK.
critiquée* encore le Moins développé, ont déjà composé leurs fivresdT après ee système. Un contemporain, Golem hâovski , a écrit one cnrieoae appréciation des vieilles cftirtmiques de Pologne.4 Mais Golembiovski n avait point songé à comparer ces chroniques primitives avec celles des antres peuples slaves, ni à séparer dans leurs récits, le côté rigoureusement historique dn côté de la fiction et dn mythe. J. Lelevel est vena, ^imposant la tâche aride de remplir cette lacune : lia prétendu d'abord dépouiller les faits nationaux de tout leur entourage de noms classiques, et des réminiscences romaines de Gallus et de Kboleva. Dans ce but U partage les traditions polonaises en trois époques. Dans la première qu'il nomme poméranienne, il range toutes les histoires de guerres anciennes avec les Danois; dans la deuxième qu'il nomme l'époque croate, il place les guerres avec les Gaulois , les Romains et Alexandre-Ie-Grand; dans la troisième il inscrit les événements moraves. Les traditions polonaises, d'accord en cela avec celles de Flllyrie, prétendent qu'Alexandre-le-Grand assura par un diplôme aux Slaves la possession de tout le nord de l'Europe. Ce diplôme ratifié par Jules-César, un roi polonais k perdit dans une bataille contre les Turcs ; et ceux-ci l'emportèrent à Constantinople où , disaient les savants de l'ancienne Pologne, il doit se trouver caché dans la bibliothèque du sérail.
A Son onmge a pour titre : • dùthpuoch poUkich, ich duchm, i i. i, VtnoTie 1*6 et 18».
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Joseph Ossolinski, dans ses notes sur Kadlobek a prétendu qae ee diplôme de privilèges d' Àlexandre-le- Grand ne fat connu en Pologne qa'aa quatorzième siècle, à l'époque où les bénédictins slaves de l'IUyrie forent installés à Prague, puis à Cracovie, où ils durent apporter un certain nombre de légendes illyriennes. Lelevel pense au contraire que ce diplôme devait être déjà connu du chroniqueur Matthieu Kholeva. Haïek fut le premier écrivaiu de la renaissance qui l'inséra dans son ouvrage, paru en 154t. Le texte original de cet ouvrage a péri : mais il s'est conservé dans la traduction allemande de Sandels. En outre, ▼ers l'an 1 585, Sarnitski écrivait qu'il avait va de ses yeux une copie du diplôme d'Alexandre, venue du trésor royal de Bohème, et conservée dans un couvent près de Cracovie. Paprotski publia en polonais cette pièce singulière. Bielski Van 1 595 la reproduisit également dans sa chronique. En voici la traduction littérale:
« Nous, Alexandre, fils du Dieu suprême dans les deux, et de Philippe, roi de Macédoine sur la terre, maître de l'occident et de l'orient, du nord et du midi, dompteur des Mèdes, des Perses, etc.. à vous peuples intelligents des Venetes, paix, protection et salut! Gomme vous nous avez servi longtemps à la guerre avec un inébranlable courage et une fidélité éprouvée, nous vous concédons à perpétuité tous les pays qui s'étendent depuis la mer méridionale et les rochers de l'Italie jusqu'aux extrémités du nord où
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commence l'océan glacial. Que daos ces régions personne n ose jamais tous juger, ni vous traiter en sujets : et si des étrangers viennent s'y établir, qu'ils soient vos serviteurs, eux et leurs descendants à jamais. Donné dans notre résidence d'Alexandrie, sur la glorieuse rivière du Nil , Vannée 12e de notre règne, et mis sous la garantie des grands dieux, Jupiter, Mars et Minerve. »
Cette pièce forgée par les anciens Illyriens, sans doute comme une protestation contre les prétentions conquérantes des Allemands, aurait été, à en croire les traditions de l'Illyrie, la conclusion finale de guerres acharnées soutenues contre la Grèce. Ces traditions étaient parvenues jusqu'au chroniqueur Kholeva, qui nous représente Alexandre parcourant l'Illyrie en tous sens pour la soumettre. Une seule ville, selon lui, osa résister : ce fut la cité des Carinthiens. Le héros de Macédoine leur écrivit cette courte sommation : Si vous êtes sages, vous vivrez ; sinon, non. (Si sapitis valebitis, sin autem non). Les Carinthiens ne furent pas sages : ils pendirent à une potence l'envoyé d'Alexandre, qui exerça ensuite sur eux des représailles terribles. Puis ses troupes innombrables franchirent le Danube et attaquèrent la Pologne. La capitale des Silésicns fut emportée d'assaut, et le vainqueur sema du sel sur l'emplacement de ses remparts. Cracovie elle-même fut prise, suivant les uns; selon d'autres elle échappa.
Aux luttes oubliées des premiers Slavons contre to
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fois hellènes, succédèrent les combats contre la république romaine , combats dont le souvenir s* est également effacé des annales de l' Europe , mais non pas de la mémoire des Slaves. Cette race personnifia Rome dans Jules-César, comme elle avait personnifié la Grèce dans Alexandre. Alors les anciens poètes, s' emparant de ce symbole populaire, groupèrent autour de Jules* César tous les souvenirs des guerres de leurs aïeu* contre les divers Césars romains. Kholeva , copiant ceci les antiques rapsodies polonaises, va jusqu'à montrer Jules-César vaincu à trois reprises différentes, en Pologne, parle roi Lechek ou Lechko III. Ce même guerrier aurait ensuite battu et fait prisonnier ebez les Parthes l'avare Crassus, et lui faisant teraer de l'or fondu dans la bouche, il lui aurait dit : ta n'avais soif que (Tor, bois donc de l'or, insatiable Bomain (aurum sitisti, aurum bibe) : circonstance évidemment empruntée au récit que Justin, abréviateor de Trogue Pompée, fait de la campagne malheureuse de Crassus contre Phrahates, roi des Parthes. Enfin Lechko ayant conclu sa paix avec Jules-César épousa la sœur même du dictateur romain, Julia, qui lui apporta pour dot la Bavière.
Quelque étranges que paraissent ces légendes, elles n'en méritent pas moins une place dans l'histoire ; car elles montrent jusqu'à un certain point quelles idées politiques régnaient dès l'origine en Pologne. Légitimé en quelque sorte par son alliance avec César, Lechko régna encore longtemps, dit le chroui-
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queur Drierjva ; et il ne moorat qu'au temps de Néron le persécuteur des chrétiens l. 11 avait eu de Julia un fils, son héritier, Pompilius ou Popiel, ajoutent le même chroniqueur, et son prédécesseur Rholeva. Mais, comme pour peindre l'inconstance slavone, tous les deux assurent que ce modèle des héros slaves avait entretenu successivement quantité de concubines qui lui donnèrent dix-neuf autres enfants ; et à sa mort les vingt fils de Lechko se partagèrent entre eux, non- seulement la Pologne, mais encore tous les pays slaves.
La reine Julia avait construit du consentement de son mari 'de voluntate mariti sui), deux citadelles très fortes, toutes les deux appelées Julin du nom de son frère Julius. Cest aujourd'hui, ajoute Rholeva, Yelin et Lubus. On est réduit à de simples conjectures sur remplacement de Lubus, peut -être Lublin ou Lubiceen Bohème. Quant à la cité, de Velin, Ditmar de Mersebourg la mentionne également comme une oeuvre des Césars ^opus Julii Cœsaris et magnam Romanorum structurant ; et il prétend en avoir vu de ses yeux les ruines sur les bords de l'Oder.
Tous ces faits sans doute ne doivent être considérés que comme des allégories populaires, comme F expression idccde d'un grand souvenir, celui de la longue résistance des Slaves aujoug grec et romain. Comme histoire proprement dite, j'avoue que ces faits ne peuvent >e soutenir ; mais les écrivains polonais vont beaucoup
1 Regnuwt Lestko nsqu* ad Neronis teiûjora, qui Petrura et Pau.'.o tjwih tiniereiuit.