LE MONDE SLAVE. — DE PARIS A PRAGUE
nastère, il en est un qui avait été, suivant la Iraditioii, écrit par saint Procope dans sa grotte solitaire. Au seizième siècle, il tomba aux mains du cardinal de Lorraine qui le donna à la cathédrale de Reims, en l'année 1574. Le clergé de Reims, peu compétent en paléographie slave, prit le manuscrit indéchiffrable pour uu évangile syriaque, lequel aurait appartenu à saint Jérôme. Et pour honorer cette précieuse relique, oa fit prêter sermentaux rois de France sur le mystérieux manuscrit. Égaré pendant la Révolution, retrouvé depuis, le Texte du Sacre (c'est ainsi qu'on le nomme), a été publié en une splendide édition aux frais de l'empereur de Russie. Le proverbe banal habent sua fala Zt6e//i n'a jamais trouvé plus étrange et plus juste application.
Les théâtres de Pétersbourg et de Moscou jouissent chez nous d'un grand prestige; il n'est question dans nos journaux que des engagements fabuleux qui appellent en Russie les artistes de nos grandes scènes; le Gymnase ou le Vaudeville a-t-il un bon acteur, vite la Russie nous l'enlève; une étoile se lève-t-elle dans le ciel de notre opéra, vite une jlépêche l'appelle au Théâtre-Italien de Moscou ou de Pétersbourg. Pour beaucoup d'artistes français et italiens, la Russie est un Eldorado rêvé, une Corinthe où tout le monde n'a pas, hélas 1 l'heureux privilége-de pouvoir aller recueillir roubles et diamants.
Mais à côté de ces théâtres français et italiens destinés à satisfaire les goûts délicats d'une aristocratie cosmopolite, il y a les théâtres nationaux, les théâtres où Ton joue en langue russe pour le peuple russe. 11 ih'a paru intéressant de rechercher quelle pouvait être la condition de ces établissements; un travail, récemment publié par un professeur de Moscou, donne
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à ce sujet de très-curieux détails; l'auteur de ce travail n'étant pas Russe d'origine a dû échapper nécessairement au joug des préjugés nationaux, et ses appréciations présentent de sérieuses garanties d'impartialité; elles paraissent même un peu pessimistes; on me saura gré, je Tespère, d'avoir, en m'appnyant sur ses recherches, et sur les observations personnelles que j'ai m.oi-même recueillies, essayé de jeter quelque jour sur un des c^tés les moins connus de la vie sociale et littéraire en Russie.
Le théâtre n'est pas, en Russie, dans les deuxcapita-
les une institution libre soumise au contrôle de TEtat et des municipalités; c'est un monopole de TEtat, une industrie gouvernemenfele qu'il n'est pas permis aux particuliers d'exploiter. C'est là une règle absolue pour les théâtres en langue russe; pour ce qui est des langues étrangères, c'est bien différent; il y a à Pétersbourg et à Moscou des théâtres français, allemands et italiens absolument indépendants.
Quant aux théâtres russes ou impériaux, ils sont administrés par des fonctionnaires de l'Etat. La place de directeur est souvent confiée à des personnes qui ont peu d'éducation artistique; ils perçoivent les revenus de rétablissement et versent les bénéfices à la caisse de l'État; plus ils l'enrichissent, £)lus ils donnent une haute idée de leur valeur. N'ayant pas à craindre la concurrence, ils ne se mettent guère en frais d'imagination et s'endorment dans une apathie
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qui influe sur les acteurs et sur le public lui-même. Dans un théâtre libre, la valeur d'un artiste dépend de la faveur que le public lui accorde ; dans le théâtre officiel russe, elle dépend de la position qu'il occupe auprès du directeur.
Aussi voit-on souvent des artistes de mérite, réduits à abandonner leur carrière, tandis que de médiocres reçoivent des honoraires très-élevés. C'est le régime de la bureaucratie appliqué au théâtre; qu'importent à l'artiste les conseils de la critique? Ce n'est pas d'elle qu'il dépend, mais du directeur, personnage officiel, partant, supérieur à toute critique. Le génie d'intrigue vaut mieux que le talent dans un pareil milieu. Cela n'a pas empêché certains artistes d'arriver à une haute réputation et à une popularité bien méritée; mais le niveau de Tart ne saurait s'élever d'une façon sérieuse dans ces conditions. Un artiste n'est jamais assuré d'avoir des appointements proportionnés à l'importance de ses rôles, ou à l'estime que lui accorde le public.
D'après la loi qui a pris soin de fixer les moindres détails, le traitement d'un artiste ne saurait excéder 114.*:5 roubles? Pourquoi ce chiffre bizarre de 1143? C'est que la loi date de 1827, époque où le paiement se faisait en assignats; or, la loi de 1827 fixe un maximum de 4,000 assignats, soit 1143 roubles, les assignats ayant depuis longtemps été retirés de la circulation. Cet ancien règlement n'est pas suivi; en général l'artiste est payé eu feux (à la représentation) et a droit à un bénéfice \ dans certains cas une indemnité
est aussi accordée pour la garde-robe; les tarifs sont excessivement divers; du reste, il n'est rien de plus difiPicile h apprécier en monnaie courante que le talent artistique : mais les mauvaises langues prétendent que des circonstances tout à fait étrangères aux intérêts de Tart contribuent singulièrement à enfler ou à diminuer les honoraires de tel ou tel artiste.
La jégie est généralement insuffisante, et quand un bon acteur veut être bien secondé dans une représentations, il se charge de remplacer le régisseur. On peut constater cette insuffisance de la régie au Théâtre- Alexandre à Pétersbourgi ; des acteurs n'y savent ni marcher, ni s'asseoir, ni saluer, affirme une critique d'ailleurs assez sévère; ils placent le comique dans de misérables effets de costume, dans des pantalonnades dignes du théâtre de la foire. Chaque artiste, au lieu de sacrifier aux nécessités de son rôle, tire à soi tout ce qu'il peut de la pièce, et quand il quitte la scène, s'efforce de faire entendre au public que « sa voiture l'attend » et qu'il n'est pas homme à retourner à pied chez lui ; chacun tâche de faire comprendre qu'il n'est pas le laquais, le paysan, l'aubergiste qu'il représente, mais bien un artiste des théâtres impériaux, et que s'il figure un laquais ou un aubergiste, c'est tout simplement par ordre de la direction. Cela fait singulièrement tort à l'illusion.
1 . Ces observations ne sauraient s'appliquer au théâtre de Moscou; il renferme des artistes de premier ordre, et l'inlerprétation des pièces esl gènètaX^m^uV. ^>ûÇi\vaw\a,
La concurrence entre artistes, la rivalité qui est pour le talent un aiguillon si puissant, est inconnue dans la plupart des théâtres. Il y a une école officielle où ils l'ecrutent leurs artistes; capables on incapables, les écoliers envahissent la' scène et la ferment aux autres; il est très-difficile, à qui u a point passé i)ar l'école, de devenir membre du théâtre.
Le choix des pièces, la dramaturgie, comme on dit en style technique, dépend delà direction, des acteurs et de la censure. Toute œuvre dramatique doit, comme en France du reste, être soumise à la censure. Si elle passe, elle est ensuite soumise au comité littéraire du théâtre. Acceptée par le comité, il lui faut trouver un artiste qui soit prêt à la jouer à son bénéfice; la censure est aussi chatouilleuse que celle dont parle 1^'igaro; elle autorise le Prophète^ mais sous un autre titre, pai'cè que la foi orthodoxe ne reconnaît pas ce prophète-là ; elle n'admet pas sur l'affiche le nom de Guillaume Tell, coupable de rébellion envers ses chefs, le remplace par celui de Charles le Téméraire.
Les écrivains russes ont souvent fait à leurs dépens d'amères expériences. La célèbre comédie de Gri- ^iedov, Gore od uma (le Malheur d'avoir de l'esprit)^ a été écrite en 1822 ; à cette époque, il n'était pas même permis de Timprimer; puis la censure permit d'en
jouer un acte, puis deux, puis trois, puis quatre. 11 se passa dix ans environ avant que la pièce pût être jouée sans lacune, et dix années encore, avant qu'on pût la jouer tout entière. Le chef-d'œuvre de Gogol, le Revi- ^% que M. Mérimée a fait connaître chez nous, aurait
eu le même sort si l'empereur n'en avait, lui-même ordonné la représentation. La censure fit bien encore par-ci par-là quelques coupures; ce n'est que l'an dernier que Ton a pu jouer le Bevisor tout entier à Moscou. En ce moment même, on signale en Russie une recrudescence de sévérité chez la censure. Certaines pièces qui jusque-là avaient sans encombre occupé le répertoire, ont diparu sans que Ton sache pourquoi. En revanche, la censure laisse passer — comme en France — des opérettes plus que décolletées et peu propres à développer le sentiment de la morale publique; sans doute, ces opérettes lui paraissent moins dangereuses que les drames où sont agitées les questions sociales et philosophiques.
Les conditions matérielles faites aux écrivains et aux compositeurs, sont d'ailleurs assez médiocres. Récemment, la direction de l'Opéra russe refusait 3,000 roubles du Festin de Pierre, œuvre posthume du grand compositeur national Dargomyjski. et payait à Verdi '20,000 roubles la Forza ciel Deslino. Ces anomalies s'expliquent parle règlement officiel qui détermineles droit des auteurs et traducteurs.
Ce règlement, comme on Ta vu plus haut, est de 1827; il a fixé les honoraires des écrivains au taux que déternjinait alors la valeur de l'argent et Tiniportance des Ihéâtres; l'argent a diminué de valeur; l'importance des ihéatres a augmenté, le tarif officiel est resté le même! En outre, la direction des théâtres prétend avoir la propriété absolue des ouvrages qu'elle acquiert. D'après la législation russe, une œuvre litté-
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*aire est la propriété de son auteur, non-seulement sa Tie durant, mais encore celle de ses héritiers cinquante 3LT1S après sa mort; or, les directeurs regardent toute 3Buvre achetée par eux comme leur propriété après la mort de l'auteur. Il y a pis *, la direction ne payant les honoraires de Tauteur que du jour ou sa pièce a été représentée, s'il vient à mourir avant la représentation, il ne touche rien, non plus que sa famille.
La loi de 1827 divise en trois classes les œuvres dramatiques. A la première classe appartiennent les pièces originales eu vers de quatre ou cinq actes; elles sont payées 1,143 roubles; (on a vu tout à l'heure pourquoi ce chiffre bizarre).
A la seconde classe appartiennent les pièces originales en vers de trois actes, ou en prose de quatre ou cinq actes; prix: 714 roubles; la troisième comprend les pièces originales en vers de deux actes, ou d'un seul; les pièces originales de trois actes en prose, les traductions de trois actes en vers et les traductions en prose de quatre ou cinq actes; prix : 572 roubles; dans la quatrième classe rentrent les œuvres originales en prose de deux actes ou d'un, les traductions en vers <le deux actes ou d'un, les traductions en prose de trois ou de deux actes ; prix : 285 roubles; enfin, la cinquième classe comprend les traductions des pièces ou vaudevilles en un acte et en prose ; prix : 143 roubles.
Voilà certainement une savante classification; peu iniporte dans ce système la valeur de la pièce ; il s'agit avant tout du nombre des actes; la meilleure prose ne vaut pas les plus mauvais vers ; une tragédie de
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Campistron passe avant V Avare de Volière. L^Revisor de (iogol, qui a le mallieur d'être écrit en prose, est bien moins rétribué que telle détestable tragédie qui n*a pu rester au ré[>ertoire. Quand Gogol présenta cette pi< ce, on jouait alors une pièce en vers d un poète aujourd'hui oublié. Gogol, qui était dans des embamis d'argent assez graves, demanda que son drame fut assimile à cette tragédie ; il n* y put réussir ; Eukolink, le poète tragique, touchait 1,143 roubles pour son œu\re rimée ; Gogol, pour son chef-d'œuvre en prose, toucha 71 i roubles et resta dans la misère tandis que sa pièce enrichissait les directeurs de théâtres.
Fax ce qui concerne les opéras, la loi de 1827 les divise en grands, moyens et petits, sans prendre la peine (l'iDdiquer sur quels caractères internes ou externes se fonde celte classification. Les grands opéras rentrent dans la première des classes que nous avons indiquées tout à l'heure, les moyens dajis la seconde, les petits dans la troisième.
11 arrive souvent aussi que la direction d'un théâtre devient propriétaire d'une pièce sans rien payer, par suite d'un étrange abus qui, heureusement, tend un peu à disparaître depuis quelques années. Un acteur donne généralement pour son bénéfice une pièce nouvelle; il la paie à l'auteur qui compte pour le succès de sa pièce, sur l'éclat d'une représentation à bénéfice; parfois il l'obtient pour rien, d'un auteur avide de réputation et las de voir son œuvre moisir dans ses carions. Une fois propriété de l'acteur, la pièce est aussi la proprièlè Olm V\ifeoi\.Y^\ ç,^^: V^.\:tlste n'est qu'un
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fonctionnaire, une partie de la direction. On cite un grand nombre de pièces célèbres qui sont ainsi devenues, au détriment de leurs auteurs, la propriété des directeurs et leur ont rapporté des sommes considérables. Telle est, par exemple, la pièce d'Ostrovsky, le premier dramaturge russe comtemporain : Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas. Elle a d(^jà été représentée plus de deux cents fois tant à Pétersbourg qu'à Moscou, et on la regarde comme le meilleur drame russe après le Revùor^ de Gogol ; le chef-d'œuvre de Griboïedov : Gore od uma (le Malheur d'être intelligent), a été acheté 275 roubles par Tacteur Bransky, au lieu de 714 qu'il aurait pu rapporter à son auteur; il est resté au répertoire. On calcule que Tacteur qui joue dans cette pièce depuis qu'elle est au théâtre, a dû gagner dix fois plus que l'auteur qui Ta écrite.
On ne pourrait pas encore citer l'exemple d'un seul auteur russe qui soit devenu riche de son métier. Ostrovsky, dont trente drames environ se jouent sur lesdifférents théâtres de la Russie, n'a qu'une position de fortune très-médiocre. Le grand compositeur Glinka, l'auteur du fameux opéra : La vie pour le Tsar^ s'écriait, en quittant la Russie pour aller mourir en Allemagne : a Terre maudite, puissé-je ne jamais te revoir. » Gogol, dans ses Lettres, parle souvent des contrariétés et des chagrins qu'il a éprouvés ; la censure en augmentait encore l'amertume : « Je suis tellement dégoûté du théâtre, écrit-il à un de ses amis, quand je pense aux difficultés qui m'attendent sur la scène de Moscou, que je perds l'envie de faire
aucune espèce de démarche nouvelle. Faites de ms^-; pièce ce que vous voudrez; je ne veux plus m'eli-''; occuper.
» J'en suis las, comme je suis las de la peine qu'elle m'a donnée. L'effet de ma pièce a été grand et retentissant. Tout le monde est contre moi; les vieux fonctionnaires crient que je ne respecte rien, parce que je me suis permis de parler de gens qui sont au service de rÉlat. Sans l'intervention de l'empereur, ma pièce ne serait jamais arrivée au théâtre, et il y a encore des gens qui s^efforcent de la faire interdire. Je vois maintenant ce que c'est que d'être écrivain drama, tique. Au moindre trait de vérité, non-seulement les individus, mais les castes entières se dressent contre vous. Quel bruit c'eût été si j'avais emprunté mor sujet à la vie de Pétersbourg, que je connais mieux que la vie provinciale ! »
Il entreprit, en effet, une comédie sur un sujet emprunté à la vie de la capitale; mais il y travailla longtemps sans avoir le courage de l'achever : a A quoi bon, écrivait-il; on ne pourra pas la représenter... Le drame ne vit que par la scène; sans la scène, c'est un corps sans ame. Il ne me reste qu'à chercher un sujet tout à fait innocent, un sujet de nature à ne pas offenser même un simple sergent de ville. » Cette pièce devait s'appeler l'Ordre de Saint-Vladimir; l'auteur y persiflait cette .passion pour les décorations, qui est un des travers de la société russe ; il ne l'a jamais terminée; quelques fragments en ont été joués à Moscou eu Î8Ç4,
Il y a deux théâtres russes à Moscou et deux à îétersbourg.
A Pétersbourg, TOpéra-National et le Théâtre-Alexandre; à Moscou, rOpéra-National et le Petit-Théâtre. Moscou étant le véritable centre de la Russie, c'est surtout dans cette ville qu'il faut étudier l'organisation des théâtres. Les deux scènes de Moscou occupent un pei*sonnel gigantesque ; il y a un directeur, un bureau delà direction, un inspecteur de répertoire, un traducteur, un chef de copistes, un teneur de livres avec son adjoint, un caissier, un journaliste archiviste, un inspecteur de la caisse, un inspecteur du théâtre, un maître de garde-robe, un architecte, une douzaine de secrétaires, dix médecins de théâtre, un dentiste, un pharmacien ; Un régisseur d'opéra, un régisseur de drame, un maître de ballet, avec son suppléaut, un régisseur de ballet; 29 artistes du premier rang, 29 du second, un inspecteur de musique, trois chefs d'orchestre, deux chefs d'orchestre de ballet, deux pour le vaudeville, un régisseur d'orchestre, quatre solistes, un chef de musique militaire, un bibliothécaire musical, un accordeur, un maître de danse, une inspectrice de l'école théâtrale, deux machinistes en chef, <|uatre décorateurs, un tailleur pour hommes, un tailleur pour femmes, un coiffeur, un fleuriste. Autour de ces principaux fonctionnaires se groupent les figurants, les danseuses, les ouvriers, etc.. dont le nombre total dépasse plusieurs centaines.
Le conseil municipal de Moscou fournit annuelleroeat 50,000 roubles de subvention aux théâtres i^-
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périaiix *, mais il n*a pas le droit de contrôler 1 dépenses. On cite à ce sujet un fait curieux. 1870-71, le Petit-Théâtre de Moscou rapporta, d'à le dire de la direction, un bénéfice net de plui 30,000 roubles ; le conseil municipal, en apprenai fait, demanda à être déchargé de la subveii annuelle , afin de pouvoir consacrer une cert somme à l'amélioration du Conservatoire qui est c un état très-précaire, et des écoles populaires. La rection fit alors réviser les comptes et on consta qu'il y avait un déficit considérable ; Taffaire en r là. Le théâtre étant une institution d'Etat, le joui lisme russe, soumis au régime de la censure et avertissements, évite prudemment d'y toucher.
Les représentations dramatiques à Moscou ont surtout en hiver; en été on ne joue que deux fois semaines et les représentations ont peu d'intérêt: les principaux artistes sont alors en congé.
L'art russe est d'ailleurs peu favorisé à Mos( pendant Thiver une troupe italienne occupe la s de rOpéra ; en revanche, on signale une cerlaim crudescence de TOpéra-National à Pétersbourg; Y tocratie de Moscou fait du Théâtre-Italien une quej de modes et de bonnes manières, et s'intéresse p rOpéra-National, représenté par des compositeurs que Verstovski, Serov, Dargomyjski etGlinka. Le opéra russe qui passionne cette société, c'est la Vie le Tsar, opéra quasi-officiel, dont le titre indique s samment la tendance. En revanche, le Petit-Thé est toujours plein ; il ne contient guère que e
places; la compagnie qui roccupe est en grande faveur auprès du peuple moscovite; malheureusement, le monopole de ce théâtre adonné lieu à un abus criant. Des spéculateurs, assurés qu'il sera toujours plein, achètent dès le matin toutes les places pour les revendre le soir, avec un bénéfice honnête... ou plutôt malhonnête.
On reproche à la direction de ne pas assez varier son répertoire. Heureusement que chaque artiste choisit pour son bénéfice une pièce nouvelle, et comme les bénéfices se répètent fort souvent, le répertoire se trouve ainsi renouvelé ; mais une pièce, même mauvaise, reste au théâtre jusqu'à ce qu elle ait été expulsée par un nouveau bénéfice. La direction use de son \ monopole, évite autant que possible les études fati- I gantes et les frais de mise en scène. Pour les artistes I italiens, pour les ballets aristocratiques, on fait de I grandes dépenses; mais les chefs d*œuvre de la scène I russe sont fort négligés; les critiques russes se sont fort souvent plaints de l'insuffisance des décors et de ■: la pauvreté des costumes. J'ai vu cependant à Moscou, { des ballets et des Opéras montés avec une mise en scène splendide ; les chanteurs étaient médiocres. Les meilleurs acteurs, ceux qui ont assuré la réputation <^u théâtre, sont aujourd'hui fort âgés, et l'on se plaint de ne pas trouver d'artistes capables de les remplacer. D'ailleurs, les fonctions théâtrales sont le plus souvent héréditaires ; la direction passe du père au fils ; il en 6Stdemême des emplois sur la scène; malheureusement, le talent dramatique n'est pas chose héréditaire.
Il y a déjà vingt ans, un critique de Moscou écrivait le dialogue suivant :
Avez- vous à Moscou une bonne troupe?
— Non, mais nous avons de bons acteurs.
— Avez-vous au moins un bon ensemble?
— Non, mais nous avons de bons rôles.
Le personnel est insuffisant, on se plaint du défaut de pères nobles et de jeunes comiques ; seuls les chefsd'œuvre de Griboïedov et de Gogol restés depuis longtemps au répertoire peuvent se flatter d'une sérieuse exécution, mais ont ne les joue pas souvent.
Le nombre des pièces jouées annuellement à Moscou est d'environ cinquante, chiffre assez considérable, qui s'explique par ce fait que tout acteur tient à offrir une pièce nouvelle pour sa représentation à bénéfice; les principaux écrivains dramatiques sont Ostrovsky, dont les œuvres ont une véritable valeur, mais sont plus goûtées à Moscou qu'à Pétersbourg, et Datcheuko, dont les œuvres ronflantes flattent le goût du jour; on l'appelle le Sardou russe. On cité encore Mann, Sleller, et quelques autres moins connus; leurs œuvres n'ont guère qu'une valeur secondaire. Il faut excepter toutefois de celle médiocrité les beaux drames en vers du comte Tolstoï ^
Une grande partie du répertoire est naturellement représentée par des traductions du français. Notre scène a le privilège d'alimenter tous les théâtres de l'Europe. Je me rappelle qu'un jour, étant à Vienne,