‹ Le monde slave, voyages et littéatureChapitre 13 sur 47 · Elle n'est pas encore ouverte aujourd'hui (mai · texte numérisé non relu

Elle n'est pas encore ouverte aujourd'hui (mai

U.\ KVJÈQUE SLA\ K, l/Jo

une cathédrale. Ses prédécesseurs à Diakovo ne lui out laissé (ju'une misérable église. Près d'elle s'élève en ce moment une cathédrale en style roman, à laquelle l'évèque a déjà consacré près de cinq cent mille francs. Les carions des fresques qui l'orneront ont été dessinés par le célèbre Overbeck.

J'ai dit qu'il me répugne de relever les calomnies dont Mgr Strossmayer a été l'objet. Le simple récit de sa carrière suffit à éclairer le lecteur. Qu'on me permette cependant une réflexion :

Un a accusé Mgr Strossmayer d"être un révolutionnaire; il l'est, si c'est être révolutionnaire que do défendre ce qu'on regarde comme le droit et la justice. On l'a accusé d'être panslaviste : c'est là un bien gros mot, surtout dans la bouche de ceux ijui n'en comprennent pas la valeur. Il l'est, car il prétend que les Slaves d'Autriche et de Turquie ont des droits égaux à ceux des autres races, qu'il n'y a point dans le monde de peuple déshérité.

On l'a accusé d'être un ambitieux. Ambitieux dans quel sens? S'il avait voulu prêter les mains à des combinaisons qu'il répudie, il tiendrait aujourd'hui un rang élevé dans les Conseils de l'Empire et il vit comme un curé de campagne dans sa petite ville de Diakovo; l'archevêché d'Agram est vacant aujourd'hui; il assure à son titulaire le chapeau de cardinal : la voix unanime du peuple serbo-croate désigne Mgr Strossmayer à ces hautes fonctions; il choisit ce moment pour se mettre mal avec la curie romaine, lui qui déjà est loin d'être bien avec le ministère de Pesth

loi LK MONDE SLAVK. — UN KVÉuLli SLANK.

et le souverain de, \'ieniie '. Un l'a accusé enfin d'être hérétique ; mais dans celte séance mémoraLIe du 22 mars, au milieu des voix qui criaient: Dumnamus e(f;?! .'une s'est élevée, la voix d'un évêque français:- At ego non dam no !

Sans être bien prorondément initié aux mystères du Concile, nous savons (]ui sont les alliés de l'évêque slave et qui sont ses adversaires. En ce moment même, l'Autriche est en proie à une crise qui justifie toutes ses prédictions politi(]ues. Si nous avions compétence pour parler du Concile, nous dirions aussi que l'avenir donnera raison aux doctrines religieuses de l'éminent prélat. Mais nous laissons à d'autres l'examen des questions ttiéologi(jues, heureux si nous avons pu, dans cette rapide esquisse, mettre on lumière une des plus nobles figures de notre lemiis.

(Avril 1870.)

1 . Mgr Strossmayor n'a pas elc promu à rarclievèclié d'Agram. Nous nous y attendions.

Lo drame apparaît tard chez les Slaves du Sud : toute monastique et juridique au moyen âge, la littérature serbe ne parait pas avoir connu ni les mystères ni les soties si chers à nos aïeux. C'est en Dalmatie, sous l'influence de la Renaissance italienne, que des essais dramatiques se produisent pour la première lois. Cependant l'élément dramatique ne manque pas dans la poésie populaire des Serbes. Quelques-unes des pesmés, de ces fameux chants révélés, il y a quarante ans, à l'Knrope par "N'ouk Karadjitch, renferment des tragédies tout entières, et les poètes modernes n'ont eu qu'à les mettre en dialogues. Mais tandis que le peuple chantait pour lui-même, les moines, seuls re[irésentanls de la littérature é/rite, traduisaient et conmientaient les Ei"ri!ures, et plus tard, quand une littérature laïijne vint à naître, éblouie par les splendeurs de l'antiquité classique, elle dédaigna de puiser à la source de la poésie populaire.

l'M) LR MONDE SLAVE.

C'est à Spalato que paraît au quinzième siècle le premier essai de drame en langue nationale. Un riche commerçant, Annibal Loutsitch, célèbre par des poésies remarquables, emprunte à 'l'histoire croate son drame de Robinin (l'esclave). L'action est des plus simples, mais le style offre déjà de grands mérites. La dédicace de ce poème nous apprend que, dès cette époque, des représentations théâtrales avaient lieu à Spalato pendant le carnaval. Quelques années plus lard, Raguse, la i)etite mais riche république, la Venise slave, devient le centre de la littérature dalmate. Vetranitch traduit YHècubc d'Euripide. Cubranovitch écrit un poème dialogué : la Bohémienne. On sait qu'il lut récité pu])liquement en 1527, il [)Ourrait se comparera quelques-unes de nos salies du quinzième OU du seizième siècle. Xaleskovitch, le premier, écrit des comédies. Lukaritch traduit le Pastor fido de Guariui. Hectorevitcli. habitant de l'île de Hvar (Lésina, non loin de Lissa), pul)lie des Dialofjues de pêcheurs. Dans la même île, Gazarovifch écrit un drame, le Corsaire. Un peu plus tar I, Zlalarilch (né en lô6G) traduit YÉlectre de Sophocle et dédie sa traduction à Georges Zrinsky, parent du fameux héros croate; il traduit aussi VAntinta. .Ie;iu (lundulitch, l'auteur de la grande épopée l'Osmunidi^ culliva avec une grande ardeur la littérature^ drauialique. On cite le titre de cinq pièces aujourd'hui perdues : Galathée, le Sacrifice de l'Ainniir, fêrès, Clëopdtre, Adonis. Nous savons par sou témoignage qu'elles avaient été représentées avec un tivs- grand succès. Il nous reste de lui

Li: DRAME MODERNE E.\ SlîRUIE. VM

Ariadne^ VEnlèvement de Proserpine et Dubravha ^ drame pastoral. L'émule de Gundulitch, Palmotitch, écrit Énée aux Enfers, Atalantc (aujourd'hui perdue), Achille, tragi-comédie en trois actes, représentée en 1637, et Daniça, représentée en 1644 par la Sociétés des Anes, Hélène (d'après Ovide), etc., puis des drames nationaux : Pavlimir, d'après la chronique dite de Presbyte)' Diocleas; l'un de ses parents, J. Palmotitch, écrit une tragédie de Dion, etc. Nous pourrions citer une foule d'autres noms ^ ; la plupart de ces drames sont devenus fort rares, nous ne voulons ici ni les énumérer ni les apprécier. La fécondité de la littérature ragusaine se prolonge jusque vers la fin du dixhuitième siècle ; le plus fertile dramaturge de cette époque est un certain Gledievitch; Sorkovsky (Sorgo) traduit Molière et Métastase; un Français, Hruère- Deriveaux, naturalisé à Raguse sous le nom de Bruerovitch, compose une comédie représentée dans cette ville.

Plus tard, nous retrouvons la littérature dramatique à Agram. Le chanoine Brezovacki publie nne comédie de saint Alexis, une autre intitulée Grabancias {l'étudiant), puis on commence à imiter en Croatie et en Slavonie des comédies allemandes.

Au moment où la Serbie, délivrée des Turcs, entreprit de rentrer dans la vie européenne, deux écri-

1. Un écrivain dalmate M. Pavich vient de publier un volume très-curieux sur Thisloire du drame à Raguse. Nous en avoua rendu compte dans une Revue de Londres (The Academy, année 1872).

vains se rencontrèrent, l'an, Obradovitch, pour lui créer une prose littéraire; l'autre, Karadjitch, pour lui révéler sa poésie populaire. Cette publication des pesmès arracha la littérature serbe à l'imilalion servile des modèles français et allemands et lui ouvrit des Horizons inconnus jusqu'^alors. L'éporjue d'ailleurs prêtait au drame. La Serbie venait de chasser les musulmans après trois siècles de souffrances. Des poêles parurent qui évoquèrent l'antique gloire de leur patrie, qui mirent sur le théâtre ses malheurs et sa délivrance. Quand nous disoiis théâtre^ c'est une métaphore, la muse tragique n'avait pas encore de temple ofïiciel chez les Slaves du Sud; comme au temps de Molière, elle s'abritait dans les granges et dans les auberges. Il n'y a que quelques années qu'Agi-am, Novi-Sad et Belgrade ont des théâtres. Le premier poète de la Renaissance serbe fut Sima Milutinovilch. Nature ardente, impétueuse, éminemment poétique, c'i^st bien le chantre d'une nation jeune et aventureuse, qui cherche sa destinée et qui saura la trouver. On estime encore ses deux drames />//«■« Tsernoijorska el Milocli Olnlitch (1837); une tragédie de Koraycorfjc est encore inédite. Le second poète fut Etienne Popovitch; ses drames 5rf- Inznr et Milava, Slxaiulerbc;/, Mitoch Obililrli; ses comédies : la nniunu'sc Fci)niit\ Tromperie pour Tromperir, Ikhjradc autrefois cl aujourd'hui, furent joués avec succès sur 1(\'^ théâtres provisoires d'Agram et de Belgrade. Ou les représente encore aujourd'hui. Dans une période plus récente a paru M. Subbotitch, aujourd'hui président do la Mniira (société littéraire

serbe), dont les drames sont empruntés à l'histoire serbe et croate ; certains critiques leur donnent le premier rang dans la littérature jougo-slave. A côté de lui se place l'auteur du drame que nous allons analyser, M. MatiaBan. M. Ban est né en 1818, dans cette ville de Raguse où la poésie écrite des Serbes a commencé. Il a, comme les Vetranovitch, comme les Gundulitch, subi dans sa jeunesse Finlluence de la littérature italienne; ses premières productions sont même écrites en italien. Jeune encore, il (juilta sa patrie et alla s'établir à Constantinople où il enseigna la langue italienne. Puis, il vécut quelque temps à Brousse, en Asie-Mineure. Il se rendit ensuite à Belgrade où le prince Alexandre lui confia l'éducation de ses filles. 11 écrivit, à ce propos, un ouvrage estimé siir l'éducation des filles; il retourna plus tard à Raguse et y publia un recueil intéressant, Dubrovnih. Ya\ 1853, il revint à Belgrade et occupa au lycée la chaire de langue et de littérature serbe. Il a beaucoup écrit en français et en italien sur les questions politiques. 11 a pu])lié jusqu'ici deux drames : le Tsar Lazare et Meii-iiua, que nous allons analyser. Cette œuvre a excité, parmi les critiques slaves, de grandes controverses. Elle en est sortie triomphante. Lors de son apparition, le comité, établi à Agram pour rcucourageinent de lart dramatique, lui a décerné une récompense. Publiée en 1850 à Xovi-Sad, elle a été tiailnilc en Idiéque et en polonais. Nous croyons que l'auteur ne s'est pas bien rendu compte des exigences de la scène; sa pièce gagnerait à être élaguée, et, dans notre analyse, nous

devrons quelquefois sauter des scènes oiseuses, de longs monologues, inutiles à la marche du drame. Néanmoins, elle nous paraît renfermer de grandes beautés, et il serait fort possible qu'avec quelques légers remaniements elle obtint un succès véritable, non-seulement sur la scène serbe, mais même sur un des Ihéàtres de l'Occident ^

Le sujet du drame de Meirima est purement romanesque. Les personnages ne sont pas historiques. Le poète n'a emprunté à l'histoire que le fidèle tableau de l'oppression des chrétiens par les musulmans. L'idée première se retrouve dans bien des œuvres, depuis la Zaïre de Voltaire jusqu'au Malek-Adcl de madame Cottin, depuis le Giaour de Byron jusqu'à la Juive de Scribe; c'est l'amour d'un chrétien jjour une musulmane, sujet fécond en péripéties dramatiques, heureusement rajeuni parla l'éalité des peintures. On connaît les Turcs français de Voltaire, les Musulmans fantaisiste de Byron. Voici de vrais Turcs, de vrais Serbes, peints par un poète qui a vécu longtemps à Raguse, à Belgrade et à Constantinople. De nombreuses citations permettront au lecteur de comprendre et d'apprécier

1. Meirima a été représentée avec succès sur le théâtre national de Belgrade. L'auteur a, depuis Meirima, écrit deux drames également estimés.

LE UUAME MODERNE EX SERTME. I 't I

une poésie qui, pour sortir de l'ornière classique, n'en offre pas moins de sérieux mérites littéraires et un puissant intérêt dramatique.

La pièce a un double titre : Meirima ou les Bosniaques; l'action se passe dans cette province de Bosnie, jadis si llorissante sous ses rois nationaux, aujourd'hui soumise à la Porte. L'hostilité des chrétiens contre les oppresseurs a été poussée au dernier degré par les excès toujours croissants des pachas et des beys musulmans. Dès la première scène, on prévoit une lutte imminente : mais tandis que l'orage gronde et va bientôt éclater, deux jeunes gens, Jivan, le fils du serbe Novko, Meirima, la fille d'Alipacha, s'abandonnent à un amour coupable et impossible.

Le père de Jivan, qui veut le marier à la fille du chrétien Ouroch et qui redoute les conséquences d'une passion illégitime, va lui-même dénoncer cette passion au père de Meirima sans toutefois lui révéler le nom du Serbe assez audacieux pour aimer une musulmane. — Paclia, tu as une fille, elle est jeune, elle est belle, garde-la bien, un chrétien est son amant. — Malheur à toi si tu as menti ! répond Alipacha.

Novko n'a pas menti : Meirima elle-même révèle à sa suivante Chérifa son amour et ses inquiét\ides. Jivan l'aime, mais il ne veut pas se faire musulman. 11 obéit à son père, il est faible devant lui, et son père va le marier à la fille d'Ouroch, à Loubitsa. Ilélas! s'écrie douloureusement Meirima, il ne vioudra pas mémo me dirn adiou!

CHÉRiFA.

Il est homme : il a plus de raison que toi. Il sait qu'à ce dernier entretien en succéderait un autre dernier, puis un troisième, et cela serait sans lin. Kt polir aboutir à quoi? Pour envenimer encore la plaie de votre cœur; pour vous exposer chaque jour à voire perte !

MEIRÎMA.

Oh non ! ce n'est pas cela. Dis plutôt qu'il ne m'aime plus..., que Loubitsa m'a remplacée dans son cœur. C'est bien naturel ; elle est jeune et belle. Il est avec elle du matin jusqu'au soir. Elle le flatte: elle le caresse. Ah! puisse le tonnerre de Dieu la dévorer! Chérifa. je ne survivrai pas à celte douleur.

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