I. \ ictur Ilufro. \'oix inlérieurea
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bon morceau de pain. J'étais alors plus heureuse qu'à présent. » C'est là aussi, pour rappeler des souvenirs plus poétiques, (juo Gœthe écrivit quelques vers du Divan oriental :
Le lys et la rose humides de la fraîcheur du matin
Fleurissent dans le jardin près de moi.
Derrière, ombreux et sympathique
S'élance le roc vers les cieux :
Ceinte d'une foret haute,
Couronnée d'un château héroïque,
La colline ondule
Jusqu'à ce qu'elle ait rejoint la vallée.
Les jardins que chantait Gœthe sont de date récente; ils ont été crées eu 1804, quand on eut déblayé les pierres et les ronces dont le flanc de la colliue était jonché.
Avant la ruine s'étendaient daulres jardins dessinés sur les plans d'un de nos compatriotes, dont une mystification récente, très-répandue, a voulu faire l'inveuleur méconnu des macliines à vapeur. Attaché successivement au service de Télocteur de Bavière et de l'électeur palatin, Salomon de Caus fut pour eux ce que Le Nôtre fut pour le Grand Roi. Il a douné la description des jardins de Heidelberg, dans un volume intitulé Ilnrliis Pahilinus. orué d'un i;rand nombre de liyures gravées [lar Brio et [lublié à Francfort, en 1G20. A l'en croire, c'était quelijue chose de féerique : un fouillis de plates-bandes, de galeries, de groites, d'arcs' de triouiphe, de jets d'eau et de labyrinthes. Cette
DE PAKIS A HRAGUK. 185
œuvre fut achevée en 1G19, c'est-à-dire, à la veille du moment où l'électeur palatin était appelé au trône par la Bohême justement révoltée, au début de cette guerre de Trente Ans, qui devait avoir de si funestes conséquences pour la Bohême et le Palatinat.
Au bout de quelques minutes, nous arrivons à l'une des portes du château; après avoir traversé une galei'ie souterraine, nous débouchons sur VAltcui^ large terrasse d'où l'œil découvre au loin la ville et la vallée du Neckar. Celte terrasse s'étend devant la façade extérieure du bâtiment de Frédéric (Frederichs-Bau). C'est la partie la mieux conservée de la ruine, ce n'est pas la meilleure : l'architecture en est lourde et sans grâce. Quel édifice pourrait d'ailleurs rivaliser avec le panorama du Xeckarthal? Après avoir traversé une seconde galerie et frauclii une lourde porte de guerre, nous entrons dansl'intérieur. C'est ici vraiment que la ruine se présente dans tout son charme; et l'on comprend que les écrivains allemands n'aient pas craint d'évoquer ici le magique souvenir de l'Alhambra. Les bâtiments et les arbres ont, pour ainsi dire, été plantés au hasard : pans de murs crevassés, arcades ogivales, maisonnette rustique, puits orné de lierre, bassin desséché, porte massive, semblent avoir été jetés Là par (]uelque fantasque génie pour servir de cadre au joyau de la ruine, à la façade de ÏOllo-Urinrichs-Uau. Cet édifice, qui porte le nom de son fondateur, regarde l'ouest et devait, dans la pensée du fondateur, dominer le panorama de la vallée. Des constructions ultérieures l'ont enfermé dans cotte cx)ur. L'architecte fut un Fia-
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maud, Colliu de Malines. Il semble avoir voulu combiner dans son oeuvre le génie germanique et celui de la Renaissance. Je laisse aux bommes du métier la description des frises, des festons, des corniches et des astragales. Ce que les profanes remarqueront, c'est l'ingénieux mélange des ordres dorique, ionique et corinthien ; c'est surtout cette surabondance de vie qui déborde sur l'édifice et ne se rencontre que dans les monuments les plus achevés de l'art chrétien. Le mur disparaît sous la multitude des statues dont il est revêtu ; les fenêtres elles-mêmes en sont garnies, et leurs consoles sont soutenues par des Hermès. Les pilastres sont des cariatides; l'ensemble des statues qui représentent les héros de l'antiquité, les vertus fondamentales, les sept grands dieux de l'Olympe, les vertus l>rincipales, a un sens symbolique que les esthéticiens allemands ont fort làcn expliqué. Mais il serait trop long à exposer. Il fait bon ;i étudier ici, il est encore mieux d'y rêver.
Le château de Heidelberg a d'ailleurs un grand avantage sur bien des monuments : on n'y est pas troublé par l'importunité des ciceroni. Ceux qui vous montrent les salles iutérieures sont rétribués par l'Etat et n'ont aucun intérêt personnel à se faire valoir près du voyageur. Lintérieur ne mérite guère, d'ailleurs, d'êti-e visité: le grand tonneau, est un grand tonneau, voilà tout. Les salles conservées sont d'un fort mauvais style; quant au musée Graimberg, qui occupe la Frederichs-Bau, c'est une collection de bibelots qui n'ont guère d'attruit que pour ceux qu'intéresse spéciale-