Du pont de Kehl ! Ceci était écrit en
la mer Adriatique partagée entre les Italiens et les Slaves istriotes et dalmates. Tels sont au centre de l'Europe les Tchèques, gardiens naturels de ce formidable quadrilatère de montagnes, que beaucoup de nos publicistes acharnés après la frontière du Rhin abandonnent si volontiers à TAUemagne. On commence, depuis quelque temps, à savoir que la Bohême existe et qu'elle a une vie propre : des publicistes distingués ont appelé Tattention sur l'histoire et la situation actuelle de son peuple; mais ils n'ont pu qu'effleurer la matière : un obstacle insurmontable, l'ignorance de la langue nationale se dressait devant eux. Tout ce qui concerne la vie intime, la littérature du peuple tchèque, devait nécessairement leur échapper. La Bohême n'est pas si loin de chez nous qu'on serait tenté de le croire : cette avant-garde des Slaves à l'Occident n'est séparée de la frontière française que par trois petits Etats allemands : le grand-duché de Bade, le royaume de A\'urteniberc> et la Bavière. A eux trois ils n'ont que sept millions d'habitants. Prague, à vol d'oiseau, est aussi près de Paris que Berlin, et plus près que Vienne: trente-six heures suffisent à vous transporter de la ville française dans la ville slave par excellence.
Au pont de Kehl, nous avons mis le pied sur le territoire Badois : passons, je vous prie, sans nous arrô-
ter, devant Baden-Baden; ce petit endroit est devenu banal à force d'être décrit. D'ailleurs, ce que nous cherchons en Allemagne, ce sont des Allemands, et nous n'avons que faire de cette aristocratie cosmopolite du grand monde et du demi-monde. Carlsruhe, la capitale du grand duché, mérite à peine une heure d'arrêt. C'est une petite capitale régulière, propre, dont les rues principales aboutissent à un grand square à l'extrémité duquel s'élève un château. Avant de quitter le grand-duché pour entrer dans le Wurlemberg, faisons un détour d'une heure ou deux, et allons rendre visite à Heidelberg. Heidelberg mérite mieux qu'une visite : elle réclame un séjour. Peu de villes offrent au voyageur un plus coquet abord : la gare elle-même semble s'être mise en fête pour vous accueiUir: vous n'y trouverez riun de cette froide et sévère architecture administrative qui fait ressembler tant de nos gares à des casernes. L'édifice est bâti en grès rouge qui rit aux yeux : la vigne sauvage s'enlace aux colonnes des portiques et aux balcons des façades : du côté de la ville, une cour plantée d'arbres et de fleurs semble attendre quelque fraîche idylle, quelque rencontre entre Hermann et Dorothée: un lK)ulevard bordé de platanes s'ouvre devant vous; il longe le jardin botanique dépendant de l'Université; au bout de quelques pas il se " bifurque en deux branches : Tune va gagner la ville proprement dite, l'autre en forme le boulevard extérieur, un boulevard orné de somptueux hôtels ou de fraîches villas, et d'où la vue s'étend à loisir sur les flancs ombreux du
KœnigstvJil. On nomme ainsi la colline qui domine Heidelberg sur la rive gauche du Neckar : une autre se dresse sur la rive droite : on l'appelle THeiligenberg. Tout concourt à embellir VAnlage: c'est le nom qu'on donne à notre boulevard : le chemin de fer longe le flanc de la colline, et à deux reprises sengoufi:re dans de courts tunnels; une gracieuse église gothique élève dans le lointain sa tour rose et dentelée. Les étrangers affluent sous ces ombrages : le voyageur venu pour passer deux jours à Heidelbeig se laisse charmer par la beauté du séjour et reste souvent plusieurs semaines. Le désenchantement est grani quand on entre dans la ville proprement dite; te maisons empêchent de la voir, et ce mot naïf mail exact trouve ici une rigoureuse application; rhomme a dû disputer le terrain à la nature : deux grand» rues parallèles coupées par quelques ruelles, et débouchant sur deux ou trois places d'où l'on aperçoit la ruine du cliiitean, voilà la ville : les édifices privés el, publics sont peu intéressants. Presque tout ce qui est antérieur au dix-huitième siècle a été détruit par noij aïeux pour la pUis grande gloire de Louis XIV. UJ ville n'a pas de quais et ses habitants n'ont pas su pi fiterdu Neckar. Le pont, le fameux pont que repi sentent tous les panoramas est assez mal bâti et de sculptures ignobles : il doit toute sa renommèei merveilleux paysage qui l'entoure. Quelle vuel premier plan un fouillis de maisons irréguW dominé par quelques clochers, derrière, les somi du Kœnigstuhl, et sur les flancs de la colline au mil
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un nid de verdure, la ruine du schloss (château), ageant ses façades multiples et ses tours décquronées : à droite une suite de collines onduleuses, tantôt près, tantôt boisées au milieu desquelles émerge le eckar, moitié rivière, moitié torrent; à gauche la allée élargie repoussant pour ainsi dire sur ses côtés Bs collines chargées de vigne et les blanches maisons. Test à rheure du soleil couchant, au moment où *ombre et la lumière confondent leurs tons mats et 'Osés, qu'il faut venir rêver sur le pont de Heidelberg. 3a comprend alors cette ineffable sérénité du paysage qui faisait dire au romancier Kotzebue : « Si un malheureux me demande où il doit vivre, ne fût-ce qu'une heure pour échapper au tourment qui Topprime, je lui nomme Heidelberg; si un heureux me demande quel endroit choisir pour encadrer sa joie, je lui nomme encore Heidelberg ! »
Le premier soin de tout voyageur qui se respecte est. après avoir visité le pont, de c^ourir au château. Arrêtons-nous pourtant quelques minutes dans la ville. A défaut de grands monuments, une maison tout au moins mérite d'arrêter nos yeux, c'est VAu-- ^rge du Chevalier (Bas Haus zum Ritter), C'est le seul édifice privé qui ait échappé à la ruine de 1689-93. Pour nous Français, il a un intérêt quasi-national. Il remonte à l'époque où le Palatinat était le seul refuge des Huguenots français persécutés dans leur pays. Un certain Bélier, retiré à Heidelberg, se fit construire une somptueuse résidence dans le meilleur goût du temps ; c'est une haute maison à six étages avec
pignon sur rue, dont la façade, rétrécie à son sommet, est littéralement couverte de sculptures et d'inscriptions latines en lettres dorées. Un bélier figure les armes parlantes du propriétaire : divers bustes représentent les rois mérovingiens mi>gaulois, mi-germaniques, qui, dans la pensée de rarchitecte, symbolisent Tantique alliance de la France et de TÂllemagne. Un saint George à cheval, casque en tête, surmonte le pignon. Le tout est construit en grès rouge; lensemble est harmonieux et pittoresque. Si Heidelbei|[ avait pu ('X)nserver toute une rue ainsi bâtie, elle serait, avec Nuremberg, la ville la plus curieuse de l'Allemagne.
En face du Chevalier se dresse l'église du Saint- Esprit, une de ces églises sans portail, comme il yen a tant en Allemagne, édifice peu intéressant au point de vue architectural, mais dont l'histoire se lie intimement à Thistoire religieuse duPalatinat: elle sert aujourd'hui aux deux confessions catholique et protestante. Au sommet de la tour, le veilleur de nuit fait, à partir de dix heures, résonner sa trompe aux quatre points cardinaux. Les ondes sonores vibrent au loin sur la ville endormie et surprennent étrangement le voyageur attardé dans la rue.
A quelque distance de l'église du Saint-Esprit, sur une petite place, s'élève un modeste édifice, bien célèbre dans l'histoire de la pensée allemande. C'est l'Université d'Heidelberg, la Ruperla-Carolina : elle compte aujourd'hui neuf cents étudiants et plus de c^nt professeurs. Elle s'ouvre hospitalièrement au3
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trangers, et nous pouvons y entrer en toute liberté, ^ici d'abord dans le vestibule le tableau noir (Schwarz- 3rett) où chaque professeur indique lui-même le sujet ît l'heure de ses cours. Chaque matière a pour le moins ici quatre ou cinq professeurs : tout docteur peut, en qualité de docent^ ouvrir un courts et faire concurrence au professeur ordinaire ou extraordinaire. Entrons dans une salle : gardons-nous dé nous tromper et d'aller interrompre une conférence de privatisa simi; on nous inviterait poliment à sortir : l'étranger ii*est admis qu'aux leçons faites publicè; la salle ressemble exactement à une salle de collège : le professeur, généralement debout dans sa chaire, songe moins à plaire qu'à instruire; les étudiants assia devant des tables prennent des notes; ils n'applaudissent jamais des mains; un trépignement de pieds indique le comble de l'enthousiasme : c'est une manifestation qu'on se permet rarement. Dans le vestibule, à côté des programmes des leçons, sont affichés les actes officiels, qui ne laissent pas d'avoir quelque intérêt pour un étranger. Ici c'est une ordonnance du recteur concernant l'étude de Tescrime; il recommande au professeur de surveiller sévèrement les étudiants et de ne jamais laisser les exercices dégénérer en duels. On connaît la sotte passion des étudiants allemands pour ce ridicule passe-lemps. Un autre tableau nous en fournit plus d'une preuve. C'est la liste des étudiants qui, pour avoir pris part à un duel, ont reçu le consilium abeundi. Cet agréable euphémisme îst synonyme de renvoi. C'est ainsi que chez nous^
dans certains établissements, on rend à leurs familles les élèves récalcitrants. Du reste, pour constater le caractère batailleur de certains étudiants allemands (je dis de certains, car tous, grâce à Dieu, ne sont pas infectés de ce travers) il suffit d'avoir rencontré dans les rues quelque bande de grands imbéciles, coiffés de casquettes multicolores, et de rubans bariolés, indiquant le corps auxquels ils appartiennent, Frankonia^ Rhenania^ Westphaliaj etc. Ces messieurs ont toujours Tair de chercher un nez à couper, ou une dent à casser. Ils portent leurs balafres avec orgueil; ce sont les glorieuses marques de leur vaillance en des affaires d'honneur qui auraient pu aisément se régler à coup de poings. Il est sur terre peu d'êtres aussi haïssables, au premier abord, que ces hursch. Us tiennent à leur casquette comme le paon à ses plumes, et ne daignent pas s'en séparer quand ils entrent dans un lieu public où il y a des Philistins. C'est le nom qu'ils donnent aux bourgeois. En les caractérisant de la sorte, je ne prétends nullement comprendre l'ensemble des étudiants allemands dans le blâme que j'inflige à quelques-uns. Les vrais étudiants, ceux qui représentent la partie noble et sérieuse de la jeunesse allemande, n'ont rien de commun avec ces poseurs. Leur journal, la Revue académique {Akademische Zeitschrift) signale les travers que je révèle ici et réclame énergiquement en faveur du bourgeois et du bon sens.
Ce qu'il y a de meilleur chez le hursch^ c'est son chien. C'est un compagnon inséparable qu'il emmène partout, sauf, bien entendu, à l'Université. Le dogue
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OU terre-neuve est généralement un des plus beaux
animaux de son espèce : je n'en dirai pas autant de
son propriétaire; le chien a sur lui bien des avantages :
il ne reste pas couvert dans les lieux publics, ne porte
pas de lunettes d'or et ne se bat pas en duel. Cette
mode d'avoir des chiens ne subsiste plus que dans les
petites villes. Celui de M. de Bismarck était célèbre à
Bonn, du temps où. le futur ministre étudiait dans
cette Université. Un jour qu il avait été invité à une
grande soirée, il alla, accompagné de son boule-dogue,
commander au cordonnier voisin une paire de bottes
vernies pour le lendemain. L'honnête artisan avait,
paraît-il, de la besogne pressée, et déclara qu il ne
pouvait satisfaire son client dans le délai prescrit.
« Voyez ce chien, lui dit avec le plus grand sang-froid
M. de Bismarck, je n'ai qu'un signe à faire si vous ne
me donnez pas votre parole de livrer les chaussures à
l'heure dite, il saule sur vous et vous étraugle. » Le
coixlonnier ne se le fit pas dire deux fois : les bottes
furent faites pour le lendemain.
L'Université pourrait longtemps nous retenir; mais elle intéressé peu le simple voyageur, et sur cent touristes, — je parle des Français, — pas un n'en a franchi le seuil. Ce n'est pas la docte cité qui attire le touriste, c'est le schloss en ruine; quitter Heidelberg sans l'avoir visité, ce serait, comme dit un proverbe polonais, être allé à Rome et n'avoir pas vu le Pape. Si le château était aujourd'hui intact, il mériterait certainement l'attention des curieux ; mais il aurait bien moins de prestige et de charme. Ce qui fait son mérite, c'est
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son délabrement : le jour où Ton s'aviserait de le reconstruire en entier, Heidelbei'g perdrait la moitié de ses visiteurs.
La vieillesse couronne et la ruine achève ; Il faut à rédifice un passé dont on rêve,
Deuil, triomphe ou remords.
Nous voulons, en foulant son enceinte pavée, Sentir dans la poussière à nos pieds soulevée
De la cendre des morts.
Il faut que le fronton s'effeuille comme un arbre. Il faut que le lichen, cette rouille du marbre De sa lèpre dorée au loin couvre le mur ; Et que la vétusté, par qui tout art s'efface, Prenne chaque sculpture et la ronge à la face Comme un avide oiseau qui dévore un fruit mûr.
Il faut qu'un vieux dallage ondule sous les portes, Que le lierre vivant grimpe aux acanthes mortes,
Que Teau dorme aux fossés ; Que la cariatide en sa lente révolte Se refuse, enfin lasse, à porter l'archivolte
Et dise : « C'est assez. »
Ce n'est pas, ce n'est pas entre des pierres neuves Que la brise et la nuit pleurent comme des veuves. Hélas 1 D'un beau palais le débris est plus beau ! Pour que la lune émousse à travers la nuit sombre L'ombre par le rayon et le rayon par l'ombre, n lui faut la ruine à défaut du tombeau.
Voulez-vous qu'une tour, voulez-vous qu'une église Soient de ces monuments dont l'âme idéalise
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La forme et la hauteur, Attendez que de mousse elles soient revêtues Et laissez travailler à toutes les statues
Le temps, ce grand sculpteur!
D'un beau palais le débris est plus beau^. Cela est vrai surtout pour le schloss de Heidelberg; le caractère auguste et pittoresque de la ruine fait oublier les fautes de goût de Tarchitecte, le sentiment de la critique disparait, U ne reste plus que de Tadmiration, je dirai presque de la reconnaissance pour les barbares (ce sont, hélas! nos ancêtres), qui ont préparé cette fête des yeux au poëte et à Tartiste.
On monte au château par un plan incliné que Tâne
et le mulet peuvent gravir aisément; on longe, abrité
par l'ombre des vieux arbres, un mur de soutènement
îui s'adosse à la colline et fut bâti par les électeurs
pour arrêter, dit-on, 1 eboulement des terres. Sur la
première terrasse qui s'étend à notre gauche et qui
est convertie aujourd'hui en un jardin anglais, était
jadis une cerisaie. C'est là que la princesse palatine
Elisabeth-Charlotte, celle qui fut la seconde femme de
Monsieur après la mort d'Henriette d'Angleterre, c'est
là, qu'au milieu des splendeurs de Versailles, la Pala-
^^fie^ comme on rappelait alors, déclarait avoir passé
les meilleurs moments de sa vie : « Ah! mon Dieul
combien de fois, écrit-elle, ai-je, dans la montagne,
Diangé des cerises à cinq heures du matin, avec un
i. Victor Hugo, Voix intérieures ^
boa aiunnî^i «ie ^in. J'étais alors plus heureuse qu'à nr-sfi:: » C'«eîK là jj^-s-i. ^àjut rappeler des souvenii's ;i*j;s ^ot'^uir^î*. liiri tj»jrtiie tchiit quelques vers du
Li ^}> -t ji :»jîïc axnides de la traiciieiir du malin rjeon^^iiL ians lie janiin prês de moL 1. tirées**, joijjri^iix ei srmpathîqae >'f'tant.'^ Il* r-jc ¥ers Le cieox :
'-'jupjaii«î L*aa .'hàLeaa héroïque.
Lji ruiline iaii«xje
«u^a 1 .*« vL^ila «lî;: rejoint la Tallée.
ltf< ;ariiiis rie .-111:1501: GtBthe sont de date récente; 1> ja- fo.» :r^;t?<^ -fii îi^ïr»-*. quand ou eut déblayé les oiorr^îs e«: .e-f rjnees doa- le flanc de la colline était
;^ inc ji ruiiie >*^cemiaieat i'aulres jardins dessinés $ur le< ^îaj:^ 1 j jl ie aft>> •nxnpabiotes. dont unemys- Uiicdi au :>;».-eace. trv<-r^cau<iiie, a voulu faire rinveu- ^evtr U3ev^>au:a ies^ ^li^roiiies à vapeur. Attaché succès-* îi^emeaù jlci ^r^ice ie Télecteur de Bavière et d^ TeUv-eur jaiaiix. Salxrroa de Caus fut pour eux oe ^ue le \35re :\t: >hjx le Gnmd Roi. Il a donné lades-* a'<t;*i:i.>ti ieî>;itriinS' le Heidelberg, dans un volume :{,:>; le -ifti-^ts '^'lùt.: 71^^ oraê dua grand nombre d^ .i^v.ii'C^ ^r:t^oî!> ;ar îrtie eî vuNrê à Francfort, en 1620. V v.Nî ^:vi^^ c ecati: q::el'^i;e chose de féerique: un t^;,.: ^ ic ?:a;^^-Ciiade?v ie eTjJeries, de grottes, d'arcs vfc^ ;tNVtttiifc«rv i< i<^ ^^^^ '^ '^ \abvtmUies. Cette
DE PARIS A PRAGUE. I8u
£uvre fut achevée en 1619, c'est-à-dire, à la veille du moment où l'électeur palatin était appelé au trône par la Bohême justement révoltée, au début de cette guerre de Trente Ans, qui devait avoir de si funestes conséquences pour la Bohême et le Palatinat.
Au bout de quelques minutes, nous arrivons à Tune des portes du château; après avoir traversé une galerie souterraine, nous débouchons sur l'Altan, large terrasse d'où Tœil découvre au loin la ville et la vallée du Neckar. Cette terrasse s'étend devant la façade extérieure du bâtiment de Frédéric (Frederichs-Bau). C'est la partie la mieux conservée de la ruine, ce n'est pas la meilleure : l'architecture en est lourde et sans grâce. Quel édifice pourrait d'ailleurs rivaliser avec le panorama du Neckarthal? Après avoir traversé une seconde galerie et franchi une lourde porte de guerre, nous entrons dans l'intérieur. C'est ici vraiment que la ruine représente dans tout son charme; et l'on comprend îue les écrivains allemands n'aient pas craint d'évoluer ici le magique souvenir de FAlhambra. Les bàtinieuts et les arbres ont, pour ainsi dire, été plantés au hasard : pans de murs crevassés, arcades ogivales, Diaisonnette rustique, puits orné de lierre, bassin desséché, porte massive, semblent avoir été jetés là par ^iielque fantasque génie pour servir de cadre au joyau de la ruine, à la façade de VOlto-Heimichs-Bau, Cet édifice, qui porte le nom de son fondateur, regarde l ouest et devait, flans la pensée du fondateur, dominer le panorama de la vallée. Des constructions ultérieures l'ont enfermé dans cotte cour. L'architecte fnt un Fia-
nanu. .uiiiu ie Miaiine». II semhlft avoir \*QiiIa cimiM-
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T'^^tu : .e* eîiè^n» Mles-aième* ♦iu àoiit gamresw et
e*irs ouseie* ^om ^uieuue* riar des fermés. Les
•ùa^uv* cieiii iie* < 'onauae*: Uensâmbie de* statoes qui
^»*}i:i»6e*ueîu .e* .itro* le l'auttipiité, le* vertus fooda-
neîLiaieî*, ee ^'H -jnuds-. lieux le UOlym^» Les Tertus
viao:: aietK i i« -reu* ^^'rniioiiqTie «pie le* esthéticieus
uitrinoji'Ai- >m ort Lueu ^xpiii{Tié. Mai* il serait trop
.oiii^ i ^ïPtifistHr. Il ûui bott i étudier rcL il est encore
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afc^e ^Hir lieu ie* ^[muumeuls^ : au iiV est pas troublé
lar 7 jnijyrfuniie le* tamnL ileuni^nL tqcès montreo t
j»^ iiuleîi' uireraHina* àouc ^^^toi)llé* par ITtat et n'oat
mciuL urerèt lecsuuuetà « fiiire vaLatr près du Toya-
,5Hu:- llmeciiur ju munt» $hi^- raiifeois, d'être
^^ie jf nyunï Tjuiieaa^ est «m ^jyBil toianeau, voil^^
Uiu* lii^- àîùltf^ uiuiser^ïTies suaC ^i^ata fort mauvais
s"^i? . vmnoi- ML oiusaf tteTJiniiii&iMSr^ qui occupe la Fr^"
^jrit?.«iii^ .-^^st lait .ôiiiedàim de l)îbelots qui noi'^^
ptuw X Jiisadi ^çw' î«ist «ws^ ^'isHéresse spécial^'
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ment l'histoire du Palatinat. Il y faut noter cependant le moulage en plâtre de la tête de Kotzebue, et le portrait de l'étudiant Sand, qui l'assassina à Mannheim en 1821 : c'est une tête charmante, presque virginale, empreinte d'une indéfinissable expression de mystique enthousiasme et qui éveille une pitié sympathique.
Les massifs de verdure qui enveloppent le château au dehors ne permettent guère de se faire une idée derensemble; mais il est des détails qui méritent d'être étudiés: par exemple, la tour fendue {gesprengte thum)^ dont une moitié tomba d'un seul bloc dans le fossé où elle gît encore aujourd'hui. Mais c'est toujours près du Neckar qu'il faut revenir pour jouir de la ruine dans toute sa majesté. Et si l'on a eu comme ûous la bonne fortune de redescendre la rivière par une belle soirée d'été et de voir tout à coup cette niasse colossale, illuminée de feux de Bengale comme un décor de féerie, profiler ses murs flamboyants sur le fond noir du ciel et de la colline, on aura vu l'un te plus rares spectacles que l'art associé à la nature puisse offrir à l'homme.
— Hélas! Monsieur, me disait une jeune allemande en me montrant de loin la ruine découronnée, vovez ^e que vos ancêtres ont fait de notre château.
Comme elle disait ces mots, la ruine se mit à flamboyer.
-^ Que c'est beau ! s'écria ma voisine.
— Avouez, mademoiselle, que ce ne serait pas si J^eau si nos ancêtres ne vous avaient préparé les élé-
tames populaires, des idées nationales et, si vous êtes philologue (ce que je vous souhaite), des variations dialectiques de l'idiome germanique. Là du moins vous ue rencontrez ni l'éternel diplomate en voyage, ni l'Anglais en quête d'une impression, ni le badaud parisien maudissant la cuisine de son dernier hôtel et s'iuquiétant avant tout de savoir s'il trouvera de bon bordeaux dans le prochain; mais de braves paysans souabes à gilet rouge, à longue redingote, coilfés de ce chapeau tricorne que nous n'avons vu qu'à l'Opéra- Comique, et tirant de longues boutfées d'une bolle pipe en poreelaine. Là du moins, si vous ne voyagez pas seulement pour voir des maisons et des mon- ^oues, si vous croyez que l'homme n'est pas en somme le dernier animal de la création, vous trouverez ample matière à études et à réflexions. Le paysan wurlembourgeois ne voit pas de mauvais œil l'uniiicaiion de la patrie allemande : seulenient ce qui 1 épouvante, c'est l'augmentation croissan te des charges "Militaires: il a une petite dent contre la France dont ^a politique, dit-il, contribue singulièrement à cette augmentation ^ Du reste, il ne demande, lui, qu*à Vivre en paix avec ses voisins.
Le pays que nous traversons est riche, industrieux ^^ agréable à l'œil. Si pressé qu'il soit, le voyageur aurait mauvaise grâce à passer à Stuttgard sans s'y ar- ^^ter. Stuttgard est une capitale, la capitale d'un l'oyaume de 1,700,000 âmes le plus petit de l'Europe