Avant les temps modernes
Il faut remonter, non pas tout à fait au déluge, mais à une époque bien reculée, environ 3.000 ans avant l’ère chrétienne, pour trouver la trace des premières études sur les végétaux. Ce serait presque à la date que Duruy, dans son Histoire , assignait avec une certaine précision à la création du monde !
C’est, en effet, d’après la tradition, vers cette époque que vivait en Chine le célèbre Yen-Ti, qui apprit le premier aux peuples d’Asie à reconnaître les espèces de plantes utiles à l’homme, et à les cultiver méthodiquement.
Ces enseignements furent recueillis plus tard et rédigés (vers 2200 av. J.-C.) dans le grand ouvrage intitulé : Chou-King. On trouve dans ce traité la description, l’énumération des propriétés diverses, et les procédés de culture de plus de cent espèces de plantes : blé, riz, sorgho, pois, millet, fève, coton, etc. Ou reconnaît çà et là, dans
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ce recueil, quelques intéressantes associations de plantes dont la forme de la lleur est assez semblable. Les dérivés des mêmes mots désignent le pois, la fève et d’autres Légumineuses. 11 en est de même pour les melons, courges et diverses Cucurbitacées, pour les plantes bulbeuses rangées aujourd’hui parmi les Liliacées et les groupes voisins. Toutefois la Botanique chinoise, même de date moins ancienne, est avant tout essentiellement pratique et spécialement orientée vers la recherche des plantes alimentaires.
La civilisation hindoue, au contraire, donne aux plantes et à leurs vertus spéciales une signification surtout religieuse. Le second livre des Védas, intitulé : Ayouch , a été, il est vrai, entièrement perdu. On sait cependant que les prêtres hindous faisaient usage de nombreuses plantes sacrées, et dans les Lois de Manou , les indications relatives à diverses plantes ont toujours un sens religieux. Ces traditions furent transmises parles Chaldéens aux peuples de l’Asie occidentale, et les plantes furent énumérées suivant les propriétés qu’elles possédaient dans la magie et les sciences occultes.
En Grèce, c'est tout autre chose. Ce n'est ni le côté pratique, ni le point de vue merveilleux qui domine. La préoccupation des philosophes grecs dans l'observation du monde végétal est exclusivement scientifique.
Les plus anciens savants de la Grèce considéraient déjà les végétaux comme des êtres organisés et vivants, au même titre que les animaux, et les Pythagoriciens (environ 500 ans av. J.-C.) insistaient sur cette solidarité entre le Règne végétal et le Règne animal. Cette vue exacte n’est pas
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sans surprendre, et fait voir que ees philosophes savaient au besoin faire abstraction de l'homme et des animaux qui lui ressemblent le plus pour jeter un regard d’ensemble sur les choses de la Nature. Actuellement, combien de personnes instruites, mais ignorantes de la Biologie, exprimeraient naïvement leur surprise si on leur disait que les plantes vivent et sont organisées comme les animaux; si on leur montrait au microscope la presque identité dans la forme, le développement, et jusqu’au moindre détail d’organisation, entre un tissu pris, par exemple, sous la peau de l’homme ou dans l’écorce d’un chêne !
Au milieu d’erreurs inévitables, les écrits d’Anaxagore et d’Empédocle renferment des idées très justes sur la constitution et les fonctions, des plantes. Démocrite (v° siècle av. J.-C.) avait exprimé cette vue théorique qu’il existe une unité de plan générale dans la constitution du monde organique. Aristote (384-332) développe cette idée et cherche à l’établir par la comparaison de toutes les formes connues. Il expose que des transitions insensibles se présentent entre tous les organismes, depuis l’être le plus simple, et même, depuis la plus petite molécule vivante jusqu’à l’homme, en passant successivement par toute la série végétale et par toute la série animale.
Cette gradation, telle que la concevait le célèbre philosophe, était, il est vrai, simplement linéaire, sans ramifications ni embranchements qui auraient formé une sorte d’arbre généalogique. Et cependant un grand intérêt se dégage de cette théorie, qui ne devait être reprise sous une autre forme qu’à une époque toute récente par Lamarck et par les précurseurs de Darwin. 11 résulte en effet des
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considérations présentées par Aristote que tous les êtres vivants, végétaux et animaux, forment un ensemble indivisible.
En ce qui concerne les végétaux, plusieurs disciples d’Aristote devaient compléter son œuvre par des observations plus détaillées. Théophraste distingue les cotylédons (feuilles nourricières déjà contenues dans la graine) des feuilles. ordinaires qui se produisent ensuite sur la tige ; il reconnaît la différence de structure interne qui existe entre les Palmiers et les autres arbres, l’importance du rôle de la fleur, et décrit un grand nombre de plantes. Phanias sépare les plantes sans fleurs, telles que les Fougères, les Mousses et les Champignons, des plantes portant des fleurs ; et c’est seulement dixhuit siècles plus tard que l’on devait revenir sur cette importante considération.
En somme, dans ces temps de haûte antiquité, l’étude des plantes avait été envisagée par les différents observateurs à trois points de vue différents : application à la nourriture de l’homme, vertus miraculeuses des plantes, étude scientifique et philosophique de la Nature.
Après la décadence de la Grèce, ce dernier point de vue devait disparaître jusqu’à la Renaissance italienne. Il faut arriver à l’année 64 de l’ère chrétienne pour trouver des noms dignes d’être cités dans la Science des végétaux. Ce sont ceux de Dioscoride et de Pline l’Ancien.
Dioscoride de Cilicie était médecin; aussi, ce qui l’intéresse avant tout dans la Botanique, ce sont les propriétés curatives des plantes. Combien de gens du monde pensent de même aujourd’hui et s’imaginent qu'un botaniste est un médecin rural,
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arpentant les bois et les coteaux, avec une boîte verte sur le dos, pour recueillir les «simples» qui guérissent les maladies !
Dioscoride classe rensemble des herbes et des arbres en plantes aromatiques, alimentaires, médicinales, vénéneuses, et s’occupe particulièrement de ces deux dernières catégories. Son ouvrage contient des descriptions de plus de 700 végétaux, souvent accompagnées de figures coloriées. Bien que conçue sans méthode, l’œuvre de Dioscoride eut un très grand succès et fut considérée presque comme l’unique guide de la Botanique jusqu’au milieu du Moyen âge.
La voie était ainsi ouverte à ce qu’on nomme aujourd’hui la « Botanique descriptive », c’est-à-dire à cette partie de la Science qui se propose comme but principal de distinguer les uns des autres tous les végétaux et de leur donner des noms. D’après la Genèse, Adam avait déjà été chargé de cette mission! Mais il n’en était resté que les noms de quelques plantes d’Asie Mineure, qu’on trouve çà et là énoncés dans la Bible.
En même temps que Dioscoride, Pline l’Ancien consacrait six livres de son Histoire naturelle à l’étude des plantes. On y trouve réuni, sans aucun choix judicieux, tout ce qu’on savait ou tout ce qu’on croyait savoir à cette époque sur les végétaux. Son ouvrage eut aussi un grand succès, malgré les grossières erreurs qu’il renferme et que, bien souvent, le lecteur aurait pu déceler facilement.
On retrouve encore dans la nomenclature actuelle de nombreux noms de genres ou d’espèces qui avaient été donnés par Dioscoride ou par Pline. Il en est ainsi pour beaucoup de noms de plantes empruntés à la mythologie, tels que :
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Achillea , Adonis , Dapline , Narcissus , Nymphæa , Uyacinthus, etc. D’autres noms, désignant divers personnages, ont subsisté aussi; tels sont: Eupatorium (Mithridate), Gentiana (Gentius, roi de Sicile), Artemisia (Artémise. femme du roi Mausole), Euphorbia (Euphorbe, médecin de Juba II, roi de Mauritanie), llelenium (Hélène, femme de Ménélas), Telephium (Télôphe, roi de Troie), etc.
Après la chute de Rome, la science avait trouvé asile dans la civilisation arabe. Les savants arabes étaient de l’école de Dioscoride, dont ils avaient traduit les œuvres; ils s’occupèrent de retrouver les plantes décrites par lui et d’en ajouter d’autres à cette liste; mais leur classement était toujours presque uniquement établi au point de vue médical. L’illustre médecin arabe, Ibn-Sina (980-1037), plus connu sous le nom d’Avicenne, fit connaître beaucoup de plantes nouvelles. El-Biruni (xie siècle) et Kasuini (xme siècle) augmentèrent encore le nombre des espèces nommées et décrites.
Certains de ces noms ont été conservés dans la nomenclature actuelle et marquent encore latrace laissée par la science arabe dans la Botanique descriptive. Tels sont les noms suivants : On/za (le riz), Alkanna (plante dont on extrait une teinture), Alkehengi (cette curieuse mauvaise herbe dont le fruit est comme une cerise entourée d’un large calice rouge, introduite d’Orient en Europe et qu’on trouve dans les vignes ou dans les décombres), Azedarach (petite plante rampante à fleurs jaunes qu’on rencontre en France au bord de la mer), etc.
Dans la chrétienté, pendant le Moyen âge, on n’étudia presque jamais la Botaniqued’après les plantes. On se contentait de lire les écrits traitant des vé-
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gétaux; les dissertations sur les plantes n’étaient, en général, que des commentaires ou des discussions sur les textes des œuvres d’Aristote, de Théoph raste, de Dioscoride.
Il faut excepter cependant quelques esprits capables d’émettre des idées personnelles. Tel est le moine dominicain Albert le Grand, évêque de Ratisbonne, célèbre par la découverte de l’huile de vitriol (acide sulfurique).
Albert le Grand établit une classification générale des êtres, plaçant les végétaux entre les animaux et les corps bruts. Le premier, il considère avec raison les Champignons comme des végétaux inférieurs voisins des animaux les moins élevés en organisation. Delà partent, pour Albert le Grand, deux séries d’êtres vivants, et il regarde la série végétale comme se terminant au sommet par les arbres dont les Heurs sont très développées.