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les figures étranges de la fée russe Baba Taga, de Kostiei rimmortel, ajoutez les animaux fatidiques qui jouent aussi leur rôle dans la vie populaire, les âmes des morts, les merveilles de lîle Buyane, la pierre Alatyr qui semble rappeler d'anti.]ues légendes sur les vertus électriques de l'ambre jaune; étudiez les danses, les chants et les rites qui s'associent aux phases diverses de l'année solaire, aux événements de la vie, fiançailles, mariages, enteri'ements; pénétrez avec M. Ralston les mystères des énigmes et les formules de la sorcellerie, et si, comme le poëte, vous regrettez le temps
où le ciel sur la terre.
Vivait et rayonnait dans un peuple de dieux,
Vous remercierez le guide judicieux qui vous initie h ce monde, hier encore inconnu dans notre Occident, aujourd'hui dévoilé. L'habitude des méthodes rigoureuses, les procédés de la science comparative n otent rien au charme des récils et des descriptions de M. Ralston. Si la langue anglaise est trop sèidie, trop prosaïque pour rendre le charme délicat de la poésie slave, les nombreuses traductions (]ui accompagnent l'ouvrage ont au moins le mérite d'une extrême fidélité. Ce sont comme de bonnes photographies qui ajoutent au texte l'attrait de l'illustration. On comprend le plaisir que l'auteur semble avoir pris à composer son livre, et il est difficile en terminant de ne
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point s'associer au jugement qu'il porte sur le pays qui en est l'objet :
« J'espère, dit M. Ralston, n'avoir point donné une mauvaise idée du peuple russe. La -nature de mon livre m'a conduit à parler fréquemment de ses faiblesses, à insister longuement sur ces superstitions. Mais ce n'est point sur des faiblesses communes en somme à l'humanité tout entière qu'il convient de juger une nation remarquable pendant tout le -cours de son histoire par son respect pour la vieillesse, sa pitié pour l'infortune; un peuple qui, même sous Toppression de l'esclavage, a su garder un sens si profond de loyauté, un amour si ardent pour sa patrie. »
M. Ralston arrive en somme aux mêmes résultats que M. Barry ; son livre n'a pas encore obtenu les honneurs de la traduction ; il les mériterait à tous égards. 11 importe d'appeler l'attention sûr des œuvres aussi consciencieuses. Bien peu d'entre nous peuvent encore aborder la Russie face à face : ne négligeons du moins aucun des travau.x qui sont de nature à nous éclairer sur elle ; appliquons-nous à les faire connaître, en attendant que nous soyons en état d'entreprendre nous-mêmes des ouvrages dignes de rivaliser avec eux.
D'après les travaux dont la queslion slave a été l'objet en France, on serait tenté de croire que les divers peuples slaves sont restés jusqu'ici indifférents à l'idée de leur race, que cette idée a été récemment inventée et répandue en Europe parla propagande russe ou moscovite. On ne niait pas des analogies incontestables de langue et de civilisation, mais on en restreignait la portée aux plus étroites limites; on n'admettait pas qu'il y eût eu jadis entre la Bohème et la Serbie, entre le Pologne et la Bohême, entre la Russie et les Slaves du Sud des rapports plus intimes que n'ont pu l'être par exemple autrefois ceux du Portugal et de l'Italie, de l'Angleterre et de T Allemagne, .assurément le principe des nationalités, l'idée delà race n'ont pas joué en Europe, au Moyen Age, et jusqu'au début de notre siècle, le rôle que nous leur avons vu attribuer dans ces derniers temps ; mais, il y a loin de la notion claire et complète de ce principe, à l'ignorance absolue de toute solidarité entre des peuples de même
origine et de langue analogue. Il n'est pas étonnant que les iraces de celte solidarité entre les nations slaves nous aient échappé jusqu'ici ; elles sont pour la plupart, consignées dans des documents que nous dérobe soit l'éloignement des pays où ils ont été publiés, soit l'ignorance des langues dans lesquelles ils ont été écrits. Mais les savants slaves, intéressés à retrouver les titres de leur race, n'ont pas négligé de remettre en lumière les témoignages divers qui attestent les rapports politiques, religieux ou intellectuels des peuples slaves, depuis le moment de leur apparition dans l'histoire. Si quelques-uns de ces érudits ont apporté à cette recherche plus d'enthousiasme que de véritable critique, et ont t'ait tort aux résultats de leurs investigations par les conclusions exagérées qu'ils en ont voulu tirer, d'autres, plus sages et plus modérées, se sont contentés de rassembler' les textes, en laissant à l'intelligence du lecteur le soin d'en déduire les conclusions, (^est ce qu'a fait par exemple, il y a quelques années, M. Bogisich, auteur d'ouvrages estimés sur le droit slave, serJje de naissance et aujourd'iuii professeur à l'Université d'Odessa. Dans un travail pulilié par les Annales serbes de Xovisad (Hongrie), il demande pour les Slaves la création d'un Musée central, analogue au Musée germanique de Nuremberg. A ce propos, dans un .Appendice plus intéressant pour nous que la brochure elle-m.ême, il a groupé une quarantaine de textes, la plupart inconnus avant hii et relatifs aux rapports des peuples slaves à différentes ])ério(les de leur histoire, ^'ers la même
LES ORIGINES D l' PANSLAVISME. '299
époque, un savant de Prague, aujourd'hui professeur à Varsovie, M. Perwolf, essayait de retracer systématiquement l'histoire de la solidarité, ou, pour être plus exact, de la mulualiU slave. La carrière de ces deux écrivains donne pour ainsi dire une sanction particulière à ce principe de mutualité ; nés tous deux chez des peuples dont le développement naturel est entravé par les nécessités de la politique auslro hongroise, ils ont trouvé un accueil plus favorable, une situation plus digne de leur talent dans le vaste empire des tsars. Aux documents qui nous so it fournis par ces consciencieux investigateurs, il faut joindre ceux que nous donne à l'article Slaves, la grande Encyclopédie bohème, publiée à Prague depuis plusieurs années, sous la direction d'un homme d'État éminent, M. Rieger. Là se trouvent léunis et condensés dans une cinquantaine de pages uu giand nombre de matériaux que Ion chert-herait vainement ailleurs ; ils ont été rédigés par }.I. Perwolf, dont nous avons parlé tout à l'heure. D'antre part, sous ce litre le Panslavisme occidental, un publicisto polonais, M. Hofman, s'est attaché à grouper tous les documents qui étaljlissent les rapports historiques de la Pologne et de la P>ohôme pendant le Moyen Age. Enlin, un savant russe, M. Pypine, dans son Histoire des littératures slaves, nous fournit les éléments d'information et de critique d'autant plus sérieux que l'auteur est l'adversaii-e décidé de toute espèce de Panslavisme, littéraire ou autre, et que son livre se termine par uu véritable réquisitoire contre ce qu'il appelle les rêveries et les
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fantaisies des panslavistes. Ainsi, par un hasard assez curieux, les quatre écrivains auxquels nous empruntons les principaux éléments de cette étude appartiennent aux quatre grands peuples slaves : l'un est Serbe, Tauti'e Tchèque, le troisième Polonais, le dernier Russe ; leurs ouvrages, écrits dans quatre idiomes différents, se complètent, pour ainsi dire, les uns les autres, et sont, pour la première fois sans doute, signalés au public français.
La race slave (et par ce mot j'entends l'ensemble des peuples parlant les langues slaves), est aujourd'hui distribuée en six États différents, divisés en une douzaine de groupes, dont un seulement peut se ilatter d'être absolument indépendant. Partagée entre trois religions et deux alphabets, elle est assurément bien loin de cette unité qu'elle a possédée dans une période antérieure et que certains esprits la croient appelée à recouvrer dans l'avenir. A l'époque oj cette unité existait, avant (jue les divers groupes ne se fussent constitués, la race slave s'était déjà élevée à un assez haut degré de civilisation. A défaut de l'histoire qui se lait, la langue est là, qui nous apprend où en étaient la vie sociale, les institutions politiques et les arts des Slaves avant qu'ils ne se fussent étendus et dispersés de la Baltique au Danube et du Volga aux monts de la