INTRODUCTION. XIX
au point de vue de l'alphabet, le inonde slave est bien loin de l'unité.
Je ne puis donner ici une idée de l'ensemble des littératures slaves^ ou de chacune en particulier. Toutes, sauf la littérature slavonne, offrent un élément populaire précieux au point de vue poétiqvie et mythologique. Toutes ont un fonds do chansons et de contes que d'innombrables publications n'ont point encore réussi à épuiser; les contes, quand on les aura suffisamment étudiés, jetteront un jour nouveau sur certains côtés de la mythologie indo-européenne ; les poëmes populaires se présentent sous un double aspect; chants héroïques, idylles amoureuses. La poésie héroïque populaire a disparu de bonne heure chez les peuples soumis à l'influence du latanisme ; la Pologne l'ignore absolument ; la Bohême n'a retrouvé que quelques fragments de ses antiques épopées ; en revanche, les pays orthodoxes^ la Russie, la Serbie offrent des cycles entiers de poëmes héroïques. L'auteur de ce travail a traduit les épopées bohèmes. MM. Dozon et (l'Avril, les poëmes serbes. Un savant anglais, M. Ralston, nous, promet sur les épopées russes un volume qui révélera dos choses intéressantes»
On a traduit aussi des chansons populaires; mais, dépouillées de leur musique originale et de leur langue essentiellement gracieuse et poétique, ces idylles délicates deviennent dans la traduction ce que devient dans un herbier une fleur desséchée. On en retrouve les formes; mais il faut en deviner le charme, la couleur et le parfum. A côté de la poésie populaire, chaque pays slave a eu, dans la limite des circonstances, une littérature savante qui mérite d'occuper l'attention. La Bohême a l'honneur d'annoncer la réforme par les écrits de Jean Huss, que les Allemands revendiquent en vain : Huss fit pour le tchèque ce que plus tard Luther devait faire pour l'idiome germanique; le quinzième, le seizième et le dix-septième siècle présentent une forte génération de moralistes, de théologiens et de poètes.
La Pologne, plus foncièrement catholique que la Bohème, débute plus tard dans l'application de la langue populaire ; mais elle produit des poëtes éclatants, dignes de l'antiquité classique. Aujourd'hui encore, la poésie polonaise, inspirée par les malheurs de la patrie, pénétrée d'un mysticisme étrange et poignant, peut bravement soutenir la
comparaison avec les Ecoles de France, d'Aile-