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I.E MONDE SLAVE

la complique de difficultés d’autant plus redoutables, qu’au premier abord on ne les soupçonne pas. C’est ainsi, pour emprunter un exemple à notre langue, que le mot allemand ross, qui désigne un noble destrier, correspond au français rosse, qui est, comme on sait, la plus grosse injure que l’on puisse adresser à un cheval. Les faits de ce genre amènent, dans les relations entre les Slaves, les quiproquo les plus bizarres. Je me rappelle avoir rencontré un jour, à la frontière de Russie, un Slovaque qui se rendait «à Pétersbourg; persuadé par quelques slavomànes de son pays que tous les Slaves se comprennent entre eux, il entama, avec le douanier moscovite, une conversation dont celui-ci ne comprit pas le moindre mot. Je me trouvais là, heureusement, pour servir d’interprète. Je n’étais point slave de naissance, mais j’avais étudié des grammaires et des vocabulaires, ce que n’avaient fait ni l’un ni l’autre des deux interlocuteurs.

Aux langues vivantes que nous Venons de signaler, il convient d’ajouter une langue morte, qui joue chez les Slaves un rôle analogue à celui du latin chez nous, le slavon ou slave ecclésiastique (Mrchenslarriseh), que l’on appelle aussi pnlêo-

INTRODUCTION

slav ?. Cet idiome n’est point, comme on pourrait le croire, une langue-mère d’où dérivent les idiomes slaves modernes, c’est simplement une sœur aînée, c’est l'ancienne langue des Slaves Bulgares, dans laquelle l’apôtre Cyrille traduisit les écritures au neuvième siècle.

Adoptée tour à tour par les différents peuples orthodoxes (Bulgares, Russes, Serbes), elle prit sous la plume des copistes des formes ou des vocables qui lui étaient primitivement étrangers. Aussi est-il peu de monuments où l’on puisse se flatter de la trouver dans sa pureté primitive. Le plus ancien est l’Evangile dit d’Ostromir, écrit en 10o7 pour un magistrat de Novgorod-la-Grande. Schafarik fait remonter certains textes jusqu’au onzième siècle; on n’a rien trouvé que l’on puisse croire antérieur à cette époque. A partir du treizième siècle et du quatorzième siècle, les manuscrits sont fort nombreux ; dans les pays slaves on fait chaque jour des découvertes intéressantes au point de vue de la religion, de l’histoire et de la philologie. Un manuscrit paléoslave, écrit jadis à Prague, envoyé à Constantinople à la suite des guerres hussites, fut acheté par le cardinal de Lorraine en cette ville, et donné par lui à l’église

cathédrale de Reims. Comme personne ne pouvait comprendre les caractères mystérieux tracés sur ce parchemin, on lui prêta des vertus particulières, et il devint le texte officiel de l’Évangile sur lequel les rois prêtèrent le serment du couronnement.

Une des particularités de cet Evangile, c’est qu’il est écrit en deux caractères différents; il y a en effet deux anciens alphabets slaves, l’un dit Cyrillique (du nom de son inventeur présumé, saint Cyrille), l'autre dit Glagolitique, dont l’origine prête encore à diverses conjectures.

Chez les Bosniaques catholiques, l’alphabet cyrillique prit au seizième siècle quelques formes nouvelles; l'alphabet glagolitique, employé dans un certain nombre de manuscrits, n’est plus en usage aujourd’hui que dans certaines portions de la Dalmatie. L’alphabet russe dérive de l’alphabet cyrillique, avec lequel il a le même rapport que le caractère romain avec le gothique. Les autres peuples slaves ont adopté l’aphabet latin, complété par des signes diacritiques particuliers. Cependant, en Bohême, en Moravie, en Silésie et en Saxe, on imprime encore en caractères allemands des livres populaires. Ainsi, même

INTRODUCTION

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