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l’Elbe, au nombre de 142,000, répartis entre la Prusse et le royaume de Saxe.
Les Slaves orientaux sont les Musses. Us se divisent en Grands-Russes, qui habitent le nord et l’orient de la Russie proprement dite; en Malo- Russes ou Petits-Russiens, qui peuplent la Russie méridionale ; en Russes blancs, dans la Russie occidentale. On compte 3a à 30 millions de Grands- Russes; 13 millions de Petits-Russiens; 3 millions de Russes blancs. Les Petits-Russiens occupent une partie de la Galieie et quelques districts du nord de la Hongrie. L’ensemble forme un total de plus de 50 millions.
Les lougo-Slaves comprennent les Bulgares (Bulgarie, Thrace et Macédoine dans l’empire ottoman), au nombre de 3 ou G millions, les Serbes et les Croates qui forment en réalité une seule nation partagée en deux éléments par la différence de religion et d'alphabet. Ils habitent la Croatie, la Slavonie, la Dalmatie, l’Istrie, le Monténégro, l’Herzégovine, la Bosnie, la vieille Serbie, la principauté de Serbie, la frontière militaire autrichienne, quelques parties de la Hongrie méridionale. Ils forment un total d’environ 0 millions. Il
faut y joindre les Slovènes, qui, au nombre de 1,200,000, occupent la Carinthie, la Carniole, une partie de la Styrie, dé l’Istrie, etc. Tous ces chiffres réunis donnent un total de soixante-treize
millions, que Ton peut, sans être taxé d’exagération, porter à soixante-quinze ou quatre-vingts, pour tenir compte de l’accroissement incessant de la population. Les slavomanes élèvent ce chiffre jusqu’à quatre-vingt-dix-huit millions.
Cet ensemble de peuples est, malheureusement, loin de former un tout homogène. Les Slaves du Sud sont séparés des Tchèques par les Allemands d’Autriche, des Slovaques et des Polonais par les Hongrois qui se sont établis, pour ainsi dire, au cœur même du monde slave ; des différences de religion divisent et irritent les uns contre les au- 1res les membres d’une même famille. Dans le conflit des Russes et des Polonais, le fanatisme religieux joue un rôle plus grand encore que l’idée nationale; le groupe serbo-croate comprend des catholiques, des orthodoxes et des musulmans. Les Wendes, qui ne sont que 140,000, ont trouvé le moyen d’appartenir à deux sectes différentes, et d’avoir deux orthographes. Dans le pays qui offre, au premier abord, la configuration la plus
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nette et l’unité géographique la plus incontestable, trois millions de Tchèques sont tenus en échec par deux millions d’Allemands. « Les Slaves, a dit un écrivain grec du Moyen Age, sont une nation anarchique. » Leur histoire tout entière démontre la vérité de cet aphorisme ; cet esprit d’anarchie s’étend jusqu’à la littérature. Au lieu de se grouper autour de quelques dialectes bien choisis, elle s’éparpille dans une foule d’idiomes, dont quelques-uns sont réellement impropres aux grandes productions. Quatre langues principales se partagent aujourd’hui le monde littéraire slave. Ce sont : le russe, le polonais, le tchèque ou bohème, et le serbe. Autour de ces idiomes, gravitent des idiomes secondaires qui finiront, sans doute, par se laisser absorber par eux. Il est possible, cependant, que les Bulgares arrivent à créer une littérature nationale.
Pour qui veut s’initier nu monde slave, il est à peu près indispensable d’apprendre au moins l’une des langues slaves; mais notre littérature, comme toutes celles des nations occidentales, est encore fort pauvre en moyens d’étude.
Les Allemands, si impartiaux et si érudits quand il s’agit de peuples morts, ont trop d’intérêt à calomnier les Slaves pour qu’on puisse se fier à eux. C’est aux Slaves eux-mêmes qu’il faut demander la clé de leur histoire et le secret de leur destinée. Mais l’étude de leurs langues n’est pas .aussi accessible que celle de l’anglais ou de l’italien. Certains idiomes, par exemple, n’ont en français ni grammaire, ni dictionnaire.
Ceux qui veulent tirer profil de leur travail pour la politique et pour le commerce, feront bien de concentrer d’abord leur attention sur l’idiome russe. La grammaire de Roi fT et le grand diction-
LE MONDE SLAVE. — IN T l\0 DVCT 1 O JJ. XIII
naire de Makarov suffiront aux personnos qui ont quelque habitude de la linguistique. Pour la prononciation, dont les caprices rappellent ceux de l’anglais, il est nécessaire de s’adresser à un indigène ou à une personne ayant vécu dans le pays. La connaissance de la langue russe devient chaque jour de plus en plus nécessaire ; elle offre des débouchés au commerce, à l’industrie, aux carrières libérales. Nos exportations en Russie sont considérables; les fabriques réclament des ingénieurs étrangers; certaines professions, telles que la médecine, l’enseignement secondaire et supérieur n’arrivent point encore à recruter en Russie tout leur personnel; il y aurait tout intérêt aies faire occuper par des Français, ne fût-ce que pour les fermer aux Allemands. Dans la diplomatie, les postes de Petersbourg, de Moscou, d’Odessa, devraient évidemment être pourvus de personnes sachant le russe.
Ajoutez que la Russie possède une littérature périodique des plus actives ; elle compte une dizaines de revues mensuelles riches en travaux de tout genre. L’ignorance de la langue interdit à nos savants l’accès d'une foule de matériaux importants, notamment pour l’étude du monde oriental,