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Allemaniste

les délégués de l’Union fédérative (Parti ouvrier socialiste révolutionnaire) ont, à l’unanimité, voté la proposition suivante, laissant le soin aux délégués du Parti de la défendre à la réunion de ce soir :

« Yu la défection du citoyen Jaurès relative à la première communion de sa fille ;

« Considérant que ce manquement à la logique socialiste peut atténuer l’autorité de la propagande du Comité général,

« Proposent de demander des explications au citoyen Jaurès et, au cas où elles ne seraient par satisfaisantes, de le relever de toute délégation pouvant engager le Parti socialiste.

« Pour l’Union fédérative du Centre et par ordre :

« Le secrétaire : J.-B. Lavaud. »

La discussion terminée, la priorité demandée en faveur de la motion ci-dessus a été repoussée à l’unanimité, moins les voix des délégués du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, qui ont voté pour; la priorité a été accordée à la motion suivante, qui a été adoptée :

« Considérant que le contrôle du Comité général a été nettement limité à la sauvegarde des principes socialistes, tels que les ont formulés tous les congrès nationaux et internationaux ;

« Qu’aucune règle concernant la question religieuse n’a encore ôté établie par ces congrès :

« Que le Comité général ne pourrait donc se saisir du cas qui lui est soumis par le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, sans sortir de ses attributions;

« Considérant, au surplus, que le but final poursuivi par le Parti socialiste est Vémancipation cle tous les êtres humains , sans distinction de sexe, de race et de nationalité ;

« Que si, actuellement, l’enfant est soumis à la puissance paternelle, si la femme doit obéissance à son mari , c’est en vertu des lois bourgeoises, que le Parti socialiste condamne et dont il ne peut se réclamer ;

« Qu’il a, au contraire, dans tous les pays, affirmé comme son idéal et mis au nombre de ses revendications, l’éducation de l’enfant par la société, l’égalité civile et politique de l’homme et de la femme ;

« Qu’en conséquence, si le militant a pour devoir de ne proposer aux siens, comme objets de croyance, que des vérités scientifiques et de s’employer de tout son zèle, de toute la force de ses convictions, à les leur faire accepter, le Comité général ne saurait, sans manquer aux principes socialistes, conseiller la

violence matérielle ou légale, qui deviendrait pourtant la seule solution possible, en cas de conflit familial persistant.

« Le Comité général

« Passe à l’ordre du jour et décide de proposer au Congrès de Tours de définir, dans le programme du parti, l’attitude du socialisme à l’égard des religions et des Églises. »

Ainsi le Comité général déclarait qu’il ne savait pas quelle devait être l’attitude du socialisme à l’égard des religions et des Eglises! On donnait donc mission au Congrès de Tours, ainsi que le fait observer fort spirituellement M. G. Sorel 1 , de discuter la communion de M llc Jaurès et d’approfondir les relations qui existent entre le programme de Saint-Mandé et la croyance à la transubstantiation eucharistique.

Cette décision ne satisfaisait pas tout le monde. Le Comité d’action révolutionnaire socialiste de Belleville mettait en demeure le Comité général de « préciser à la France socialiste organisée quelle sera l’attitude du Parti socialiste envers la réaction cléricale, et en face des compromissions faites, avec les pires ennemis du socialisme, par les militants les plus autorisés ».

Les membres de la Jeunesse .socialiste de Castres votaient également un ordre du jour, pour « blâmer énergiquement les militants socialistes, quels qu’ils fussent, qui livraient les leurs aux ensoutanés de toutes marques, en leur faisant jouer la comédie de la première communion ».

Mais le Comité général avait décidé. — La question devait être posée au Congrès de Tours, transformé en réunion eucharistique. A Tours la question ne fut d’ail-

4. Histoire des Bourses du travailla Fernand Pelloutier, Préface de G. Sorel, Schleicher éditeur, 4902.

leurs pas posée. On y oublia de discuter ce cas de conscience et on y détruisit, par contre, le Comité général, que certains trouvaient trop inquisitorial et trop gênant.

La question Millerand.

La seconde question que le Comité général eut à traiter, fut la question Millerand, question insidieuse et tenace, dont les socialistes ne parvenaient pas à débarrasser leurs discussions. Et ce fut le citoyen Amilcare Cipriani qui jeta cet éternel brûlot dans le calme de la rue Portefoin.

Au nom de la Fédération du Loir-et-Cher, dont il était le représentant attitré, M. Cipriani présenta, dans la séance du 9 octobre 1901, la motion suivante :

« Droiture, honnêteté et justice furent, sont et doivent être les guides du socialisme.

« Le deyoir de ses délégués, au Comité général, doit être la cohérence, la fermeté, l’inflexibilité même, envers tous ceux qui s’en écartent et les foulent aux pieds en pactisant cyniquement, tous les jours et partout, avec les pires et les plus implacables de ses ennemis.

« Lorsqu’on annonça l’arrivée du tsar en France, le Comité général lança un manifeste digne et ferme de protestation qui l’honore, et qui fut accepté et approuvé par tous les délégués présents.

« Dans ce manifeste, il était dit : « Il (le Comité général) af- « firme hautement ses sentiments de solidarité à l’égard de « toutes les victimes de l’odieuse tyrannie tsariste et invite les « militants à se tenir à l’écart de toute manifestation humi- « liante, dont la venue du despote russe seraPoccasion. Il engage « les élus qui se réclament des principes socialistes à refuser « tout crédit pour sa réception, sous peine de déchoir aux « yeux du prolétariat révolutionnaire. >»

« Cet appel de cohérence sociale ne fut pas écouté. Un socialiste y a manqué.

« J’invite le Comité général à faire respecter ses actes. Or, un élu socialiste, M. Milierand, a pris part à cette manifestation, d’une façon éclatante, et, après avoir fraternisé avec le féroce massacreur de nos frères cle la Commune, Galliffet, trinqué à la santé et à la prospérité de la sanguinaire monarchie italienne, accepté publiquement la responsabilité des massacres de Chalon et de la Martinique, il s’est honteusement prosterné aux pieds du tsar et a accepté des honneurs, des décorations de tous les massacreurs de tous les pays.

« Si, en entrant dans un ministère bourgeois, Milierand a déserté la cause, dans tous les cas, il l’a trahie.

« Une décision ferme, exemplaire, énergique et définitive s’impose au Comité général, s’il ne veut pas déchoir dans l’estime des socialistes militants.

« Cette décision je viens vous la proposer.

« C’est de chasser définitivement de notre Parti M. Milierand : et, pour empêcher qu’on continue à jongler avec notre cause en la dévoyant de son véritable but, je propose que cette mesure s’applique, à l’avenir, à touS'Ceux qui persisteront aie défendre et à le soutenir.

« En faisant cela, le Comité général aura bien mérité du socialisme révolutionnaire international et, en même temps, arrêté le départ justifié de quelques fédérations, à juste titre indignées de voir notre cause dévoyée et ballottée entre prêtres, bourgeois et monarchistes, et sérieusement compromise par l’incohérence et l’ambition effrénée de quelqu’un de ses membres. »

La discussion de cette motion dangereuse fut renvoyée à la séance suivante, fixée au 16 octobre 1901.

A cette séance, M. Allemand déclara que la question aurait dû être enterrée depuis longtemps.

A quelle organisation socialiste appartenait M. Milierand? Il ne se réclamait d’aucune, et alors « son cas » n’était intéressant pour personne. M. Milierand n’est pas adhérent au Parti socialiste, et le Parti n’a pas à s’occuper de lui plus qu’il ne s’occupe de M. Monis ou de M. Waldeck-Rousseau.

M. Vierne (iindépendant :), en pleine conformité d’idée avec M. Allemane, déposa la motion suivante :

« Le Comité général, considérant que le citoyen Millerand, ayant été mis hors du contrôle du Parti, n’appartient plus à celui-ci et qu’aucune sanction ne peut lui être applicable, passe à l’ordre du jour. »

Ce n’est pas l’opinion de M. Jean Longuet, que délègue en ces lieux le Comité de Basse-Normandie; il estime que M. Millerand est et reste membre du Parti. Il lui semble donc inadmissible qu’il ne soit pas, comme les autres élus, soumis au contrôle du Comité général, comme les camarades de la Chambre. Cependant, ajoute le malicieux petit-fils de Karl Marx, la motion votée au Congrès de Lyon le place dans une situation exceptionnelle, sur un autel où les anathèmes ne sauraient l’atteindre. Et cette motion demeure souveraine et inviolable, jusqu’au prochain Congrès.

M. Cipriani s’élève avec force contre cette thèse amphibie. Il considère comme spécieux et sans portée les arguments en vertu desquels Millerand est placé dans une situation privilégiée, alors que, pour la masse prolétarienne, il reste un des chefs du Parti socialiste. — Tout citoyen, — conclut le farouche révolutionnaire italien, — qui a foulé aux pieds les principes socialistes, en s’inclinant devant le despote russe, qu’il soit simple militant ou qu’il soit ministre, mérite d’être impitoyablement chassé du Parti socialiste.

Mais, riposte M. Révelin, le fait même, que le Congrès de Lyon a placé Millerand hors du contrôle du Parti, prouve irréfutablement qu’il est membre de ce

Parti. Aujourd’hui le Comité général ne peut aller contre les décisions du Congrès de Lyon.

C’est évident, approuve M. Jaurès.

« Il est certain, dit-il, que le dernier congrès s’est placé dans l’hypothèse, que Millerand était socialiste et que, cette hypothèse une fois posée — implicitement mais nettement, il a déclaré que Millerand avait accepté le portefeuille de ministre dans des circonstances exceptionnelles et imprévues, qui le mettaient en dehors du contrôle du Parti. Le Comité général est lié par cette décision et son manifeste n’est valable que dans la mesure où il ne la contredit pas.

« Il est, d’autre part, périlleux de poser la question, sous cette forme superficielle et restreinte. Si Millerand a commis un acte considéré comme criminel, peut-on dire que bien des conseillers généraux et municipaux, le citoyen Landrin notamment, n’ont pas commis antérieurement le même crime', par des démarches aussi significatives et plus directes ? Il est illogique, puéril et vain d’affirmer qu’ils n’échappent à la même sanction que parce que leurs actes ont précédé celui de Millerand.

« Enfin l’on ne peut envelopper la question dans un acte isolé qui, pris en lui-même, à parler franc, n’est que l’accomplissement d’une formalité gouvernementale. Ce qui est grave pour la République française, ce n’est pas qu’un tsar soit venu en France, mais que cette visite soit la résultante d’une situation diplomatique qui peut amener la France à entrer dans les vues de la politique moscovite et l’éloigner des traditions de la Révolution — et cependant les socialistes approuvent leurs élus d’avoir, à certaines heures, voté pour un cabinet qui a resserré les liens unissant les deux gouvernements.

« Les responsabilités que les élus socialistes français ont assumées n’incombent-elles pas aussi aux camarades du parlement italien, sanctionnant l’alliance de leurs pays avec l’Allemagne impériale, avec l’Autriche qui, pourtant, devrait être pour l’Italie l’expression vivante du despotisme?

« C’est sur une base internationale qu’il faudrait poser la question, pour qu’elle fût dans son vrai jour, en pleine lumière ; c’est une sentence internationale qu’il faudrait réclamer. »

La suite de la discussion fut renvoyée à la prochaine séance, fixée au 23 octobre 1901.

Cette séance débuta par un ordre du jour sévère, présenté par le parti allemaniste. En voici le texte :

« En présence des interprétations différentes, répandues dans la presse et dans le public, sur la présence de socialistes aux fêtes données lors de la venue du despote russe en France ;

« Le Comité général renouvelle sa déclaration, disant que tous ceux qui, à quelque titre que ce soit et dans quelque fonction que ce soit, ont assisté ou pris part à ces fêtes sont, dès maintenant, flétris devant le prolétariat international et exclus à jamais du Parti socialiste. »

Puis M. Renaudel, délégué de la Fédération de la Seine-Inférieure, déclara que M. Millerand, qu’on le voulût ou non, appartenait au Parti socialiste, et que c’était résoudre la question par la tangente que de refuser de se prononcer nettement et franchement.

« Le Comité général, ajoutait l’orateur, n’est pas lié, comme le dit Jaurès, par la décision du Congrès de Lyon. Le Comité général a toujours le droit de proposer, sinon de trancher. Ses décisions n’ont qu’une valeur d’attente, jusqu’au moment où le Congrès les ratifie. C’est ce droit de proposer qu’avec Cipriani nous revendiquons, pour lui.

« Il parait d’ailleurs indispensable de faire une distinction entre les actes strictement personnels de Millerand, et ceux pour lesquels on peut, en vertu de la motion de Lyon, le considérer comme lié par la solidarité ministérielle. Or, la réception du tsar, dont la valeur symbolique se trouve encore accrue du lait que cette visite suivait de près le mouvement d’éveil des énergies révolutionnaires en Russie, est un de ces actes devant lesquels une conscience socialiste, même au pouvoir, devrait reculer, et c’est Là, en quelque sorte, le fait nouveau, sur lequel nous pouvons nous prononcer.

« Rares sont évidemment ceux qui ont été, dès le début, antiministérialistes de principe, et Briand avait raison de dire, à Lyon, que nous n’avions pas le droit de frapper au nom d’un

principe qui n’avait pas encore été affirmé au moment où Millerand eut à prendre sa décision.

« Mais, depuis que le socialisme français se débat dans les difficultés dont l’entrée de Millerand dans un ministère a été l’occasion, Millerand a-t-il montré le souci des avis de son Parti ? — Et pourtant s’il l’eût fait, il se fût grandi lui-même, en grandissant son parti.

« Pans le cas présent, le Comité général et avec lui, peut-on dire, le parti tout entier avait dicte la conduite à tenir, et cependant Millerand, ainsi prévenu, se rendit à Compïègne porter son salut à l’autocrate russe.

« Le Parti socialiste en a assez supporté. Le mieux est de rompre, sans injures mais aussi sans hésitation, et de dire qu’il no peut assumer plus longtemps la responsabilité d’erreurs, dont il peut être au moins moralement rendu solidaire. »

En conséquence M. Renaudel proposait la résolution suivante au vote du Comité général :

« Le parti socialiste français, en son Congrès, à Lyon, s’est refusé à partager les responsabilités qu’a créées, pour un des élus « ayant fait autrefois partie du groupe parlementaire », l’entrée dans un ministère bourgeois.

« L’expérience « ministérielle »> a joui d’un large crédit, et nul ne peut nier que le prolétariat lui-même n’en ait suivi les phases avec sympathie, au moins au début.

« Aussi le Parti socialiste, dans sa résolution de Lyon, entendait-il ne pas frapper Millerand au nom d’une règle interdisant la participation ministérielle, règlejnexistante au moment où Millerand eut à prendre sa décision. — Le Congrès refusait, par là même, d’atteindre ceux qui, dans le passé, avaient soutenu le principe de la participation et qui sont définitivement hors de cause.

« Mais, si Millerand, en ce qui concerne les actes où la solidarité ministérielle le lie, a été reconnu « hors du contrôle du Parti », il n’en reste pas moins tenu dans ses actes strictement personnels, dans ceux surtout qu’une conscience socialiste ne peut accomplir sans déchoir.

« Or, le Comité général, par un manifeste, et avec lui le Parti tout entier, par les ordres du jour pris un peu partout par ses groupes, avait indiqué aux élus socialistes la conduite à tenir devant la réception du tsar. La visite de l’autocrate du Nord suivant de près l’éveil des énergies révolutionnaires russes, faisait à Millerand, socialiste, ou réputé tel, l’impérieux devoir

envers son parti, et envers lui-même, de montrer qu’il n’était pas indifférent aux résolutions prises.

« En constatant que, par son attitude en cette circonstance, Millerand semble avoir voulu rompre lui-même les derniers liens qui le rattachaient au parti socialiste, que le désarroi jeté dans la conscience prolétarienne s’en trouve augmenté, que l’internationalisme socialiste lui-même en est blessé, le Comité général déclare que Millerand ne saurait plus être accepté, désormais, dans les rangs du Parti socialiste, et décide que cette résolution sera soumise à la ratification du Congrès de Tours. >*

M. Cipriani se rallia à cette rédaction qui avait l’avantage d’établir une distinction très nette entre les faits qu’a jugés le Congrès de Lyon et le fait nomeciu y sur lequel le Comité général doit se prononcer.

M. Révelin se refusa à voter la proposition Renaudel.

Les camarades qui réclament la peine de l’exclusion savent-ils si le Congrès de Tours ratifiera leurs rigueurs et si, s’arrêtant au blâme, il ne donnera pas un démenti au Comité général? C’est pour sauvegarder scrupuleusement les droits du Congrès et éviter au Comité général un échec possible, que M. Révelin demandait la priorité pour la résolution suivante :

« Le Comité général décide de soumettre au Congrès de Tours l’attitude des socialistes qui ont, à quelque titre que ce soit, participé aux fêtes officielles à l’occasion de la réception du tsar. »

Cette proposition était également signée du citoyen Rappoport.

Le citoyen Goret, au nom de la fédération de la Seine, donnait lecture de la déclaration suivante :

« Les soussignés, délégués de la F. S. R. delà Seine, ne pou-

vant accepter le vote de la dernière assemblée générale, se voient obligés de se retirer.

« Ils ont été élus sur un programme d’unité socialiste et d’action nettement révolutionnaire en opposition avec la tactique ministérielle. Dans leurs votes, ils ne devaient se décider que d’après ce programme.

« Ils trouvent que la motion, en discussion devant le Comité général, est en conformité d’idées avec le mandat qui leur fut confié, il y a quelques mois. Or, un ordre leur impose de ne pas le voter. Ils s’abstiennent et décident d’en appeler à tous les groupes de leur fédération, dont un grand nombre n’était pas représenté à la dernière assemblée générale. »»

Ya-t-on enfin voter une résolution définitive à la fin de cette longue séance? Il est minuit et demie, et toutes les opinions semblent avoir eu le temps de se faire connaître? — Nullement. — M. Briand, en tacticien habile, recule encore la redoutable échéance. « Le Comité général, dit-il, doit réfléchir mûrement à la gravité de la décision qu’il va prendre, et songer que les fédérations ne pardonneraient pas à leurs délégués d’avoir émis un vote qui pourrait n’ètre que le reflet de leurs sentiments personnels. Il faudrait ne clore le vote qu'après avoir demandé l'opinion des comités fédéraux. Sur ces instances, le Comité général accepte l’idée, qui lui est soumiseparM. Briand, d’envoyer, à tous les comités fédéraux et à toutes les organisations, une circulaire où seront présentés tous les ordres du jour et de réclamer un referendum .

A la séance du 30 octobre 1901, l’éternelle question revient sur le tapis. Et l’on s’occupe longuement — bien que le compte rendu de la séance soit fort

écourlé — de la rédaction de la circulaire à envoyer aux fédérations.

A la séance du 6 novembre, on attend les réponses à la circulaire.

A la séance du 15 décembre, des réponses ont été reçues, mais tellement vagues et imprécises, qu’il est nécessaire d’en lire les commentaires pour en comprendre l’esprit. — MM. Millerand et Gérault-Richard sont opposés à la lecture de ces longs et fastidieux commentaires.

Le dépouillement du vote est commencé et se poursuit le 26 décembre.

A cette dernière séance, on aj:>prend que l’ordre du jour pur et simple est réclamé par 26 voix, la proposition du parti allemaniste soutenue par 8 voix, la motion Cipriani par 2 voix, la proposition Renaudel par 5 voix, la proposition Yierne par 3 voix. Les abstentions sont au nombre de huit.

M. Révelin, à la séance du 8 janvier 1902, déclare que « l’effet du mal causé par le passage de Millerand au pouvoir sera long à s’effacer et qu’il faudra plusieurs années pour apaiser les querelles et désarmer les haines qu’il a fait naître.

<« Il y aurait un moyen d’atténuer la gravité du débat soulevé autour de cette nouvelle question, en publiant, non pas tous les procès-verbaux des séances dans lesquelles cette question a été discutée, mais le résultat complet de la consultation des fédérations. »

— «< Au début de la situation fâcheuse dans laquelle nous avions été placés par l’acte personnel de Millerand, répond M. Briand, et, il faut le dire, par l’imprévoyance des personnalités socialistes les plus notoires, qui aujourd’hui affectent les allures les plus intransigeantes, le parti avait à choisir entre deux attitudes : — ou bien expulser Millerand, ce que personne ne vou-

lut prendre la responsabilité de proposer; — ou Wen s ° dégager dans le présent, en tant que Parti, tout en prenant les plus sérieuses précautions pour garantir l’avenir contie emon. vellement de pareils faits. - C’est cette deuxieme attitude qu’au premier Congrès et à la salle Wagram et a Lyon, loi ail

S0 «'Dans ces conditions, pour rester logiques, nous devrions aiourner tout jugement sur les faits actuels, et consacrer nos efforts à armer l’avenir contre le danger des initiatives indi-

V * «"oi'nous nous trouvons à la veille d’une échéance grave, les élections législatives, qui, dans trois mois, doivent mettie fin à la situation ministérielle.. .

.. J’ai pensé qu’il était de mon devoir d’inviter ceux de nos camarades, qui ont préconisé la politique de P a ^ nce ’J^f ^ ' poir que la disparition du ministère marquetait a de rios discordes intestines, à s’assurer des intentions de Millciar pour l’avenir, à lui demander formellement s’il est disposé a Roussel-désormais toute offre de portefeuille dans une combinaison nouvelle, ou si, au contraire, sa‘°*f 1^ 800 ^est d’opposer une politique personnelle a celle du 1 ai ti socia lis t0 — Je proposai donc qu’une démarche officieuse des membres de son groupe, auprès de lui, nous renseignât a cet égard- — Suivant la réponse, nous agirions. .

« 4 ma grande surprise, cette proposition, tout officieuse et non susceptible d’engager le Comité général, uniquement inspirée par le désir que j’avais d’assurer poui 1 avenu le îespcct des décisions de nos congrès, fut combattue et finalement î poussée. »

A la suite de ces débats irritants, des scissions se produisaient de toutes parts.

C’étaient d’abord les Fédérations de l’Ain et de la Bretagne qui décidaient de suspendre toutes relations °avec le Comité général, qu’elles accusaient d’avoir posé des questions déjà tranchées et soulevé des discussions stériles.

C’était la Fédération du Gard qui « s’étonnait que le Comité général ait cru devoir décider la publication des commentaires accompagnant le vote de

certaines fédérations, sans avoir demandé aux autres s’il leur plaisait d’accompagner également leurs votes de commentaires ».

C’était le parti allemaniste qui abandonnait définitivement le Comité général socialiste, à la suite du rejet de la motion Cipriani, tendant à exclure du parti M. Millerand, pour sa participation aux fêtes russes. Et ce parti adressait un appel aux fédérations autonomes, pour les convier à se séparer des socialistes ministériels, à former avec lui un comité interfédéral et à « préparer une action commune sur le terrain nettement socialiste et révolutionnaire'* ».

C’était encore la Fédération du Jura qui « suspendait » sa représentation au Comité général, tout en annonçant qu’elle se ferait représenter au Congrès de Tours.

C’était enfin le groupe socialiste auxerrois qui manifestait son intention de « briser toute attache avec les politiciens domestiqués qui avaient trahi la con-

\. « Nous prétendons, disaient-ils,qu’en période capitaliste le ministère toléré ne pourra être que l’expression, l’exacte représentation du régime capitaliste.

« Introduire un des nôtres dans ce milieu spécial est en faire un complice, ou une dupe. D’autre part, nous n’avons jamais considéré »I. Millerand comme socialiste: Pour tous, il est probant que nous avions raison. Tout le prouve. Sa solidarité avec ses collègues du ministère, dit de défense républicaine, qui, dans toutes les grèves, se rangent spontanément contre les travailleurs qui réclament un peu plus de pain et de liberté; son indifférence devant les massacrés chinois et arméniens; son insouciance à châtier l’insolence soldatesque ; sa faiblesse devant les nationalistes qui abrutissent nos faibles compatriotes; enfin, pour couronner cette carrière ministérielle, les poursuites multiples contre la presse socialiste et sa complicité dans les infamies commises, contre les membres de l’Université qui pensent différemment que M. Leygues.

«Cette guerre sans merci, faite aux travailleurs manuels et intellectuels, est, à elle seule, assez probante pour opérer une sélection nouvelle dans le socialisme. »

fiance du parti en soutenant la politique du ministère de trahison républicaine ».

C’est l’écroulement de la maison Portefoin, disait le Petit Sou . « Suivez la foule », ajoutait-il, ironique. « Enfin seuls », terminait-il, en montrant MM. Briand et Jaurès restés les seuls défenseurs de la vertu contestée de M. Millerand.

Décidément la géniale création d’un Comité général était condamnée par les partisans d’un socialisme de tout repos. — Le Congrès de Tours devait en débarrasser le Parti socialiste indépendant .

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