H IK MO-NUK SLAVE
>) Malheureuse que je suis : j'aurais donué — à la mort, la morl rapide, — mou beau costume, — ma plaisante vie, — tout mou trésor doré, sans y regarder. — Mais je n'aurais jamais laissé partir mon cousin... »
Les Cosaques, aussi, improvisent tour à tour de guerrières épopées ou de tendi'es complaintes. Les luttes contre les Tartares, les exploits de certains chefs : Stenka Razine, Chmeluitsky, Mazeppa, inspirent des poètes sans art, mais non sans talent ; leurs chants sont comme un dernier écho de ces épopées du moyen âge qui célébraient naguère les richesses de Kiev ou les exploits de s:iiut Madimir. Le cycle dWrthur ou de Charlemagne a son pendant dans le cycle héroïque de Kiev. Mentionnons encore les poèmes de Xovogorod-la-Grande, précieux par les lumière.? qu'ils jettent sur la vie et les mœurs de celte ancienne républi(iue.
De même que, dans les épopées, la critique doit l'aire la part de la fantaisie et de la réalité, de même, dans les chants lyri(jues, on doit rechercher les traits qui caractérisent les mœurs intimes du peuple et ceux qui rappellent des traditions mythologiques de la race slave ou de la famille indo-européenne. .V côté de ces antiijues divinités dont les noms nous ont été conservés dans les Chroniques ou dans les monuments, il y a dans la poésie populaire des Slaves tout un monde de demi-dieux et d'esprits que les progrès du christianisme et de la civilisation n'ont point réussi à chasser de la croyance populaire. Le l'uycr domestique est
LES ÉCRIVAINS ANCI. AÏS KT I.A lUSSlE. "in'î
encore regardé par le paysan russe comme le séjour du Génie familier ou Domovo'i. Pendant, le jour, il se tient caché dans le grand poêle en briques qui occupe une partie de Yizba; pendant la nuit, il en sort et se nourrit des aliments qu'on a mis de côté pour lui. Il n'aime point à passer la nuit dans l'obscurité; il allume une torche de résine et va visiter les étables et les écuries; il monte les chevaux du paysan; il se promène sur ses chèvres. Il se montre parfois sous des vêtements d'homme. Sobre et industrieux, il veille sur la chaumière, sur le bétail et le mobilier. Quand une oie est sacrifiée à l'esprit des eaux, on a soin de mettre la tête à part et de la suspendre dans la bassecour. Car le Domovoi est jaloux des autres esprits. Il sympathise avec les joies et les douleurs de la famille à laquelle il est attaché : quand un de ses membres meurt, on l'entend gémir et pleurer; il annonce les malheurs par des soupirs et des sanglots. Si la guerre, la contagion ou l'incendie menacent le village, les Domovoïfont retentir des cris d'effroi dans les prairies voisines. Ile aiment aussi à jouer de mauvais tours, et les paysans ont à souffrir de leur malice.
Ce que le Domovo'i est pour le foyer domestique, la Rousalka l'est pour les ruisseaux et les étangs. Elle y demeure dans des grottes de cristal ornées d'or, d'argent, et de pierres précieuses. Elle disparaît à l'approche de l'hiver et ne se montre qu'au premier souflle du printemps. Dans les mois d'été, les Rousalkas dansent au clair de la lune, et la verdure des grandes herbes révèle la trace de leurs pas; elles font croître
OU dépérir les moissons ; elles partagent l'empire des eaux avec le ^'odiany que l'imaginalion populaire représente sous la forme d'un vieillard nu, à la panse arrondie, au front souillé de boue. Mainte jeune fille noyée dans la rivière profonde est devenue l'épouse du Vodiany. Bon compagnon au demeurant, il se plaît parfois à soulever des tempêtes qui emportent les ponts et les jetées des moulins. Il se laisse prendre dans les filets des pécheurs et les déchire pour délivrer le poisson qu'ils tiennent emprisonné.
Les bois ont aussi leur génie; c'est le Liechy ; il se présente sous diverses figures dont quelques-unes rappellent celles que le moyen âge prêtait au démon ; capricieux et fantasque, il pi'otége tour à tour les loups et les troupeaux; ce n'est. pas l'ouragan qui déracine les arbres et bouleverse les forêts, c'est le Liechy en lutte avec quelque ennemi invisible. Quand il visite ses impénétrables domaines, les bouleaux murmurent et les grands sapins tremblent autour de lui : pendant la nuit, il dort dans quelque hutte perdue au fond des bois ; si un chasseur attardé s'est emparé de cet abri, le Liechy l'attaque sous la forme d'un tourbillon, brise la porte mal jointe, enfonce les planches du toit; les arbres craquent et se brisent, la forêt s'ébranle jusque dans ses racines. Si, malgré ces avertissements réitérés, l'intrus persiste à ne point déguerpir, il périra égaré dans les fourrés, englouti dans les fondrières.
A ces êtres myllii(|ues dont on peut retrouver la famille dans nos traditions indo-européennes, ajoutez