‹ Le monde slave; son passé, son état présent et son avenirChapitre 36 sur 46 · U BERCEAU EARPAÎHIQUB ET POLONAIS DES RUTBÉN1EN · texte numérisé non relu

U BERCEAU EARPAÎHIQUB ET POLONAIS DES RUTBÉN1EN

Il faut descendre vers le moyen -Age jusqu'à Procope et à Jornandès, pour trouver les premiers témoigna* ges certains de la présence des Vendes ou Slaves dans la Scythie proprement dite; encore est-ce dans la Sejtbie hyperboréenne ou sarmatique, c'est-à-dire dans la primitive Pologne. Ab ortu Vistuke fluminis per immensa spatia Vinidarum natio populo sa, dit Jornandès. Puis le même écrivain, parlant de la seconde branche des Slaves qu'il appelle Antes, ajoute : ulteriora ad teptentrionem habtnt Antarum populi a. i*

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infiniti. Procope tient le même langage ; il plaaa nn le nord et le nord-ouest l'innombrable race des A*» tes (eôvi r* Kvtqv ofisTpa). Mais le long do Volga et dans tout ce qui est la Moravie actuelle, Proeope m mentionne aucune tribu vende. C'est d'après lai 11 séjour des Huns, des Ogres et des Uturgures, aapara* vant nommés Cimmérieru, dit-il, et qui bonknt à la fois la mer d'Azof et la mer Noire. Joroaadèe osa» firme ici Procope ; car décrivant le pays da a* qu'il appelle les Slavines et les Antes, il dit : c Las demeures des Slavines s'étendent depuis la ville da Novia» tunum et le lac Musianus jusqu'au Dniestaa, et vsts le nord jusqu'à la Vistule. Les forêts et les marécages leur servent de citadelles. Les Autes, au contraire, las plus braves de toute la race, ont leurs siégea 1A oh le Pont-Euxin forme un golfe, du Danastrus ou Doiestre jusqu'au Rorysthène ou Dniepre, sur un espace de plusieurs jours de route. » C'est là qu'habitent encore aujourd'hui les Buthéniens de la Russie, les plus avancés vers F orient. Mais par derrière et à l'occident de ceux-ci, il y en avait d'autres adossés aux Karpatbes qui, forts de leurs positions montagneuses, occupaient d'un côté la Dacie et toute la rive gauche du Danabet où ils soutenaient contre les Romains et les 6recs4iaa lutte incessante, tandis que leurs frères da l'autn versant des Karpatbes, longeant la Vistule, et fuyant la servitude germanique, s'en allaient chercher la liberté dans les solitudes hyperboréennes où ils bâtislaicnt Pskov et Novgorod, Mais dans ce nord

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tléê d'habitants, ils rencontraient déjà des tyrans ttM les Scandinaves et les Gotbs.

A fèwe de s'étendre, l'empire gothique fondé sur fefe rdlnes de tons les états scythiques et sarmates, Huit aussi par englober dans ses frontières la plus grande partie des pays slaves. Jornandès, après avoir décrit les diverse* régions et peuplades de la Slavie, ajoute : « Quoique tous ces peuples soient aujourd'hui dédiatnés, et que Dieu se serve d'eux maintenant pour potiir nos forfaits, pourtant jadis, sous le règne de notre grand Ermanrich, ils nous étaient tous sou- ÈÊB. » En effet, la domination des Goths sur les Hâves pàffttt s'être étendue jusque dans la Hongrie, embrassant tous les Karpathes et les deux rives du Dftnnbe. La domination de plusieurs siècles des Goths SUr les Vendes avait fini par amener des croisements de race entre eux et les indigènes du Danube et de lt Vistule. Il en était résulté des populations mixtes, pàiltri lesquelles on doit citer les terribles Vandales, ittélatigëdè Vendes etd'Alains, c est-à-dire de Slaves et de Germains. Aussi les Vandales nous montreutib dans leur histoire des traces nombreuses de sla- Vfeme. Les Vandales se précipitent à la fois et de la Baltique et du Danube sur l'empire romain. Aimon (Historia Francorum) leur donne pour chef Crocus oti Croc, nom ignoré des Germains et des Allemands, mais qui est resté jusqu'à ce jour populaire chez tons lel Slaves de Hongrie, de Bohême et de Pologne dt où lui attribue la fondation de Cracovie,

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Il paraîtrait que ce Crocus fut le premier barbare qui à la tète des hardis Vandales (cum génie Fandolontm junctis quoque Suevisy dit Aimon) montra au peuples du nord le chemin qui menait à Borne et aux trésors du midi. Crocus traversant la Germanie, cn- Tahit la Gaule en 264. Après avoir dévasté Bfayence, pris Metx d'assaut, martyrisé F évoque de Reims, saint Nkaisse, livré Clermont et Besançon aux horreurs du pillage, Crocus assiège eufin Arles, la capitale dei Gaules romaines, sous les murs de laquelle il est battu et pris, et expire dans les tortures ; et sou armée est dispersée. De tout cela l'historien Fanriel ne dit pas un mot; les chroniques gallo-latines d'alors qui ne connaissaient hors de l'empire romain que des Germains, font de ce Crocus un Teuton, comme le* Slaves actuels, à cause de leur voisinage de 1* Allemagne, font de tout étranger un Miemets ou ua Chvaba* 11 n'en est pas moins vrai que ce nom de Croc n'a rien d'allemand ; aussi Aventuras (Historié Boiorum) parlant d'un second Crocus, Tappdle-tril roi des Vendes. Jusqu'au dernier roi des Vandales, Gelimir, qui fut conduit captif par Belisaire au pied du trône de F empereur grec, on voit constamment des racines slaves percerdans les noms de leurs héros. Encore aux quinzième et seizième siècles les chroniqueurs tcbekhs avaient l'usage de dire les Vandaki ou Serbes.

Enfin la domination gothique dans les Karpatbef eut un terme. lies Huns, devenus les seigneurs et les

vengeurs des Slaves de la plaine, pénétrèrent dans ces montagnes où ils commencèrent contre la race teutooe, une des lottes les pins grandioses que présente lv histoire da monde. La chute des Goths sous les coups d'Attila fut aussi profonde que leur ambition avait été haute et grande. A la conquête hunniqne qui passa et disparut comme une tempête, succéda pour les Slaves des Karpathes la conquête obre ou avare. Venus du Volga en Dacie au sixième siècle, les Obres pénétrèrent en Hongrie, sans doute par les gorges transylvaniennes du Rothenthurm ou par le défilé galicien de Dukla ; une fois maîtres de la Slovakie ou hante Hongrie, ils y établirent leur quartier-général ; et c'est de là que pendant deux cent cinquante ans ils ne cessèrent d'exercer dans toute l'Europe orientale les plus horribles dévastations. Nestor de Kiîœv reproduit les souvenirs des Buthéniens de son temps anr la manière dont leurs ancêtres avaient été traités par les Obres. « C'est, dit-il, sous le règne d'Héraéfius, que les Obres attaquèrent les Slaves, à commencer par les Dulïebes, placés entre le Styr et le Bug; et ils les réduisirent à un tel esclavage que quand nn Obre voulait monter dans son charriot, il n'y attelait ni chevaux ni bœufs, mais cinq ou six femmes doulïebes par lesquelles il se faisait traîner. » Ainsi c'est par la Buthénie, c'est en passant sur le corps des Slaves ruthéniens que les Obres ou Avares purent entrer en Europe et y exercer leurs longs ravage».

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Ah Qbres succèdent le» Bulgares, venus également du Volga, comme tous les ravageurs qui les eut précéda, et ceux qui doivent les suivre. Les Bulga* les, cornue les Obres, commencent par s'emparer de 1* Dacie alors tout à fait slave ou ante; et evee le secours de ces Antes, ils envahissent de toutes parts tes provinces grecques. Durant le kwg règa* de Justinien, il ne s'écoule pas une innée sans que l'empire eut à endurer quelque nouvelle invasion de barbares 4» oord. Cest §k>rs (vers l'an &39) qu'en* imîe grecque conduite par le Teuton Ghilhné, ches }es Slsves du Danube, ; disparut tout entière. Un ambassade de Justinien en 546 va offrir an Auébi libre* de la Dacie comme gage de paix lu viHe de Tunis, bâtie par Trajan, & la condition qu'ils bar* rçraieutle chemin de la Grèce aux Huns et nui Bulgarie. L'offre ne paraît pas avoir été acceptée : cependant en continue de ^oir des légions vendes et antes à la eofcb bysyptine, combattre en Italie contre les Gotbs et même en Asie contre les Turcs. En 55& on siguab même deux généraux antes, Vsebrad et Dobrabost, fameux par leur courage, et qui conduisent contre kl Perses la flotte et Tannée des Gras. l«es marins an-» tes ou vendes étaient alors redoutés dans toute 11 mer Noire, à tel point que les traditions gnthiqnw tjonncnt à leurs héros le nom d' Antes, et attribuent à ces êtres merveilleux tout ce qui sur la terre excitateur admiration. Tels fureut les pères des Çosaqno* aetoilli Les Obres et les Bulgares vinrent enfin MîpWTlt

ouGnm tortura bt susses. 4M

glaire des Antes de la Dacie et du Pont-Euiin, taudis que d'autre» nomades également venus du Volga sous le nom de Kosars s'avançaient vers l' occident par la stepe, longeaient la Crimée et pénétraient en Ukraine où ils soumettaient les indigènes nommés Polanes à un tribut d'une peau d'écureuil pour chaque féjer. L'époque précise de l'invasion des Kozars ehai les Slaves est inconnue ; Nestor pense qu'elle eut lieu avant l'arrivée des Varœghes, ainsi vers le commencement du huitième siècle. Les Kosars étendaient leur empire du Dniepre jusqu'au Don qui les séparait des Pfetchenegbes et où ils avaient leurs principaux campa, parmi lesquels les Byzantins signalent le fort de Sarkel, qu'ils disent signifier château blanc («*»?•» tartrit»). En effet , dans la langue des Tchu vaches, cbore-kill signifie encore aujourd'hui maison blanche. Sarkel était déjà en ruine dès le treizième siècle, et on n'en voit plus maintenant que des débris qui échappent & l'œil, sous le nom russe de Bielaïa-vieja, la tour blanche, dans les Stanitsas kosdkes.

Ce furent les aventuriers varœghes Askold et Dir, qui vinrent en 862 délivrer Kiïœv et les Polanes de la domination kosare. Enfin le dernier des peuples non slaves qu'on voit apparaître en conquérant dans les Karpathes, le peuple magbyar, vient encore du Volga où il s'était tenu caché et inconnu jusqu'à son arrivée parmi les Buthéniens et les Serbes de la Pannonie.

D'après tout ce qu'on vient de dire, n'est-il pas

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évident que le bassin du Volga, patrie des Huns, des Obres, des Bulgares, des Kazars, des Peteheneghes, des Maghyars et de tous les peuples issus du croisement des deux grandes races turque et finnoise, ne saurait être en même temps le berceau de la race slave? Aucun auteur ancien ne nous montre des Slaves sur le Volga, ni à l'orient de ce fleuve : tous au contraire nous les montrent en permanence sur les Karpathes et le Danube. Nous en concluons qu'il est contraire à l'histoire de chercher en. Scythie le berceau des Slaves russes; il faut nécessairement le chercher soit dans l'IHyrie danubienne, soit dans la Pologne de la Vistule. Entre ces deux points de départ il est sans doute bien difficile de préciser quel fut le premier. Sans prétendre résoudre le problème, nous tâcherons d'y jeter au moins quelque lumière.

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