DE PARIS A PRAG LE. IST
ment 1" histoire du Palalinat. 11 y l'aut noter cependant le moulage en plâtre de la tète de Rotzebue, et le portrait de l'étudiant Sand, qui l'assassina à Mannheim en 1821 : c'est une tête charmante, presque virginale, empreinte d'une indéfinissable expression de mystique enthousiasme et qui éveille une pitié sympathique.
Les massifs de verdure qui enveloppent le château au dehors ne permettent guère de se faire une idée de l'ensemble; mais il est des détails qui méritent d'être étudiés: par exemple, la tour (endiie {gesprengte tliurm), dont une moitié tomba d'un seul bloc dans le fossé où elle gît encore aujourd'hui. Mais c'est toujours près du Neckar qu'il faut revenir pour jouir de la ruine dans toute sa majesté. Et si l'on a eu comme nous la bonne fortune de redescendre la rivière par une belle soirée d'été et de voir tout à coup cette masse colossale, illuminée de feux de Bengale comme un décor de féerie, profiler ses murs flamboyants sur le fond noir du ciel et de la colline, on aura vu l'un des plus rares spectacles que l'art associé à la nature puisse offrir à l'homme.
— Hélas! Monsieur, me disait une jeune allemande en me montrant de loin la ruine découronnée, voyez ce que vos ancêtres ont fait de notre château.
Comme elle disait ces mots, la ruine se mit à llaniboyer.
— Que c'est beau ! s'écria ma voisine.
— Avouez, mademoiselle, que ce ne serait pas si beau si nos ancêtres ne vous avaient préparé les élé-
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ments du spectacle et je me mis à développer la théorie de Victor Hugo. Ma voisine accepta en souriant mon paradoxe. Mais comme nous .mettions pied à terre, nous entendîmes tout à coup une voi.\ près de nous, qui criait: « Mélac ! Mélac! Komm hier'^. « C'était un bon bourgeois qui appelait son chien. Il n'avait pas trouvé de meilleur nom à lui donner que celui du général français qui jadis avait désolé son pays. Toute médaille a son revers. Qu'eu eût pensé Louis XIV ?
Deux heures après avoir quitté Ileidelberg, nous entrons dans le Wurtemberg. Les wagons wurtembourgeois appartiennent au système américain que vous avez sans doute rencontré dans quelques parties de la Suisse. Ils ont huit ou dix mètres de long et ne sont pas divisés en compartiments. Ils s'ouvrent aux deux extrémités ; une allée traverse le wagon dans toute sa longueur ; il se termine par deux platesformes où le voyageur peut tout à son aise contempler le paysage à travers la fumée trausparente de son cigare. Si le mauvais temps vous confine dans le wagon vous pouvez y circuler dans toute la longueur, si vous avez eu le Iton sens de prendre les troisièmes, vous y pourrez faire une étude approfondie des cos-
J. Viens ici.
OK PAiiis A pr.AGirj:. 189
tûmes populaires, des idées nationales et, si vous êtes philologue (ce que je vous souhaite), des variations dialectiques de l'idiome germanique. L<à du moins vous ne rencontrez ni l'éternel diplomate en voyage, là l'Anglais en quête d'une impression, ni le badaud parisien maudissant la cuisine de son dernier hôtel et s'inquiétant avant tout de savoir s'il trouvera de bon bordeaux dans le prochain; mais de braves paysans souabes à gilet rouge, à longue redingote, coiiîes de ce chapeau tricorne que nous n'avons vu qu'à l'Opéra- Comique, et tirant de longues bouifées d'une bslle pipe en porcelaine. Là du moins, si vous ne voyagez pas seulement pour voir des maisons et tles montagnes, si vous croyez que l'homme n'est pas en somme le dernier animal de la création, vous trouverez ample matière à études et à réllexions. Le paysan w iirleudjourgeois no voit pas de mauvais œil l'unificalion de la [latrie allemande : seulement ce qui l'épouvante, c'est l'augmentation croissante des charges militaires: il a une petite dent contre la France dont la politique, dit-il, contribue singulièremeut à cette augmentation 1. Du reste, il ne demande, lui, qu'à vivre en paix avec ses voisins.
Le pays que nous ti-aversons est riche, industrieux et agréable à l'œil. Si pressé qu'il soit, le voyageur aurait mauvaise grâce à passer à Stultgard sans s'y arrêter. Stuttgard est une capitale, la capitale d'un royaume de 1,700,000 âmes le plus petit de l'Europe