‹ Le monde slave: voyages et litte?ratureChapitre 2 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

nette et Tunité géographique la plus incontestable, trois millions de Tchèques sont tenus en échec par deux millions d'Allemands. « Les Slaves, a dit un écrivain grec du Moyen Age, sont une nation anarchique. » Leur histoire tout entière démontre la vérité de cet aphorisme ; cet esprit d'anarchie s'étend jusqu'à la littérature. Au lieu de se grouper autour de quelques dialectes bien choisis, elle s'éparpille dans une foule d'idiomes, dont quelques-uns sont réellement impropres aux grandes productions. Quatre langues principales se partagent aujourd'hui le monde littéraire slave. Ce sont : le russe, le polonais, le tchèque ou bohème, et le serbe. Autour de ces idiomes, gravitent des idiomes secondaires qui finiront, sans doute, par se laisser absorber par eux. 11 est possible, cependant, que les Bulgares arrivent à créer une littérature nationale.

Pour qui veut s'initier au monde slave, il est à peu près indispensable d'apprendre au moins Tune des langues slaves; mais notre littérature, comme toutes celles des nations occidentales, est encore fort pauvre en moyens d'étude.

Les Allemands, si impartiaux et si érudits quand il s'agit de peuples morts, ont trop d'intérêt à calomnier les Slaves pour qu'on puisse se fier à eux. C'est aux Slaves eux-mêmes qu'il faut demander la clé de leur histoire et le secret de leur destinée. Mais l'étude de leurs langues n'est paR aussi accessible que celle de l'anglais ou de l'italien. Certains idiomes, par exemple, n'ont en français ni grammaire, ni dictionnaire.

Ceux qui veulent tirer profit de leur travail pour la politique et pour le commerce, feront bien de concentrer d'abord leur attention sur l'idiome russe. La p:rammaire de Reiff et le grand diction-

LE MONDE SLAVE. — INTRODUCTION. XTlî

naire de Makarov suffiront aux personnes qui ont quelque habitude de la linguistique. Pour la pro-» nonciation, dont les caprices rappellent ceux de. l'anglais, il est nécessaire de s'adresser à un indigène ou à une personne ayant vécu dans le pays. La connaissance de la langue russe devient chaque jour de plus en plus nécessaire ; elle offre des débouchés au commerce, à l'industrie,, aux carrières libérales. Nos expoi^tations en Russie sont considérables ; les fabriques réclament des ingénieurs étrangers; certaines professions, telles que la médecine, l'enseignement secondaire et supérieur n'arrivent point encore à recruter en Russie tout leur personnel; il y aurait tout intérêt à les faire occuper par des Français, ne fût-ce que pour les fermer aux Allemands. Dans la diplomatie, les postes de Petersbourg, de Moscou^ d'Odessa^ devraient évidemment être pourvus de personnes sachant le russe.

Ajoutez que la Russie possède une littérature périodique des plus actives ; elle compte une dizaines de revues mensuelles riches en travaux de (ont genre. L'ignorance de la langue interdit à nos savants l'accès d'une foule de matériaux importants, notamment pour l'étude du monde oriental,

Après la langue russe, le seul idiome slave qui offre de l'intérêt au point de vue diplomatique est le serbe; mais il n'existe en français ni grammaires^ ni vocabulaires. Le serbe est parlé dans des pays où nous avons un certain nombre de consulats (à Belgrade, à Mostar, à Scutari d'Albanie). La principauté de Serbie, la Bosnie, l'Herzégovine offrent aux ingénieurs de riches débouchés; les Allemands s'infiltrent peu à peu dans ces contrées qui sont portées vers la France, malgré les maladresses séculaires de notre politique. Le jour où l'on voudra que notre diplomatie rende tous les services qu'on est en droit d'exiger d'elle, on devra nécessairement instituer pour le russe et le serbe un enseignement analogue à celui qui existe pour les idiomes de l'Orient.

Le polonais et le tchèque ont moins d'importance au point de vue international ; nous n'avons qu'un seul consulat dans les pays de langue polonaise; nous n'en avons point en Bohême. En revanche, la Pologne offre peut-être la plus riche et la plus complète des littératures slaves; la Bohême, pays d'historiens et de philologues, présente des travaux remarquables. Pour le polonais, nous avons, en français, des grammaires et des

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