Elle n'est pas encore ouverte aujourd'hui (mai
UN ÉYëQUË SLAV£. 133
une cathédrale. Ses prédécesseurs à Diakovo ne lui ont laissé qu'une misérable église. Près d'elle s'élève en ce moment une cathédrale en style roman, à laquelle Tévêque a déjà consacré près de ciiiq cent mille francs. Les carions des fresques qui Torneront ont été dessinés par le célèbre Overbeck.
J'ai dit qu'il me répugne de relever les calomnies dont Mgr Strossmayer a été l'objet. Le simple récit de sa carrière suffit à éclairer le lecteur. Qu'on me permette cependant une réflexion :
On a accusé Mgr Strossmayer d'être un révolutionnaire; il l'est, si c'est être révolutionnaire que de défendre ce qu'on i*egarde comme le droit et la j ustice. On l'a accusé d'être panslavisfce : c'est là un bien gros mot, surtout dans la bouche de ceux qui n'en comprennent pas la valeur. Il Test, car il prétend que les Slaves d'Autriche et de Turquie ont des droits égaux à ceux des autres races, qu'il n'y a point dans le monde de peuple déshérité.
On Ta accusé d'être un ambitieux. Ambitieux dans quel sens? S'il avait voulu prêter les mains à des combinaisons qu'il répudie, il tiendrait aujourd'hui un rang élevé dans les Conseils de l'Empire et il vit comme un curé de campagne dans sa petite ville de Diakovo; l'archevêché d'Agram est vacant aujourd'hui; il assure à son titulaire le chapeau de cardinal : la voix unanime du peuple serbo-croate désigne Mgr Strossmayer à ces hautes fonctions; il choisit ce moment pour se mettre mal avec la curie romaine, lui qui déjà est loin d'être bien avec le ministère de Pesth
-1 misât 'i-uvi. — C3 ftvc^rE >lavc.
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(AvrU I87U.)
I. M^T Strossinayer n'a pas été promu à rarclieTêché d'Affram. Nous nous y attendions.
Le drame apparaît tard chez les Slaves du Sud : tome monastique et juridique au moyen âge, la litté- J'ature serbe ne parait pas avoir connu ni les mystères ^'i les soties si chers à nos aïeux. C'est en Dalmatie, î^ous Tinfluence de la Renaissance italienne, que des essais dramatiques se produisent pour la première Ws. Cependant Télément dramatique ne manque pas flans la poésie populaire des Serbes. Quelques-unes ^^^pesmés^ de ces fameux chapts révélés, il y a quarante ans, à l'Europe par Vouk Karadjitch, renferment des tragédies tout entières, et les poôtes modernes i^'onteu qu'à les mettre en dialogues. Mais tandis que le peuple chantait pour lui-même, les moines, seuls î'eprésentants de la littérature, écrite, traduisaient et commentaient les Écritures, et plus tard, quand une littérature laïque vint à naître, éblouie par les splendeurs de Tantiquité classique, elle dédaigna de puiser à la source de la poésie populaire.
C'est à Spalato que paraît au quinzième siècle le premier essai de drame en langue nationale. Un riche commerçant, Annibal Loutsitch, célèbre par des poésies remarquables, emprunte à Thistoire croate son drame de Robinia (l'esclave). L'action est des plus simples, mais le style offre déjà de grands mérites. La dédicace de ce poëme nous apprend que, dès cette époque, des représentations théâtrales avaient lieu à Spalato pendant le carnaval. Quelques années plus tard, Raguse , la petite mais riche république, la Venise slave ^ devient le centre de la iit|;ératur( mate. Vetranitch traduit VHècube d'Euripide. Cubranovitch écrit un poëme dialogué : la Bohémienne, On sait qu'il fut récité publiquement en 1527, il pourraitse comparera quelques-unes de nos soties du quinzième ou du seizième siècle. Naleskovitch, le premier, écrit des comédies. Lukaritch traduit le Pastor fido de Guarini. Hectorevitcli, habitant de l'île de Hvar (Lésina, non loin de Lissa), publie des Dialogues de pêcheurs. Dans la même île, Gazarovitch écrit un drame, le Cor' saire. Un peu plus tard, Zlalaritch (né en 1566) traduit YÉlectre de Sophocle et dédie sa traduction à Georges Zrinsfcy, parent du fameux héros croate; il traduit aussi lMwt;Ua. Jean Gundulitch, Fauteur de la grande é^o^ée l'Osmanide, cultiva avec une grande ardeur la littérature dramatique. On cite le titre de cinq pièces aujourd'hui perdues : Galathée^ le Sacrifice (le l'Amour^ Cérès^ Clèopdtre^ Adonis. Nous savons par son témoignage qu'elles avaient été représentées avec un très-prand succès. Il nous reste de lui
Ariadne, YEnlèvement de Proserpine et Dubravka^ drame pastoral. L'émule de Gundulitch, Palmotilch, écrit Ènée aux Enfers,. Atalante (aujourd'hui perdue), Achille, tragi-comédie en trois actes, représentée en 1637, et Daniça, représentée en 1644 par la Sociétés des Ânes, Hélène (d'après Ovide), etc., puis des drames nationaux : Pavlimir, d'après la chronique dite de Presbyter Diocleas; Tun de ses parents, J. Palmotitch, écrit Une tragédie de Dion, etc. Nous pourrions citer une foule d'autres noms * ; la plupart de ces drames sont devenus fort rares, nous ne voulons ici ni les énumérer ni 4es apprécier. La fécondité de la littérature ragusaine se prolonge jusque vers la fin du dixhuitième siècle ; le plus fertile dramaturge de cette époque est un certain Gledievitch; Sorkovsky (Sorgo) fraduit Molière"*et Métastase; un Français, Bruère- Deriveaux, naturalisé à Raguse sous le nom de Bruerovitch, comftbse une comédie représentée dans cette ville.
Plus tard, nous retrouvons la littérature dramatique à Agram. Le chanoine Brôzovacki publie une comédie de saint Alexis, une autre intitulée GraAfincias {l'étudiant), puis on commence à imiter ea Croatie et en Slavonie des comédies allemandes.
Au moment où la Serbie, délivrée des Turcs, entreprit de rentrer dans la vie européenne, deux écri-
1. Un écrivain dalmate M. Pavich vient de publier un volume très-curieux sur l'histoire du drame à Raguse. Nous 5n avons rendu compte dans une Revue de Londres (The Icademy, année 1872).
vains se rencontrèrent, Tiin, Obradovitch, pour lui créer une prose littéraire; l'autre, Karadjitch, pour lui révéler sa poésie populaire. Cette publication des pesmés arracha la littérature serbe à l'imitation servile des modèles français et allemands et lui ouvrit des horizons inconnus jusqu'alors. L'époque d'ailleurs prêtait au drame. La Serbie venait de chasser les musulmans après trois siècles de souffrances. Des poètes parurent qui évoquèrent Tantjque gloire de leur patrie, qui mirent sur le théâtre ses malheurs et sa délivrance. Quand nous disons théâtre^ c'est une métaphore, la muse tragique n'avait pas encore de temple officiel chez les Slaves du Sud; comme au temps de Molière, elle s'abritait dans les granges et dans les auberges. Il n'y a que quelques années qu'Agram, Novi-Sad et Belgrade ont des théâtres. Le premier poëte de la Renaissance serbe fut Sima Milutinovitch. Nature ardente, impétueuse, éminemment poétique, c'est bien le chantre d'une nation jeune et aventureuse, qui cherche sa destinée et qui saura la trouver. On estime encore ses deux drames Dt/ca Tsernogorska el Miloch Obilitch (1837); une tragé(itt|.. de Karageorge est encore inédite. Le second poët«F fl^Étienne Popovitch; ses drames 5ufitozar et Milava, Skanderbeg^ Miloch Obilitch; ses comédies : la mauvaise Femme^ Tromperie pour Tromperit^ Belgrade aut7*efois êf^ujourd'hui^ furent joués avec succès sur les théâtres provisoires d'Agram et de Belgrade. On les représente encore aujourd'hui. Dans nne période plus récente a paru M. Subbotitch, aujourd'hui prés'idenl de \a MaUça ^^^çx^x^^j^^x^^-m
serbe), dont les drames sont empruntés à l'histoire serbe et croate ; certains critiques leur donfient le premier rang dans la littérature jougo-slave. A côté de lui se place l'auteur du drame que nous allons analyser, M. Matia Ban. M. Ban est né en 1818, dans cette ville de Raguse où la poésie écrite des Serbes a commencé. Ha, comme les Yetranovitch, comme les Gundulitch, subi dans sa jeunesse Tinfluence de la littérature italienne; ses premières productions sont même écrites en italien. Jeune encore, il quitta sa patrie et alla s établir à Constantiuople où il enseigna la langue italienne. Puis, il vécut quelque temps à Brousse, en Asie-Mineure. Il se rendit ensuite à Belgrade où le prince Alexandre lui confia Féducation de ses filles. Il écrivit, à ce propos, un ouvrage estimé sur l'éducation des filles; il retourna plus tard à Raguse et y publia un recueil intéressant, Dubrovnik. En 1853, il revint à Belgrade et occîïjfs au lycée la chaire de langue et de littérature serbe. Il a beaucoup écrit en français et en italien sûr les questions politiques. Il a publié jusqu'ici deux drames : le Tsar Lazare et Meirima^ que nous allons analyser. Celte œuvre a excité, parmi les critiques slaves, de grandes controverses. Elle en est sortie triomphante. Lors de son apparition, le comité, <^'tabli à Agram pour rencouragenient de l'art dramatique, lui a décerné une récompense. Publiée en 1850 iNovi-Sad, elle a été traduite en tchèque et en polonais. Nous croyons que l'auteur ne s'est pas bien •endu compte des exigences de la scène; sa pièce gagnerait à être élaguée, et, dans notre analyse, nous
devrons quelquefois sauter des scènes oiseuses, de longs monologues, inutiles à la marche du drame. Néanmoins, elle nous paraît renfermer de grandes beautés, et il serait fort possible qu avec quelques légers remaniements elle obtint uii succès véritable, non-seulement sur la scène serbe, mais même sur un des théâtres de TOccident^
Le sujet du drame de Meirima est purement romanesque. Les personnages ne sont pas historiques. Le poète n'a emprunté à Thistoire que le fidèle tableau de l'oppression des chrétiens par les musulmans. L'idée première se retrouve dans bien des œuvres, depuis la Zaïre de Voltaire jusqu'au Malek-Adel de madame Cottin, depuis le Giaour de Byron jusqu'à la Juive de Scribe; c'est Taraour d'un chrétien pour une musulmane, sujet fécond en péripéties dramatiques, heureusement rajeuni par la réalité des peintures. On connaît les Turcs français de Voltaire, les Musulmans fantaisiste de Byron. Voici de vrais Turcs, de vrais Serbes, peints par un poète qui a vécu longtemps à Raguse, à Belgrade et à Constantinople. De nombreuses citations permettront au lecteur de comprendre et d'apprécier
1. Meirima a été représentée avec succès sur le théâtre national de Belgrade. L'auteur a, depuis Meirima, écrit deux drames également estimés.
une poésie qui, pour sortir derornière classique, n'en :>ffre pas moins de sérieux mérites littéraires et un puissant intérêt dramatique.
La pièce a un double titre: Meirima ou les Bosniaques; l'action se passe dans cette province de Bosnie, jadis si florissante sous ses rois nationaux, aujourd'hui soumise à la Porte.. L'hostilité des chrétiens contre les oppresseurs a été poussée au dernier degré par les excès toujours croissants des pachas et des beys musulmans. Dès la première scène, on prévoit une lutte imminente : mai§ tandis que Torage gronde et va hientôt éclater, deux jeunes gens, Jivan, le fils du serbe Novko, Meirima, la fille d'Alipacha, s'abandonnent à un amour coupable et impossible.
Le père de Jivan, qui veut le marier à la fille du chrétien Ouroch et qui redoute les conséquences d'une passion illégitime, va lui-même dénoncer cette passion au père de Meirima sans toutefois lui révéler le nom du Serbe assez audacieux pour aimer une musulmane. — Pacha, tu as une fille, elle est jeune, elle est belle, garde-la bien, un chrétien est son amant. — Malheur à toi si tu as menti ! répond Alipacha.
Novko n'a pas menti : Meirima elle-même révèle h sa suivante Chérifa son amour et ses. inquiétudes. Jivan Taime, mais il ne veut pas se faire musulman, n obéit à son père, il est faible devant lui, et son père va le marier à la fille d'Ouroch, à Loubitsa. Hélas! s'écrie douloureusement Meirima, il ne viendra pas même me-dire adiou!
14^2 LE MONDE SLATE.