DE P A IUS A PH A GIE
Croatie. Chassé, on 11e sait pourquoi, du palais de ses pères, il s'était retiré en Bohème, il vivait dans une grotte en compagnie d’un cerf apprivoisé. Un jour, dans une chasse, le prince Borzivoï, le premier duc chrétien de Bohême, poursuivit le cerf jusqu’à la grotte du solitaire. Le prince et sa femme, la pieuse Ludraila attirèrent le saint homme dans leur château de Tetin; mais il préféra retourner dans sa retraite où les païens le massacrèrent. Le duc fit ériger en son honneur une chapelle qui devint un lieu de pèlerinage encore fréquenté aujourd’hui. Un couvent de Bénédictins s’établit plus tard auprès de la chapelle. C’est aujourd’hui un château.
Nous venons de nommer- sainte Ludmila. C’est la sainte nationale de la Bohême, la patronne du peuple tchèque. Elle joue dans son histoire le même rôle que sainte Clotilde dans la nôtre. Son souvenir, cher au peuple, vit encore dans le village de Tetin. Racontons sa légende. Je ne sais rien de charmant comme des ruines auxquelles la légende s’attache. Ici, d’ailleurs, la légende touche de bien près à l’histoire.
Suivant la tradition, vers le septième ou le huitième siècle, régnait en Bohême le prince Krok. Il avait sa résidence près de Prague dans le château du Vychegrad. Il laissa trois fdles, Kacha, Teta et Liboucha; Kaeha, versée dans la connaissance de la nature, habile en l’art de guérir, magicienne renommée; Teta, savante dans l’art de la religion et douée du don de prophétie; Liboucha qui régna sur son pays et qui, par son mariage avec le laboureur Prsemysl, fonda la dy-
nastie des Premyslides. C'est Teta qui a donné son nom au bourg de Tetin.
Mais un souvenir plus vénéré se rattache à ce petit village ; sur une hauteur, quelques débris de murailles, un coin de fossé mal comblé indiquent la place où s’élevait naguère le château des princes de Bohème. C’est dans ce château que fut assassinée, martyre de sa foi, la princesse Ludmila. Elle avait été baptisée avec son mari, Borzivoï, par le grand apôtre Méthode. Mais leur conversion n’avait pas entraîné celle du peuple tout entier, et le paganisme avait gardé de nombreux partisans. Le prince Borzivoï avait laissé deux fils, Spitihniev et Yratislav qui moururent de bonne heure. Vratislav avait épousé une princesse païenne, Drahomira, qui lui avait donné plusieurs enfants : l’alné, Vaelav, élevé chrétiennement par sa grand-mère Ludmila, n’avait encore que dix-huit ans à la mort de son père. Drahomira s'empara du pouvoir; ambitieuse et cruelle, elle vit dans l'influence de Ludmila une dangereuse concurrence. Pour se soustraire à sa haine, la pieuse princesse se retira dans le château de Tetin : la jalousie et la haine de sa bru la suivirent. Un jour, des hommes armés pénétrèrent dans le château et étranglèrent Ludmila, avec son propre voile. On montre encore dans la cathédrale de Prague le lourd anneau de bronze auquel elle s’était cramponnée en se débattant contre les bourreaux. Plus tard, le palais où ce meurtre s’était accompli fut transformé en une église sous le vocable de Saint-Michel.
En descendant de Tetin vers Prague, nous rencon-
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trous encore plus d’un souvenir historique et légendaire. Ce chemin que vous voyez là-bas dans le rocher a été fait par les Français en 1741, lors de la guerre de la Succession. Cette montagne s’appelle Dievin ou la Mon tagne-des- Vierges. Là, avant le règne de Ludmila, à la mort de la sage princesse Liboucha, une guerre éclata entre les deux sexes. Une amie de Liboucha, Vlasla, réunit les femmes, leur apprit le maniement des armes et l’exercice du cheval; en face de la forteresse du Vychegrad elles élevèrent la forteresse des Vierges, Dievin. Elles furent bientôt assiégées dans leur forteresse, et les fortes amazones durent se soumettre de nouveau à la loi conjugale. Vraie ou fausse, cette tradition joue un grand rôle dans l’histoire du moyen âge.
Un peu au-dessous de Dievin, s’ouvre une vallée qui conduit à la grotte de saint Prooope; cette grotte a pour nous un intérêt spécial. Elle rappelle des souvenirs qui intéressent tout ensemble le philologue slave et l’historien français. Au onzième siècle, sous le règne du prince Oldrkh, vivait dans cette grotte un ermite appelé Procope : « Que m’importe, direz-vous, l’ermite Proeope et le prince Oldrich. » — Patience, et vous verrez que nous allons revenir en pleine France.
Or, ce moine Procope devenu confesseur du prince, commença et acheva en 1039, grâce aux libéralités du souverain, un monastère dont il devint abbé, et qu’il soumit à la règle de saint Benoit. La liturgie slave fut adoptée par le monastère; ce monastère s’appelle le monastère de Sazava; parmi les manuscrits de ce mo-