JELLACHICH BAN
Etrange ironie! Que signifient aujourd'hui cette inscription et cette épée? La Croatie, jadis sous les ordres de Jellachich, a sauvé la monarchie des Habsbourg. Elle croyait, il est vrai, sauver en même temps son autonomie et sa Constitution séculaire. L'empereur, victorieux, Ta récompensée par le régime des Bach et des Schmerling, par une impitoyable germanisation. Puis, un beau jour, quand au lendemain de Sadowa le centralisme viennois est devenu impossible, un ministre saxon est arrivé de Dresde, qui a livré la Croatie pieds et poings liés à ces mêmes Magyares dont elle avait jadis combattu la rébellion. Que penserait de tout cela Jellachich s'il revenait au monde? Et que fait sa statue sur la grande place d'Agram? Le temps viendra peut-être expliquer cette énigme.
Un peu au-delà de la place de Jellachich, sur une petite éminence, s'élève un édifice massif flanqué de quatre grosses tours. C'est le palais du cardinal archevêque, palais forteresse, ainsi qu'il convient à une ville que les Turcs ont si souvent menacée, sans pourtant s'en être jamais emparés. Dans la cour intérieure s'élève la cathédrale; c'est au dehors un édifice disgracieux et désagréable, sans caractère et sans intérêt. L'architecte, on le voit, a plutôt songé à la solidité [lïh l'élégance. A quoi bon des arceaux gothiques^
38 LE MONOB SLAVE.
des sculptures délicates, pour un édifice que les boulets nuisuhiians pouvaient détruire d'un jour à l'autre? En revanche, Tintérieur offre aux regards une triple nef d'un style fort pur. Les autels, les piliers, sont ornés de nombreuses figures en marbre quitra-. hissent la manière douteuse de l'École italienne aux dix-septième et dix-huitième siècles. Si le portail répondait à l'intérieur, la cathédrale d'Agram figurerait sans contredit parmi les meilleures basiliques de deuxième ordre. Le trésor de la sacristie possède un grand nombre d'objets d'art dont quelques-uns sont fort remarquables. 11 faut citer, notamment, un manuscrit dont les riches enluminures rappellent à s'y méprendre les beaux travaux de Clovio. Ce roi des enlumineurs, ce Michel-Ange de la miniature, ainsi que rappelle Vasari, était d'ailleurs Croate; il était né dans un petit village du littoraL La Jougo-Slavie le revendique, non sans raison, ainsi que bien d'autres peintres dont les noms figurent sur les catalogues de l'Ecole vénitienne. Un savant écrivain, M. Knkuliévic, en a réuni les biographies dans un dictionnaire des artistes jougo-slaves paru récemment à Agram- Parmi les plus célèbres de ces Slaves italianisés il faut citer Mêdulic, connu dans toute l'Europe sous le nom de Schi avone.
Les autres édifices d'Agram sont peu remarquables; le musée est en voie de formation, la salle de la DièU ressemble à tous les édifices de ce genre. Le théâtre construit dans le goût italien, est élégant et biei disposé. On y joue trois fois par semaine des pièc^
AGRAat ET LES CllOAtËS. 39
originales ou traduites le plus souvent du français. M. Victorien Sardou serait peul-êbe fort surpris d'apprendre que ses Intimes, traduits eii croate, ont eu un grand succès en Croatie, et qu'on les joue à Agrani mieux peut-être que dans telle ville de France ou de Belgique. Il y a d'excellents sujets dans la troupe d'Agrara, notamment un comique distingué, M. Freudenreich, que j'ai applaudi de grand cœur dans la Partie depiquety une bluette française fort bien enlevée par ces farouches Croates. Les ressources du théâtre sont, on le comprend, assez bornées dans une ville de vingt mille habitants. Cependant le théâtre vit : il est suivi avec assiduité, il a le titre d'établissement national, et une subvention lui est accordée sur les finances du royaume.
A défaut de monuments. Agram offre d'agréables promenades, un jardin ombragé au pied du palais épiscopal, un parc splendide à une demi-lieue de la ville, des cafés où Ton trouve quelques journaux français. Un de mes amis, qui a longtemps séjourné à Dublin, constatait avec douleur que les Irlandais étaient, à ce point de vue^ fort inférieurs aux Croates* Quant à la société, autant que j'en ai pu juger, elle est fort hospitalière ; c'est d'ailleurs ce que m'ont assuré «luelques Français qui résident à Agram ou dans les environs. Ils exploitent des forets et des mines, et envoient à Marseille, par la voie de Trieste, des douves et des poutres qu'ils font fabriquer sur les lieux. Ils se louaient des relations qu'ils entretenaient avec les meilleures maisons de la ville et ne regrettaien t qu'une
chose, l'absence d'un consul français à Agram, pour veiller sur les nombreux intérêts commerciaux qu'ils ont dans le pays. Le peuple ne leur paraissait ni plus ni moins civilisé que celui des autres villes de TP^urope. Ou rencontre peu de mendiants et point d'ivrognes; il en est d'ailleurs ainsi dans tous les pays où le vin est abondant et à bon marché. Le vin de Croatie est rêche et saisit désagréablement l'étranger; mais on s'y habitue, et il faut s'y habituer, car l'hospitalité croate veut que l'hôte fasse raison à tous les toasts.
Le moyen d'y résister! Ils se présentent d'une façon si obligeante! Le maître d'une maison où vous êtes reçu pour la première fois vous ofTre un verre de vin. Voici, dit-il, les clefs de ma maison. Gardez les et servez-vous-en tant qu'il vous plaira. » Je n'ai l'encontré que chez les Croates cet usage ingénieux et délicat. Puis, on nomme, comme dans les repas des anciens, un roi ou plutôt un régisseur du festin {stoloravniiel). Il porte tour à tour la santé de chaque convive en y joignant celle d'une dame absente ou présente : « Je
bois à la santé de M. N et afin qu'il ne boive pas
seul, je lui donne pour compagne madame ou mademoiselle » Suivant l'esprit ou la malice du régis-
sciu\ ces toasts deviennent fort piquanis et entretiennent, dans le repas, une gaieté qu'on ne voit jamaiî dégénérer en licence : le héros du toast doit remercie) en son nom et au nom de sa campagne. C'est ur devoir de galanterie auquel personne ne saurait manquer Mais arrivons à des détails plus sérieux.
Agram est la capitale non- seulement de la Croatie, mais encore du royaume Iriunitaire (Trojedina Kralievina). On appelle ainsi l'ensemble des trois royaumes de Croatie, Dalmatie et Slavonie, y compris la frontière militaire (Krajina).
La population de ces trois royaumes est foncièrement slave. D'après le dernier recensement on comptait 1,913;942 Croates contre 27,000 Allemands en Croatie et 20,000 Italiens en Dalmatie. Il ne faut donc pas 86 laisser égarer par les noms italiens que l'on rencontre dans cette dernière province, sur les cartes oflBcielles. Chacun d'eux cache un nom slave dont il n'est le plus souvent que la traduction. Ainsi Rieka, (la livière) est connue sous le nom de Fiume, Raguse s'appelle en réalité Dubrovnik. La langue italienne, inhospitalière aux mots étrangers, les transforme impitoyablement au point de les rendre parfois méconnaissables. Qui retrouverait Munchen (Munich), sous la forme bizarre de Monaco? A entendre sans cesse nommer le Monténégro, qui ne serait tenté de voir une colonie italienne dans cet inviolable sanctuaire de la nationalité serbe? Que les Italiens aient traduit le serbe Tserna Gora ou le turc Kara-Dagh en
Monte Negro, c^st leur droit; faisons comme comme eux, disons la Montagne -Noire. Pour revenir au
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tion singulière et contre laquelle la Croatie proteste vainement. Il est, depuis quelque temps, question de la supprimer ; mais il est pi'obable que le ministère viennois ne lâchera pas si tôt cette riche pépinière de kiserliks.
Malgré ces mutilations, l'unité du royaume triunitaire n'en subsiste pas moins, et Agram est considérée parles Dalmates et les confinaires comme leur véri* table capitale. Ce n'est pas une ville sans importance que celle dont le prestige politique rayonne sur deux millions d'hommes, et dont lautorité morale est acceptée par tons les Jougo-Slaves. Dans Tensemble d'Etats qui constituent Tempire d'Autriche, Agram joue un rôle plus important que n'était celui de Stuttgard ou de Dresde dans l'ancienne Confédération germanique. Le royaume de Croatie n'est pas une simple fiction de chancellerie : après avoir eu, du septième au douzième siècle, une existence indépendante, il sest uni à la Hongrie, mais par un lien purement personnel, comme le Luxembourg, par exemple, est uni à la Hollande. Il a toujours été, par l'organe de sa Diète, partie contractante dans les transactions où le royaume de Hongrie est intervenu.
La Diète de Croatie élut en 1527 Ferdinand de Habsbourg; en 1712, elle accepta la Pragmatique Sanction avant le royaume de Hongrie. Les actes dont l'ensemble forme le Corpus juris publicî de la Croatie consacrent tous cette indépendance : elle avait pour symbole et pour gardien la personne du ban, magistrat suprême du royaume, sorte de vice-roi résidant
4 ftur:iuL jr<ftr ~0» ysamss^ lîes plus étendus, sans e r3n<*Mfr .-^-UL îif sarvr^çxT la DtèCe. Il devait êti .-lui^;. jur^u. j!^ ^pxiii2^ (fïçnèUiics de l'État. I ^/«^tiimif x*^:iic iuiL înoafcx << seni sceau particulier, ^? îu>iiii iix itf^MuL rvçcfîseacer à Vienne par 4 jijinvs ii'ti'çruf?!^ fit- FiT. r%iJ3s Ses années qui précéJ) r^'.ii, a 3i*»-ii.itiL»iii îi* t>. je* ]iCa^yane$. rêvant déjà r^:vu]SCCii:j/a. l ul zniLd n:-]niume hongrois, mau jrsw«u ; A LTîrsis- r^grisftj Finlenlion d'absorber
r«: ^v 11^ .vci.:^ rn iJccirea: à la rupture de ^ Iji Tu^JL' .T-*'*Liif ;.r,v{*jarii I Ji»5èjtMiJanoe du pays; ,VCi*»,-j.3rj^ xccu-rne lox rj:s»e rcix unanime, franc !,JL rtm-f. , -Il si:: jf rr$:e. Une fois la Révoluti i^-j^v 5i^*. Vs^iyx.-^^ fc Cnxfc,eî? funmt écrasés par :yjc,":.,:c .ro:»«\:..':*i'::*f^. ATcès Sauowa« les Hongrois ( r;\v:.'îw> irt:r x:.;,V':ci5e: nsais Texpérience ne A r»A> :;:s;;v.::>. îv ,'*:or.:r. >^ le fois arec le cabinet \:;:.:,u\:I> :>,:: rr r:.::v leurs jinè;eniionseldemaad ï;:;x OAv*:es c^^aîcic^X'r Irur iudinduaiité. Etrai Alvrrïiîioa vie «t* yas sawr n?s{«ecier chez les aut Iedn>;] pcHîr jOi}i»>I on a si TaiUamment combat Folie d'autan: jCus cnaie que îa conscience nat nale va chaque jour se dèveioppauL non-seulem chez les Croales. mais chez les peuples divers, i vaques, Serbes, Rulhènos et Roumains qui compos le royaume de Saiul-Elienne. Les Magyares oubli que, sur les 14 millions d'hommes que compn TEtal hongrois, ils comptent à peine pour 5 millio Ils ne songent pas qu'ils ont affaire à un peuple di
la vaillance est au moins égale à la leur, et que TEurope avait jadis surnommé le vivant rempart de la chrétienté contre les Osmanlis. Et ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'ils prétendent déguiser sous des formes légales l'inanité de leurs prétentions et la brutalité de leurs procédés. Qu'on en juge par ce qui suit. Ed 1867, la Hongrie a obtenu de l'empereur d'Autriche la reconnaissance de ses droits histoi'iques; reconnaissance constatée par le couronnement du roi de Hongrie. La Croatie devait être représentée à cette cérémonie et apposer sa signature sur le diplôme du couronnement. On demanda à la Diète d'Agram de ratifier par son vote la perte ou l'amoindrissement de certains droits inscrits dans les transactions antérieures. La Diète refusa. Elle fut dissoute : c'est un procédé commode que l'empereur absolu d'Autriche a légué, paraît-il, au roi constitutionnel de Hongrie. Xon-seulement la Diète fut dissoute, mais ainsi qu'on l'a dit plus haut, le plus éminent de ses orateurs fut momentanément exilé. Une nouvelle Diète fut convoquée, et suivit l'exemple de la précédente. 11 fallait prendre des mesures pour éviter le retour d'incidents aussi désagréables; un locum tenens banalis^ le baron Rauch, fut installé à Agram avec le titre à'alter ego et pleins pouvoirs pour mener à bonne fin les desseins de M. de Beust et Andrassy. On ne mit pas la Croatie en état de siège ; on se contenta de destituer les fonctionnaires entachés de patriotisme, de supprimer les journaux indépendants (aujourd'hui encore le principal organe croate, le Pozor^ est obligé de çara^
Vienne), d'interdire toute manifestation nationale, d'expulser sans autre forme de procès un journaliste étranger qui se permettait d'envoyer des correspondances véridiques. Pendant que le locum tenens remplissait si bien ses fonctions, les Magyares, en verla de je ne sais quels droits chimériques, mettaient la main sur Tune des villes les plus importantes du littoral croate, le port de Rieka (Fiume). Prenez la mer, leur disait Kossuth en 48. Ils l'ont prise; mais la garderont-ils? Cependant, il leur fallait une sanction quelconque. Une nouvelle Diète a donc été convoquée récemment à Agram. Mais cette fois on a pris des mesures pour qu'elle fût bien composée. Un rescrit impérial est venu brusquement modifier le cens électoral du royaume triunitaire et par suite le nombre des électeurs : acte illégal s'il en fut, la Diète ayant seule le droit de changer les conditions primordiales de son exislence. Au moment des élections, la corruption et le terrorisme étaient à l'ordre du jour. Ordre aux employés de voter pour le candidat du Gouvernement, à bulletin ouvert, sous peiwe de destitution; défense de s'abstenir sous la même peine. Cotte mesure, jointe à bien d'autres auxquelles l'imagination du lecteur peut aisément suppléer, a amené le résultat désiré. La majorité s'est trouvée composée suivant les vœux du ministère hongrois : seize districts électoraux ont seuls pu envoyer des députés indépendants. Dès la première séance de la Diète, ils ont posé à leurs collègues la question préjudicielle de la validité des élections. La majorité, comme on le
devine, s'est trouvée légalement élue et a voté l'ordre du jour. Les seize opposants ont alors quitté la salle en déposant sur le bureau une protestation que l'histoire recueillera, et qui leur a valu, de la part de leurs compatriotes et même des Serbes de la Principauté les plus chaleureuses félicitations. Une fois épuré, le rump parliament d'Agram a voté tout ce qu'on a voulu lui faire voter. Les choses en sont là aujourd'hui. Les Magyares triomphent : mais leur illusion sera-t-elle de longue durée? Le récent insuccès de l'emprunt hongrois émis avec tant de fracas, et dont le tiers seulement a été couvert, devrait être pour eux une leçon. Du reste, hâtons-nous de le reconnaître, il est des hommes d'Etat hongrois qui ne partagent point les erreurs de MM. Deak et Andrassy. Kossuth, le général Turr et d'autres, proclament que les Magyares ne sauraient subsister qu'en rendant justice à toutes les nationalités. L'avenir leur donnera raison.
Quel est pour le moment le résultat de la politique germano-magyare à l'égard des Croates? Ce ne peut être assurément de les rattacher au royaume de Saint- Etienne; mais bien de les rapprocher de jour en jour de leurs frères jougo-slaves. Les sympathies entre Serbes et Croates F022É grandissant. Ou saiX comxf
Toppression de Venise et la tyrannie des Bourbons de Naples ont fait la fortune du Piémont. Qui sait si la Serbie ne sera pas appelée à jouer le rôle du Piémont en faveur des Slaves de Turquie et même de Hongrie? Il est positif que depuis quelques années Tidée jougoslave a pris un corps, grâce surtout au maladroit égoïsme des Magyares. Jusqu'ici le mouvement est encore purement moral et littéraire; mais il peut devenir politique dans certaines circonstances. Il y a là un phénomène de gravitation, tellement clair, tellement naturel, que je me crois dispensé de Texpliquer plus longuement. Il n'a rien d'ailleurs qui nous puisse inquiéter. Un Etat jougo-slave établi sur les bords de l'Adriatique ne serait pas bien compromettant pour la paix européenne. En dehors des Serbes de Turquie, les Croates cherchent et trouvent encore des sympathies chez les Slaves d'Autriche : ilsr ne croient même pas devoir refuser celles que leur offre en Russie le parti dit slavophile. Le slavisme, qu'il ne faut pas confondre avec le panslavisme, est une conséquence naturelle de la situation des Slaves dans l'empire d'Autriche et l'empire Ottoman. Opprimés par les minorités allemande, magyare, italienne ou turque, il n'est pas étonnant qu'il cherche dans une action commune le salut de leur existence et retournent à leur profit l'exergue bien connu des monnaies autrichiennes : Viribus unitis. Trop faibles, prisa part, pour résister à leurs adversaires, ils espèrent trouver dans leur union (en dehors de la Russie bien entendu) une force qui, sérieusement organisée, peut devenir
irrésistible. Cette organisation, ils tentèrent de se la donner en 1848 au congrès slave de Prague, trop tôt dispersé par les canons de Windischgrœtz. Ils la poursuivent encore aujourd'hui, sans prétendre toutefois absorber dans une chimérique unité leurs individualités nationales et historiques. La fondation d'une grande Allemagne, qui ne dissimule pas son ambition et réclame la Moldau et le Danube comme fleuves germaniques, donne aux Slaves des craintes légitimes pour l'avenir. D'autre part, le rôle protecteur que la Russie a pris en faveur des chrétiens d'Orient leur inspire une confiance que l'on aurait tort de blâmer avant de s'en être rendu compte. Ils ne veulent point delà Russie comme dominatrice, mais ils ne croient pas devoir la rejeter comme alliée, si jamais son alliance leur devenait nécessaire. Ils ne la voient pas du môme œil que nous. Le spectre du panslavisme muscovite, le souvenir des Cosaques, le douloureux spectacle de la Pologne égorgée dominent toutes nos idées sur la Russie : nous frémissons à la seule pensée de quatre- vingt millions de Slaves montant sous les étendards du tsar à l'assaut de la civilisation européenne. Une théorie fataliste, qui a trouvé en France d'illustres représentants, va jusqu'à refuser aux Moscovites le droit de cité en Europe pour les reléguer dans le monde touranien d'oj ils n'sturaient jamais dû sortir. Celte théorie n'est ni comprise ni goûtée par les Slaves.. Ils n'ignon ni pas les misères de la Russie, mais ils les attribuent moins à son peuple qu'à son gouvernement : ils croient les Russes hommes, c'est-
à-dire, perfectibles ; ils savent ce qu'ils ont souffert sous leurs dominateurs actuels ; mais ils croient que la domination russe (qui n'est pour eux que le dernier des pis aller) serait peut-être moins dure que celle des Germains, des Turcs ou des Magyares. Ne leur alléguez pas l'exemple de la Pologne. Ils vous répondraient que la haine de la Pologne et de la Russie ne date pas d'hier, que, si les Russes sont aujourd'hui à Varsovie, les Polonais ont été jadis à Moscou : ils déplorent une lutte fratricide, ils espèrent en voir un jour la fin ; mais à leurs yeux, les Russes ne sont pas plus coupables que ne l'étaient les Autrichiens à Venise ou en Galicie, les Anglais en Irlande, et les Français au Mexique.
Ils croient que la politique de Wielopolski était la seule vraie, et que les Polonais ont eu grand tort de l'abandonner.
— Il se peut que vous ayez raison, disais-je à mes hôtes slaves; mais je dois vous avouer que vos sympathies pour la Russie, sympathies dont nous exagérons d'ailleurs la portée, vous nuisent beaucoup chez nous, et vous compromettent gravement dans l'opinion de rOccident.
— C'est possible, me répondait-on : l'Occident nous juge sans nous connaître, et ne veut pas nous étudier. S'il avait fait quelque chose pour nous, il aurait peutêtre le droit de nous imposer des haines et des affections; mais il applaudit, par ignorance sans doute, à la politique qui nous écrase en Autriche ; il soutient les Turcs contre nos frères Serbes et Bulgares. Que lui
devons-nous? L'exemple de la Pologne, tant de fois leurrée par des promesses menteuses et des sympathies stériles, a pu nous apprendre ce que valent les unes et les autres. A supposer que, dans un jour de désespoir, nous venions à appeler le Moscovite à notre secours, qui donc oserait nous en faire un reproche? La Prusse et l'Autriche n'ont-elles pas jadis signé la Sainte-Alliance avec la Russie? François-Joseph n'a-t-il pas appelé Nicolas contre la Hongrie révoltée? Pourquoi sacrifierions-nous nos intérêts véritables à des préjugés que nous ne partageons pas? Des écrivains polonais égarés par une haine légitime, mais aveugle comme toutes les passions violentes, essaient d'expliquer nos sentiments nissophiles par je ne sais quel fanatisme absurde ou quelle fatalité de race. Ils nous accusent de les avoir tiahis : malheureusement, nous pouvons, nous aussi, lelourner contre eux celte accusation. Qnand M. de toistest arrivé au pouvoir, nous espérions reconstituer l'enj pire sur la base rationnelle du fédéralisme. Les Tchèques de Prague invitèrent la diète de Lembergàne point envoyer de députés au Reichsrath : les Polonais ne les écoutèrent point, ils allèrent à tienne; leurrés par quelques concessions que leur a faites M. de Beust, ils lui ont vendu leurs di'oits pour un plat de lentilles, et ont abandonné la cause des Slaves et du fédéralisme; par cette alliance avec les Allemands, ils se sont rendus moralement complices des iniquités dont la Bohême et la Croatie ont été le théâtre depuis un an. Ce n'est pas tout : les officvfii^
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5!i Ui^wne»:; *e J.:: -z^Ltr »rMi:es zens, femmes e
eiiiiiULS ,"\n:à:ua::^rT- £ -l jr!^ju. Jii i L .iroeude, pou
oaus*? ie 'jiuriu.isîiLr. ^moiinesù is^ez les^nûmeot
q:e lAir.nc.ie i«}r-»i-: XLTLer^ x:x ^lonais. D
avaieiil œî.vinià-i: :rHiT^ •a'^s les SLives, notammei
chez les T.:ièj::es. I^r^riiies svaipa^es dont i
auraieat pa èire plus rexHuoaissants. Pour ne ciU
qu'un exemple, la »i-s-^t ^ ihitioaale de Prague, à qi
HOri zèle pour la Pùlo^^ne avait valu plus d'une condac
nation, est devenue russo^ihile après s elre convaii
nin ((n'il n'y avait plus à compter sur les Polonais.
TnlUîrt Hont les explications que des hommes grave
ili'rt |iiibli«'.iHtos éniinents m'ont données à Aj^ram
MllliMH'H, Bur co prétendu panslavisme dont l'Euro
hkonnoOo. yuf^l«|no:^-un8 d'onlre eux revenaient
\\W\\\ vnytt^o do Moscou qui a tant ému TEurc
Fan dernier ^ J'en avais suivi les diverses étapes dans les journaux slaves; j'ai pu vérifier leurs assertions parcelles de témoins oculaires, et je me suis convaincu qu'on avait singulièrement chez nous exagéré Timportance de cette expédition. Ainsi, on croit généralement que l'exposition, ethnographique de Moscou a été improviséeparles hommes d'Etat russes au lendemain du désastre de Sadowa, dans le but évident d'attirer en Russie tous les Slaves et d'affaiblir encore l'Empire déjà si profondément ébranlé. Mais le projet d'Exposition avait été émis, dès l'automne de 1864, par la Société d'histoire naturelle de Moscou, et comme, dans un État aussi vaste que la Russie, il fallait le temps de rechercher et de rassembler les matériaux, on décida qu'elle aurait lieu au printemps de Tannée 1867. Un comité d'organisation fut nommé. Il proposa de convier les savants slaves à envoyer à Moscou des mannequins, des costumes, des crânes, des photographies et autres accessoires de la science ethnographique; enfin, uue souscription fut ouverte pour offrir h un certain nombre de Slaves l'hospitalité pendant l'Exposition. Que certains russes, en autorisant cette souscription, aient eu quelque pensée politique, c'est ce qu'il serait absurde de nier. Mais les Slaves invités par le comité de Moscou, historiens, archéologues, journalistes, n'ont pas cru, pour cela, devoir refuser l'hospitalité qu'on leur offrait. Quatre-vingts personnes, dont soixante-trois sujets autrichiens, se rendirent à Moscou. Elles n'avaient reçu de leurs compatriotes aucun